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Accueil du site > Tribune Libre > L’éducation populaire à la croisée des chemins

L’éducation populaire à la croisée des chemins

Tout le monde ou presque se réclame de l’éducation populaire. Mais au fait : d’où vient l’éducation populaire et quel est son avenir ?

Les deux histoires : celle de l’éducation populaire et celle de la laïcité sont intimement liées. Elles ont des pionniers communs et notamment le premier moderne : Condorcet lui même.

Si l’Education populaire a possédé et possède encore trois rameaux, c’est le rameau laïque qui a le plus fleuri .

Aujourd’hui ce mouvement attaqué par quelques toxines comme le libéralisme et le communautarisme doit se défendre contre ses ennemis et certains de ses faux amis.

En ce début du troisième millénaire, presque toutes les grandes organisations d’éducation populaire se réclament de la laïcité, même l’UFCV, fondée par des pasteurs de l’Eglise catholique .

D ’autres comme les scouts de France se prétendent ouverts à toutes et à tous, certes mais ils restent « des acteurs majeurs de la pastorale des jeunes » dans le cadre de la mission évangélique de l’Eglise.

La laïcité ce n’est pas l’ouverture à tous proclamée pour en fin de compte diffuser une idéologie religieuse.

La laïcité, ce sont trois principes et là je cite Pena Ruiz :

« la liberté de conscience fondée sur l’autonomie de la personne et de sa sphère privée, la pleine égalité des athées, des agnostiques et des divers croyants, et le souci d’universalité de la sphère publique, la loi commune ne devant promouvoir que ce qui est d’intérêt commun à tous ».

Aujourd’hui les associations authentiquement laïques confédérées dans la JPA représentent plusieurs millions d’adhérents répartis dans plusieurs dizaines d’associations et fédérations nationale et intervenant aussi bien dans un petit villave creusois que dans les grandes villes.

 

1- C’est quoi l’Education populaire ?

Pour certains l’éducation populaire c’est l’éducation de toute la population , de tout le peuple.

Voici là deux définitions dominante fort restrictives

  • "L’éducation populaire regroupe toutes les formes d’éducation en dehors de l’école." (une définition dominante - hélas !)

  • "L’éducation populaire est le processus par lequel le destinataire de l’acte éducatif est associé à la définition des contenus légitimes de savoirs transmis." (une définition pédagogique)

Je préfère reprendre une définition originelle qui ancre l’éduc pop dans la transformation sociale.

"L’éducation populaire est le développement des capacités de chacun à comprendre son environnement, à pouvoir s’y situer pour agir à le transformer."

Condorcet est sans contestation possible le premier concepteur moderne de l’éducation populaire, il précise d’ailleurs très clairement sa pensée dans son rapport présenté en avril 1792 et intitulé :« l’organisation générale de l’instruction publique » :

et à l’occasion de son discours à l’Assemblée nationale législative le 2 avril 1792

"Messieurs,

Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs ; Assurer à chacun d’eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d’être appelé, de développer toute l’étendue des talents qu’il a reçus de la nature, et par là, établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi :

Toutes celles et tous ceux qui aujourd’hui s’inscrivent dans l’accompagnement pour la construction de la cohésion sociale, c’est à dire l’acceptation de la société telle qu’elle est devrait lire et relire Condorcet.

 

2- L’éducation populaire et sa matrice laïque

Pour les républicains qui comme Jean Macé poursuivront la réflexion et le combat de Condorcet il s’agit de permettre au peuple d’accéder aux savoirs, à la connaissance pour devenir pleinement un acteur dans le cadre de la construction de la république.

Jean Macé a voulu améliorer l’instruction en France, la rendre accessible à tous. Il va ainsi fonder le 15 novembre 1866 la Ligue de l’Enseignement, mouvement qui se développera sur tout de territoire sur une orientation démocratique... La Ligue va agir pour la fondation d’une école publique gratuite et laïque et pour une éducation complémentaire dans le cadre de cours du soir, de bibliothèques .

 

3- Les deux autres matrices

Au même moment, le mouvement ouvrier français commence à s’interesser à l’éducation populaire en mettant en place des bibliothèques et des universités populaires.

Henri Tolain a été impressionné par l’action menée par le mouvement ouvrier anglais et c’est de retour de l’exposition universelle de Londres qu’il jettera avec d’autres les bases d’une éducation populaire ouvrière

Pour Fernand Pelloutier l’éducation est un prélude à la révolution « ce qui manquait à l’ouvrier, c’est la science de son malheur », il faut « instruire pour révolter ».

L’Eglise ne restera pas inactive, il lui faudra elle aussi se préoccuper de l’éducation permanente, non dans un souci démocratique mais pour que les familles restent chrétiennes et que l’enfant, homme en devenir suive sur le bon chemin.

En 1899, Marc Sangnier constitue le Sillon, mouvement d’éducation populaire qui doit en regroupant la jeunesse ouvrière et des fils de notables reconcilier l’Eglise et la République..

Il va ainsi fonder des patronages catholiques et des instituts populaires. La hiérarchie catholique intéressée par l’initiative va très vite s’inquiéter notamment au moment du vote de la loi du 9 décembre 1905 quand de nombreus sillonnistes vont se prononcer en faveur de la loi de séparation des églises et de l’Etat.

4- Le début du 20ème siècle et l’essor de l’éducation populaire laïque

L’éducation populaire et ses trois branches, républicaine, ouvrière et chrétienne va se développer au début du 19ème siècle en créant des patronages, des colonies de vacances et en formant ses cadres formatés au service de l’objectif propre à chaque mouvement.

Les premiers patronages voient le jour

Si le premier patronage est né dans les années 1830 de l’initiative d’un libraire créant « la société des amis de l’enfance », cette forme d’encadrement d’enfants et de jeunes va se développer à partir de 1849 avec les premières structures initiées par ces dames patronnesses qui veulent loger des jeunes apprentis et répondre aux besoins de formation sociale et physique d’enfants.

Après la promulgation des lois scolaires de 1881 - 1882 - 1883, les « patros » vont connaître un réel essor avec l’engagement militant d’instituteurs laïques voulant occuper le terrain du jeudi pour l’enlever aux curés.

En 1895, à son congrès du Havre, la Ligue de l’Enseignement envisage officiellement de se consacrer aux patronages.

On comptait en 1900 : 1276 patros laïques et 4168 ecclésiastiques et en 1907 : 2364 patros laïques étaient recensés.

Les patronages laïques vont se fédérer en 1938 au sein de la Ligue de l’Enseignement avec « UFO patronages ».

La fonction des patronages est triple : une fonction de garde, une sanitaire et sociale et enfin une idéologique avec pour les uns la formation du citoyen républicain et pour les autres celle du serviteur de dieu !

Le développement des colonies de vacances.*

La première « colo » a été fondée par un pasteur suisse zurichois Wilhem BION en 1876.

Certaines colonies de vacances répondront essentiellement aux besoins sanitaires et sociaux, d’autres seront des compléments de l’école... mais peu à peu la tendance éducative primera : « la colonie de vacances est un centre éducatif où santé et caractère se développent de pair » (définition donnée par le Comité National des colonies de vacances et oeuvres de plein air).

  • En mai 1934, la Ligue de l’Enseignement fonde UFOVAL (l’Union Française des Oeuvres de colonies de Vacances Laïques) privilégiant l’aspect éducatif.

  • L’UNCV créé en 1907 devient le 3 mai 1934 l’UFCV (l’Union Française des Colonies de Vacances) d’obédience catholique.

Les patros et les colos manquent cruellement de cadres formés... cette pénurie va être comblée sous le front populaire.

  • En 1936, avec l’appui de Léo LAGRANGE, sous secrétaire d’état à l’organisation des loisirs et des sports, l’éducation populaire va connaître un développement prodigieux avec le théâtre, le cinéma, l’aviation populaire. L’activité physique et sportive ne sera pas réservée à une élite privilégiée : chaque école (ou presque) aura son préau, son stade ou son terrain de jeu !

« Qu’on m’entende bien ! Il ne s’agit point de distribuer une culture au rabais qu’on aurait baptisée populaire pour en marquer la pauvreté, mais au contraire de créer pour les larges masses dans l’ordre de l’esprit, l’instrument de leur libération et de leur dignité. »

Qui aujourd’hui serait en désaccord avec cette déclaration faite par Léo LAGRANGE le 25 juillet 1936.

  • Avec l’appui des pouvoirs publics, la Ligue de l’Enseignement et les Éclaireurs de France, mouvement de scoutisme laïque créé en 1911, vont organiser un stage de « moniteurs » surveillants à Beaurecueil du 26 mars au 3 avril 1937.

C’est ainsi que naissent les CEMEA, Centre d’Entraînement aux Méthodes Éducatives Actives.

A la veille de la guerre, les colos et patronages ne sont pas nombreux.

La vie de l’enfant est modifiée grâce à la scolarisation jusqu’à 14 ans, aux congés payés et à la semaine de 40 heures mais un effort reste à faire par rapport aux loisirs.

VERS DES LOISIRS POUR TOUS.

Pendant l’occupation, la résistance des pédagogues s’organise pour lutter les armes à la main mais aussi pour prévoir l’avenir.

Pierre FRANCOIS, responsable des Éclaireurs de France propose que se constitue un grand mouvement d’enfants.

Les Francs et Franches Camarades vont naître officiellement le 2 novembre 1944 avec l’aide des Éclaireurs, des CEMEA, de la Ligue de l’Enseignement et du syndicat national des instituteurs.

  • La démarche éducative des FFC repose sur le jeu : « Tout le monde enfantin joue ; les animaux jouent ; filles, garçons, petits ou grands, ils ont chacun leur manière, mais ils jouent. C’est pour eux une nécessité impérieuse. Besoin de jeu, besoin d’action l’un ne va pas sans l’autre. »

  • L’objectif est de toucher les milliers d’enfants qui sont dans la rue, créer de nombreux patronages, faire disparaître la formule de garderie pour initier une pratique éducative.

Les comités d’entreprise vont créer après la libération des structures de loisirs. Les syndicats vont prendre une grande place dans l’organisation des loisirs éducatifs et culturels. C’est naturellement en parallèle et conjointement que les mouvements associatifs d’éducation populaire et les syndicats vont agir pour promouvoir des loisirs de qualité et de masse.

Des patros aux centres de loisirs.

  • Dans les années 50, les Francs et Franches camarades (FFC) qui organisent des groupes d’enfants sous forme de camaraderies veulent créer une nouvelle structure : le centre aéré comme cadre permanent de loisirs de l’enfant, implanté à proximité de la ville, et ouvert le jeudi et durant les vacances scolaires.

  • Les FFC deviennent le 17 septembre 1953 une fédération nationale des patronages laïques, la Ligue de l’Enseignement ne reconduisant pas son UFO patronages.

Les FFC vont mener une campagne publique pour que des espaces pour les enfants, des plaines de jeux et des terrains d’aventure soient prévus et construits, afin que le seul univers des enfants ne soit pas constitué de blocs de béton !

Pour développer des espaces éducatifs de qualité complémentaire à l’école, les FFC vont proposer que les patronages se transforment en centres de loisirs.

L’éducation populaire va prendre son essor durant le front populaire avec le développement du cinéma, du théâtre et des auberges de jeunesse .

Les associations laïques d’éducation populaire agissent de concert et en lien avec le mouvement ouvrier, c’est ainsi que les CEMEA , centres d’entraînement aux méthodes actives vont être fondés en 1937-1938 et que les Francs et Franches camarades vont à leur tour voir le jour en 1944 à la libération.

Les Eclaireurs de France, la CGT, le Syndicat national des instituteurs et la CGT vont oeuvrer ensemble pour qu’émergent de nouvelles associations complémentaires à celles existantes, intervenant dans un nouveau champ pour développer l’éducation populaire.

La guerre froide et surtout la scission de la CGT en 1947 vont modifier la donne avec d’un côté un mouvement d’éducation populaire laïque et de l’autre un mouvement proche du parti communiste français qui va se préoccuper de toute la vie sociale et prendre la forme de nouvelles associations ou d’anciennes rénovées mais toutes très liées politiquement voire organisationnellement au parti.

Les femmes vont être aux femmes françaises, les anciens à l’Union des vieux de France, les enfants aux pionniers, les locataires à la Confédération nationale du logement.

La SFIO, section française de l’internationale ouvrière, bien implantée dans le Nord et le Pas de Calais ne restera pas à côté de la route, elle va fonder au début des années 50 la Fédération Léo Lagrange.

Aux laïques l’éducation laïque et républicaine, aux communistes l’éducation prolétarienne, mais pour tous un mouvement de transformation sociale visant à rendre l’homme et la femme acteurs de son présent et de son devenir.

Les associations enfance jeunesse ont toujours revendiqué l’accès de tous les enfants à des structures éducatives ludiques complémentaires à l’école.

Il s’agissait à la fois de convaincre les pouvoirs publics et à la fois d’agir sur le terrain. Des milliers de normaliens et de jeunes instituteurs, militants aux Francs et Franches Camarades et aux CEMEA ont durant leurs congés courts et longs pris en charge des groupes d’enfants et se sont par ailleurs bien souvent investis dans l’école moderne avec le même objectif : agir pour une éducation active permettant d’aider les enfants à devenir demain des adultes pleinement prêts à participer à la vie de la cité....

Les associations dans leur diversité avaient le vent en poupe, c’était le temps des militants...

Avec la fin des trente glorieuses, a sonné l’heure de la destruction des EN (Écoles normales) d’instituteurs et du démantèlement de l’éducation nationale.

Tous les normaliens et toutes les normaliennes devaient durant leur formation professionnelle suivre une formation d’animateurs avec les CEMEA et les mouvements laïques de jeunesse étaient très présents.. La suppression de ces EN a été durement ressentie par les mouvements d’éducation populaire, perdant là un vivier de militants.

La conquête de nombreuses municipalités par la gauche en 1977 et la victoire de Mitterrand en 1981 ont renforcé le poids économique des grandes associations pouvant disposer de subventions un peu plus substantielles et aussi « décapité » des directions perdant des militants devenus des élus ou des conseillers.

Au lieu de faire face, de reconstituer des équipes militantes, de privilégier le terrain, les grandes fédérations se sont engouffrées dans le marché de la formation et du conseil, surfant sur la professionnalisation de l’animation et ses conséquences... Les pouvoirs publics et les institutions se sont adressés aux grands spécialistes

C’était le temps du développement, avec l’achat de locaux, le recrutement de techniciens, la recherche de nouveaux marchés et même la concurrence entre les associations elles-mêmes...

Certains résultats positifs sont à porter au crédit des associations comme en 1998 le contrat éducatif local et le contrat temps libres, dispostifs aidant les collectivités à développer une politique temps libres d’accès d’un maximum d’enfants aux structures de loisirs, le tout en cohérence avec l’autre partenaire éducatif qu’est l’école...

Malheureusement, l’arrivée de la droite au pouvoir a sonné le glas des poltiques d’investissement dans le temps libre des enfants, la jeunesse et sports et la CNAF voient leurs crédits alloués ou leurs assiettes budgétaires fondre comme neige au soleil... Les grandes fédérations faisant face aux difficultés inhérentes aux baisses drastiques de subventions ont privilégié la recherche de marchés et commencé à freiner leurs dépenses, n’hésitant pas à licencier du personnel.

Les grandes associations d’éducation populaires ne risquent elles pas de disparaître avec l’asphyxie financière ou à changer de nature devenant de grandes machines technocratiques ?

Ces deux dangers sont présents, certes mais rien n’est joué :

- D’un côté des militantes et militants agissent pour qu’une autre voie celle de la mobilisation et du retour aux sources prévalent et de l’autre de nombreuses véritables associations d’éducation populaire locales et nationales se sont crées et développées....

- Les syndicats de salariés, du SEP UNSA ( le Syndicat Education Populaire), d’EPA – FSU (Education Pluralisme Autogestion), très représentatifs à Jeunesse et Sports et en début d’implantation dans le secteur de l’animation à l’USPAOC CGT sont très attachés à la défense de l’éducation populaire et aux valeurs portées par ce mouvement historique ;

- Attac, Droit au logement, le CNAFAL, la CSF et tout le réseau RESF constituent de réels mouvements d’éducation populaire inscrivant leur action dans une démarche de transformation sociale.

Jean-François CHALOT


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3 réactions à cet article    


  • ASTERIX 12 septembre 18:02

    salut camarade chalot habites tu dans le 93 SI OUI ENVOYE DISCRETEMENT TON ADRESSE MAIL OU CELLE DE L UFOVAL

    j"ai courrier at ’envoyer merci amitiés ASTERIX5


    • Cadoudal Cadoudal 12 septembre 18:17

      @ASTERIX
      Jean-François est parti en vacances chez son cousin Jean-Jacques, il vous répondra à son retour, enfin je l’espère...lol...

      Vénissieux (69) : poignardé en mai, roué de coups en aout, Jean-Jacques dénonce une « insécurité totale »

      https://www.leprogres.fr/rhone-69-edition-est-lyonnais/2019/09/12/agresse-deux-fois-en-trois-mois-il-denonce-une-insecurite-totale

      Jean-Jacques a la scoumoune , il devrait maintenant se faire violer en Novembre puis égorger en Février.


    • CHALOT CHALOT 12 septembre 18:41

      Je ne suis pas en vacances, j’habite le 77 et je suis contactable sur facebook en message….

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