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Accueil du site > Tribune Libre > « Kaizen » et « Lean Six Sigma »... c’est tordu !

« Kaizen » et « Lean Six Sigma »... c’est tordu !

Fusionnez kai "changement" et zen "bon", ajoutez Lean "maigre" et Six Sigma "six fois l'écart type" pour le taux de défaut d'une production, et vous obtenez le bonheur des salariés de l'industrie (Motorola, Toyota) mais aussi du secteur tertiaire.

Je résume : lancée par Motorola, l'idée est d'améliorer la qualité et l'efficacité des processus avec des analystes qui impliquent les équipes afin de satisfaire les clients. Le Lean ajoute la notion d'optimiser la productivité et de diminuer les effectifs.

quelques ressources pour ceux qui veulent déjà en savoir plus sur la théorie :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Six_Sigma

http://www.universite-lean6sigma.com/lean-6-sigma

Sont concernés les entreprises industrielles, mais aussi les assurances, les banques, le milieu hospitalier... c'est-à-dire tous les domaines où l'on peut analyser, décortiquer, les process et le fonctionnement des équipes de production ; réorganiser en standardisant et optimisant les méthodes ; mettre en place des outils de suivi statistique.

Et maintenant la pratique, que j'ai vécue au cours de mon expérience dans une, encore récente, vie professionnelle dans la banque :

Des analystes "greenbelt" voire "blackbelt" (niveau hierarchique dans la "secte") débarquent.

"Nous ne sommes là que pour vous écouter, vous comprendre, et surtout pour prendre en compte tout ce que vous faites en plus et qui ne vous est pas reconnu."

"Nous sommes là pour vous écouter et enregistrer toute amélioration pour les clients et les procédures que vous pourriez nous suggérer"

"Nous allons instituer des réunions quotidiennes durant lesquelles vous pourrez exprimer votre expertise pour améliorer la qualité et l'efficacité de votre équipe dans l'entreprise"

Suivent plusieurs semaines durant lesquelles chacun est invité à décomposer et chronométrer tous les détails de son poste de travail et des tâches qu'il exécute quotidiennement.

Les analystes, complaisants, presque "copains", font tout pour convaincre les salariés qu'ils sont "écoutés" et, la majorité le pense !

FIN de la période d'observation et d'analyse

Compte rendu des analystes à la hiérarchie et, puisque c'était le but : préconisations de standardisation des postes de travail et des process, pour obtenir la suppression de quelques postes et emplois.

Nouveau message aux salariés :

"Nous allons mettre en place des outils statistiques qui permettrons de suivre l'efficacité de votre groupe et détecter ce qui ne contribue pas à l'amélioration commune et continue de l'efficacité" !!!

"Les réunions quotidiennes seront l'occasion de commenter l'évolution de l'amélioration continue de l'efficacité, et à chacun de cibler les défaillances voire de critiquer les défaillants et de proposer de nouvelles idées de progression !"

Morale de l'histoire :

Les collègues, trompés, ont été les complices actifs des analystes et, désormais, les réunions quotidiennes les poussent vers une compétition malsaine.

Toute entreprise peut analyser ses process et vouloir les optimiser, mais obtenir que les salariés se mettent eux-même la pression, c'est nouveau et, c'est... tordu !


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12 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 3 octobre 12:28

    « ... obtenir que les salariés se mettent eux-même la pression, c’est nouveau et, c’est... tordu ! »


    C’est en effet tordu, mais c’est pas nouveau.

    La « démarche qualité », processus de philosophie anglo-saxonne apparu en France dans les années 90 est supposé « mettre en œuvre un système qualité et engager une démarche d’amélioration continue sur la base d’un contrat passé entre le candidat et un organisme commercial certificateur sur la base d’une charte de qualité » ...
    ça, c’est le côté émergé de l’iceberg.
    Sous la surface de l’eau, c’est un système de flicage complet et d’évaluation permanent reposant sur la participation active de volontaires qui ont à peu près le même rôle que les kapos de triste mémoire.
    Pour l’anecdote, on racontait que le prétexte à la nécessité de « certification » reposait sur les accords franco-anglais pour la construction du tunnel sous la Manche. Le contrat aurait prévue que les entreprise intervenantes devaient être « certifiées ». Les élus français ont signé sans savoir que les plus grosses boites anglaises l’étaient toutes, mais que la notion même de certification n’existait pas en France, ce qui a permis aux britanniques de se taper la part du lion.
    Mais peu importent les circonstances, ces méthodes, quel que soit leur nom de baptème, ne sont rien d’autre que des techniques de manipulation.

    • popov 3 octobre 13:37

      Quand des vétérans dans une boîte voient débarquer des blanc-becs tous frais sortis d’une école de business pour leur apprendre comment faire leur boulot, ça doit produire de la grogne.


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 3 octobre 14:38

        @popov
        Même chose pour les vétérans d’un pays quand ils voient débarquer des blanc-becs tous frais sortis d’une école de business pour leur apprendre comment se faire mettre avec leurs ordonnances, ça aussi ça va finir par produire de la grogne...


      • popov 3 octobre 15:58

        @Jeussey de Sourcesûre


        ...ça aussi ça va finir par produire de la grogne...

        Oui certainement, c’est sans doute pourquoi il se bricole un « état d’urgence » tout neuf.


      • Macondo Macondo 3 octobre 14:20

        Un pauvre type, ayant beaucoup fréquenté ses snobismes managériaux ayant produit la véritable gangrène industrielle que l’on a connu sur trois décennies, n’oublie jamais de faire sous lui par excès de crise de rire, lorsque Toyota rappelle une bagnole. Ce qui se passe « en vrai » dans un atelier, c’est bien plus fort que toute leurs théories fumeuses à visée productiviste outrancière et purement financière. Il se dit même, après avoir passé une serpillère pour effacer les traces de son émoi, que lorsque les ateliers seront « froids » et « noirs » n’ayant plus besoin d’éclairage ni de chauffage, étant occupés uniquement par des robots, il va tarifer son heure, au niveau de ce que ramasse le fieffé manager, en quinze jours. Levant son gobelet, il vante ce « retour historique de manivelle » et trinque à la bonne santé de notre vieux St Eloi ...


        • gaijin gaijin 3 octobre 15:33

          «  peut analyser ses process et vouloir les optimiser, »
          c’est là l’erreur cette idée d’optimisation : au delà d’un certain seuil plus on tente d’optimiser moins on optimise ......la sagesse populaire le disait : le mieux est l’ennemi du bien , a vouloir tout optimiser les contraintes s’accumulent de façon géométrique et le système s’ effondre sur lui même.
          un exemple simple c’est le moteur de voiture : le plus optimisé celui d’une formule un demande un temps énorme d’entretien et parfois ne finit pas la course ......le moins optimisé disons la 2cv va 4 fois moins vite mais 50 fois plus longtemps
          optimiser ne marche pas ( mais il est toujours plus facile d’accuser l’extérieur que de comprendre que c’est le modèle qui est absurde ) et cause de la casse sauf que le moteur de l’entreprise ( au sens large ) ce sont les gens et donc de la casse humaine : pathologies du travail , burn out , suicides .......
          un exemple de ce qui se passe :
          http://www.tv-replay.fr/redirection/03-10-17/dans-le-ventre-de-l-hopital-arte-12607208.html

          un ex qualiticien .........


          • Zolko Zolko 3 octobre 21:29

            @gaijin : « au delà d’un certain seuil plus on tente d’optimiser moins on optimise »
             
            en fait, le problème vient des impondérables, des imprévus : on peut assez facilement optimiser un processus continu, mais dans ce cas ce processus va se retrouver chamboulé au moindre imprévu. Si l’optimisation est absolu, il n’y a aucune marge, aucune possibilité de s’adapter.
             
            La question est alors : qu’est-ce qui coûte plus cher : une marge de X% ou une interruption totale tous les Y temps.


          • gaijin gaijin 4 octobre 10:19

            @Zolko
            « en fait, le problème vient des impondérables »
            oui c’est une grande part du problème mais pas que, les « procédures » sont chronophages et engendrent des flux documentaires qui n’ont rapidement plus rien a avoir avec le réel ( la production ) . ce système tend également a uniformiser les individus pour en faire des espèces de robots interchangeables et décérébrés au lieu de s’appuyer sur leurs compétences. il tend également a une judiciarisation du travail : face a un problème on cherche non plus une solution mais un coupable .....
            il est assez étonnant de constater que le libéralisme sombre a la fin dans les mêmes travers bureaucratiques que le communisme .......des comptables dirigent des entreprises ( au lieu d’entrepreneurs ) et on finit par planter du coton dans le désert
            coluche l’ annonçait : technocrates une nouvelle race de feignants , un technocrate c’est un mec tu le laisse tout seul dans le désert 3 ans après il importe du sable .....


          • Zolko Zolko 4 octobre 13:13

            @gaijin : "il est assez étonnant de constater que le libéralisme sombre a la fin dans les mêmes travers bureaucratiques que le communisme .......des comptables dirigent des entreprises ( au lieu d’entrepreneurs )"
             
            très juste. J’ai un article sur ce sujet. Si j’ai le temps de le revoir je vais le proposer en article sur AgoraVox.


          • Jurassix Jurassix 3 octobre 19:06

            Le probleme de ces outils (qui soit dit en passant sont indispensables), c’est que la plus part des entreprises ne l’attachent pas une notion tres importante : le taux d’occupation des salaries.

            Sur une chaine d’assemblage de vehicule par exemple, il y a un certain nombre d’operations a effectuer dans un temps limite, et ce pour respecter la cadence. Ces outils que vous citez sont la pour eviter le gaspillage et les pertes de temps pendant ce cycle, et avoir le taux VA(Valeur Ajoutee)/Non-VA le plus eleve possible.
            Et VA+NVA = temps de cycle, ou cadence. C’est la que le bas blesse : cela suppose que l’operateur va etre occupe 100% du temps, et donc enchainer les vehicules sans aucun repos.
            La solution ? Le taux d’occupation des operateurs, par exemple 80%. Cela veux dire que sur un cycle, l’operateur a 20% de temps de recuperation. Et du coup, VA+NVA=80% du temps de cycle.
            Tant que l’on ne legifere pas sur le taux d’occupation, certaines entreprises vont viser ce saitn graal de 100%, qui se traduit par fatigues, risques securitaires et non qualite.
            Comme souvent, ces outls sont tres bons, mais c’est la maniere de les utiliser qui est improtante.

            • Zolko Zolko 3 octobre 21:24

              "Nous allons mettre en place des outils statistiques qui permettrons de [...] détecter ce qui ne contribue pas à l’amélioration continue de l’efficacité [...] Les réunions quotidiennes..."
               
              ... sont une perte de temps et sont donc supprimés.
               


              • Ratatouille Ratatouille 5 octobre 01:05

                 @l’auteur

                tire toi au plus vite de cette boite ,qui va se planter rapidos .
                Ou alors tu reste ,et tu leurs en fait baver ,question de caractère,ou un peut de vice crapuleux mais conscient et juste,avec humour .bref le pire avec le meilleur de toi m^me .pas de bras ,pas de chocolat.Ou tu joue le jeux j’usque au burn-out .xanax 12 mois d’arrêt,mini coma en conduisant,divorce.
                justice ,procès , garde pas partagé des enfants,médecine ,prise de sang ,dépression,, raptus meurtrié ou suicidaire .
                La vie est un long choix pas toujours tranquille.
                 smiley

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