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Jules de Didier van Cauwelaert

Zibal est un scientifique méconnu. Ses inventions auraient pu lui rapporter une fortune mais il ne sait pas se vendre et n’est pas doué pour le bonheur aussi, malgré ses diplômes et ses innombrables brevets, se retrouve-t-il à 42 ans vendeur de macarons à l'aéroport d’Orly. Un jour, devant son stand, apparaît Alice, une jeune et belle aveugle qui s'apprête, avec son labrador Jules, à prendre l'avion pour Nice où elle doit subir une opération pour recouvrer la vue. L'intervention est un succès, sauf pour Jules qui est affecté aussitôt auprès d’un autre aveugle, acrimonieux et brutal. Si bien que Jules va fuguer, retrouver Zibal, qui lui avait permis de ne pas voyager dans la soute à bagage lors du voyage d’Alice, ce qui va déclencher, en moins de vingt-quatre heures, un véritable tsunami pour le pauvre Zibal. En effet, à cause de Jules, Zibal va perdre son emploi, son logement et mettre en péril son avenir. Devenus compagnons de misère, tous deux n'auront plus qu’une obsession : retrouver Alice.

 

L’auteur aime les chiens, beaucoup même, au point que ce personnage de Jules, nous tient en haleine tout au long du récit, en structure la composition et fournit la trame de cette histoire contée à deux voix : celles d’Alice et de Zibal impliqués l’un et l’autre dans cette course où l’amour et la tendresse sont l’élixir de leurs vies bancales. On lit ce court roman en deux soirs, tant ce duo, guidé de main de maître par un labrador surdoué, est sympathique et touchant et vous met du baume au cœur : décidément, grâce aux animaux, ce monde serait-il moins méchant qu’il n’y parait ? La fin est certes un peu décevante, on a l’impression que l’auteur ne sait pas conclure, qu’il cède à la facilité, mais les deux tiers de ce roman sont un vrai plaisir de lecture que pimente une bonne dose d’humour. Vous garderez, à n’en pas douter, un excellent souvenir de ce chien qui re-tricote les vies avec ce qu’il faut de flair et de malignité pour conduire les aveugles, que nous sommes, là où nous devons aller, soit là où l’avenir s’éclaire enfin. La morale est la suivante : faisons confiance à notre animal de compagnie, il connait mieux que nous les sentes qu’il faut emprunter pour que notre avenir reprenne de la couleur et de l’intérêt et que nous sortions enfin de la misère où notre société, sans discernement et sans flair, nous condamne trop souvent à souffrir. Les amis des animaux ne peuvent que se réjouir d’un ouvrage qui offre une telle tribune à l’un de leurs compagnons préférés.

 

Comme j’aime les animaux, ce livre m’a réjouie. Une amie me l’a offert pour mon anniversaire et je dois reconnaître, qu'en le choisissant, elle n’a pas manqué de perspicacité. J’en ai goûté les deux tiers avec gourmandise et satisfaction, deux tiers qui me laissent en mémoire le souvenir d’un moment plaisant, d’un partage sympathique avec deux héros un peu déglingués et un chien, infiniment astucieux, qui les promène avec une paisible autorité sur le chemin de la sagesse et du succès.

 

Et puis, le roman a un autre atout auquel je suis sensible : l’histoire se déroule pour une large part à Trouville. Pensez donc, on déambule dans les rues, on dort à l’hôtel Flaubert, on baguenaude sur la plage, on y goûte les lumières si fastueuses le soir et si douces le jour, on sent le parfum de la mer, on surprend la mélodie de ses vagues, on se laisse envoûter par le cri rauque des mouettes et des goélands ; oui, on cède à cette atmosphère unique qui vous tient au cœur et ne vous lâche plus. Lisez plutôt :

« Trouville est complètement raccord. Les gens, l’ambiance, les perspectives, la lumière … Tout est conforme aux images que m’avaient suggérées les sons, l’iode, le grain des façades, le sable sous mes pieds, l’odeur de forêt descendant la colline sous la caresse du soleil ou les aiguilles fraîches du crachin … Tout est joli, joyeux, léger malgré la densité de la foule estivale. Et cette beauté me déchire. Ce mélange d’intimité villageoise et d’espace infini quand la mer se retire, cette rumeur qui s’éloigne à mesure qu’on s’enfonce dans la vase découverte, ce silence troué de mouettes et d’aboiements qui ne sont pas ceux de mon chien. Ces vacances qui ne seront plus les nôtres ».

Comment une trouvillaise peut-elle résister à cette description des lieux où elle demeure et à l’intelligence de Jules, peut-être l’un des chiens qu’elle a surpris en train de galoper au bord des vagues lors de ses longues balades sur la plage à marée basse ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

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Jules de Didier van Cauwelaert

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3 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 11 octobre 13:17

    Bonjour, Armelle

    Je me suis également régalé à la lecture de « Jules » dont le succès a été phénoménal.

    Je n’ai donc pas été étonné que l’auteur ait subi de multiples pressions « amicales » visant à le remettre à l’écriture d’une suite à ce sympathique roman.

    Van Cauwelaert a donc repris la souris et commis « Le retour de Jules ». Un bouquin que je viens de lire il à une semaine en quelques heures. Beaucoup de charme et pas mal de situations cocasses dans ce nouvel opus tout aussi réussi que le précédent.

    Deux livres à lire sans modération !


    • Fergus Fergus 11 octobre 13:29

      @ Armelle

      Vous dites aimer les chiens. Dans ce cas, et si vous ne l’avez pas lu, je ne saurais trop vous conseiller « Au bonheur des chiens » de Remo Forlani.

      Une histoire tout aussi jubilatoire que « Jules » autour d’une pension pour canidés ouverte dans un château que son propriétaire désargenté ne parvient plus à entretenir. Les caractères des pensionnaires y sont désopilants !


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