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Accueil du site > Tribune Libre > L’arabe à l’école. Un bien pour un mal ?

L’arabe à l’école. Un bien pour un mal ?

 Hakim El Karaoui, qui aurait l’oreille d’Emmanuel Macron, est l’auteur d’un rapport qu’il lui a remis sur « …l’islam et les pistes pour lutter contre le fondamentalisme islamiste ». A ce titre, il préconise notamment l’apprentissage de l’arabe à l’école au motif que cet enseignement serait une prérogative des salafistes dans les mosquées ou dans les écoles coraniques et qu’il conviendrait d’éviter cette proximité pour lutter contre ce fondamentalisme.

Partant de ce constat, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer y fait suite et propose donc l’enseignement de l’arabe à l’école présenté sous une autre considération « …cette grande langue littéraire doit être apprise par les personnes pas seulement maghrébines ». L’argument respectable du ministre ne convaincra personne si c’est l’outil de la lutte du gouvernement contre le salafisme car il résulte d’un enchainement bistourné de réflexions résumé comme suit.

Les salafistes enseignent l’arabe dans les mosquées, l’Etat ne veut plus que les musulmans soient au contact des salafistes dans les mosquées, donc on doit enseigner l’arabe à l’école. Ainsi pour que la mesure atteigne son objectif, les personnes n’iront plus à la mosquée écouter les salafistes. Qui peut croire cela ?

D’aucuns auraient plutôt imaginé qu’on interdise les salafistes dans les mosquées, pas simple.

Par ailleurs, de quelle langue arabe parle-t-on ? De l’arabe littéraire à en croire le ministre.

Or, nos mosquées sont d’origines diverses, financées par des pays musulmans différents et avec parfois des imams fonctionnaires de ces pays. La langue qui y est parlée est donc celle intelligible par ses ressortissants. Quel arabe va-t-on apprendre aux musulmans qui fréquentent la mosquée Turque de Nantes ou dans celle du centre culturel Turc à Paris Xe ? Et il n’est pas nécessaire d’être un éminent linguiste pour savoir que la langue de l’envahisseur arabe en Afrique du Nord, se différencie de celles dialectales des populations autochtones aux sources multiples. Celles plus largement diffusées dans ces territoires, dont l’arabe classique (qui n’est cependant pas généralisée), le berbère et le français ne permettent pas à tous ces musulmans de se comprendre.

L’arabe moderne est une langue courante parlée par les populations maghrébines et souvent utilisée par les administrations mais pas seulement, voyons quelques exemples.

Au Maroc la langue officielle est le l’arabe berbère qui était la langue des premiers unificateurs du Maghreb, les Almoravides. Leurs descendants maghrébins ne s’en revendiquent plus, leur préférant la culture de l’envahisseur Arabe assimilée depuis. Le gouvernement algérien souhaitant effacer même les réminiscences berbères pourtant historiques.

En Tunisie on parle derja (l’arabe tunisien) et l’arabe littéral.

En Egypte la langue officielle est l’arabe moderne et on parle principalement l’arabe égyptien proche de l’arabe classique.

L’arabe classique est la langue du Coran, mais peu pratiquée en réalité au Maroc et en Tunisie.

Etc.

Alors pour contrer l’« arabe des mosquées », le gouvernement nous dit que c’est l’arabe littéraire, la langue du coran, qui devrait-être diffusée à l’école. Sauf que l’arabe littéraire ne sera pas forcément compris par tous les ressortissants des pays du Maghreb où son instruction n’était pas généralisée. Il ne sera pas toujours compris des « gens de la rue » qui pratiquent des dialectes compris généralement entre ressortissants des pays du Maghreb mais pas avec ceux du Machrek (Moyen-Orient). D’autre part est-on certain que l’arabe des salafistes qui s’expriment généralement avec l’intention d’être compris du plus grand nombre, est toujours l’arabe littéraire ? Si ce n’est pas le cas, l’arabe littéraire à l’école n’empêchera rien.

On se rappellera au passage que le français est une langue largement diffusée dans les pays d’Afrique du nord depuis le Maroc jusqu’en Egypte. La promotion des langues est un outil politique au Maghreb, ceux qui promeuvent le français la langue du « colonialiste » couramment pratiquée par les intellectuels, s’opposent aux nationalistes qui utilisent l’arabisation comme instrument de l’islamisation des territoires.

Il convient donc d’être circonspect quant à la diffusion des langues. Si certains auraient deviné les arrière-pensées communautaires de N. Vallaud Belkacem, son successeur devrait pouvoir y réfléchir différemment d’autant que le motif n’est pas solide.

On voit que l’arabe à l’école ne conviendra pas à tous les musulmans en France, les particularismes forts et nombreux s’y opposent.

Le projet de M. Hakim El Karaoui ne risque-t-il pas d’agréger un peu plus un communautarisme déjà existant en lui donnant le ciment linguistique qu’il n’a pas ?

 

 Au début du XXe s. les bretons étaient encore isolés dans leur communauté culturelle et linguistique. Au motif de l’égalité des chances et pour les insérer dans la nation française, les petits bretons qui parlaient leur langue natale dans les écoles étaient punis. Au XXIe s. ne court-on pas le risque inverse avec l’arabe à l’école ?


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15 réactions à cet article    


  • Arthur S Bécassine 26 septembre 2018 17:33

    Ah bon ?

    On va recommencer à parler Breton ?


    • Pascal L 26 septembre 2018 17:53

      Très peu de Musulmans ont lu le Coran dans une langue qu’ils comprennent. Alors, s’ils peuvent le lire et le comprendre, cela peut multiplier le rejet de l’islam chez la plupart des Musulmans qui se revendiquent pacifistes.

      D’un autre côté, ceux qui ont la violence en eux y trouverons toutes les justifications. 
      En d’autres temps, on lisait « le Capital » ou le « petit livre rouge » dans de bonnes traductions. Cela évitait l’apprentissage de l’Allemand ou du Chinois. Le choix de l’arabe, seule langue autorisée traduit une volonté hégémonisme des califes, la langue des échanges étant alors le Syro-araméen qu’il fallait évincer. L’Allemand et le chinois n’ont pas ce côté marginal que pouvait posséder l’Arabe à la fin du 7ème siècle.

      • Thierry SALADIN Thierry SALADIN 26 septembre 2018 18:37
        Bonsoir,
        La question de l’arabe à enseigner ou pas dans les écoles françaises est une diversion. Orchestrée par des journalopes comme Bourdin, pour ne citer que lui, elle avait pour but de ne parler que du brochet (= l’arabe) afin de ne pas parler du requin (l’anglais) qui mettra tout le monde d’accord en bouffant ET le gardon ET le brochet, donc toutes les langues.
        L’anglais, ou plutôt le globiche pour transformer en esclaves les génération futures.
        Triste réalité.

        Cordialement.

        Thierry Saladin


        • Legestr glaz Ar zen 26 septembre 2018 18:55

          @Thierry SALADIN

          Je crois que vous sous-estimez la stratégie qui est en cours. Connaissez vous l’ISESCO et l’OCI (organisation de la conférence islamique) ? L’apprentissage de l’arabe dans les écoles de l’occident fait partie du programme de l’OCI à travers l’ISESCO. Les documents sont facilement consultables.Voici quelques liens :



          Alain Wagner dans ce court extrait d’une interview donnée au micro de Henri Dubos, expose point par point toute la stratégie d’invasion de l’Europe par les masses islamiques documents officiels à l’appui. Signatures d’accords, regroupement familial, construction de mosquées, immigration massive, enseignement de l’arabe à l’école : tout était écrit. Voici en vingt minutes la face cachée du processus de destruction de l’Europe.

          « Ces accords fondateurs signés en 1975, nous sommes en train de les vivre aujourd’hui »

          « Ce plan consiste à implanter des communautés islamiques civilisationnellement différente de l’Occident, qui fonctionnent selon les règles de la Charia, et qui ont pour vocation de prendre les postes-clés au niveau politique, économique et communicationnel dans les pays hôtes. La mise en œuvre de cette stratégie s’appuie sur les centres culturels, les mosquées, les écoles islamiques. »

          « Les centres culturels sont financés par les Etats, par le contribuable. »

          « Un enfant musulman qui va dans une école occidentale est considéré comme subissant une aliénation et une invasion culturelle »

          « Un des objectifs fondamentaux, précisé comme absolument fondamental et nécessaire, obligatoire, c’est l’enseignement de l’arabe aux populations occidentales »

          Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem agirait objectivement dans le cadre de sa fonction ministérielle comme un agent de l’ECI et de mise en place de cette stratégie de colonisation culturelle.

          « Nous avons ouvert les portes de notre pays à un processus de colonisation »

          Aujourd’hui le ministre de l’éducation nationale en remet une couche. La stratégie est sur la bonne voie.





        • Durand Durand 26 septembre 2018 20:26


          Et si on commençait par enseigner correctement le Français ?



          • Dom66 Dom66 26 septembre 2018 22:09

            @Durand

            Bien d’accord et aussi avant l’arabe il y a l’Anglais le Chinois.

            Et puis l’Allemand, pour le chien...là c’est pour rire


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 septembre 2018 11:18

            Passionnée par les langues, je trouve que comme les religions, celles-ci ne devraient pas être imposées dans un cursus. Je préférerais de loin un cours sur l’étymologie des mots que des cours de langue, obligatoires (comme le flamand en Belgique). C’est au moment où nous sommes motivé que nous devrions avoir la possibilité de choisir. Et des écoles de toutes les langues du monde devraient pouvoir exister,...en dehors de l’école. Pourquoi l’arabe et pas le sanskrit ?


            • Krokodilo Krokodilo 27 septembre 2018 12:54

              @Mélusine ou la Robe de Saphir. Content de voir que nous sommes plusieurs de cet avis. J’en avais fait un article il y a dix ans, inspiré du projet Evlang (Eveil aux langues), projet avancé, déjà expérimenté dans plusieurs pays et soutenu par certains pédagogues, à l’école primaire, après quoi on pourrait laisser une totale liberté de choix d’une ou deux langues étrangères parmi toutes, vivantes ou mortes, grâce à la mutualisation et à Internet. Notre monde a changé, mais l’Education nationale en reste à la planification à la soviétique ! Pire, ce qu’ils planifient, c’est imposer l’anglais de 7 à 77 ans, voire à la maternelle... Comme il transparaît dans le récent rapport Blanquer, et surtout dans les reportages :
              Ouest-France  
              BFM-TV
              le Figaro est plus nuancé
              Je pense aussi que les langues sont un cas particulier de l’enseignement et devraient faire l’objet d’un mode d’organisation également particulier, souple, optionnel par exemple une validation en 3e et au bac à un niveau réaliste.


            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 septembre 2018 13:05

              @Krokodilo

              Merci, l’erreur est de présenter la langue comme un moyen , un véhicule utilitaire et de ne pas suffisamment axer l’apprentissage sur la richesse, la symbolique et l’histoire de la langue. Je pense qu’il est important que l’enfant en bas âge maîtrise le mieux possible sa langue dite maternelle, le socle,...et après, assuré de ses bases s’enrichir d’autres branches pour enrichir sa source. 

            • Eric F Eric F 27 septembre 2018 11:27
              Que veut dire « à l’école », est-ce à l’école primaire ? ce serait une particularisation bien extraordinaire !
              Si c’est au collège en tant que « première langue vivante », ce qui semble être la position du ministre de l’éducation, pourquoi pas.

              • Krokodilo Krokodilo 27 septembre 2018 12:56

                Intéressant éclairage sur les langues arabes. je me suis toujours demandé à quel point les locuteurs des divers pays se comprenaient - ou pas. Tout ce qu’on me répond en général, c’est qu’ils se comprennent autant ou aussi peu que nous et les langues latines, italien, espagnol, roumain.


                • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 septembre 2018 15:05

                  Article qui tombe à pic. fête de la Communauté française. Je m’excuse, mais belge, je n’ai jamais aimé la langue flamande. C’est ainsi.


                  • zygzornifle zygzornifle 27 septembre 2018 15:55

                    Vu les résultats on peu bien supprimer le Français a l’école et ne garder que l’anglais et l’Arabe ....


                    • aimable 28 septembre 2018 08:14

                      il n’y a pas que les Bretons qui étaient punis s’ils parlaient leur langue ou le patois de leur région a l’école , même dans la cour de récré les hussards nous surveillaient et avaient toujours une oreille qui trainait .


                      • docdory docdory 28 septembre 2018 14:01

                        Vouloir apprendre l’arabe aux enfants pour empêcher la propagation de l’islamisme ( c’est à dire de l’islam ) est une idée idiote. 

                         C’est comme si on avait voulu apprendre l’allemand dans les années trente aux petits européens dans l’espoir d’ éviter la montée du nazisme !

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