• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Kabila 2016...2021 ? ou l’art de régner sans élections

Kabila 2016...2021 ? ou l’art de régner sans élections

Au Congo-Kinshasa, on sait maintenant quel argument phare va être utilisé pour repousser les élections au-delà de décembre 2018. Joseph Kabila, président hors-mandat depuis décembre 2016, n’aura même pas besoin de s’expliquer, parce que c’est le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa, qui devrait se charger d’assurer son maintien au pouvoir. L'astuce : l’utilisation des machines à voter, que nombreux appellent « machines à frauder ». Sans utilisation de ces machines, il n’y aura pas d’élections en 2018, a affirmé Corneille Nangaa. Un prétexte qui s’ajoute à une longue liste de manœuvres destinées à retarder le plus longtemps possible le départ de Kabila de la présidence du Congo.

Des prétextes qui se répètent depuis 2015 et qui constituent une véritable stratégie de maintien au pouvoir sans élections. Contraintes budgétaires, fichier électorale, crises sécuritaires, enrôlement des nouveaux majeurs, dialogues, gouvernement de cohésion nationale, bref, tout un art. On devine déjà, assez aisément, la suite des évènements.

« Machines à frauder », contraintes budgétaires et le boulevard pour 2021 ?

Une manière « polie » d’annoncer qu’on ne veut pas organiser des élections, c’est de créer les conditions d’une fraude massive. Les opposants ont alors le choix de participer à ces élections, et entériner les résultats frauduleux, ou refuser le cadre et cautionner le report des élections. Sur ces machines, même la Corée du Sud, pays de fabrication, a été obligée de s’opposer publiquement à leur utilisation par la voix de son ambassadeur à Kinshasa. Les États-Unis ont déjà affirmé leur opposition depuis longtemps. Il va donc y avoir une cacophonie et des débats interminables sur ces engins jusqu'en 2019. Personne ne sait quelle sera l'issue de ces palabres, mais Kabila, en fin mandat depuis décembre 2016, aura gagné une deuxième année supplémentaire.

Ensuite, en 2019, le Raïs va trouver une autre manœuvre dilatoire... il a l’embarras du choix : tiens, la communauté internationale rechigne à financer ces élections. Donc "contraintes budgétaires". Ou bien, on tue la population à Beni et en Ituri : "contraintes sécuritaires". Il y a 4,5 millions de Congolais déplacés de guerre : il faut commencer par ramener tous les Congolais dans leurs villes et villages. Bien entendu : à quoi ça sert de voter dans une circonscription vidée de sa population ? Et les Congolais de l'extérieur ? Ils sont combien, parce que 50.000 Ituriens ont encore franchi la frontière ougandaise pour fuir les troubles intercommunautaires en territoire de Djugu ? Il faut ramener ces compatriotes sur le sol congolais pour que le scrutin soit crédible. Ça prendra plusieurs mois, à condition qu’il n’y ait plus de milices qui attaquent la population. Sinon, il faudra suspendre les opérations de retour des populations jusqu’à ce que le calme revienne dans leurs villes et villages. Nous serons peut-être en 2020. Oups, les nouveaux majeurs !

Oui, l’enrôlement effectué en 2017 ne reflète plus la réalité de la démographie congolaise en 2019-2020. Entre 2017 et 2020, plusieurs millions d'adolescents congolais sont devenus majeurs. Ce sont des électeurs que le pays ne peut ignorer. D'autres Congolais déjà enrôlés sont déjà décédés. Il faut nettoyer le fichier électoral. Et pendant les nouveaux enrôlements, des troubles éclatent dans le Katanga parce que les partisans de Moïse Katumbi exigent qu'il soit candidat. Ou dans le Bandundu où on a encore amené des vaches rwandaises. Mince, on ne peut pas organiser les élections pour de raisons sécuritaires. On est en 2021, et Kabila vient de passer 5 ans supplémentaires au pouvoir, la durée d'un mandat.

On ne change pas les recettes qui fonctionnent. C'est reparti avec les contraintes budgétaires, les crises sécuritaires, les nouveaux majeurs, les "machines à frauder"... Il faut un nouveau dialogue ! Ça y est, le mot magique est lancé. Les politiciens se bousculent pour accéder à la mangeoire. Après cinq ans de galère, il faut bien gagner sa vie et payer ses factures. Un nouveau Tshibala ou Badibanga ne sera pas difficile à débaucher dans les rangs d’une opposition exsangue, pour former un nouveau gouvernement de cohésion nationale.

La communauté internationale dans tout ça ?

Elle disait en 2016 qu’elle exigeait la tenue des élections en 2016, dans les délais constitutionnels. En 2017, la même communauté internationale a exigé la tenue des élections en 2017. En 2018, la même communauté internationale a déjà affirmé qu’elle exige la tenue des élections en 2018. Kabila a déjà compris la chanson. En 2019, il sait que la communauté internationale va exiger la tenue des élections en 2019. En 2020, elle exigera la tenue des élections en 2020. Elle dira la même chose en 2021. Joseph Kabila aura passé 5 ans de plus au pouvoir, l’équivalent d’un troisième mandat. Et pourquoi ne pas tenter une nouvelle rallonge, parce que en 2022, la communauté internationale exigera la tenue des élections en 2022 ?

Au fait, pourquoi les autres dictateurs africains se donnent autant de mal à organiser des élections bidon alors qu’il leur suffirait de jouer la montre et tourner leurs opposants en bourriques, sachant que « la communauté internationale exigera la tenue des élections », c’est-à-dire ne fera rien du tout si ces élections ne sont pas tenues ?

Boniface Musavuli

Analyste politique, auteur des ouvrages :

- Les Génocides des Congolais – De Léopold II à Paul Kagame,

- Les Massacres de Beni – Kabila, le Rwanda et les faux islamistes.

 


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (1 vote)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • vesjem vesjem 4 avril 16:14
    Kabila 2016...2021 ? ou l’art de régner sans intervention coloniale

    • eddofr eddofr 9 avril 16:30

      Faudrait pas déconner non plus.


      Les premiers responsables du maintien de Kabila se sont les Congolais.

      Si vous n’en voulez plus, virez le !

      Parce que déjà l’intervention de la communauté internationale, la communauté occidentale en fait, par ce que c’est un peu les seuls qui ont les moyens d’intervenir, quand il y a risque humanitaire majeur, un génocide indubitable (vu à la télé) ou des armes de destruction massives (aux dires de la CIA), c’est pas simple, ça coûte une blinde (bon on se rembourse un peu en pillant les ressources locales mais ça va pas péter loin) et ça a toujours un vague relent d’intervention colonialiste. 
      Alors si y juste un petit problème de calendrier électoral, on va pas sortir les Marines, le M1 Abahams, les Drones et les rafales pour si peu !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès