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L’échec de la loi Sempronia, ou la fin de l’illusion politique

 Les réformes agraires initiées par les Gracques constituent une tentative exemplaire de redistribution rationnelle des richesses au profit des classes les moins favorisées de la population. Revêtus des pouvoirs et de la dignité de tribuns de la plèbe, soutenus par une austérité morale et des vertus personnelles soulignées en son temps par Plutarque, dotés de toutes les qualités d’éloquence, de détermination et de justice qui pouvaient leur permettre de mener à bien leur tâche, favorisés dans l’accomplissement de celle-ci par une situation objectivement inique et par le soutien d’une bonne partie des citoyens de Rome, Tiberius et Caïus Gracchus avaient tout pour réussir. Leur échec total et la faillite absolue de leurs réformes n’en sont que plus représentatifs de la fin des illusions politiques, dès le second siècle avant notre ère.

 Petit-fils de Scipion l’Africain, le vainqueur d’Hannibal, Tiberius Gracchus est élu tribun de la plèbe en 133 av. J.-C. Profitant de circonstances favorables, les consuls étant absents de Rome, il propose une loi révolutionnaire, la Lex Sempronia, qui projette de mettre fin aux usurpations de l’ager publicus. En théorie propriété du peuple romain, l’ager publicus était dans les faits occupé par une minorité de grands propriétaires terriens, de classe sénatoriale. La Lex Sempronia instituée par Tiberius limite à 125 ha les parcelles individuelles, et décide redistribuer toutes les terres récupérées aux citoyens pauvres, par lots de 7 ha. Afin d’appliquer ces dispositions, un triumvirat est élu, composé de Tibérius, de son frère Caïus, et de son beau-père Appius Pulcher.

 Cette loi suscite une opposition virulente du Sénat qui, par un coup de force, obtient qu’un des collègues de Tiberius, Octavius, y oppose son veto. Octavius est destitué par le peuple et la loi est finalement votée. Tiberius est assassiné au Capitole le jour du concile de la plèbe, alors qu’il brigue un second mandat. Son corps est jeté dans le Tibre, trois cents de ses partisans sont massacrés.

 Une dizaine d’années plus tard, en 123 av. J.-C., son frère Caïus est à son tour élu tribun de la plèbe. Il entreprend une vaste série de mesures, notamment des fondations de colonies et des distributions de blé aux citoyens défavorisés. Il reprend la réforme agraire de son frère en restituant le pouvoir de juridiction aux triumvirs et en portant à 50 ha la valeur des lots distribués. Alors qu’il supervise à Carthage la fondation d’une nouvelle colonie, il est victime d’une campagne de dénigrement à Rome de la part de ses adversaires. N’étant pas réélu au tribunat de la plèbe et voyant ses mesures abrogées par le consul Opimius, il fait sécession et il est finalement assassiné alors qu’il avait cherché refuge dans un bois sacré. D’après Plutarque, son corps et ceux de ses partisans furent jetés dans le Tibre, tous ses biens furent confisqués. C’est la première fois que des luttes intestines prirent une telle ampleur à Rome. La loi Sempronia fut abrogée, le partage des terres annulé, d’après les historiens il n’y avait plus qu’environ deux mille citoyens propriétaires fonciers à Rome à fin du second siècle avant J.-C. Le tribunat de la plèbe voit quant à lui ses prérogatives abaissées après les Gracques. Sylla lui retire le pouvoir d’intercessio, César utilise les tribuns à des fins d’agitation politicienne. Les rivalités politiques à Rome prennent de plus en plus une tournure militaire, les terres sont dorénavant distribuées aux légionnaires. C’est la fin de la Res Publica et l’avènement de la Dictature, puis du Principat.

 Les réformes des Gracques représentent ainsi la dernière et la plus considérable tentative de redistribution législative des richesses dans l’Occident classique. Près de vingt siècles plus tard, le même processus historique se renouvellera lorsqu’à la Convention nationale succèdera une dictature militaire de type impérialiste.

 

Sources

- Jacques Ellul, Histoire des institutions, t.1-2, L’Antiquité

- Plutarque, Vies des hommes illustres, Tiberius et Caïus Gracchus

- Wikipédia, Les Gracques


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4 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 11 mars 09:39

    « Près de vingt siècles plus tard, le même processus historique se renouvellera lorsqu’à la Convention nationale succèdera une dictature militaire de type impérialiste. »


    Tiens à propos, il a l’air de tenir à célébrer la mort du grand boucher, Troufignon !


    • Passante Passante 11 mars 10:56

      pour voir Tibère « de l’intérieur », il faut Tacite..

      c’est dans les annales ! et ça va du sénat romain au sénat US  

      toujours les mêmes, l’homme descend du sénateur.


      • rogal 11 mars 11:47

        Pas assez de troupes derrière eux, les Gracques.


        • La politique est le moyen pour des hommes sans principe de diriger des hommes sans mémoire .

          Volontaire ,

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