• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > L’Assemblée Nationale aurait honoré, hier, un assassin

L’Assemblée Nationale aurait honoré, hier, un assassin

Hier, au volant de ma voiture, où l’on est forcément assis et attaché lorsque l’on conduit, sinon j’en serais tombé de ma chaise, j’ai entendu cette nouvelle incroyable : l’Assemblée Nationale a respecté une minute de silence en l’honneur de Jean-Marie Demange qui se s’était suicidé ce même jour.

Dans le texte qui va suivre, vous serez confronté à deux conditionnels, il y a le conditionnel de notre langue française, celui que l’on apprend à l’école, ou que tentent de nous apprendre nos aimés professeurs, et il y en a un autre, celui que j’appellerai(s), le conditionnel juridique (et non judiciaire quoique les conséquences elles sont judiciaires) et médiatique, conditionnel qui n’a rien de sémantique, rien, de linguistique, rien de grammatical.

J’ai donc été stupéfait d’entendre à cette même radio, France Info, que le député UMP Jean-Marie Demange aurait eu droit suite à son supposé suicide, à une minute de silence. Une minute de silence ! Or, et ce n’est pas un détail, une femme de 44 ans est morte. Et là il n’y a aucun conditionnel. Elle a(vait) deux enfants. Et là non plus pas de conditionnel. Quant au député, lui aussi est mort, sans conditionnel. Cependant, le supposé suicidé est un supposé assassin. Il aurait tué cette (femme) et ensuite se serait suicidé.

Le récit d’un témoin, lui n’est ni juridique ni médiatique (ici repris par Le Figaro) : Une violente dispute aurait éclaté, au point que des voisins ont alerté les secours. « J’ai entendu crier et j’ai vu une femme sortir sur le balcon » de l’appartement, a raconté à l’AFP un voisin retraité, René Rio, 60 ans. « Il l’a battue pendant au moins dix minutes », puis « il lui a tiré à bout portant dans la tête », a ajouté le témoin. « Lorsqu’elle s’est effondrée, il a reculé et a disparu dans l’appartement. Là, j’ai entendu un "Pan !". Au même moment, la police, qui avait été prévenue, débouchait dans la rue », a précisé le témoin. Vous remarquerez plusieurs choses : le témoin parle à l’indicatif et d’évidence il (c’est lui qui le dit par l’intermédiaire de ce journal) dit que le député a tué cette femme d’une balle dans la tête. Vous remarquerez aussi qu’il dit qu’il l’a battue pendant dix minutes au point que la police a été appelée et qu’enfin il a entendu un " pan" qui laisse supposer qu’il se serait tiré une balle dans la tempe. Du reste la préfecture de police et les enquêteurs le confirmeraient : Après avoir exécutée sa compagne, l’ancien maire de Thionville, lui aussi père d’un enfant, aurait retourné son arme contre lui et se serait donné la mort d’une balle dans la tempe, selon la préfecture de Lorraine et les enquêteurs. Il serait décédé instantanément.

Alors que les députés semble-t-il, eux parlent à l’indicatif : De son côté, le président UMP de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a exprimé sa « consternation » et sa « profonde tristesse » après ce « geste désespéré », soulignant dans un communiqué qu’il a également « une pensée particulière pour l’autre victime de cet acte tragique ». Ce qui me révolte, une profonde révolte, ce serait cette minute de silence en l’honneur d’un homme qui serait un assassin. Dans tout raisonnement il y a l’absolu et le comparatif. L’absolu c’est l’assassinat, le comparatif ce sont les situations. Or récemment, Sarkozy à grands renforts de publicité et de coup de menton, de colère a convoqué les répressifs de l’Etat à la suite de l’assassinat (cette fois-ci non au conditionnel dans la bouche du pouvoir) d’un jeune homme par un schizophrène. Dans l’urgence il fallait réformer le système de santé, celui de la justice, renforcer des fichiers et boucler à vie tous les malades mentaux. Et en comparaison (même si ce n’est pas raison) l’Assemblée nationale respecterait une minute de silence pour un homme qui aurait battu une femme pendant dix minutes et l’aurait trucidé ! Le scandale ne s’arrête pas là. Alors que l’on tire à boulets rouges sur le schizophrène, le milieu médicale et judiciaire, on excuse (oui on excuse !) le supposé acte de ce député. Il n’y a que mots de compréhension : « Jean-Marie Demange était un de mes collègues que j’appréciais, qui était actif, il avait eu du mal à se remettre d’un échec aux municipales à Thionville, et visiblement ça l’avait beaucoup affecté », a expliqué Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP interrogé par téléphone sur i-Télé. « Je ne sais s’il y a un lien entre les éléments dramatiques desquels nous parlons et cet échec aux municipales mais quoiqu’il en soit, c’est une perte pour l’UMP, et c’est un drame, un drame pour sa famille, un drame pour la famille de la femme qu’il a malheureusement assassinée. C’est un événement comme on aimerait ne jamais avoir à en vivre ».

Comme vous le lisez cet homme qui aurait battu une femme et l’aurait tuée était quelqu’un de bien que l’on regrette et qui a droit à toutes les excuses. Comparez donc ce jugement avec celui que la bien pensance porte à ces hommes qui battent leur femme, à ces hommes qui les tuent. Pas de mots assez durs contre eux, mais en revanche, un député, qui viendrait de retirer la vie à une femme mère de famille, après l’avoir battue, a le droit à toutes les justifications de la terre et aurait droit aux honneurs ! Tout cela est à vomir. Hier est donc un jour de honte nationale.

Tout cela pose évidemment un autre problème. Je sais que là je rentre dans un domaine dangereux et explosif : celui de la présomption d’innocence. Pour en revenir au supposé assassin et supposé suicidé, il faut savoir que l’action judiciaire va s’éteindre avec sa mort. Juridiquement il restera innocent car il ne sera pas jugé. On se souvient du débat qu’avait suscité le non lieu pour irresponsabilité. Il fallait un jugement. Il fallait absolument un jugement. C’était cette fameuse histoire du deuil et autres grande psychologie. Dans le cas du député, s’il a vraiment tué, les enfants de cette femme n’auront jamais de coupable. Ce que l’on veut pour un fou, un procès, on ne le peut pour un mort, qui cette fois-ci n’est pas au conditionnel. On voit la limite de la présomption d’innocence. Il y a une très grande confusion entre la culpabilité judiciaire et les faits. Si, devant vos yeux, et devant caméras, un homme en tue un autre, il y a bien une culpabilité. Il n’y a aucune innocence. L’un est mort et l’autre a tué devant témoins et cela est enregistré. Du reste, quand il s’agit d’autres pays, comme aux USA, ces étudiants fous qui massacrent des innocents, personne ne met de conditionnel, et personne ne parle de présomption d’innocence. C’est donc la grande confusion entre le judiciaire et les faits. Un assassin n’est pas innocent, même s’il n’a pas été jugé. Un voleur n’est pas innocent, même s’il n’a pas été jugé. Un escroc n’est pas innocent même s’il n’a pas été jugé. Cette présomption d’innocence est une protection contre tout justiciable pour éviter calomnies et vindictes. Cependant cela ne change en rien le fait tel qu’il est et cela ne change en rien les calomnies, ou si peu. Il n’y a qu’à voir toutes les affaires monstrueuses pour lesquelles le public a un avis sur la culpabilité. Cela va même plus loin puisque jugée, une personne peut-être considérée comme innocente par d’autres qui prennent leur défense comme par exemple les Rosenberg. Du reste on voit toute l’hypocrisie de l’article du Figaro où partout il y a ce fameux conditionnel alors que les témoignages, eux, sont à l’indicatif. 

Cette présomption d’innocence crée de facto une dichotomie entre le fait et sa réalité judiciaire. Et c’est cette réalité judiciaire qui détermine la nature de l’acteur : innocent ou coupable. Il peut donc y avoir parfaite disjonction entre le fait et la vérité judiciaire. Et encore, il faut pour cela que la justice passe. Cela veut dire aussi qu’entre le fait et le jugement, il y a un no man’s land de culpabilité car il n’y a que des innocents, alors que le cadavre est froid et que la famille est en deuil. Est-ce pour autant que je serais contre la présomption d’innocence ? est-ce que de démontrer ses limites c’est être contre ? La vérité n’est pas simple, cependant il faut pour vivre en société des règles. Et lorsqu’il y a une règle il faut qu’elle soit applicable dans tous les cas. Ce qui fait que dans les plateaux de la balance il y a les cas où l’assassin n’a rien d’innocent et les cas où il n’y a aucune certitude ou le supposé assassin est innocent dans les faits. Et si nous partons du principe que cette règle doit couvrir tous les cas, la seule solution, la moins mauvaise, est évidemment la présomption d’innocence. Mais ce n’est pas parce qu’elle est la seule solution qu’elle est exempte de défaut.

Je terminerai d’abord quand-même par un renouvellement de mon indignation et de ma profonde colère tant pour cette minute de silence et d’indignité nationale, que cette minute de silence est une seconde mort pour cette femme et un couteau dans la plaie pour ses enfants, que pour le traitement de cette information, par les excuses données à un acte qui pour toute autre personne aurait déclenché les foudres du Président de la République et aurait convoqué le ban et l’arrière ban répressif, que pour les paroles des autres députés qui s’indignent quand un schizophrène, malade mental tue et qui sont complaisants, infiniment complaisants, pour un des leurs lorsqu’il, lui, aurait tué après avoir battu une femme. Je terminerai ensuite par une pensée à cette femme et à ses enfants qui, dans le traitement de cette information subissent le dernier outrage d’un amalgame honteux entre le suicide et l’assassinat, le premier permettant de faire passer le second dans le même maelström de la déstabilisation d’une élection perdue, comme si cela pouvait être un prétexte et une excuse pour abattre et assassiner une femme, comme si un schizophrène était autrement plus coupable qu’un être sain d’esprit mais juste déstabilisé par une élection perdue, alors que dans la hiérarchie des choses le second est infiniment plus coupable que le premier. Honte aux journalistes, honte aux députés. Et double peine pour cette femme et ses enfants, sa mort et le traitement de sa mort et le traitement de son supposé assassin. Double tristesse.

vignette Wikipédia


NDLR : La minute de silence a bien eu lieu : "Les députés ont observé lundi après-midi une minute de silence à l’ouverture de la séance à l’Assemblée en mémoire de leur collègue disparu" (Le Monde). Voir également Le Post.


Moyenne des avis sur cet article :  4.46/5   (148 votes)




Réagissez à l'article

172 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 18 novembre 2008 11:43

    Bonjour,

    Je vois que je ne suis pas le seul à avoir été interpellé par cette affaire


  • appoline appoline 18 novembre 2008 15:23

    L’assemblée nationale a respecté une minute de silence : il y a bien que cela qu’elle respecte.

    Toujours un qui ne pourra pas faire comme Le Floch en sortant de tôle parce que trop souffroteux et riper aux states pour se refaire une santé.

    Je suis amère car même le silence ne mérite pas qie l’on se serve de lui afin d’honorer ce genre d’individu. Les violences contre les femmes ont encore de beaux jours devant elles. On fera en sorte d’étouffer cette affaire, de tuer une deuxkème fois cette pauvre femme, à charge des enfants de vivre avec cette douleur.


  • brieli67 18 novembre 2008 21:02

    c’étaient pas les premières scènes de violences familiales entre le docteur - Deputé- Maire UMP de Thionville et sa jeune compagne

     Le témoin qui se la "pette" devant les micros est un retraité CRS  !! !
    Pas mieux çui-ci que les badauds qui tendent régulièrement leur susucre-canard à tremper dans le résiné des AVP.
    S’il est connu dans l’enquête qu’un Médecin passe devant un accident de la route sans constater la prise en charge des blessés, il aura des gros problèmes juridiques et professionnels.

    D’autre part, les cordonniers sont les plus mal chaussés. Dans ce cas, d’abord les confrères députés puis les confrères médecins. Non assistance de personnes en danger...

    Voilà à la Justice d’enquêter, de faire son boulot cad citer nos obligations "citoyennes" .


    Fraternité et convivialité.





  • Prêtresse Prêtresse 18 novembre 2008 23:57

    La mise au jour de ce secret, il était l’ojbet d’une enquête.


  • La Taverne des Poètes 18 novembre 2008 10:59

    Cela montre, hélas, la conception de la démocratie vue par nos dirigeants. Un assassin est avant tout un député et fait donc partie de l’oligarchie honorable. La femme qui a été assassinée n’est pas de leur caste ; c’est une simple citoyenne et ne mérite aucune attention. Ses enfants non plus.

    Cela montre aussi l’intérêt qu’il y aurait de faire participer des citoyens aux débats de l’Assemblée. Non corrompus par ces moeurs politiques, ils auraient réagi en prenant la parole pour dénoncer cette décision, voire siffler si on leur refusait le micro.

    Il y a bien la France d’en-haut et la France d’en-bas, celle du Tiers-Etat qui n’est rien du tout et qui doit rester sur le côté et regarder le triste spectacle des élus privilégiés.


    • Gilles Gilles 18 novembre 2008 11:15

      Oui mais, un député, même un gros méchant, ça ne fait pas peur au téléspectateur. Le député ne va pas lui péter sa gueule, lui tirer son larfeuille (quoique...), cramer sa bagnole. Vous avez vu un député tirer des sacs à main dans le métro ?
      Le député est bien sur lui, parle bien, est poli, a une chouette cravatte. Même assassin, c’est un homme "bien" et peu intrusif dans nos vies, celles de la France d’en bas. Et il s’agit d’un cas isolé en plus ! On est triste pour son fils qui a perdu son pauvre père...victime d’un coup de sang et d’une dépression

      Tandis que le maghrébin, le noir, l’immigré, le pauvre, le sdf sale, la pauv’ racaille quoi, lui est un danger permanent. N’importe lequel de ces types pas clairs pourrait vous aggresser vous.. ;d’ailleurs, quand vous en croisez le soir le long d’une rue isolée, vous y pensez...
      Ces populations réagissent solidairement contre les bons français qui paient leurs impôts et représentent de fait une menace collective capable de se mobiliser violement pour nous terroriser
      Si un de ces mecs se fait buter dans un cass, une baston ou à un contrôle routier (mort naturelle, quoi !) on ne pleurera pas sur ses gosses, de la graine de racaille. Leur père n’avait qu’à être "honnête", merde alors ! Surtout qu’on sait que le gamin filera lui aussi du mauvais grain.

      Clair, non ?


    • Traroth Traroth 18 novembre 2008 12:25

      Pas tellement clair, en fait. On ne voit pas où vous voulez en venir, et si votre commentaire est ironique ou non.


    • Gilles Gilles 18 novembre 2008 14:10

      Il l’est.....ça illustre la différence des réactions que j’ai pu lire vis à vis d’un député qui abbat d’une balle en pleine tête une femme qu’il a trainé dehors en la rouant de coups et les réactions déchaînées vis à vis d’un mec pas clair, trop différent, qui commet un crime similaire, voir juste un délit bien moins grave

      Enfin j’espère que ceux qui ont plussé l’ont compris


    • JJ il muratore JJ il muratore 19 novembre 2008 10:23

      @ la Taverne. Vous dites que, aux yeux de ceux qui nous gouvernent, la femme assassinée ne mérite aucune attention. Pourtant B. Accoyer n’a-t-il pas dit qu’il avait une pensée toute particulière pour cette femme victime de ce drame ? C’est dans le fil d’Imothep.


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 18 novembre 2008 11:09

      Article pertinent, y compris sur l’effet pervers de la présomption d’innocence " à vie", du fait de la mort de l’auteur et donc de la prescription de l’action publique.


      • La Taverne des Poètes 18 novembre 2008 11:32

        Si l’assassin avait vécu, les députés auraient pu voter une loi d’amnistie comme ils l’ont déjà fait par le passé pour leurs magouilles financières. Car un député qui assassine, c’est quand même moins grave pour tous ces gros culs que de siffler la Marseillaise dans un stade.


      • Gilles Gilles 18 novembre 2008 11:33

        L’Assemblée s’en fout d’honorer la France
        L’Assemblée ne connait pas la France
        L’Assemblée ne sert qu’elle même et leurs Chefs
        L’Assemblée s’en fout de nos opinions ; de toute façon ils sont élus


      • Yohan Yohan 18 novembre 2008 12:23

        Effectivement Taverne. deux poids deux mesures comme d’hab


      • JJ il muratore JJ il muratore 19 novembre 2008 10:29

        @ le Furtif. ceux que vous citez avaient-ils eux aussi assassiné leurs compagnes ?


      • darthbob darthbob 18 novembre 2008 11:37

        @l’auteur : J’ai eu exactement la même réaction que vous. De la consternation vis à vis du traitement de cette information dans les médias et par les politiques...

        Je pensais qu’on allait nous expliquer le drame de cette mère de famille, de ses deux enfants... Nous expliquer ce qu’elle a vécu, pourquoi elle a été tuée aussi sauvagement !

        Non ! On nous dresse le portrait de ce député modèle, mère de Thionville, déchiré par une défaite aux élections (soi-disant). L’accent est mis sur sa fragilité et sa dépression (supposées) pour finement expliquer son crime.

        Le suicide ne doit pas faire oublier la mort de cette femme !

        Quant au choix de la minute de silence....






        • dom y loulou dom 18 novembre 2008 14:05

          je n’ai qu’un mot à dire ici : ignoble !


        • gaiaol 18 novembre 2008 11:37

          je n’approuve pas la minute de silence, mais

          je comprends le processus judiciaire que tu évoques imohtep mais tout de meem, en se tuant, il s’est jugé lui meem et s’es donné la mort. et ce jugement extrême, sans retour possible, peut être mû par un désespoir profond ou une folie passagère l’a anéanti. un suicide ne se fait pas sans souffrance.en se suicidant, il a été (peut être) moins clément avec lui meem que la justice des hommes (voir affaire cantat). non que je trouve le jugement de l’affaire cantat scandaleux, mais la comparaison est intéressante dans les similitudes.

          il reste les enfants, leur douleur et leurs questions sans réponse, ayant perdu leurs deux parents


          une femme est battue et meurt sous les coups tous les jours en france...


          • YPS 18 novembre 2008 12:41

            En ce suicidant s’est-il vraiment jugé et condamné lui-même, "cautionnant" alors la peine de mort, si je vous suis  ? On peut aussi penser au seul moyen qu’il avait d’échapper a la justice, "courage" dites vous ? Est-ce vraiment du courage, lorsque l’on est aveuglé par la haine de la vie, au point de tuer quelqu’un que l’on a aimé ? Voulait-elle le quitter ? Que sait-on réellement ? Avons nous les éléments pour parler ici de "justice" ?

            Ce n’est donc pas si simple, la détresse (certainement) d’un homme qui tombe "en enfer" et qui amène les autres avec lui. La violence trouve à sa source des souffrances profonde, une ignorance fondamentale pourrait-on dire... Se pose ici le regard que nous portons sur la violence et sur ses causes profondes. Je ne crois pas que cet homme se soit fait "justice", comme vous le dites(et comme ça se dit parfois). Parce que sa conception de la justice était alors devenue très arbitraire. Il battait sa compagne au point de la tuer, tout de même !

            Ce n’est pas parce qu’il c’est suicidé que l’on doit lui donner raions de l’avoir fait, (par esprit de "justice" argumenteez vous). Pensez vous aussi à ce que peuvent ressentir les proches de cette femme assassinée. Pour faire le deuil, il peuvent aussi avoir besoin de ressentir l’injustice de la situation, et aussi de comprendre ce qui c’est passé réellement. Peut-être auraient-il préféré le voir jugé et condamné, selon leur propre conception de la justice et de ce qu’est le suicide..En acte de violence contre soi, certes, un acte "d’amour", "une justice", une "fuite", est-ce si simple ? 

            Je ne vois pas de justice dans le fait d’avoir tué cette femme, et encore moins dans le fait de ce suicider pour cette raison, de mon point de vue.. Il y à toujours violence, et donc injustice. La justice implique du recul, de la sagesse, un sens de l’équité, une enquête, une évaluation des mobiles, une défense de part et d’autre, (on ne peut être juge et parti). Nous bien loin d’une quelquonque justice dans ce que vous dite (par compassion probablement pour cet homme, parce qu’il est mort). Il est vrais que la mort peut nous pousser à ne plus voir les gens de la même manière, comme si elle lavait les gens de leur passé.. 

            Pas si sûr, tout dépend des croyances. Pour certaine croyance après la mort vous emportez vos "valises" pour la vie suivante.. (Loi de causalité en bouddhisme) . Le mieux est donc de ne tuer personne dans cette vie, ni de se tuer soi-même, c’est toutjours une opposition au respect de la dignité de la vie, à la justice de la bienveillance et de la sagesse profonde de la vie..
            Quoi qu’il en soit il ne s’agir pas de hair les criminels, ni ceux qui se suicide, se serait aussi entretenir la haine... Il y en a assez dans le monde et ça ne résoud rien de bien.
            Grand débat !


          • oncle archibald 18 novembre 2008 16:31

            S’agissant de la mort, rien n’est jamais vraiment simple. Si l’on peut comprendre qu’une dépression aille jusqu’au suicide pour celui qui ne supporte plus sa vie, je suis toujours fasciné par ceux qui croient utile de supprimer aussi la vie de leurs proches et en général de ceux qu’ils prétendaient aimer, leurs enfants, leur femme, leur compagne...

            Cette rage de tuer avant de sortir soi même de la scène de la vie est quelque chose d’assez courant mais pour moi toujours totalement incompréhensible. Ces hommes, ou ces femmes parfois, seraient-il égoïstes au point de ne pas supporter que ceux qu’ils ont aimé leur survive ?

            Pour en revenir au sujet qui n’est pas le suicide, excusez moi de cette digression, mais les députés qui ont clairement honoré un homme qui a tué sa maîtresse, qu’on le considère ou non en état de démence au moment des faits, il est bien clair que leur geste est d’une part stupide et d’autre part lui aussi monstrueusement égoïste. Et le pire est qu’ils ne s’en soient même pas rendu compte !


          • JJ il muratore JJ il muratore 19 novembre 2008 10:36

            @gaiol. Tiens quelle surprise ! Un humain !


          • JJ il muratore JJ il muratore 19 novembre 2008 11:46

            @Imohtep et à l’écrasante majorité de ceux, ici, qui partagent son opinion.
            Il y a quelques années s’est produit un drame similaire qui avait pour cadre le quartier populaire que j’habitais. Tout le monde connaissait tout le monde. Il y avait encore cette chose précieuse qui s’appelle le Lien social. Voici ce qui s’est passé. Une voisine, appréciée et connue de tous, avait de fréquentes disputes avec son mari. Ils n’avaient pas d’enfants. Lui, était un petit serrurier de quarante ans. Elle, légèrement plus âgée que son mari, effectuait à son domicile de petits travaux de couture. Ce couple modeste allait mal. le serrurier était connu pour être un courreur de jupons. Nous l’avions surnommé Passepartout ! Son épouse en était malheureuse et nous l’entendions souvent crier après son infidèle de mari. Un matin on les trouvât tous les deux morts.
            Elle avait laissé un petit mot expliquant son geste de désespoir. Elle avait empoisonné son mari et elle-même avec des somnifères. Le défunt fut enterré dans son village d’origine. Elle le fut au cimetière de notre petite ville. Et bien tout le quartier, je dis bien TOUT le quartier se rendit au cimetière pour un dernier hommage à cette femme, y compris ceux qui ne l’aimaient pas. Etait-ce scandaleux que le petit peuple que nous étions fût capable de faire la différence entre une longue vie honorable et un instant de désespoir ? Avons-nous manqué d’humanité en ne mettant pas au premier plan le fait que c’était tout de même une meurtrière ? Ou bien, au contraire, en avions nous encore suffisemment pour accepter un instant que s’efface devant la mort rancoeurs privées, morale générale, jugements de tous ordres etc... ?
            C’est la question que je pose aux scandalisés par cette minute de silence.


          • LE CHAT LE CHAT 18 novembre 2008 11:43

            une honte pour la démocratie ! smiley je suis écoeuré !

            la France à 2 vitesses est une réalité , celle des puissants contre celle des manants ! on savait qu’il vaut mieux voler un boeuf qu’un oeuf , mais là un palier vient d’être franchi !


            • YPS 18 novembre 2008 11:55

               Hier je disais à mon épouse, "il ne manquerait plus que sa mémoire soit honorée dans le monde politique" ! "Je ne serai pas surpris que ça arrive", voyant arriver l’événement "gros comme une maison" . Ce qui risque aussi de faire du bruit .. J’ai ressenti précisément ce sentiment d’injustice, face au traitement de faveur possible d’un présumé criminel, un homme très violent, qui ne sera jamais jugé et condamné. Maintenant que vous dite que c’est fait, ça me fait à peu près la même chose que la très grave négligence politique, en 2003, celle qui a conduit des dizaines de milliers de personnes agées a mourrir isolées, pendant la canicule. On pourrait lister le nombre de négligences, d’incompétences qui font souffrir le peuple.. La liste noire est tristement longue..

              L’immunité parlementaire permet-elle d’imuniser les politiques de ce que peu ressentir le peuple, de les couper à ce point de l’humanité, de leur humanité ? Bien sur il y avait des affinités, des sentiments, des amitiés, bien sur on peut exprimer sa tristesse... Mais de là à honorer sa mémoire, il me semble aussi qu’il y à indécence et cruauté à légard de cette femme assassinée et de ses proches, et aussi du peuple. Chacun aurait pu regretter un ami, un collègue, avec discrétion.. En pensant à cette femme assassinée, à ses enfants sa famille qui ici passe pour une queantité négoligeable, j’ai pensé qu’il y a "deux poids et deux mesures" quand au fait que les "notables" se pardonnent le crime entre eux. L’élitisme, l’esprit de corps, la résistance à imaginer que ça puisse arriver dans leur "caste", eux si "purs" ! En honorant sa mémoire, ils se sont absouds de leur péchés, comme d’habitude  ! C’est moche et ne fait que donner du monde politique l’image la plus répulsive qui soit...

              Doit-on en conclure que la violence conjugale, contre les femmes, sera désormais regardé avec plus de "compassion" au lieu d’être condamnée et combattue fermement  ?


              • pallas 18 novembre 2008 12:06

                Sans une societe ou ont applaudi Cantat, grand pourfendeur de la moral, defenseur de la veuve et l’orphelin, a quand une chanson de sa part ou il denonce l’abus des femmes battu a mort apres tout. Il crache sur Sarkozy, mais lui, notre president, aussi People qu’il peut l’etre, n’a jamais battu sa femme, n’y violenté ses enfants, alors que le grand Heraut de la republique, de Gauche, tel que Cantat, n’a mine de rien, battu a mort Marie Trintignant, qui et la, c’est le meilleur, ce n’etait pas sa femme, mais sa maitresse, car a l’epoque, il etait marié, en plus de trompé sa femme, il bat a mort sa Maitresse, qu’elle homme delicieux, et applaudi pour son grand retour. D’un autre coté, il le film Mesrine, ou un Lascar, un tueur, un psychopathe, rendre au pantheon des Heros, c’est de mieu en mieu.

                Alors l’histoire de l’article, sa ne m’etonne pas du tout. Dans notre societe, ont applaudi, le voyou, l’assassin, le corrompu et ont crache sur la personne Honnete.

                Sa me rappel, ce jeune auteur, d’un livre qui a passer quelques temps en prison, car il etait un criminel des banlieues, en disant dans les medias, que ce n’est pas de sa faute, s’il etait mechant, mais que c’est a cause de la societe, le bla bla, habituel.


                • Traroth Traroth 18 novembre 2008 12:29

                  L’article ne parle ni de Cantat (qui a fait de la prison pour son crime, je me permets de vous le rappeler), in de Sarkozy. Prière de garder votre Sarkomanie pour vous, à ce propos...


                • LaEr LaEr 18 novembre 2008 12:40

                  "notre president, aussi People qu’il peut l’etre, n’a jamais battu sa femme"
                  Ca reste à prouver, car j’ai déjà entendu dire que sa première femme avait porté plainte.. La deuxième aussi en aurait souffert aussi....
                  http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=22548



                • appoline appoline 18 novembre 2008 15:29

                  @ Traroth
                  Vous dîtes que Cantat a payé sa dette ; allez dire cela aux enfants de Marie Trintignant et à sa famille. Tout comme cette femme, Marie Trintignant a été victime d’une belle ordure. Je trouve que le français a le pardon un peu trop rapide.


                • Traroth Traroth 18 novembre 2008 20:21

                  appolline : Pour moi, quelqu’un a payé sa dette quand la justice dit qu’il l’a fait. C’est pour moi l’unique référence. Si vous en avez une autre, je serais curieux de la connaitre.


                • appoline appoline 19 novembre 2008 13:07

                  Il n’y a pas de référence pour le chagrin d’une mère, d’un père, d’un enfant. Le fait que la justice ne soit pas toujours à la hauteur ne fait qu’accabler une famille déjà endeuillée.


                • Yohan Yohan 18 novembre 2008 12:16

                  Navrant, nos élus vivent sur une autre planète, de plus en plus déconnectés du monde réel. Commentaire qui concerne les élus de tout bord bien sûr. Les ors de la république, ça finit par attaquer les neurones


                  • Gül, le Retour II 18 novembre 2008 12:17

                    Imhotep,

                    C’est un magnifique article, véritablement excellent !

                    Votre indignation est, on ne peut plus, légitime.

                    Quant à vos questions, elles sont judicieuses concernant la présomption d’innocence qui s’arrête avec le décès malgré une preuve flagrante de culpabilité.

                    Et vous avez raison, nous pouvons avoir honte de ces députés sensés nous représenter, personnages élus qui nous recrachent au nez nos bulletins de vote.

                    C’est dire à quel point le peuple de France est important pour ces messieurs et dames aux yeux et au coeur éblouis par l’attrait du pouvoir...

                    Encore bravo pour votre papier et merci.


                    • Forest Ent Forest Ent 18 novembre 2008 12:24

                      Le thème est un drame familial. C’est un "simple fait divers", comme tous bouleversant pour les personnes concernées de près.

                      Deux sujets différents dans l’article.

                      Pour ce qui est des faits et de leur qualification judiciaire, il est certes évident que l’homme a tué, mais il est bien possible qu’il eût bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité. S’il s’est suicidé, son discernement était probablement suffisamment altéré pour qu’il ne puisse y avoir jugement sur le fond.

                      Des fous, il y en a beaucoup. Des fous qui tuent, il y en a quelques uns, on l’a encore vu récemment. Contrairement à ce que matraque notre président pour complaire à son électorat, la solution n’est pas judiciaire mais médicale. Ca fait 20 ans que l’on ferme à tour de bras les lits en psychiatrie publique, il ne faut pas s’étonner à l’arrivée.

                      Pour ce qui est de l’éventuelle commémoration par l’Assemblée, il me semble aussi qu’elle eût été mieux inspirée en rappellant si ce n’est pas le cas le travail fourni par le député et en déplorant le drame subi par la victime. Mais je n’y étais pas pour juger des termes employés.

                      En tout cas, ma sympathie aux proches.


                      • bozz bozz 18 novembre 2008 13:07
                        Première séance du lundi 17 novembre 2008 Présidence de Mme Danièle Hoffman-Rispal, vice-présidente

                        Mme la présidente. La séance est ouverte.

                        (La séance est ouverte à seize heures.)

                        1 décès d’un député

                        Mme la présidente. J’ai la tristesse de faire part du décès de notre collègue Jean-Marie Demange, député de la neuvième circonscription de Moselle. J’invite l’Assemblée à observer une minute de silence. (Mme et M. les membres du Gouvernement et Mmes et MM. les députés se lèvent et observent une minute de silence).


                        Voilà qui est bien sobre vous ne trouvez pas ? pas besoin de repartir dans le populisme idiot pour aussi peu.


                      • Forest Ent Forest Ent 18 novembre 2008 14:21

                        Effectivement, il y a une différence entre ce texte sobre et ce qui est présenté dans l’article comme provenant d’autres médias. Il est possible qu’il y ait eu enfumage par ceux-ci. Il vaut toujours mieux repartir des faits quand on le peut. Il y a une énorme différence entre "machin est mort, une minute de silence" et "une minute de silence en l’honneur de machin qui est mort".


                      • Imhotep Imhotep 18 novembre 2008 14:45

                         Je n’ai jamais écrit que l’Assemblée nationale avait demandé une minute de silence en l’honneur du député, simplement une minute de silence est en soi en l’honneur de quelqu’un. Une minute de silence est en soit un hommage. Il ne s’agit donc pas d’une critique d’une phrase mais d’un geste en l’occurrence la minute de silence. ce que vous dites ressemble à une médaille que l’on offrirait à quelqu’un sans ajouter de commentaire. La médaille en elle-même se suffit. Je persiste donc dans mon interprétation.


                      • SANDRO FERRETTI SANDRO 18 novembre 2008 14:52

                        @ Forest,
                        Oui et non. Si les députés ont été "pris de court", c’est à dire qu’on leur aurait imposé cette minute de silence sans avoir connaissance des circonstances du décès du Député-ni surtout de sa victime-, passe encore.
                        Mais tout de méme, j’en doute. Ils ont juste soigné la sobriété du communiqué, pas évité cette erreur (pour rester poli), ni cette insulte à la victime.
                        2 autres choses : moi qui ne regarde presque jamais les infos à la TV, je me suis "farci" exprès le 20H00 de TF1, pour voir comment ils allaient présenter cela, et pour avoir, éventuellement , une preuve concrète de l’inféodation au pouvoir actuel.
                        J’ai guetté en vain : il n’y a tout simplement pas eu un mot de l’affaire...

                        Bizarre, non ?
                        Car imaginons le méme tabassage/ assassinat/suicide comis successivement par un flic, un magistrat, un joueur de foot : la UNE coco ! on le mets à la une, j’te dis, qu’y dit le rédac. chef...
                        Et c’est là que ca ne va pas. Le silence géné de TF1, qui décide de passer sous silence ce qui n’est pas arrangeant.


                      • SANDRO FERRETTI SANDRO 18 novembre 2008 15:03

                        Enfin, une dernière remarque, Forest :
                        la symbolique de l’Assemblée (ou du Sénat). Quand on est ado, on nous apprend qu’ils nous représentent, peuple français, que c’est donc merveilleux, que c’est cela la démocratie.
                        ( j’ai dit ado, donc il y a longtemps que j’y crois plus, à le représentation nationale)

                        Alors, cette minute de silence, pour ceux qui y croient encore, aux petits représentants du peuple, est doublement catastrophique : elle veut dire que LE PEUPLE FRANCAIS a observé une minute de silence à la
                        mémoire d’un meurtier.
                        C’est quand méme sérieux. L’Assemblée nationale n’est pas un club de belotte ou une amicale du beaujolais nouveau
                        .Non ?


                      • Forest Ent Forest Ent 18 novembre 2008 16:56

                        Wikipedia

                        http://fr.wikipedia.org/wiki/Minute_de_silence

                        Une minute de silence est un moment de recueillement en hommage aux victimes d’une catastrophe.


                      • appoline appoline 18 novembre 2008 18:09

                        Désolée de vous déplaire mais point de minute de silence pour un assassin. Un peu de pudeur si l’honneur est relégué au dernier rang.


                      • Boduacus 18 novembre 2008 18:24

                        @FOREST Énorme différence, dites-vous. Pour moi, c’est tout au plus une nuance.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès



Partenaires