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Accueil du site > Tribune Libre > Interview dans la presse française sur Chypre

Interview dans la presse française sur Chypre

1. Chypre a demandé à la zone euro une aide équivalente à son Produit intérieur brut. En échange, cette dernière exige de Chypre l'introduction d'un impôt sur les transactions financières ainsi qu'une taxe sur les plus-values. Cette stratégie vous semble-t-elle adéquate pour sortir rapidement de l'ornière ?


Pascal de Lima : Pour rappel, il s'agit d'une négociation auprès du FMI et de l'Union européenne pour un plan de sauvetage du pays d’un montant d’environ 17 milliards d’euros. Parmi ces 17 milliards, 8 à 10 milliards seraient utilisés pour venir en aide au secteur bancaire chypriote. Ces chiffres importants sont cohérents avec deux hypothèses : le secteur bancaire et financier contribue à la croissance économique, les pays dont la structure d’activité est composée de façon importante d’un secteur financier doivent donc être aidés.
Chypre est un peu dans le même cas que celui de l’Irlande et pour ce pays, les aides ont été très bénéfiques. Réponse plutôt positive. Pour donner un chiffre, le secteur bancaire et financier représente plus de 7 fois son PIB. De plus, il est très exposé à la dette grecque. L’intervention peut apparaître justifiée surtout qu’un rééquilibrage apparaît : une taxe sur les transactions financières et sur les plus-values en plus des remboursements à intérêt.
 

2. Alors que sa situation se dégradait, et malgré les alertes lancées par la zone euro, Chypre n'a jamais été à l'écoute des injonctions européennes. Aider un pays, à l'économie mineure qui plus est, malgré son manque de coopération vous semble-t-il un signal approprié pour Chypre et pour les autres membres de la zone ?
 

C’était encore pire pour la Grèce dont on s’est même parfois demandé si ces injonctions étaient de façade... Le problème comme toujours est de savoir si effectivement Chypre s’est bien comportée. Comptant sur l’intervention de l’UE et du FMI, certains pays pourraient se comporter en passagers clandestins en bénéficiant de l’ensemble des plans de sauvetage à contribution mutualisée, sans faire les efforts de rigueur. Du coup, exiger en contrepartie une taxe sur les transactions financières et sur les plus-values peut créer un rééquilibrage incitatif pour ceux qui seraient tentés par le mécanisme du passager clandestin. Réponse plutôt positive.

Ainsi, aider un pays est toujours une bonne chose, Dieu merci. Le problème est que nous vivons sous contrainte de ressources. Et que l’économie précisément est la science de l’allocation de ressources rares dans un contexte de croissance bien précis. C’est d’ailleurs entre-nous le point que tout le monde oublie dans cette histoire de sortie d’un Etat de la zone euro. Il n’y a pratiquement plus de croissance dans le modèle économique actuel de la zone euro. Cela transforme la zone euro et ces aides internationales en un puits sans fonds.

Pour obtenir de nouvelles ressources, le ministre des finances chypriote Michael Sarris a détaillé des réformes que son pays est prêt à mettre en place. Il évoque un programme de privatisation et de lutte contre le blanchiment d’argent. Il parle également de soumettre son pays à un audit bancaire. Bref, les bonnes intentions y sont, mais il est toujours facile de présenter de bonnes intentions a posteriori pour obtenir des fonds et une aide d’urgence. Il est clair qu’il y a eu un problème de prévention coté Chypriote. Comme pour la Grèce et d’autres. Nous sommes maintenant dans la réparation dans un contexte d’absence de croissance ce qui est très dangereux.
De plus, nous avons les mains liés. Ce que nous avons accepté pour la Grèce, eh bien, acceptons-le pour Chypre. Maintenant que l’Europe a choisi la voie du puits sans fonds, eh bien, allons-y. Pourquoi avoir accepté pour l’Irlande, le Portugal, la Grèce, et pas Chypre, cela n’aurait aucun sens. Aider un pays est donc toujours une bonne chose en soit, mais si l’on tient compte des ressources réelles que détiennent aujourd’hui le FMI, l’UE réunies, on peut quand même s’interroger sur le risque de système et de contagion à partir de Chypre dans un contexte d’absence de croissance. A mon sens, le risque chypriote est un risque grec minoré ; mais la Grèce plus Chypre c’est quand même un risque de contagion qui a augmenté, malheureusement. 

Malgré les alertes lancées, surtout de façade à vrai dire (il faut attendre la concrétisation des mécanismes de sanction des traités budgétaires pour évaluer l’amélioration du processus et l’union bancaire) aider un pays aujourd’hui est presque une obligation particulièrement dangereuse sans croissance.


3. L'approche conciliante du pays depuis l'élection du nouveau président Nicoas Anastasiades est-elle sincère, ou bien n'est ce qu'une acceptation de façade ? Faut-il craindre que finalement rien ne change ?


Il y a un monumental problème politique derrière tout ça : l’accord n’a d’ailleurs pas été formalisé. Il existe en fait un différend entre Wolfgang Scäuble, ministre des Finances allemand et le nouveau gouvernement chypriote emmené par Nikos Anastasiadis, Président élu. Les allemands s’interrogent sur l’importance systémique de Chypre, l’une des plus petites économies de la zone euro, moins de 1% du PIB total. Surtout, les Allemands estiment que les créanciers privés, principalement grecs et russes doivent participer à un plan de restructuration de la dette chypriote.
Ceci n’est pas incohérent puisque si l’on prend le cas de la Grèce et de sa relation à Chypre, on est bien d’accord que les créanciers de la Grèce ont participé à la restructuration de la dette grecque à hauteur de 50% du nominal (auxquels faisait partie Chypre en premier lieu). C’est toujours le même problème en l’absence d’un projet européen social-démocrate et global, pourquoi les uns et pas les autres ? Pourquoi les créanciers de Chypre (et la Grèce en premier lieu) ne devraient pas eux mêmes subir le même plan de restructuration. Et finalement mais c’est un peu hors-sujet pourquoi ne pas envisager des restructurations de dettes bilatérales complètes sur l’ensemble de la zone euro…
Ici, le nouveau gouvernement chypriote a tendance à s’opposer à l’idée d’une restructuration de la dette des créanciers de Chypre. C’est une bonne tactique politique qui dépasse encore une fois l’entendement économique. Pour résumer, l’approche chypriote est conciliante pour montrer que L’Etat pourra rembourser et faire des réformes. Elle ne va pas jusqu’à accepter une restructuration de la dette chypriote, ce qui renforce la confiance dans un contexte où la défiance vis-à-vis de Chypre est pour l’instant quasi inexistante, ce qui n’était pas le cas de la Grèce.
 

4. Quelles seraient les conséquences concrètes pour l'Europe - et pour Chypre - si le pays devait sortir de la monnaie unique ?
 

On s’interroge souvent sur les effets de la sortie de Grèce de la zone euro. Est-ce positif ou négatif ? La question est identique pour n’importe quel pays de la Zone euro. Il faut malheureusement calculer et tout calculer. Il ne faut pas garder qu’un seul aspect qui nous arrange bien. Ici, aujourd’hui, sauf erreur de ma part, il n’existe pas d’étude économique de revues classifiées CNRS qui démontrent qu’un maintien de Chypre dans la zone euro serait préférable à sa sortie. Il faut donc une méthode et raisonner. Il faut évaluer le coût d’opportunité, c'est-à-dire le coût de renonciation à la zone euro. Comme pour la Grèce, à la différence des coûts et gains du maintien de Chypre dans la zone euro, les coûts et gains d’une sortie de Chypre de la zone euro sont des estimations tournées vers le futur et extrêmement aléatoires alors que les coûts et les gains de Chypre dans la zone euro, eux, peuvent plus facilement être estimés.
Du coup, les coûts et gains tirés d’une situation hypothétique de sortie de Chypre doivent être actualisés par un « discount factor », un taux d’intérêt de référence pour ramener ces montants à leur valeur présente.


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5 réactions à cet article    


  • bigglop bigglop 19 mars 2013 19:07

    J’ai plus le courage d’argumenter contre cet article


    • BA 19 mars 2013 20:13
      Mardi 19 mars 2013 :

      Coup de tonnerre à Chypre !

      Attention, attachez vos ceintures !

      ALERTE - Chypre : le Parlement rejette le plan de sauvetage de l’Union Européenne.

      Le Parlement chypriote a rejeté mardi un très impopulaire plan de sauvetage conclu samedi avec l’Eurogroupe et censé éviter une faillite de l’île, par 36 voix contre, 19 abstentions, et aucune pour.

      Le projet a été rejeté, a affirmé le président du Parlement Yiannakis Omirou. 

      Le vote contre le plan qui prévoit une taxe exceptionnelle et sans précédent sur les dépôts bancaires a été accueilli par une explosion de joie par des milliers de manifestants réunis devant l’Assemblée.


      • Aldous Aldous 20 mars 2013 11:17

        Petite question...


        Qu’a fait l’UE depuis 1974 pour aider Chypre à se debarasser de l’occupant ?

        Autre question :

        Pourquoi Mme Lerkel rejette elle l’idée du prêt russe pour aider Chypre, comme proposé par M. 
        Poutine ?

        Troisième question : 

        Pourquoi les conditions fiscales de Chypre sont-elles condamnables alors qu’elles sont moins avntageuses que celles de Monaco, du Benelux, d’Andorre, des iles anglo-normandes, d’Irlande et du Lichtenshtein ?

        Juste parce que ce ne sont pas les milliardaires europeens qui en profitent mais les russes ?


        • Aldous Aldous 20 mars 2013 14:09

          Selon le figaro :


          La Banque centrale européenne (BCE) a prévenu qu’elle cessait d’alimenter en liquidités les banques chypriotes tant que Nicosie n’accepte pas le plan de sauvetage.

          Aussi policé soit-il, Mario Draghi sait employer la force lorsqu’il le juge nécessaire. C’est la méthode qu’il a choisie, à Chypre, pour forcer le gouvernement à accepter le plan de sauvetage de l’UE et du FMI, rejeté par le parlement chypriote mardi.

          Après avoir « pris acte » du rejet du plan d’aide par Nicosie, la BCE a sorti son arme de dissuasion massive : le blocus monétaire. Elle a prévenu qu’elle n’alimenterait plus les banques chypriotes en liquidités, tant que le plan de sauvetage UE-FMI ne serait pas accepté. « Les liquidités d’urgence de la BCE ne sont disponibles que pour les banques solvables, or les banques chypriotes ne sont pas solvables tant qu’elle ne seront pas recapitalisées rapidement », a indiqué Jorg Asmussen, l’un des membres du directoire de la BCE.

          Jamais la BCE n’avait encore brandi une telle menace. Du coup, le ministre des Finances chypriote et le gouverneur de la banque centrale de l’île n’ont pas d’autre choix que de laisser les banques fermées jusqu’à nouvel ordre...

          Eviter des émeutes « comme en Argentine »

          « S’ils ouvrent les banques, alors que la BCE bloque l’accès aux liquidités, ce sera la ruée sur les guichets, et des émeutes comme en Argentine ! », prévient Gilles Moec de la Deutsche Bank.

          « Les déposants ne pourraient plus retirer du cash, faute de billets suffisants, et ceux qui voudraient faire des virements à l’étranger se verraient répondre que c’est impossible car la banque n’’est plus autorisée à le faire par la BCE… », poursuit Gilles Moec, spécialiste des questions monétaires européennes.

          En attendant, les distributeurs automatiques de billets fonctionnent toujours à Chypre. Ils sont alimentés par les réserves de la banque centrale chypriote. Combien de temps cela va-t-il durer ? Nul ne le sait. Cela dépendra des réserves en « cash » de la banque centrale locale qui, selon les pays, peuvent permettre de « tenir un siège » d’après les experts ...

          Plus grave encore : les entreprises, notamment les compagnies aériennes chypriotes ne pourront bientôt plus payer leurs factures de kérosène, faute de pouvoir faire des virements à l’étranger... Si la situation se prolonge, le blocus monétaire peut très vite se transformer en blocus économique. Du jamais vu dans l’union européenne !


          • jak2pad 21 mars 2013 02:04

            il y a pour moi un mystère :

            comment un pays aussi insignifiant peut-il avoir accumulé une dette aussi effarante ?
            et comment peut-il avoir l’audace ( je pèse mes mots) de demander aux autres pays un prêt aussi incroyablement élevé, sans aucune garantie ?

            je pense qu’il nous faudra une bonne douzaine d’économistes et de financiers parlant un jargon peu transparent pour nous expliquer que ce serait une très bonne solution.

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