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Accueil du site > Tribune Libre > Julian Assange et l’effondrement de l’État de droit

Julian Assange et l’effondrement de l’État de droit

Par Chris Hedges

Chris Hedges a prononcé cette allocution lors d'un rassemblement jeudi 10 juin au soir à New York en soutien à Julian Assange. John et Gabriel Shipton, le père et le frère de Julian, ont également pris la parole lors de l'événement, qui s'est tenu au People's Forum.

Source : scheerpost.com

Traduction : lecridespeuples.fr

Une société qui interdit la capacité de dire la vérité éteint la capacité de vivre dans la justice.

C'est pourquoi nous sommes ici ce soir. Oui, nous tous qui connaissons et admirons Julian décrions ses souffrances prolongées et les souffrances de sa famille. Oui, nous exigeons que les nombreux torts et injustices qui lui ont été infligés prennent fin. Oui, nous l'honorons pour son courage et son intégrité. Mais la bataille pour la liberté de Julian a toujours été bien plus que la persécution d'un éditeur. C'est la bataille la plus importante de notre époque pour la liberté de la presse. Et si nous perdons cette bataille, ce sera dévastateur, non seulement pour Julian et sa famille, mais pour nous tous.

Les tyrannies renversent l'état de droit. Elles font de la loi un instrument d'injustice. Elles dissimulent leurs crimes derrière une fausse légalité. Elles utilisent le décorum des tribunaux et des procès, pour masquer leur criminalité. Ceux, comme Julian, qui exposent cette criminalité au public sont dangereux, car sans prétexte de légitimité, la tyrannie perd de sa crédibilité et n'a plus dans son arsenal que la peur, la coercition et la violence.

La longue campagne contre Julian et WikiLeaks est une fenêtre sur l'effondrement de l'État de droit, la montée de ce que le philosophe politique Sheldon Wolin appelle notre système de totalitarisme inversé, une forme de totalitarisme qui entretient les fictions de l'ancienne démocratie capitaliste, y compris ses institutions, son iconographie, ses symboles patriotiques et sa rhétorique, mais a cédé en interne le contrôle total aux diktats des entreprises mondiales.

J'étais dans la salle d'audience de Londres lorsque Julian était jugé par la juge Vanessa Baraitser, une version mise à jour de la reine de cœur d'Alice au pays des merveilles exigeant la peine avant de prononcer le verdict. C'était une farce judiciaire. Il n'y avait aucune base légale pour détenir Julian en prison. Il n'y avait aucune base légale pour le juger, un citoyen australien, en vertu de la loi américaine sur l'espionnage. La CIA a espionné Julian à l'ambassade par l'intermédiaire d'une société espagnole, UC Global, chargée d'assurer la sécurité de l'ambassade. Cet espionnage comprenait l'enregistrement des conversations privilégiées entre Julian et ses avocats alors qu'ils discutaient de sa défense. Ce seul fait invalidait le procès. Julian est détenu dans une prison de haute sécurité afin que l'État puisse, comme l'a témoigné Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, continuer les abus dégradants et la torture qui, espère-t-il, mèneront à sa désintégration psychologique, voire physique.

Voir l'interview de Nils Melzer, Toute la vérité sur Julian Assange : ‘Un système assassin est en train d’être créé sous nos yeux’

Le gouvernement américain a dirigé, comme Craig Murray l'a si éloquemment documenté, le procureur de Londres James Lewis. Lewis a présenté ces directives à Baraitser. Baraitser les a adoptés comme sa décision légale. C'était de la pantomime judiciaire. Lewis et le juge ont insisté sur le fait qu'ils n'essayaient pas de criminaliser les journalistes et de museler la presse alors qu'ils s'affairent à mettre en place le cadre juridique pour criminaliser les journalistes et museler la presse. Et c'est pourquoi le tribunal a travaillé si dur pour masquer la procédure au public, limitant l'accès à la salle d'audience à une poignée d'observateurs et rendant difficile et parfois impossible l'accès au procès en ligne. C'était un procès-spectacle vulgaire, pas un exemple du meilleur de la jurisprudence anglaise mais de la Loubianka.

Abritant les agences de sécurité soviétiques depuis la révolution bolchevique, la place Loubianka est devenue synonyme d'exécutions, de violence et de torture.

Maintenant, je sais que beaucoup d'entre nous ici ce soir aimeraient se considérer comme des radicaux, peut-être même des révolutionnaires. Mais ce que nous exigeons de l'échiquier politique est en fait conservateur : c'est le rétablissement de l'État de droit. C'est simple et basique. Ça ne devrait pas, dans une démocratie qui fonctionne, être incendiaire. Mais vivre pour la vérité dans un système despotique est l'acte suprême de défi. Cette vérité terrifie ceux qui sont au pouvoir.

Les architectes de l'impérialisme, les maîtres de la guerre, les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif contrôlés par les entreprises et leurs courtisans obséquieux dans les médias, sont illégitimes. Dites cette simple vérité et vous êtes banni, comme beaucoup d'entre nous l'ont été, et jeté en marge du paysage médiatique. Prouvez cette vérité, comme Julian, Chelsea Manning, Jeremy Hammond et Edward Snowden l'ont fait en nous permettant de scruter le fonctionnement interne du pouvoir, et vous êtes pourchassé et persécuté.

Peu de temps après que WikiLeaks a publié les journaux de guerre d'Irak en octobre 2010, qui ont documenté de nombreux crimes de guerre américains —y compris des images vidéo du meurtre de deux journalistes de Reuters et de 10 autres civils non armés dans la vidéo Collateral Murder, la torture de routine des prisonniers irakiens, la couverture des milliers de morts parmi les civils et le meurtre de près de 700 civils qui s'étaient approchés de trop près des points de contrôle américains—, les imposants avocats des droits civiques Len Weinglass et mon bon ami Michael Ratner, que j'accompagnerais plus tard pour rencontrer Julian à l'ambassade équatorienne, ont rencontré Julian dans un studio au centre de Londres. Les cartes bancaires personnelles de Julian avaient été bloquées. Trois ordinateurs portables cryptés contenant des documents détaillant les crimes de guerre américains avaient disparu de ses bagages en route vers Londres. La police suédoise fabriquait un dossier contre lui dans le cadre d'un mouvement, a averti Ratner, qui visait à faire extrader Julian vers les États-Unis.

« WikiLeaks et vous personnellement êtes confrontés à une bataille à la fois juridique et politique », a déclaré Weinglass à Assange. « Comme nous l'avons appris dans l'affaire Pentagon Papers, le gouvernement américain n'aime pas que la vérité éclate. Et il n'aime pas être humilié. Peu importe si c'est Nixon ou Bush ou Obama, si c'est un Républicain ou un Démocrate à la Maison Blanche. Le gouvernement américain essaiera de vous empêcher de publier ses vilains secrets. Et s'ils doivent vous détruire ainsi que le Premier Amendement et les droits des éditeurs avec vous, ils sont prêts à le faire. Nous pensons qu'ils en ont après WikiLeaks et vous, Julian, en tant qu'éditeur. »

« Ils vont s'en prendre à moi à quel titre ? » demanda Julian.

« Espionnage », a poursuivi Weinglass. « Ils vont accuser Bradley Manning de trahison en vertu de la loi sur l'espionnage de 1917. Nous ne pensons pas que cela s'applique à lui parce qu'il est un lanceur d'alerte, pas un espion. Et nous ne pensons pas que cela s'applique à vous non plus parce que vous êtes un éditeur. Mais ils vont essayer de forcer Manning à vous impliquer comme son collaborateur. »

« Ils vont s'en prendre à moi à quel titre ? »

Telle est la question.

Ils s'en sont pris à Julien non pour ses vices, mais pour ses vertus.

Ils sont venus après Julian parce qu'il a exposé les plus de 15 000 morts non signalées de civils irakiens ; parce qu'il a dénoncé la torture et les mauvais traitements infligés à quelque 800 hommes et garçons, âgés de 14 à 89 ans, à Guantanamo ; parce qu'il a révélé qu'Hillary Clinton en 2009 a ordonné aux diplomates américains d'espionner le Secrétaire Général de l'ONU Ban Ki Moon et d'autres représentants de l'ONU de Chine, de France, de Russie et du Royaume-Uni, espionnage qui comprenait l'obtention d'ADN, d'analyses d'iris, d'empreintes digitales et de mots de passe personnels, une partie du long schéma de surveillance illégale qui comprenait l'écoute clandestine du Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan dans les semaines précédant l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003 ; parce qu'il a révélé que Barack Obama, Hillary Clinton et la CIA ont orchestré le coup d'État militaire de juin 2009 au Honduras qui a renversé le Président démocratiquement élu Manuel Zelaya, le remplaçant par un régime militaire meurtrier et corrompu ; parce qu'il a exposé que George W. Bush, Barack Obama et le général David Petraeus ont poursuivi une guerre en Irak qui, en vertu des lois post-Nuremberg, est définie comme une guerre criminelle d'agression, un crime de guerre, qu'ils ont autorisé des centaines d'assassinats ciblés, y compris ceux de citoyens américains au Yémen, et qu'ils ont secrètement lancé des attaques de missiles, de bombes et de drones sur le Yémen, tuant des dizaines de civils ; parce qu'il a révélé que Goldman Sachs a payé 657 000 dollars à Hillary Clinton pour donner des conférences, une somme si importante qu'elle ne peut être considérée que comme un pot-de-vin, et qu'elle a assuré en privé aux chefs d'entreprise qu'elle ferait ce qu'ils voulaient tout en promettant la réglementation et la réforme des finances publiques ; parce qu'il a exposé la campagne interne visant à discréditer et à détruire le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn par des membres de son propre parti ; parce qu'il a exposé comment les outils de piratage utilisés par la CIA et la National Security Agency permettent la surveillance gouvernementale en gros de nos téléviseurs, ordinateurs, smartphones et logiciels antivirus, permettant au gouvernement d'enregistrer et de stocker nos conversations, images et messages texte privés, même à partir d'applications cryptées.

Julian a exposé la vérité. Il l'a exposé encore et encore jusqu'à ce qu'il ne soit plus question de l'illégalité, de la corruption et du mensonge endémiques qui définissent l'élite dirigeante mondiale. Et pour ces vérités, ils ont traqué Julien, comme ils ont traqué tous ceux qui ont osé déchirer le voile sur le pouvoir. « Rosa-la-Rouge aussi a disparu », a écrit Bertolt Brecht après l'assassinat de la socialiste allemande Rosa Luxemburg.

« Le lieu où repose son corps est inconnu

Elle avait dit aux pauvres la vérité

Et pour cela les riches l'ont exécutée »

http://www.twitter.com/lecridespeuples/status/1397628734841176072

http://www.twitter.com/lecridespeuples/status/1397598226979725318

Nous avons subi un coup d'État corporatif, où les pauvres et les travailleurs, hommes et femmes, sont réduits au chômage et à la faim, où la guerre, la spéculation financière et la surveillance interne sont les seules véritables affaires de l'État, où même l'habeas corpus n'existe plus, où nous, en tant que citoyens, ne sommes rien de plus que des marchandises pour les systèmes de pouvoir des entreprises, ceux qui doivent être utilisés, écorchés et mis au rebut. Refuser de riposter, tendre la main et aider les faibles, les opprimés et ceux qui souffrent, sauver la planète de l'écocide, dénoncer les crimes nationaux et internationaux de la classe dirigeante, exiger la justice, vivre dans la vérité, c'est porter la marque de Caïn. Ceux qui sont au pouvoir doivent ressentir notre colère, et cela signifie des actes constants de désobéissance civile de masse, cela signifie des actes constants de perturbation sociale et politique, car ce pouvoir organisé d'en bas est le seul pouvoir qui nous sauvera et le seul qui libérera Julian. La politique est un jeu de peur. Il est de notre devoir moral et civique de faire très, très peur à ceux qui sont au pouvoir.

La classe dirigeante criminelle nous tient tous dans son étreinte mortelle. Elle ne peut pas être réformée. Elle a aboli la primauté du droit. Elle obscurcit et falsifie la vérité. Elle cherche à consolider sa richesse et son pouvoir obscènes. Et donc, pour citer la Reine de Cœur, métaphoriquement bien sûr, je dis : « Coupez-leur la tête. »

***

Note du Cri des Peuples :

En France, Le Monde et Mediapart sont de beaux exemples de cette fausse gauche atlantiste, qui a soutenu les groupes terroristes en Syrie, diffamé Assange et porte le folliculaire Navalny aux nues. Cf. par exemple cet éditorial du Monde suite à l’arrestation d’Assange et à son inculpation par les Etats-Unis, développements qui lui donnaient entièrement raison : au lieu de faire son mea culpa, Le Monde s’enfonce ignominieusement :

« Julian Assange est un justiciable comme les autres. Ses démêlés avec la police ont commencé parce qu’il a refusé de se rendre à une convocation de la police suédoise qui souhaitait l’entendre après les plaintes de deux femmes pour agression sexuelle, au motif fantaisiste, à l’époque, qu’il craignait que la Suède ne le livre à la CIA. Il a eu tort de refuser de s’expliquer sur ces graves accusations. »

Comme l’établit le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils MELZER, lorsqu’il était réfugié à Londres, la Suède a refusé d’interroger Assange à l’ambassade d’Equateur ou via vidéo (alors que durant la même période, de tels interrogatoires de suspects entre la Suède et l’Angleterre ont eu lieu dans 44 autres cas) et de lui garantir qu’il ne serait pas extradé :

« Assange n’a pas cherché à se cacher de la justice. Par l’intermédiaire de son avocat suédois, il a proposé aux procureurs plusieurs dates possibles d’interrogatoire en Suède. Cette correspondance existe. Ensuite, les événements suivants se sont produits : Assange a eu vent du fait qu’une affaire criminelle secrète avait été ouverte contre lui aux États-Unis. À l’époque, cela n’a pas été confirmé par les États-Unis, mais aujourd’hui nous savons que c’était vrai. À partir de ce moment, l’avocat d’Assange a commencé à dire que son client était prêt à témoigner en Suède, mais il a exigé l’assurance diplomatique que la Suède ne l’extraderait pas aux États-Unis. [Ce risque était tout à fait réel, car] quelques années auparavant, le personnel de sécurité suédois avait livré à la CIA deux demandeurs d’asile, tous deux enregistrés en Suède, sans passer par la moindre procédure judiciaire. Les abus ont commencé à l’aéroport de Stockholm, où ils ont été maltraités, drogués et transportés par avion en Égypte, où ils ont été torturés. Nous ne savons pas s’il s’agit des seuls cas de ce type. Mais nous sommes au courant de ces deux cas car les hommes ont survécu. Tous deux ont par la suite déposé plainte auprès des agences des droits de l’homme de l’ONU et ont obtenu gain de cause. La Suède a été obligée de payer à chacun d’eux un demi-million de dollars en dommages et intérêts. Les avocats d’Assange affirment que pendant les près des sept ans au cours desquels leur client a vécu à l’ambassade d’Équateur, ils ont fait plus de 30 offres pour organiser la visite d’Assange en Suède, en échange d’une garantie qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis. La Suède a refusé de fournir une telle garantie en faisant valoir que les États-Unis n’avaient pas fait de demande formelle d’extradition. »

Voir également l’infâme article de Mediapart Julian Assange, l’histoire d’une déchéance, qui prend au sérieux les accusations de viol et valide sans l’ombre d’une preuve la thèse de la collusion avec la Russie :

[…] Depuis Londres, le fondateur de WikiLeaks annonce qu’il refuse de se rendre en Suède au motif que cette procédure n’est qu’un prétexte. Selon lui, dès qu’il foulera le sol suédois, les États-Unis demanderont son extradition pour être jugé pour espionnage, crime passible de la peine capitale. Sous le coup d’une procédure d’extradition accordée par la justice anglaise, Julian Assange va tout d’abord mener une bataille juridique pour en obtenir l’annulation. Une fois tous les recours épuisés, il se réfugie, le 19 juin 2012, dans les locaux de l’ambassade de l’Équateur qui lui accorde l’asile politique. Il y restera cantonné dans une pièce de l’immeuble sans pouvoir sortir au risque d’être immédiatement interpellé par les policiers britanniques qui le surveillent en permanence.

Avec ces accusations sexuelles, Julian Assange tombe de son piédestal. Son image de chevalier blanc se fissure et, même au sein de WikiLeaks, des langues se dénouent, dévoilant un tout autre visage. De nombreux témoignages décrivent un homme égocentrique, intransigeant et exigeant de ses collaborateurs une obéissance absolue.

Dès septembre 2010, plusieurs membres de WikiLeaks quittent l’organisation en raison d’un désaccord sur la manière dont Julian Assange gère la publication des « leaks » et son refus de toute critique. Selon le site Wired, six volontaires ont quitté l’organisation à ce moment-là. Sur le tchat interne de l’organisation, Julian Assange leur aurait lancé : « Je suis le cœur de cette organisation, son fondateur, philosophe, porte-parole, codeur original, organisateur, financeur et tout le reste. Si vous avez un problème avec moi, faites chier. »

Parmi les défections, figure celle de Daniel Schmitt, porte-parole de WikiLeaks, qui annonce sa démission dans les colonnes du Spiegel. « Julian Assange réagit à toute critique avec l’allégation que je lui ai désobéi et que j’ai été déloyal vis-à-vis du projet. Il y a quatre jours, il m’a suspendu – agissant comme le procureur, le juge et le bourreau en une personne », accuse-t-il. Daniel Schmitt racontera en détail son conflit avec Assange dans un livre paru en 2011, Inside WikiLeaks. Dans les coulisses du site internet le plus dangereux du monde (Grasset, 2011).

En début d’année 2011, un autre collaborateur de WikiLeaks, Julian Ball, claque la porte de l’organisation trois mois après y être entré. Il rejoint le Guardian et décrit, dans un article publié en septembre 2011, un Julian Assange tyrannique, plus préoccupé par sa propre défense que par les idéaux de WikiLeaks. En 2014, c’est Andrew O’Hagan, l’auteur d’une Autobiographie non autorisée publiée en 2011, qui se répand dans la presse. « Il voit chaque idée comme une simple étincelle venant d’un feu dans son propre esprit. Cette sorte de folie, bien sûr, et l’étendue des mensonges de Julian m’ont convaincu qu’il était probablement un petit peu fou, triste et mauvais, malgré toute la gloire de WikiLeaks en tant que projet », affirme-t-il.

Beaucoup s’interrogent également sur la ligne éditoriale de Julian Assange. Le rédacteur en chef de WikiLeaks est notamment accusé d’être trop indulgent, voire trop proche, de la Russie, pays sur lequel l’organisation n’a publié que peu de documents. Plusieurs interventions de Julian Assange surprennent, comme lorsqu’il assure, durant quelques mois en 2012, une émission de géopolitique sur la chaîne Russia Today (RT), The Julian Assange Show. Ou lorsque, à l’occasion d’une table ronde organisée pour les dix ans de RT, il livre un discours dans lequel il appelle « à oublier le concept de liberté individuelle, qui n’existe plus ».

La question de la proximité de WikiLeaks avec la Russie va devenir centrale avec la publication, en 2016, des DNC Leaks. Le 22 juillet, trois jours avant l’ouverture de la convention annuelle du Parti démocrate, WikiLeaks publie 19 252 mails piratés dans les ordinateurs de sa direction, le Democratic National Committee (DNC). La convention doit justement entériner l’investiture d’Hillary Clinton comme candidate démocrate à l’élection présidentielle américaine. Or, les mails révèlent une collusion dans la direction du parti visant à défavoriser son principal concurrent, Bernie Sanders.

Les DNC Leaks vont empoisonner la campagne d’Hillary Clinton et faire le délice de son adversaire républicain Donald Trump qui ira jusqu’à déclarer : « I Love WikiLeaks. » Le malaise est encore accentué par les déclarations de Julian Assange qui assume avoir publié ces « leaks » afin de nuire à Hillary Clinton, qu’il voit comme « un problème pour la liberté de la presse », et reconnaît avoir volontairement fait coïncider leur publication avec la convention démocrate. […]

WikiLeaks s’isole encore plus lorsque l’enquête sur le piratage des mails de la direction du Parti démocrate révèle que celui-ci a été réalisé par un groupe de hackers, Guccifer 2.0, lié aux services secrets russes, le GRU. Julian Assange démentira formellement que sa source soit des hackers et les différentes enquêtes ne permettront pas d’établir un lien direct entre WikiLeaks et Moscou. Mais pour beaucoup, la ficelle est trop grosse. Que Julian Assange se soit rendu complice, même à son insu, d’une opération de déstabilisation russe est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. […]

Pour ne rien arranger, Julian Assange multiplie les prises de position polémiques, voire parfois difficilement compréhensibles. En septembre 2017, il affirme par exemple, chiffres à l’appui, que le capitalisme, l’athéisme et le féminisme sont responsables de la stérilité de nos sociétés qui, elle-même, est la cause de l’immigration. […]

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15 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 23 juin 11:11

    Nous paierons très cher nos lâchetés et nos renoncements, quand un individu perd ses droits fondamentaux, nous sommes tous perdants.



    • JPCiron JPCiron 23 juin 15:51

      Connaissons-nous le vrai visage de ceux qui nous dirigent, directement ou indirectement ? Nos élus travaillent-ils pour ceux qui les ont élus ? 

      «  Il y a d’ailleurs une grande différence entre faire ce que l’on n’approuve pas, ou feindre d’approuver ce que l’on fait : l’un est un homme faible, mais l’autre n’appartient qu’aux habitudes d’un valet.  » (Alexis de Tocqueville)


      • sylvain sylvain 24 juin 14:17

        @JPCiron
        ou « j’appartiens a la classe des dominants, et je vous méprise » . Tocqueville est vraiment un sac a merde


      • kako 23 juin 16:52

        « Une société qui interdit la capacité de dire la vérité éteint la capacité de vivre dans la justice. » Cette phrase résume à elle seule la situation de nos « démocraties » occidentales. Il est assez effrayant de constater que demander le rétablissement, voire simplement le respect, de l’état de droits, puisse devenir subversif ! Nos sociétés glissent tout doucement vers des régimes autoritaires, pour ne pas dire dictatoriaux, où la vérité sera bannie, la liberté d’expression abolie, avec la bénédiction du peuple auquel on aura fait croire que c’est pour son bien et sa sécurité.


        • JPCiron JPCiron 23 juin 18:07

          @kako

          Nos sociétés glissent tout doucement vers des régimes autoritaires, pour ne pas dire dictatoriaux,... >

          Quand on se permet de critiquer les Chinois ou les Russes, tout en faisant la même chose, quand on met en avant notre amour des Valeurs occidentalo-judéo-chrétiennes, tout en faisant (ou laissant faire) le contraire, quand nos Médias Grand Public oublient ou édulcorent les méfaits de nos amis et alliés aux quatre vents, alors il semble bien que nous ayons déjà au moins un pied dedans !


        • Xenozoid Xenozoid 23 juin 17:14

          et dans les médias on parle de potrasevitch,navalny...chercher l’erreur

          a mon avis Assange sera libéré le jour de sa mort, ou du moins de sa disqualification(mentale)...les médias sont aux ordres, c’est le guardian qui a invité assange en angleterre...fuckers


          • Adèle Coupechoux 23 juin 18:35

            Cette destruction acharnée d’un homme complètement isolé traduit la peur de ceux qui l’oppressent et leur infinie lâcheté. Ils ont tellement de crimes à se reprocher…

            Le Monde Diplomatique a continué comme Amnesty International à le soutenir.


            • robert robert 23 juin 20:56

              les étoiles d’Agx ne veulent rien dire, ainsi croît-on avoir plusser, qu’il en est rien


              • jjwaDal jjwaDal 24 juin 05:12

                L’Etat de droit est bien ce corps législatif créé dans le dos des peuples pour servir essentiellement les intérêts des dirigeants et non du peuple ?
                Depuis quand exige-t’il une consultation populaire avant d’entrer en guerre ouverte ou non déclarée contre un pays ou un individu ?
                On a sous les yeux un exemple de tentative de destruction d’un individu qui ne cherchait qu’à informer sur des pratiques d’Etat et qui illustre bien la criminalisation en cours des contestations de l’arbitraire étatique. Car c’est une chose de pondre de la législation liberticide pour camoufler le marigot des pratiques immorales des Etats et c’en est une autre de s’exonérer de son propre droit pour aller plus vite et plus loin.
                Demain, ce qu’on fait à Assange sera parfaitement légal et donc s’arcbouter sur la « loi » piétinée équivaut à accepter de perdre la guerre, pour le plaisir de gagner une bataille (Victoire à la Pyrrhus).
                Détruire un individu, même s’il a diffusé des informations inexactes (ce qui n’est pas son cas, semble-t’il) est sans commune mesure avec le préjudice subi.
                Où sont les « # On est tous »Assange " ? Pas dans les grands médias en tout cas. Cela n’a rien de surprenant.


                • jjwaDal jjwaDal 24 juin 05:12

                  L’Etat de droit est bien ce corps législatif créé dans le dos des peuples pour servir essentiellement les intérêts des dirigeants et non du peuple ?
                  Depuis quand exige-t’il une consultation populaire avant d’entrer en guerre ouverte ou non déclarée contre un pays ou un individu ?
                  On a sous les yeux un exemple de tentative de destruction d’un individu qui ne cherchait qu’à informer sur des pratiques d’Etat et qui illustre bien la criminalisation en cours des contestations de l’arbitraire étatique. Car c’est une chose de pondre de la législation liberticide pour camoufler le marigot des pratiques immorales des Etats et c’en est une autre de s’exonérer de son propre droit pour aller plus vite et plus loin.
                  Demain, ce qu’on fait à Assange sera parfaitement légal et donc s’arcbouter sur la « loi » piétinée équivaut à accepter de perdre la guerre, pour le plaisir de gagner une bataille (Victoire à la Pyrrhus).
                  Détruire un individu, même s’il a diffusé des informations inexactes (ce qui n’est pas son cas, semble-t’il) est sans commune mesure avec le préjudice subi.
                  Où sont les « # On est tous »Assange " ? Pas dans les grands médias en tout cas. Cela n’a rien de surprenant.


                  • eau-du-robinet eau-du-robinet 24 juin 09:28

                    Le sort de Julian Assange semble laisser indifférent un grand nombre des citoyens du monde !
                    .

                    Ont t-ils, les moutons, oublie qu’il s’agit de la préservation de nos libertés que son combat et ses sacrifices concerne ?
                    .

                    Comme il y à si peu de solidarité au sein des populations les dérives liberticides se renforcent au tour du globe, à grand pas, au profit des pervers au pouvoir, l’oligarchie financière, qui exploite sans scrupules notre force de travail. Ils ont mis en place leur matrice ’’Esclavage 2.0’’ !


                    • Vivre est un village Vivre est un village 24 juin 10:27

                      @eau-du-robinet

                      La nouvelle sagesse du web ou « l’esclavage 2.0 » ?
                      Par Hubert Guillaud

                      « Le travail culturel et technique est une activité très répandue dans toutes les sociétés capitalistes avancées. Un tel travail n’est pas réservé aux « travailleurs intellectuels », mais constitue une caractéristique majeure de l’économie post-industrielle. La prédominance d’une telle production remet en cause la légitimité d’une distinction fixe entre production et consommation, travail et culture. Elle mine également la distinction de Gilroy entre le travail en tant que « servitude, misère et subordination » et l’expression artistique comme moyen pour l’individu de se façonner lui-même et de se libérer de ses attaches. Cependant, le territoire de plus en plus brouillé entre production et consommation, travail et expression culturelle, ne signale pas la recomposition de l’ouvrier marxiste aliéné. L’internet ne transforme pas automatiquement chaque utilisateur en producteur actif, et chaque ouvrier en un sujet créateur. Le processus par lequel la production et la consommation se reconfigurent au travers du travail gratuit signale le déploiement d’une logique différente (plutôt que complètement nouvelle) de la valeur.

                      […]

                      Au sein des premières communautés virtuelles, nous dit-on, le travail était vraiment « libre » [jeu de mot classique sur le mot anglais free, qui signifie à la fois « libre » et « gratuit », Ndlr] : le travail de constitution d’une communauté ne produisait pas d’importantes recettes financières (il était donc « libre », gratuit, non rémunéré), mais il était consenti de manière volontaire en échange des plaisirs de la communication et de l’échange (il était donc « libre, » agréable, non imposé). En réponse aux demandes des membres, l’information était rapidement publiée et partagée avec une absence de médiation que les premiers « netizens » n’ont pas manqué d’apprécier. […] Malgré la nature volatile de l’économie de l’internet, la notion du travail des utilisateurs maintient une centralité idéologique et matérielle qui traverse les modes. Des commentateurs aussi opposés que Howard Rheingold et Richard Hudson, s’entendent sur une chose : la meilleure manière de rester visible et prospère sur le web, est de transformer votre site en espace qui est non seulement accessible, mais surtout, d’une façon ou d’une autre, coconstruit par ses utilisateurs.

                      […]

                      Les utilisateurs font vivre les sites par leur travail, par le temps passé à accéder au site (qui génère de la publicité), à écrire des messages, à participer à des conversation, jusqu’à devenir de véritables collaborateurs. […] Le mouvement open source, qui se fonde sur le travail libre des internautes, constitue un autre signe de cette tendance structurelle de l’économie numérique [Ndlr : à développer le travail gratuit]. »

                      https://www.internetactu.net/2006/05/11/la-nouvelle-sagesse-du-web-ou-lesclavage-20/


                    • sylvain sylvain 24 juin 14:20

                      dire que celui qui nous balance ça avait il y a peu sur sa photo de présentation l’image de trois connards qui font a peu près la même chose ... triste monde


                      • QAmonBra QAmonBra 27 juin 20:52

                        Merci @ l’auteur pour le partage.

                        Changer le terme « société » dans la phrase introductive de Chris Hedges par celui de « civilisation », davantage approprié, me semble t il, à la situation présente et générale de l’occident, dont le royaume désuni est une des références, et on a une déclaration complétant et s’intégrant parfaitement dans l’introduction du discours prophétique d’Aimé Césaire en 1950 :

                        "Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

                        Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

                        Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde." (. . .)


                        Avons nous vécu dans des sociétés plus justes et plus démocratiques auparavant ?

                        J’en suis nullement convaincu, les « maîtres » ont toujours eu un âme de valet, la seule différence avec le passé est qu’ils n’essayent même plus de faire illusion. . .

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