• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > L’aveu du 6 mai 2010

L’aveu du 6 mai 2010

Non, la bourse, temple du capitalisme, n'est pas un lieu de libre établissement des prix à la rencontre de l'offre et de la demande. C'est un lieu de manipulation, de maximisation de la manipulation et de couverture de la manipulation.
 
Dans un fameux article du 22 décembre 2014 (http://stratediplo.blogspot.com/2014/12/les-etats-unis-preparent-la-fin-de-la_22.html), on a expliqué comment les Etats-Unis ont mis fin à la libre cotation des métaux précieux, trois ans après avoir fait fixer (par la manipulation monstre du 6 septembre 2011) un cours plafond historique pour l'or. Et dans un article du 14 février 2016 (http://stratediplo.blogspot.com/2016/02/le-capitalisme-ne-secroulera-pas-un.html) on a expliqué comment ils procèderont à un ultime relèvement artificiel du cours international du dollar avant de mettre fin à la libre cotation des monnaies.
 
Puisqu'on expose dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre (parution imminente aux éditions Retour aux Sources) le concept du Big Reset, ou remise à zéro générale des compteurs, il n'est pas inopportun de rappeler aux crédules de la liberté des marchés l'affaire de la manipulation officielle des bourses étatsuniennes le 6 mai 2010.
 
L'effondrement boursier avait commencé au New York Stock Exchange (Wall Street). Peu importent les enchaînements d'événements ou de communiqués qui l'ont déclenché, comme d'habitude insignifiants par rapport aux conséquences qu'ils allaient entraîner, comme une goutte est insignifiante tant qu'elle ne fait pas déborder le vase dont on sait pourtant qu'il débordera effectivement à cause d'une goutte, ou comme pour les anglophones la paille fatale qui brise le dos du chameau. Concrètement, un courtier a peut-être mis en vente une très grosse quantité d'une valeur boursière, provoquant évidemment une chute brutale de son cours mais aussi une chute de la bourse, par contagion plus psychologique qu'arithmétique dans un marché où de toute façon toutes les valeurs sont irrationnellement hyper-surévaluées. Rétrospectivement toutes les autorités économiques ont avancé des explications, d'apparence logique.
 
On a évidemment interdit de soupçonner la pratique toujours autorisée de la vente à terme et à découvert, à savoir mettre sur le marché des promesses de vente de grosses quantités d'une valeur que l'on n'a pas, afin de faire baisser artificiellement ses cours pour l'acheter à un prix encore inférieur auquel on a promis de la vendre, pratique à la base de la fortune d'un George Soros qui jouit en totale liberté de sa destruction calculée (et sur ordre) de la livre anglaise et du Système Monétaire Européen. On a surtout initialement incriminé l'effet multiplicateur des "échanges à haute fréquence" qu'autorisent les programmes automatisés, sans expliquer pourquoi ce jour-là et pas tous les jours, ni d'ailleurs les interdire (ils ont été techniquement innocentés depuis lors). A l'opposé de l'explication robotique, on a incriminé l'erreur humaine de quelqu'un qui aurait tapé sur son clavier "billion" au lieu de "million", sans expliquer l'absence de sécurités automatisées sur de tels marchés et de tels montants alors que le moindre chèque sans provision ou la moindre tentative de retrait ou de paiement supérieure au plafond quotidien autorisé est systématiquement rejeté. On a désigné à la presse divers produits dérivés financiers ou actions d'entreprises, et divers agents de change ou banques, sans qu'aucune responsabilité ait pu être solidement démontrée. On a envoyé les Grecs se faire voir chez les Turcs (en Grèce occupée). Et, comme d'habitude, on a aussi livré à la presse et à la justice un bouc émissaire, boursicoteur amateur connecté depuis le garage de ses parents sur un autre continent. Bref, peu importe ce qui a déclenché le mouvement, en tout cas on n'a à ce jour trouvé aucune anomalie de fonctionnement du marché.
 
Quoi qu'il en soit, en quatre minutes trente (de 14h41 à 14h45'28") la capitalisation boursière étatsunienne a perdu un dixième de sa valeur, et cela aurait continué sans une grosse manipulation, reconnue et assumée, de la part des autorités boursères. Concrètement, cela signifie qu'en moyenne l'ensemble des entreprises étatsuniennes cotées en bourse ont perdu un dixième de leur valeur, compte tenu des règles comptables étatsuniennes de valorisation ; c'est loin d'être négligeable. C'était peut-être le début de l'inéluctable effondrement du capitalisme étatsunien, en tout cas une chute de 10% de l'indice Dow Jones en dix minutes était un événement sans précédent historique, et il faut préciser qu'il ne s'agissait pas d'échanges marginaux sur un marché endormi à minuit d'une veille de congés, mais de volumes particulièrement importants d'échanges, allant tous dans la même direction (à la baisse). Ce début d'effondrement est passé à l'histoire sous le nom de "flash crash". Toutefois, ce qui est troublant et révélateur n'est pas la fragilité du système, mais sa flexibilité à la manipulation autoritaire. En effet les autorités boursières sont intervenues pour arbitrairement corriger la chute de certaines valeurs, pourtant arithmétiquement établies par la confrontation automatisée de l'offre et de la demande à un instant donné. Elles ont aussi annulé certains mouvements et échanges sur les marchés dont elles étaient chargées d'assurer le libre fonctionnement. Parallèlement au New York Stock Exchange, le NASDAQ a aussi été manipulé sans complexe par ses autorités de régulation. Finalement tout s'est passé comme si on avait décidé, et eu la capacité, d'annuler tout ce qui s'était passé sur ces marchés entre 14h30 et 15h00. Sur cinq minutes on a artificiellement relevé les cours jusqu'à la récupération des mille milliards de dollars perdus dans la demi-heure précédente. Ultérieurement le monde politique économique a largement approuvé ces manipulations, ainsi devenues officielles.
 
Il est depuis lors clair aux yeux du monde économique (le quidam de la rue l'ignore) que la bourse étatsunienne n'est pas un libre marché, et que les autorités boursières y ont la capacité matérielle et l'autorisation politique d'y brider les mouvements, voire carrément d'interrompre la libre cotation des valeurs quand ce n'est pas, comme ce fut fait ce jour-là, de leur fixer arbitrairement des cours artificiel et de les imposer aux logiciels d'échange. Ce qui n'est pas clair est le degré de liberté des autres bourses du monde capitaliste, et l'allégeance de leurs autorités de régulation. On peut deviner que lorsque le cours des obligations étatsuniennes levées en dollar s'effondrera à Shanghaï les autorités boursières locales ne lui fixeront pas arbitrairement un cours artificiel, on peut deviner que si ça se passe à New York il y aura encore une intervention "corrective", mais on ignore ce qu'il en sera si c'est à Francfort, Londres ou Milan que le phénomène débutera.
 
Comme le 15 août 1971 et le 6 septembre 2011, le 6 mai 2010 est une date historique.

Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (11 votes)




Réagissez à l'article

11 réactions à cet article    


  • Arthur S NEMO 4 novembre 2018 13:47

    C’est très clair, très juste, mais pas nouveau, sauf pour ceux qui ne savaient pas que Christophe Colomb avait découvert l’Amérique.

    Aucun marché n’est « libre ». La loi du far-west est la loi du plus fort et l’évolution « naturelle » du marché est la mise en place de monopoles totalitaires privés pires que les despotismes politiques.


    • Attilax Attilax 4 novembre 2018 16:08

      Si, si, il existe bien un « marché » libre et citoyen avec des règles non biaisées et plus équitables. Celui de la Monnaie Libre... Encore faut-il la connaître smiley

      https://axiom-team.fr/quest-ce-que-la-monnaie-libre/


      • alberto alberto 5 novembre 2018 17:10

        @Attilax : merci pour le ilien !


      • Doume65 4 novembre 2018 16:49

        « On peut deviner que lorsque le cours des obligations étatsuniennes levées en dollar s’effondrera à Shanghaï les autorités boursières locales ne lui fixeront pas arbitrairement un cours artificiel

         »

        Pourquoi ? Les chinois sont-ils à tel point plus cons que les étasuniens qu’ils n’ont pas pensé à mettre en place cette « autorité régulatrice » chez eux ?

        PS : le coup de billion au lieu de million m’a bien fait rigoler. Y’à que sur les claviers boursiers que ces touchent sont ajoutées au pavé numérique.


        • zzz'z zzz’z 4 novembre 2018 20:46

          Plein de fois ils ont stopper les cotations… Mais c’est la première fois que j’entends parler de rollback.

          6 mai 2010, ok, merci !


          • izarn izarn 5 novembre 2018 13:05

            @zzz’z
            Si par exemple la Fed rachete en masse en montant les cours, ça fait un rollback facile...C’est surement ce qui se passe pour expliquer le cours encore délirant de Tesla, criblé de dettes...Comme la dette est garantie sur la valeur boursière de l’entreprise...
             smiley


          • izarn izarn 5 novembre 2018 13:52

            Bloquer un cours veut dire que l’action est pourrie...

            C’est donc totalement crétin. En fait les échanges vont diminuer. La valeur affichée ne servira qu’a garantir la dette de la socièté. Même comme ça, il n’y aura que la Fed et sa planche à billet qui s’y risquera. Les autres banquiers : Pas fous quand même...

            C’est comme ça que l’économie communiste s’est effondrée en URSS...

            Lénine disait : « Ils nous vendront la corde pour les pendre ». Sans savoir que ses successeurs feraient la même erreur.


            • BM 5 novembre 2018 14:06

              La bourse est devenue un bazar très compliqué et pipé depuis l’informatique...et même avant...

              Les rêgles du jeu ne sont pas les mêmes pour tous, alors...


              • Luniterre 5 novembre 2018 17:59

                Bonjour,


                Après lecture, j’ai mis la note maximale à cet article....


                Ceci-dit, ma curiosité maladive étant ce qu’elle est, surtout pour tout ce qui touche à l’histoire, et en premier lieu, à l’histoire économique, celle qui sous-tend toutes les autres, j’ai donc cherché plus loin, sur cet « incident » effectivement étonnant...


                Je ne peux pas retirer la note, mais en deux mots, voici pourquoi je devrais le faire :


                D’après les différentes sources, il y a bien eu suspension des cours et annulation d’une partie importante des opérations, mais pas de cours réellement imposé.


                Évidemment, cette intervention va dans le sens de les redresser, mais la relative stabilité qui s’en est suivie montre que la baisse brutale était bien due à diverses manipulations douteuses dont l’historique reste encore largement incompris, mais qui ne reflétaient pas forcément la réalité du marché, comme la suite l’a prouvé.



                Ceci-dit, il ne s’agit pas pour autant de défendre le système, et il y a, à sa charge, beaucoup plus révélateur et significatif, avec la pratique très officielle des « Quantitative Easing », dont on ne voit pas comment il peut s’en sortir, à terme, ce qui explique le caractère « larvé » et sans issue réelle de la crise, sauf par un krach ou un conflit majeur qui, de toutes façons, ruineraient l’économie mondiale.


                A ce sujet :


                https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/07/2008-2018-situation-internationale-10-ans-de-crise-quel-remede/


                Sur le « Flash-crash », un peu de doc :


                https://www.lesechos.fr/28/01/2016/lesechos.fr/021656618604_—flash-crash---du-6-mai-2010---le-jour-ou-le-temps-s-est-arrete-a-wall-street.htm



                https://www.challenges.fr/finance-et-marche/retour-sur-le-flash-krach-du-6-mai-2010_352132



                https://fr.wikipedia.org/wiki/Flash_Crash_de_2010



                https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Flash_Crash#Evidence_of_market_manipulation_and_arrest


                https://www.aef.asso.fr/publications/rapport-moral-sur-l-argent-dans-le-monde/rapport-moral-2010/le-flash-crash-du-6-mai-2010-l-146-innovation-contre-la-stabilit-eacute



                https://www.edubourse.com/guide-bourse/flash-crash.php



                Luniterre









                • Stratediplo 5 novembre 2018 19:21

                  Luniterre, merci pour vos commentaires. En effet les autorités boursières ont reconnu avoir annulé les opérations entre telle et telle heure mais n’ont pas confessé avoir manipulé ou fixé les cours, toutefois annuler toutes les opérations ayant réduit le cours d’une valeur de A à B revient concrètement à imposer le cours initial A en remplacement du cours final B. Et votre interprétation de la relative stabilité consécutive n’est qu’une interprétation possible : une autre interprétation pourrait être que les courtiers ont renoncé à se battre contre les autorités boursières qui venaient de montrer leur toute-puissance et qui ont mis les moyens sinon financiers du moins électroniques pour relever artificiellement les cours, et en ont au contraire profité. Certes votre interprétation est soutenable si vous croyez vraiment que les cours de la bourse étatsunienne reflètent réellement la valeur arithmétique des actions et ne sont pas extrêmement surévalués dans une « bulle » complètement irréaliste. Une petite étude de la réalité économique des entreprises cotées au NYSE et au Nasdaq, portant par exemple sur la valeur historique des actifs au bilan (selon les anciennes méthodes comptables françaises révoquées par la Commission Européenne), sur les engagements hors bilan, sur la capacité d’autofinancement et d’endettement, sur les profits nets avant résultat financier, sur les équilibres financiers long terme / court terme etc. pourrait entamer les postulats à la base de votre interprétation.


                  • Luniterre 5 novembre 2018 20:08

                    @Stratediplo

                    Vous constatez justement :

                    "Une petite étude de la réalité économique des entreprises cotées au NYSE et au Nasdaq, portant par exemple sur la valeur historique des actifs au bilan (selon les anciennes méthodes comptables françaises révoquées par la Commission Européenne), sur les engagements hors bilan, sur la capacité d’autofinancement et d’endettement, sur les profits nets avant résultat financier, sur les équilibres financiers long terme / court terme etc. pourrait entamer les postulats à la base de votre interprétation."

                    Et il n’y a pas de désaccord entre nous sur ce plan, mais la réalité des marchés financiers ne repose plus depuis longtemps sur les nécessités réelles du secteur productif. En ce sens, c’est un marché « réel » de capitaux fictifs, qui s’échangent comme des « hôtels » en plastique ou des cartes de « monopoly », ni plus ni moins. Quand une partie des cartes est trop écornée par le jeu, on les retire, mais aux frais de la Banque Centrale, c’est ce qu’on appelle les « Quantitative Easing », et c’est ce qui bloquera inévitablement la partie, un jour ou l’autre.

                    Tant que le capital fictif reste fictif, la partie continue, dans un univers financier fictif, mais qui domine le réel, et possède, en quelque sorte, sa propre réalité...

                    Un monde parallèle, mais qui vit au détriment du monde réel.

                    Mais c’est le monde capitaliste qui lui a donné naissance pour pouvoir se développer et qui ne peut s’en passer comme source de financement.

                    Il y a la même différence entre le capital financier et le capital productif qu’entre le pop-corn et le grain de maïs : c’est la même chose, simplement gonflée dans le chaudron de la spéculation...

                    La « valeur réelle » du capital productif n’a tout simplement plus cours, dans un monde de bouffeurs de pop-corn !

                    Luniterre

                    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/07/2008-2018-situation-internationale-10-ans-de-crise-quel-remede/

                    ******************************

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès