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Investissements au Japon : pourquoi il est urgent d’attendre pour le Groupe Aéroport de Paris

Gérant déjà 26 aéroports dans 15 pays, le Groupe ADP pourrait recentrer son attention sur la France, surtout à quelques mois de sa privatisation annoncée. Les derniers projets sur la table – comme la prise de participations au capital de l’aéroport japonais de Sapporo – pourraient en effet devoir attendre que l’horizon se dégage.

L’histoire semblait bien engagée pour l’arrivée du Groupe ADP au Japon. Mais le groupe de gestion aéroportuaire traverse une légère zone de turbulence, après les séismes de septembre 2018 au Japon et l’attente de sa future privatisation en France en 2019. Deux timings qui se percutent et qui vont probablement conduire le Groupe ADP à adopter une stratégie plus prudente dans les mois qui viennent. Pour le meilleur donc, en attendant de connaître la stratégie de la future équipe dirigeante une fois que la société aura été privatisée par le gouvernement, après la promulgation de la Loi Pacte.

Fer de lance de l’industrie aéroportuaire, le Groupe ADP a quelques atouts pour cette cession d’actifs. Numéro deux mondial derrière l’Espagnol Aena, l’entreprise française a poursuivi depuis le début des années 2010 une politique volontariste, portée sur l’international. Dernier contrat majeur : celui de l’aéroport d’Amman, en Jordanie. Le 19 avril dernier, le PDG du groupe, Augustin de Romanet, signait en effet le contrat de gestion de l’aéroport de la Reine Alia (51%), sur les rives de la Mer Morte. C’est la première fois qu’ADP se retrouve majoritaire au capital d’un aéroport étranger. ADP étant présent en Jordanie depuis 2007, ce processus a pris quelques années et plus de 215 millions d’euros d’investissement.

Dans les autres aéroports à l’étranger, le Groupe ADP est actionnaire minoritaire, comme au Chili, ou plus récemment en Turquie où ADP détient 46,12% du capital du groupe TAV, gestionnaire de l’aéroport d’Istanbul. Une expansion hors Hexagone rapide « mais prudente  » avait alors assuré Augustin de Romanet. Depuis 2016, d’autres projets étaient néanmoins sur la table, dont l’aéroport Lap Kok de Hong Kong et celui de Shin-Shitose à Sapporo, au Japon. Pour le premier, des protocoles d’accords ont été signés en juin 2018, portant principalement sur le fret aérien (Hong Kong est le premier aéroport mondial pour les cargos depuis 1996). Pour le second, des raisons à la fois extérieures et de stratégie interne, ont remis le projet à plus tard. En coulisses, certains cadres grincent des dents et se demandent pourquoi l’entreprise – encore partiellement publique – irait investir si loin.

La prudence doit s’imposer

La prudence louée par de Romanet va probablement être de rigueur dans les mois qui viennent. Première incertitude : le calendrier du gouvernement pour la cession de ses participations au sein du Groupe ADP. Depuis leur arrivée aux affaires en 2017, le président Emmanuel Macron et l’équipe du Premier ministre Edouard Philippe ont remis les privatisations – totales ou partielles – au goût du jour. Avec pour objectif affiché la constitution du Fonds pour l’innovation de l’industrie, poussée avec énergie par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Financement attendu : 10 milliards d’euros. Prévoyant une rentrée agitée, le gouvernement a mis sur pause ce processus de cessions d’actifs, souhaitant éviter une nouvelle crise après la longue grève de la SNCF au printemps et au début de l’été 2018. Mais les équipes des entreprises en question préparent déjà l’après-cession. Avec toute la prudence qu’une telle cession impose, l’organigramme du futur Groupe ADP n’étant pas encore décidé. En attendant Groupe ADP a tout intérêt à consolider ce qui existe déjà, à commencer par les aéroports localisés en France comme il le fait avec le plan stratégique Connect 2020, plutôt que de poursuivre sa politique d’expansion à l’étranger.

Le projet de Sapporo, fausse bonne idée

Au printemps 2018, un projet était pourtant à un stade avancé : celui de la prise de participations du Groupe ADP dans l’aéroport Shin-Shitose de Sapporo, le plus vaste du Japon et le cinquième du pays en termes de trafic aérien. Le gouvernement japonais, par le biais du ministère du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme (MLIT), suit la même politique de ventes que son confrère français, dans le cadre d’une série de cessions depuis 2011. En mars dernier, le site web d’informations financières Boursier.com mentionnait l’intérêt de l’entreprise française pour l’aéroport international de Sapporo qui dessert l’île de Hokkaido, un appel d’offre étant prévu en 2018.

Le MLIT a en effet sur sa liste de privatisations les noms de six aéroports de la grande l’île du Nord du Japon. La privatisation de l’aéroport de Sapporo est prévue pour juin 2020. Le journal The Nihon Keizan Shinbun (connu aussi sous le nom de Nikkei Asian Review) avait lui aussi rapporté les propos du directeur général adjoint d’ADP International, mentionnant des tractations avec des sociétés japonaises, des promoteurs immobiliers et des maisons de courtage pour former un consortium. Mais l’équipe d’ADP International pourrait revoir sa copie. « Il est urgent d’attendre  », murmure-t-on entre le conseil d’administration d’ADP et Matignon. Attendre que la Loi Pacte soit bel et bien votée et adoptée, attendre que la conjoncture nationale et internationale se prête à de nouveaux investissements à l’étranger, en fonction bien sûr de la stratégie de la prochaine équipe à la tête d’ADP.

Investir plutôt en France

Face à un calendrier encore incertain en France et à une nature capricieuse à l’autre bout du monde, le Groupe ADP se recentre à raison sur ses activités locales, et investit sur le territoire hexagonal. La vente par le gouvernement de ses parts (50,6%) dans un groupe aéroportuaire francilien (Roissy, Orly, Le Bourget) pourrait rapporter jusqu’à 9,5 milliards d’euros. Dans un article de La Tribune en juin 2018, le PDG de Groupe ADP lui-même insistait sur la nécessité d’investir en France, pour améliorer les services : « Ce qui est très important pour les compagnies, assurait de Romanet, c'est que nous puissions améliorer la qualité de services pour les passagers et, pour ces derniers, ce qui est important, c'est que nous investissions pour augmenter les capacités.  » Un appel du pied à l’attention des futurs repreneurs qui tombe à pic pour une entreprise qui attend de connaître son futur visage.


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1 réactions à cet article    


  • patwa 8 janvier 20:37

    A la lanterne ! Et au suivant !

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Ol’Blanche


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