• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Justice : privilégier les peines alternatives pour les délits (...)

Justice : privilégier les peines alternatives pour les délits mineurs

Au 1er janvier 2018, la France comptait 68 974 détenus dans ses prisons. Un nombre beaucoup trop élevé en regard de la nature des délits commis et de la hauteur des condamnations prononcées. Malgré ce système répressif, le taux de récidive est dans notre pays nettement plus élevé que dans les pays qui ont mis en place une politique volontariste de peines alternatives à la prison. Un exemple qu’a commencé à suivre Christiane Taubira avec sa loi sur la « contrainte pénale » et que Nicole Belloubet semble vouloir reprendre à son compte. Eu égard à l’urgence, tant en matière de sécurité carcérale que de prévention de la récidive, le plus tôt sera le mieux...

Le constat est récurrent : en France les peines sont accomplies dans des établissements pénitentiaires trop souvent vétustes, sous-dimensionnés – le taux d’occupation au niveau national est de 115,4 %* –, et attentatoires à la dignité des personnes, comme cela a été observé à différentes reprises par des élus de la République et par Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté. Ces conditions d’incarcération débouchent sur une dangereuse promiscuité entre détenus chevronnés et primo ou petits délinquants qui, de l’avis des experts en criminologie, constitue le principal facteur de récidive. Le conflit qui vient d’opposer les gardiens de prison aux pouvoirs publics nous rappelle qu’il est devenu urgent de mettre réellement en place des peines alternatives. D’une part, pour éviter l’incarcération de personnes qui n’ont rien à faire en prison (par exemple de jeunes primo-délinquants ou des auteurs de délits routiers). D’autre part, pour, au-delà de l’embauche annoncée de nouveaux gardiens, renforcer par redéploiement l’effectif du personnel pénitentiaire affecté à la surveillance des détenus dangereux. 

Tous les experts français et étrangers sont formels : la prison est un « terreau de la récidive ». Un constat facile à comprendre : 1) C’est en détention que les primo-délinquants apprennent la plupart des ficelles destinées à déjouer l’action de l’appareil judiciaire. 2) Les petits délinquants nouent dans les établissements pénitentiaires des relations (directes ou indirectes) avec des caïds disposés à les employer à leur sortie ou, à défaut, à leur fournir des « adresses utiles  », évidemment sans rapport avec les offres de Pôle-Emploi. 3) La prison contribue à enfermer psychologiquement les primo-délinquants dans une identité rebelle confortée par les traitements subis en détention et potentiellement porteuse d’une haine des institutions. 4) L’inadaptation des peines concernant les délits mineurs crée trop souvent les conditions d’un échec de la réinsertion, les chances d’embauche d’un ancien détenu étant de facto réduites sur le marché de l’emploi. 5) La prison a un effet « désocialisant » : outre les difficultés de retour à l’emploi, le détenu se coupe très souvent de ses anciens amis « insérés » et dans de trop nombreux cas de son (ou de sa) conjoint(e).

Il suffit, pour se convaincre de l’absurdité d’une répression traduite trop souvent par de la prison ferme pour des délits mineurs, de prendre conscience du taux des délinquants qui, dans notre pays, retournent en prison dans les 5 ans qui suivent une incarcération : 63 %. En Scandinavie, ce taux s’établit à 20 % en Finlande et en Norvège, à 30 % en Suède et à 34 % au Danemark alors qu’à population égale, les juges incarcèrent dans les pays nordiques un quart à un tiers de délinquants en moins que les magistrats français ! Ne pas incarcérer dans les cas de délit mineur ne veut évidemment pas dire qu’il n’y a pas de sanctions pénales, mais celles-ci s’exercent hors de la prison dans le cadre d’aménagements de peine, souvent dans le cadre de « travaux d’intérêt général » (TIG), parfois sous la forme d’un simple maintien en liberté sous surveillance électronique à l’aide d’un bracelet électronique**. Les Scandinaves vont même plus loin en appliquant des mesures inspirées de la « justice réparatrice » (Restorative justice) dont le principe consiste à réparer le préjudice commis en impliquant toutes les parties concernées.

En finir avec le « tout prison »

Dans un article de décembre 2014, Business Insider se livrait à une édifiante comparaison : en Norvège, le taux de récidive dans un délai de 5 ans s’élevait à 20 % pour une population carcérale de 75 détenus pour 100 000 habitants ; aux États-Unis, le même taux de récidive s’élevait à 76,6 % pour une population carcérale de... 707 détenus pour 100 000 habitants ! Difficile de trouver démonstration plus limpide : près de 4 fois plus de récidivistes malgré une politique pénale drastique qui, outre-Atlantique, débouche sur un emprisonnement massif !

Or, en termes de récidive, la France est malheureusement plus proche des États-Unis que de la Norvège, ce qui met clairement en cause la politique d’application des peines mise en œuvre dans notre pays. Un constat qui devrait interpeller les tenants d’une politique uniquement répressive, trop souvent braqués contre les initiatives gouvernementales visant à réformer le système judicaire dans le sens d’une plus grande souplesse d’exécution des courtes peines, non par laxisme, mais par pragmatisme sociétal, n’en déplaise aux conservateurs qui campent sur une vision de la Justice dépassée car inadaptée aux véritables enjeux.

À cet égard, les propos tenus par Emmanuel Macron le 15 janvier lors d’une session solennelle de la Cour de cassation peuvent sembler ambigus : « Trop de peines prononcées ne sont pas exécutées, ce qui mine profondément la crédibilité du système judiciaire », a dit le président avant d’ajouter aussitôt : « Trop de personnes sont incarcérées pour de courtes peines de moins de six mois ». Dont acte ! Car en réalité, ce qu’a dit le chef de l’État relève du bon sens élémentaire, à savoir qu’il est intolérable que des actes de délinquance puissent rester impunis, mais que, « dans le même temps », il est aberrant d’envoyer derrière les barreaux des justiciables coupables de délits mineurs, sauf évidemment dans les cas de multi-récidive. D’où la nécessité, pour Emmanuel Macron et sa ministre de la Justice, de privilégier les « techniques de surveillance moderne, qui peuvent favoriser la réparation due aux victimes » des petits délits tout en augmentant la prévention des risques de récidive.

Nul ne sait encore ce que sera la future copie de Nicole Belloubet en termes de traduction législative des 5 rapports des « Chantiers de la Justice » qui lui ont été remis le 15 janvier et qui devraient déboucher sur une « loi de programmation quinquennale 2018-2022 ». Actuellement, ce sont surtout les préconisations du rapport « Adaptation du réseau des juridictions », remis à la ministre par les avocats et ex-députés Dominique Raimbourg et Philippe Houillon, qui alimentent le débat, la réforme de la carte judiciaire étant un sujet particulièrement sensible chez les magistrats. Le rapport « Sens et efficacité des peines », remis à la Garde des Sceaux par l’avocate Julia Minkovski et le magistrat Bruno Cotte, suscite des débats moins enflammés. C’est pourtant la manière dont seront prises en compte les préconisations de ce rapport qui déterminera la politique pénale du futur et l’aptitude de notre pays à « sortir du fatalisme du ʺtout prisonʺ et [à] explorer davantage les nouvelles sanctions faisant appel aux techniques de surveillance moderne qui peuvent s’avérer très contraignantes et favoriser la réparation due aux victimes ».

Nicole Belloubet semble déterminée à aller dans ce sens, et l’on ne peut que s’en réjouir. À condition que les actes suivent les paroles, que ce soit en matière de moyens alloués et de diffusion de la nouvelle politique pénale dans tous les ressorts, ce qui implique de modifier les pratiques de certains juges peu ouverts aux peines alternatives, et de réformer en les améliorant les juridictions d’application des peines, d’insertion et de probation. Un vaste mais nécessaire chantier dont la philosophie est parfaitement résumée par cette phrase extraite de la page du « portail de la justice » consacrée à la restitution des « chantiers » : « Pour que la peine soit pleinement efficace, il faut qu’elle permette la réinsertion dans la société et qu’elle évite la récidive ».

Lien : restitution des « Chantiers de la Justice  » le 15 janvier 2018.

Il s’agit d’un taux moyen qui reflète une réalité très disparate. La majorité des prisonniers (40 572) est incarcérée dans des établissements où le taux moyen dépasse les 120 %. Le taux d’occupation atteint même 139 % dans les maisons d’arrêt, la situation étant particulièrement critique à Nîmes où la densité carcérale culmine à... 213 %. (Données du ministère de la Justice au 1er janvier 2018 : lien)

** En France, 10 241 personnes étaient placées sous bracelet électronique au 1er janvier 2018.

JPEG - 49.2 ko
Bracelet électronique (photo Ouest-France)

Moyenne des avis sur cet article :  3.04/5   (24 votes)




Réagissez à l'article

97 réactions à cet article    


  • eddofr eddofr 6 février 16:47

    Selon moi, il faudrait déjà vider les prisons de 99,99% des détenus en préventive.


    La détention provisoire est sensée être une mesure de précaution justifiée quand le prévenu est réputé dangereux ou quand il y a une forte présomption qu’il tente de se soustraire à la justice.
    Or la détention est aujourd’hui, au mieux un moyen de pression utilisé pour faire craquer les prévenus et au pire le moyen de vider les rue de la racaille (sans se soucier que la dite « racaille » soit peut-être innocente).

    Si déjà on appliquait l’assignation à résidence avec bracelet électronique à la grande majorité des prévenus, on gagnerait pas mal de place de prison et on sera, cerise sur le gâteau, plus justes !

    • Fergus Fergus 6 février 16:58

      Bonjour, eddofr

      « vider les prisons de 99,99% des détenus en préventive »

      Sans doute pas autant, mais le fait est que la « détention provisoire » atteint en France un niveau choquant à juste titre dénoncé. Un avis partagé par la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui, à différentes reprises, a condamné notre pays pour des abus en la matière.


    • MagicBuster 6 février 17:03

      @eddofr

      Comme tout le monde est présumé innocent , on relache abdeslam et Bendaoud  ;
      On leur met un bracelet électronique ?

      L’anormalité n’est pas des les enfermer - L’anormalité c’est de les faire ressortir.
      Jamais ces individus ne paieront leur dette à la société.

      Les innocents et les victimes payent tous les jours pour les incarcérer , les juger , les nourrir etc .... c’est immonde.


    • gruni gruni 6 février 17:05

      @eddofr


      D’accord avec vous eddof, la prison doit-être uniquement la privation de liberté et non pas des conditions de détention indignes

    • pemile pemile 6 février 17:14

      @MagicBuster « Les innocents et les victimes payent tous les jours pour les incarcérer , les juger , les nourrir etc .... c’est immonde. »

      Sur un article dédié aux délits mineurs, vous prenez comme référence deux terroristes ??!!


    • pemile pemile 6 février 17:15

      @gruni « la prison doit-être uniquement la privation de liberté et non pas des conditions de détention indignes »

      Bien sur, mais cela ne répond pas à l’emprisonnement pour les délits mineurs.


    • Fergus Fergus 6 février 17:21

      Bonjour, MagicBuster

      Vous caricaturez, et cela ne fait pas avancer le débat !

      On parle de délits, et vous mentionnez des personnages impliqués dans la pire action terroriste qu’ait connu la France (encore que Bendaoud ne soit pas impliqué dans la commission de ceux-ci).

      Il est évident qu’il ne peut y avoir, dans l’attente d’un jugement, de liberté conditionnelle pour un assassin comme Abdeslam, même si sa ceinture n’a pas explosé.


    • Fergus Fergus 6 février 17:25

      Bonjour, gruni

      Les « conditions de détention indignes », encore un sujet qui vaut à la France des condamnations régulières et justifiées de la CEDH.

      Et que dire de l’incarcération en maison d’arrêt ou en prison centrale de personnes manifestement atteintes de troubles psychiatriques qui nécessiteraient plutôt un internement en lieu de détention spécialisé ?


    • gruni gruni 6 février 17:30

      @pemile


      Sur les délits mineurs, je suis du même avis que Fergus, il y a d’autres solutions que la détention.

    • Fergus Fergus 6 février 17:31

      Bonjour, pemile

      En effet, c’est bien de délits mineurs qu’il est question ici.

      Cela dit, Gruni n’a pas tort d’évoquer les « conditions indignes » dans la mesure où elles contribuent à casser les petits délinquants et en faire de potentiels individus asociaux.


    • V_Parlier V_Parlier 6 février 17:32

      @pemile
      « Sur un article dédié aux délits mineurs, vous prenez comme référence deux terroristes ??!! »
      Avant d’être qualifiés terroristes ils étaient aussi des « délinquants mineurs » (sic), comme le logeur Jawad qui avait déjà un mort (et juste 6 ans de taule) à son actif.

      Je lis dans l’article : « 68 974 détenus dans ses prisons. Un nombre beaucoup trop élevé en regard de la nature des délits commis ». -> Taubira, sors de ce corps ! Un tel niveau de déni impressionne. (Mais c’est vrai que tant que la victime survit plus ou moins, le délit est mineur, n’est-ce pas ?)

      Quant à la comparaison avec d’autres pays : Ca n’est pas venu à l’idée de l’auteur que la nature et le contexte d’implantation de la population présente dans les pays en question puisse elle aussi avoir un impact sur les statistiques de délinquance ?


    • V_Parlier V_Parlier 6 février 17:34

      @Fergus
      "Un avis partagé par la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui, à différentes reprises, a condamné notre pays pour des abus en la matière."
      Etant donné ce que je pense de cette institution, vous allez bientôt me faire penser du bien du système judiciaire français !


    • pemile pemile 6 février 17:34

      @Fergus « Bonjour, MagicBuster Vous caricaturez, et cela ne fait pas avancer le débat ! »

      Il a quand réussi à glisser un : les juger c’est immonde ! smiley


    • pemile pemile 6 février 17:37

      @V_Parlier « Avant d’être qualifiés terroristes ils étaient aussi des « délinquants mineurs » »

      Bien ! Là, vous revenez dans le fond de cet article, comment transformer un délinquant mineur en assassin.


    • V_Parlier V_Parlier 6 février 17:38

      @Fergus
      « En effet, c’est bien de délits mineurs qu’il est question ici. »
      -> je souhaiterais volontiers connaître tout ce qui rentre dans la catégorie « délit mineur ». Sans définition claire le débat peut durer très longtemps.
      Par ailleurs, pour que vous même le considériez comme mineur, cela signifie qu’en tant que victime vous l’accepteriez aussi comme tel : un désagrément mineur qui n’aura aucun effet sur le cours de votre vie.


    • V_Parlier V_Parlier 6 février 17:47

      @pemile
      Vous n’avez même pas compris mon ironie. Pour moi les forfaits de la plupart des futurs terroristes n’étaient déjà pas mineurs mais néanmoins considérés comme tels, au vu des peines ridicules infligées alors qu’ils étaient multirécidivistes et souvent violents. Mais bien sûr, je connais la chanson : on les transforme pendant leurs quelques mois de prison. On aurait du les laisser continuer à braquer, tabasser, dealer, du moment qu’ils accomplissent leurs heures de travail associatif chaque semaine.

      L’idée qu’ils ne ressortent pas ou rarement vous parait tellement improbable que ça vous place d’entrée dans ce faux dilemme : Bah oui, la prison ça ne les arrange pas alors il ne faut pas les y mettre. Certes, je pense que nous ne nous entendrons pas.


    • pemile pemile 6 février 17:57

      @V_Parlier « Pour moi les forfaits de la plupart des futurs terroristes n’étaient déjà pas mineurs »

      Je vous écoute, détaillez moi ces forfaits commis quand ils étaient mineurs ?

      "On aurait du les laisser continuer à braquer, tabasser, dealer, du moment qu’ils accomplissent leurs heures de travail associatif chaque semaine."

      Ce genre de caricature ne fera pas avancer la réflexion ! smiley


    • Fergus Fergus 6 février 18:00

      Bonjour, V_Parlier

      On parle là de délits qui ont débouché sur des peines de quelques semaines ou quelques mois de détention !!!

      Or, un grand nombre de personnes incarcérées le sont précisément pour des peines de ce genre. C’est pour ce type de délinquants qu’il convient d’étendre les peines alternatives, par pour des malfrats récidivistes et potentiellement dangereux !


    • Eric F Eric F 6 février 18:22

      @Fergus
      Je suis d’accord avec le fond de l’article concernant les peines alternatives, mais il faut préciser que les très courtes peines de prison ne sont souvent pas purgées et font déjà l’objet d’aménagements (bracelet électronique, etc.).


    • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 6 février 18:42

      @Fergus

      Bonsoir, de toutes façons il faudrait peut-être vider les prisons de délits mineurs pour les remplir des vrais délinquants « majeurs » en cols blancs. Ils sont nombreux, mais bien à l’abri, eux. Et il ne s’agit pa sdans la plupart des cas de « vol à la tire » ou de trafic de shit en banlieue. En gros, les voleurs de pommes on t droit aux fourches caudines d’une justice française extrêmement sévère pour ces « salauds de pauvres ». Non, pour les cols blancs, il s’agit de trafic d’influence, de détournements de fonds publics, etc... Et autres joyeusetés républicaines ! Et encore les cas que je cite sont « mineurs » par rapport à bien d’autres beaucoup plus graves que l’Histoire jugera. Et c’est moche !


    • Pere Plexe Pere Plexe 6 février 18:44

      @eddofr
      Surtout la justice, lors du jugement d’un detenu en préventive a la fâcheuse habitude de ne pas prononcer de peine qui serait inférieure au temps déjà fait.


      C’est un grave biais à des jugements équitables !

      Il s’agit bien d’une peine avant jugement, définitive, irrémédiable,sans aucun recours....

    • Fergus Fergus 6 février 18:58

      Bonjour, Eric F

      Les très courtes peines sont effectivement souvent aménagées, mais pas toujours. Et il y a encore trop de peines un peu plus longues (quelques mois) qui débouchent sur une détention. N’oublions pas qu’il y a également dans les prisons près de 20 000 prévenus en attente d’un jugement !


    • Fergus Fergus 6 février 19:03

      Bonjour, Nicole Cheverney

      Entièrement d’accord avec vous sur la délinquance en col blanc qui échappe très largement à des sanctions à la hauteur des faits commis.

      « les voleurs de pommes on t droit aux fourches caudines d’une justice française extrêmement sévère pour ces « salauds de pauvres ». »

      Ce n’est pas tout à fait exact : pour avoir suivi des audiences de correctionnelle, je peux témoigner que certains juges font preuve de discernement.


    • Fergus Fergus 6 février 19:06

      Bonjour, Pere Plexe

      L’effet pervers - pour ne pas dire vicieux - que vous dénoncez est bien réel et a contribué aux condamnations subies par la France pour la durée excessive de ses détentions provisoires.


    • Parrhesia Parrhesia 7 février 10:33
      @Fergus
      Bonjour Fergus,
      Il faut quand même noter votre constatation : « que certains juges font preuve de discernement... » !
      Or cette phrase revient déjà à constater de facto que la Justice est injuste au niveau même de la prononciation des sentences ...
      Mais Il y a évidemment tellement à dire (et quelques fois, à contredire) sur le sujet !

    • mmbbb 7 février 11:00

      @Fergus bemol tout ceci est tres gentil mais le nombre des delits mineurs a explose et pourrissent la vie des gens Si je vous dressai la liste des petits delits et grands delits par exemple voiture fracassée cambriolage du cabient de ma compagne a Villeurbanne ect , vous me prendriez pour un mythomane , Que les parents commencent deja a s occuper de leur rejetons . Ras le bal ce cette propension à débattre La je rejoins Onfray , tout ceci s est bien gentil, mais c est le peuple qui en souffre le plus. le bourgeois lui a l avantage de pouvoir se payer sa securité notamment sa villa par une société privée Dans un immeuble bourgeois son entree sera protégee et comme a Lyon la videosurveillance lui assurera une paix relative  L ouvrier qui se fait cambrioler , c est un drame , bon au commissariat cette plainte viendra grossir la pile des dossiers en cours . Si ces gars vont en prison, il y a notamment une volonte de demontrer qu une punition existe. Le reste c ’est du pipeau je deviens de moins en moins tolerant ras le cul le suis grossier mais comme beaucoup j en ai ras le cul , je vous le demande si on crame votre voiture si vous vous faites cambrioler seriez autant magnanime et serein . je le repete ce sont les classes sociales les moins protégées qui en prennent plein la gueule ,


    • Fergus Fergus 7 février 11:27

      Bonjour, Parrhesia

      Ma formule est maladroite car, à mon avis, la plupart des juges font bien leur boulot. Il y a quelques années, j’avais d’ailleurs vu une enquête - que je n’arrive plus à retrouver malheureusement - qui avait été conduite auprès de tous les acteurs de la Justice : magistrats, avocats, victimes et justiciables. Or, cette enquête montrait que, dans une très grande majorité des cas, la Justice rendue était considérée comme équitable

      Qui plus est, ce qui est en cause là, c’est moins la hauteur de la sanction que la manière dont elle est appliquée, et en l’occurrence cela concerne les JAP, seuls habilités à décider de l’application de peines alternatives.


    • Fergus Fergus 7 février 11:36

      Bonjour, mmbbb

      « le nombre des delits mineurs a explose et pourrit la vie des gens »

      Je suis d’accord, et c’est bien pourquoi il faut réformer l’existant en sanctionnant tous les délits, ce qui n’est pas le cas actuellement, faute de moyens judiciaires et pénitentiaires.

      D’où la nécessité de mettre sur pied des procédures allégées et des peines alternatives pour les cas de délinquance les moins graves, notamment pour ce qui concerne les primo-délinquants ou les formes de délit n’étant pas forcément appelés à être réitérés.

      Et dans le même temps, être très sévère avec les récidivistes des incivilités. Tout cela est possible, et c’est cette voie que préconisent les rapporteurs des Chantiers de la Justice.

      Il ne s’agit pas de « magnanimité », mais de pragmatisme. Et le pragmatisme n’exclut pas la rigueur dès lors qu’elle s’applique avec discernement !


    • astus astus 7 février 11:47

      Bonjour Fergus et merci pour cet article documenté pétri de bon sens.


      J’écrivais voici peu sur AV qu’il manque curieusement des places dans les prisons françaises, où il existe une surpopulation aberrante et criminogène comme vous le soulignez justement, mais que dans un pays proche du nôtre, les Pays-Bas, et en seulement trois ans, 19 prisons sur une soixantaine ont été désaffectées car près d’un tiers des cellules sont vides...au point que certains bâtiments ont été transformés en logements sociaux pour des familles !
      Ce pays considère depuis longtemps que la réinsertion et les peines alternatives coûtent moins cher, limitent les récidives et sont plus efficaces que l’incarcération simple sans mesures d’accompagnement qui est une école du crime.
      Mais en France on continue d’incarcérer environ 30% de personnes qui sont des malades mentaux ou qui ont de gros troubles de la personnalité, et qui pourraient être mieux pris en charge ailleurs si l’on s’en donnait les moyens, ce que personne ne veut faire car cela coûte effectivement un peu plus cher.
      Et je ne dis rien de ceux qui utilisent la prison pour se radicaliser encore davantage. 
      On a aussi longtemps mis en prison de simples consommateurs de drogue (je ne parle pas des trafiquants et vendeurs qui doivent bien sûr être sanctionnés), et aussi des délinquants de la route alors que ces derniers devraient travailler gratuitement (pour le ménage ou d’autres tâches simples) dans les établissements de rééducation fonctionnelle où sont soignés, parfois durant des années, leurs victimes.
      L’application de ces mesures de bon sens et de celles des pays proches aiderait probablement à améliorer la situation actuelle et à rendre les gardiens de prison moins grognons.

      Bien à vous



    • mmbbb 7 février 12:20

      @Fergus Je mesure l honnête intellectuelle d Onfray, ce sont les classes petites et moyennes qui pâtissent de cette insécurité . Autre exemple j ai vécu a la campagne, j allais aide un artisan platrier peintre, Le chantier le soir apres avoir ranges les outils, etait laisse tel quel Désormais meme dans les campagnes il faut les protéges En particulier les fils electriques qui sont tires afin de recupéres le cuivre En ville c ’est problématique c est le maitre d ouvrage qui est responsable A Lyon il y eu l incendie de bus dans un entrepot Collomb etait furax Des exemples , je pourrais vous en écire des pages et des pages Vous omettez ceci le cout de la délinquance en France c est phénoménal ce fric alors que l on pourrait investir autrement Faites des recherches Par ailleurs effet pervers cela introduit une méfiance un retour du clanisme , on ne vit qu avec les personnes connues Je fais un plaidoyer pro domo j ai perdu trop de temps trop d energie , il arrive un temps ou le reflexe devient réactionnaire.


    • Fergus Fergus 7 février 16:14

      Bonjour, astus

      Un grand merci pour votre commentaire.

      Les Pays-Bas sont l’un des pays qui a effectivement compris, et traduit sur le terrain judiciaire, que dans de nombreux cas la prison est un facteur aggravant de la délinquance.

      Et bien sûr, je vous rejoins totalement sur les cas des détenus atteints de troubles psychiatriques et sur ceux des délinquants de la route qui ne devraient pas être mêlés aux malfrats ordinaires.

      Puisse les « chantiers de la justice » enfin déboucher sur la réforme judiciaire de « bon sens » dont a besoin notre société. 


    • Fergus Fergus 7 février 16:18

      @ mmbbb

      Le fermeté nécessaire dans certains cas n’exclut pas le pragmatisme et le bon sens dans d’autres cas. Or, la Justice est actuellement trop souvent en défaut sur ces deux volets par inadaptation. D’où la nécessité d’une réforme.


    • jakem jakem 8 février 14:05

      @Fergus
      D’accord avec vous ! Reste à savoir ce qu’est un délit mineur et comment aménager les peines. Car il faut / il faudrait que ce soit contraignant, emmerdant pour les condamnés, et réellement utile à la société et bénéfique pour tous.

      Créer et entretenir des chemins de promenade accessibles aux handicapés ; déblayer la neige ! nettoyer les berges, les forêts, les parcs... ; emmener en promenade des personnes handicapées et âgées qui sortent très rarement car le personnel n’est pas assez nombreux ( et pas seulement en promenade mais aussi au cinéma, sur une terrasse de bistrot, dans un magasin... une pâtisserie !) etc .... je suis sûr que les bonnes idées ne manquent pas.

      Où et comment faire travailler ces condamnés ? certains pourraient passer les nuits chez eux ; d’autres dans des centres aménagés ( et pas forcément dans leur commune - ça dépendrait des besoins et des possibilités, et aucune demande d’aménagement ne saurait être tolérée) ; d’autres encore dans des prisons... Selon les disponibilités sur l’ensemble de notre territoire.

      Il faudrait qu’ils travaillent le week-end et pendant leurs congés ( 3 semaines sur 5 par ex, afin de ne pas rompre les liens familiaux )...

      Ça pourrait durer des années pour certains, selon les étalements et aménagements accordés par une commission spéciale ( dont au moins un magistrat ) car il s’agirait aussi de rembourser leurs victimes et les frais de justice ( ne serait-ce que partiellement).

      En cas de tricherie, de tromperie, de rupture d’un tel contrat de la « seconde chance » , un condamné se verrait expédié en prison sans passer devant un tribunal et accomplirait la peine prévue au départ depuis le début et n’aurait plus droit à un tel aménagement en cas de récidive.

      Les gens censés ayant commis une lourde faute comprendraient, accepteraient et pourraient reprendre une vie ordinaire. 
      Les fortes têtes continueraient de compromettre leur avenir... tant pis, la prison n’a pas pour vocation de guérir de la sauvageonnerie.


    • Fergus Fergus 8 février 16:31

      Bonjour, jakem

      Vous avez raison, les peines alternatives doivent avoir un contenu contraignant et être réellement utiles à la société. Cela existe déjà, mais avec une trop grande disparité sur le territoire, et des moyens insuffisants au niveau des services d’insertion et de probation (SPIP).

      Cela peut être combiné avec des mesures de « justice réparatrice » négociées par les juges avec les victimes, soit sous la forme de TIG visant à réparer directement des dommages par un travail ciblé ou sous la forme d’indemnisation financière par prélèvement mensuel.


    • gruni gruni 6 février 17:26

      Ton texte est du bon sens Fergus, et il n’est nullement question de faire preuve d’angélisme. Mais un prisonnier qui à sa sortie de prison est encore plus dangereux que le jour de son incarcération, ce n’est certainement pas la bonne solution pour la société. 


      • V_Parlier V_Parlier 6 février 17:39

        @gruni
        Donc je suppose que c’est la société qui doit quitter le pays...


      • Fergus Fergus 6 février 17:46

        @ gruni

        « il n’est nullement question de faire preuve d’angélisme »

        En effet, et je ne crois pas que, sur un dossier comme celui-là, des personnes comme Macron ou Belloubet puissent être soupçonnés d’angélisme ou de laxisme. Leur crédo est au contraire qu’il faut aller vers une condamnation de tous les actes de délinquance. Encore faut-il que la réponse pénale soit appropriée et - autant que possible - de nature à prévenir la récidive. 

        Un prisonnier aguerri par la prison et de surcroît nimbé d’une auréole de malfrat acquise en cellule est évidemment un très mauvais calcul pour la société.


      • gruni gruni 6 février 17:51

        @V_Parlier


        Non, la société doit-être protégée et la meilleure protection n’est pas forcément le tous en prison. Ce qui semble échapper à beaucoup de monde, et à certains responsables politiques pour raisons électorales. D’autres pays l’ont compris, pas nous.

      • Fergus Fergus 6 février 19:09

        @ gruni

        Ce qui démontre que le bon sens n’est pas forcément « la chose la mieux partagée du monde », n’en déplaise à ce vieux Descartes.


      • egos 7 février 14:17

        @gruni

        Saint-Marin, Comores, Liechtenstein,Timor Oriental, Isles Féroé etc. 
        c’est bien sur l’expérience de ces pays modèles en matière carcérale que toute analyse probante devrait s’appuyer.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès