• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > L’effondrement des connaissances, une stratégie du nouveau (...)

L’effondrement des connaissances, une stratégie du nouveau capitalisme

L’acquisition des connaissances a été un vecteur clef du développement du capitalisme traditionnel, industriel, technique.

L’enseignement, la recherche, l’approfondissement, l’ouverture à la culture, ont permis un développement technologique, technique, scientifique et artistique du plus haut niveau.

Le vingtième siècle avait détrôné le siècle précédent par la compréhension de phénomènes complexes, contre intuitifs, qui poussaient l’imagination au-delà des limites antérieures, pour déboucher dans les arts, la musique, le théâtre, le cinéma. Chaque domaine enrichissait l’autre et s’enrichissait au contact de l’autre.

D’un côté, une industrie de masse bénéficiait des dernières recherches, de l’autre la dynamique de la société poussait vers ces développements.

Ceci était le bon côté du miroir.

Mais un autre se faisait jour dans le même temps. La diffusion du savoir, au lieu de faire adhérer sans borne au système qui favorisait es professions intellectuelles, augmentait leur indépendance, leur esprit critique. La recherche en sciences sociales, les artistes de toutes sortes, les écrivains, développaient l’esprit critique, augmentaient la contestation. Cela se cristallisa en 1968, lorsque les étudiants et les ouvriers, avec de sévères divergences, confluèrent dans les luttes de mai.

Une réaction lente, mais profonde, s’établit, comme une mutation fondamentale, une crainte des classes laborieuses de la population, qui trop instruites, critiques, perspicaces, pouvaient se rebeller. Certes, le niveau général d’instruction progressant, celui des technologies en profitait, mais la menace était trop grande.

Recréer un décrochement entre l’élite, dont le système a besoin, et le reste de la population, dont le niveau d’instruction, d’éducation et de culture devait rester aussi faible que possible sans déstructurer complètement la société.

L’éducation fut la première victime, avec des réformes de simplification, de laisser la transmission des connaissances au bénéfice du bien être de l’enfant devenu roi, ne plus établir de critères objectifs, de notes, baisser le niveau d’exigences générales, pour à la fin tolérer le chaos dans les classes où plus aucun savoir n’est transmis.

En parallèle, le niveau général des médias s’est tourné vers le zéro absolu. Si l’ORTF avait des émissions scientifiques, culturelles, musicales, tout cela a été remplacé par des débats stupides où des gens idiots passent leur temps à s’invectiver, ou des ébats en direct sur des îles sauvages.

Les Arts ont été des victimes secondaires, car déjà en recul par des accès rendus complexe et l’absence d’initiation des néophytes. Ionesco pensait que l’accès au théâtre contemporain demandait un temps d’initiation aux formes nouvelles. Cela n’a quasiment jamais eu lieu. On initiait les couches populaires aux sciences, mais jamais aux arts. Bien entendu, s’il y a eu des tentatives comme celle de Vitez au théâtre, cela a complètement disparu. Dans le mode réel, les comités d’entreprise font du divertissement et ont abandonné leur côté propagateur de culture.

Avec le développement des techniques du turbocapitalisme, cela a pris un tour dramatique, où le cerveau des utilisateurs est branché sur l’immédiat, le futile, la monstration de soi, sans qu’il n’y ait derrière le moindre intérêt.

« Je me montre, donc je suis ! », serait le slogan branché de la stupidité contemporaine en acte.

Le résultat catastrophique en est la perte totale d’esprit critique. Chacun ne croit, non pas ce qu’il voit, mais ce qu’il croit ! Sans aucun discernement, ni réflexion, ni démarche logique, et peut affirmer n’importe quoi à n’importe qui sans nullement se démonter de quoi que ce soit.

Lorsque le sens de la logique, l’appréciation de la complexité d’un raisonnement, la nécessité d’une connaissance approfondie pour aborder un domaine, manque à une majorité de personnes, c’est le niveau général d’intelligence qui s’écroule. Cela ne rappelle-t-il rien ? Toutes les absurdités dites sur le Covid, du plus haut de la hiérarchie sociale, dont le macron ce soir encore, au plus profond des synapses des réseaux sociaux, démontrent bien qu’on en est là.

Mais ce n’est pas fini. En détruisant le patrimoine au nom du remplacement des vieilles demeures par des éco-quartiers anonymes, en interdisant l’accès aux centre-villes pour les pauvres, au nom de la propreté des centre-ville, on accroît encore les fossés culturels. Seuls la bourgeoisie peut désormais avoir accès à la beauté, au rêve, à l’imaginaire, à l’art, ceci étant réservé à ceux qui vont dans les centres historiques, artistiques et cultuels. Aux autres on offre la consommation pure et dure d’objets vides de sens, de perspective, d’évasion, au moment même où on leur interdit l’accès au centre.

JPEG

Comme les Mexicains, le peuple pourrait répondre : « de ce côté aussi nous avons nos rêves »

On peut dire que la bourgeoisie se réserve l’évasion fiscale et artistique et laisse aux autres les débris.

En ce sens, tous les partis sont complices, de la droite à la gauche, en pasant par les écolos. Car tous les partis sont structurés en strates, les hauts dirigeants se voyant plus entre eux qu’avec des militants de base de leur propre parti. Ils se réservent l’accès au savoir et laisse celui à l’ignorance aux strates inférieures.

Mais à force de faire descendre le niveau général, c’est au fond la société entière qui est touchée, jusque dans ses strates supérieures qui n’ont plus la possibilité d’anticiper correctement les événements majeurs qui ont lieu et finissent par avoir des politiques erratiques qui n’ont plus aucun sens. L’effet boomerang les atteint alors dans leurs propres têtes devenues vides.


Moyenne des avis sur cet article :  4.58/5   (12 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • Docteur Faustroll Lampion 13 juillet 10:00

    « ... jusque dans ses strates supérieures qui n’ont plus la possibilité d’anticiper correctement les événements majeurs qui ont lieu et finissent par avoir des politiques erratiques qui n’ont plus aucun sens »

    oh mais que si, que ça a un sens, tout ça, et c’est même très inquiétant

    les symbole des pyramides égyptiennes aussi avait un sens : une base très large qui supportait les étages supérieurs d’autant plus étroits qu’on s’approche du sommet, le pyramidion, homme se prenant ou se présentant comme un dieu

    l’état mental du troupeau n’est pas lié à celui du berger qui se contente de le conditionner en fonction des techniques disponibles et de ses propres objectifs.

    ça a du sens, malheureusement


    • Étirév 13 juillet 10:25

      « L’effondrement des connaissances »
      Ça n’est pas plus mal, car cette situation peut permettre à certains de se libérer du connu, c’est-à-dire de tous les mensonge universellement enseignés jusqu’à présent.
      « La Vérité est ailleurs » disait l’agent Mulder.


      • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 13 juillet 10:36

        Les complots étatiques avérés :

        1)Cacher les arguments contre la théorie de l’évolution :

        -Aucune émission médiatique prônant le créationnisme.

        -Aucun livre créationniste dans les librairies ordinaires de France.

        -Aucune mention des recherches de Fernand Crombette sur sa méthode de déchiffrage des hiéroglyphes ayant prouvée son efficacité en étant le seul à proposer un double déchiffrage du disque de Phaestos.

        -Aucune mention des recherches de Guy Berthaud sur la formation des strates en simultanée dans les écoulements d’eau.

        -Cacher les nombreuses preuves de la présence de l’homme contemporain des dinosaures : Comme l’interdiction de voir les monstres du Loch Ness, les ptérodactyles volant dans le ciel de l’Idaho, les figurines d’Acambaro et des pierres d’ICA, les Mokélé-Mbembé au Congo et au Cameroun.

        2)Cacher les moyens de guérir du covid :

        -Interdiction de vente libre de la chloroquine, de l’azytromicine, de l’ivermectine,

        -Prétention à aucun moyen de guérison en misant tout sur les vaccins.

        3)Cacher la tricherie en grand pour l’élection de Biden.

        4) Cacher les lieux historiques de la bataille d’Alésia à Chaux-des-Crotenay et de Gergovie aux côtes de Clermont.

        5) Ignorer la grande efficacité antipollution des inventions dans le domaine des moteurs thermiques que sont le réacteur Pantone et le gaz de Brown.


        • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 13 juillet 11:17

          « Aux yeux d’un commerçant, un consommateur averti en vaut la moitié d’un. » Albert Brie

           

          Annah Arendt disait : « ’’Les mouvements totalitaires avaient moins besoin de l’absence de structures d’une société de masses, que des conditions spécifiques d’une masse atomisée et individualisée.’’ Tout aussi vrai : ’’Le capitalisme a moins besoin de l’absence de structures d’une société de masses, que des conditions spécifiques d’une masse atomisée et individualisée. La mise en œuvre de ces conditions spécifiques c’est le processus que l’on observe dans les États dont le gouvernement est acquis à la globalisation. On ne le dira jamais assez : le capitalisme a inventé la globalisation pour anéantir la démocratie son pire ennemi.


          • Florian LeBaroudeur Florian LeBaroudeur 13 juillet 11:26

            Chacun ne croit, non pas ce qu’il voit, mais ce qu’il croit.

            Ce n’est pas nouveau, c’est comme ça depuis que l’homme est homme.

            Il y aura toujours une minorité détenteur du savoir et une majorité incapable de le cerner.

            On a cru naïvement que la massification de l’enseignement permettrait d’engendrer une société de la connaissance. Las, on s’est vite aperçu que tout cela était vain et que les idiots resteraient des idiots malgré les efforts entrepris pour leur faire comprendre l’importance de l’effort neuronale.

            Dés lors, le paradigme pyramidale n’a mis guère de temps à se repositionner comme une évidence, y compris au sein de ceux qui croyaient dur comme fer à l’horizontalité.


            • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 13 juillet 12:40

              @Florian LeBaroudeur
               
               ’’Chacun croit, non pas ce qu’il voit, mais ce qu’il croit.’’
               
               Il y en a même qui voient ce qu’ils croient : des cadavres dans les rues par exemple.


            • infraçon infraçon 13 juillet 13:52

              Je constate une chose :

              beaucoup de consternation (et même des commentaires qui sont heureux que les idiots -par manque d’éducation- restent idiots) mais aucune trace de comment changer le cours des choses...

              « « Je me montre, donc je suis ! », serait le slogan branché de la stupidité contemporaine en acte. »
              Merci de vous êtes montrés (auteur et commentateurs larmoyants)
              PS : ah ! le but d’AV n’est surtout pas d’améliorer les choses !? Ben, continuez alors...


              • mmbbb 13 juillet 17:06

                @infraçon Je suis idiot je le confesse mais j essaye de comprendre , Il y a une réalité irréfragable , c est la destruction de notre systeme educatif , il ne concerne pas les capitalistes ni la gauche mais les deux mon général . On peut constater un abaissement graduel de la qualité de cet enseignement gangrené par les multiples réformes et aussi par la baisse de compétence des enseignements . Certains il est vrai mais notre systeme permet d embaucher des buzzes 
                Les bourgeois ont sauvé les meubles en s opposant à la « nationalisation » de l école privée sous Mitterrand .
                Le paradoxe est que ce président , Hollande et son fils putatif Macron ont etudie dans le prive . 

                De surcroît , la pression des lobbys des féministes hystériques imposant l écriture inclusive n est pas une perspective de nivellement par le haut.
                Ce professeur agrégé de Français , M Brighelli a dresse un réquisitoire sévère de notre syteme éducatif , la fabrique à crétin .
                In fine nous retournons à l ancien régime, la sélection s« établira par l argent et l éducation nat ne sera qu un vaste enclos ou les professeurs seront à la fois gardien , et enseigneront pas défaut tel dans le film » Entre les murs " qui reçu une palme d or ..
                Les autres pays ne nous attendrons pas . La Chine a mis le paquet pour la formation d ingénieurs et elle a le retour sur investissement désormais .
                Singapour a un bon niveau . Je doute que le prochain président donne un nouveau cap ; laissons pourrir le systeme 


              • infraçon infraçon 13 juillet 17:59

                @mmbbb
                Mais non mmbbb, vous n’êtes pas idiot contrairement au commentaire « les idiots resteraient des idiots » parce qu’ « Il y aura[it] toujours une minorité détenteur du savoir »
                Ce que je regrette c’est qu’au lieu de chercher s’il n’y aurait pas une alternative « pour changer le cours des choses »... sur ce site on ne lit que des consternations. Ce qui ne fait pas avancer le schmilblick.
                Par contre on reste bien concentré sur la mise en vrille et si on ne rétablit pas le palonnier et qu’on ne relâche pas le manche (la consternation) au lieu de tirer dessus... et ben on va bien finir par se crasher !


              • Xenozoid Xenozoid 13 juillet 18:01

                @infraçon

                yep


              • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 13 juillet 19:58

                @infraçon
                Nous vivons une dystopie dans le réel. Pour changer les choses, il faut d’abord analyser le dysfonctionnement de la société.

                Le dysfonctionnement majeur provient de la captation du pouvoir politique, économique et culturel par une minorité pour laquelle tout est dû.

                Ils façonnent la société à l’image de leurs désirs les plus fous et nous condamnent par la même occasion. Seule une réaction de la société peut empêcher sa destruction. Mais pour cela, il faut qu’elle prenne conscience de ce qui arrive.

                Mais nous sommes en période d’accélération et il devient évident que l’élite prédatrice actuelle est devenue dangereuse pour la population. La question est de savoir quand aura lieu cette prise de conscience, ce basculement. La recension des faits participe de cette évolution. Il y aura un moment où les divergences seront futiles face au besoin de s’opposer à la destruction des humains par les prédateurs.

                Ceci dit, si vous avez des idées pour changer le cours des choses, partagez les, elles sont précieuses. Nous sommes à un moment où il ne s’agit plus de s’entre-critiquer, mais de construire en commun une résistance pour notre propre survie collective. Chaque vision différente peut être complémentaire, même si parfois contradictoire.


              • infraçon infraçon 13 juillet 20:27

                @Jean-Paul Foscarvel
                L’accélération ne justifie pas de renverser la table.
                D’abord parce que à chaque fois que le peuple a renversé la table, il s’est fait grugé sa souveraineté !...
                Ensuite parce que, la table renversée, la mise en place d’une nouvelle société risquerait de prendre du temps (si on veut faire les choses bien).
                Donc il serait plus intelligent que plutôt que rabâcher des consternations sur le système actuel, soient élaborées des pistes pour le système futur (le notre, celui du peuple).
                J’ai une proposition (cf mes articles) mais qui n’a pas eu l’air de plaire sur ce site. Effectivement elle risque de prendre du temps, mais je serais curieux de savoir si les successions de renversement de table qu’on se prépare (parce que sans réflexion préalable) pour arriver à un système adéquat, ne risquent pas de prendre autant, voire plus, de temps...


              • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 14 juillet 23:25

                @infraçon
                J’ai lu votre premier article sur la fraternité. Je dois dire que je suis d’accord avec son contenu, sa méthode, son humanisme.

                La question est de faire connaitre, d’étendre, de diffuser, ces idées.

                Au modèle de la révolution, je préfère celui de la percolation : tant qu’une idée est minoritaire, ceux qui la portent sont isolés, donc faibles. Mais lorsqu’elle devient majoritaire, au contraire, le domaine spatial de la répartition devient continu.

                S’il y a des résistants qui vous sont proches, étendez-vous, diffusez, partagez. C’est le chemin à parcourir. Il peut être harassant, mais ça en vaut la peine. Et ceux qui ne comprennent pas aujourd’hui comprendront peut-être demain.

                Quant au site que vous critiquez, il peut aussi évoluer. Il a au moins l’avantage d’exister, quels que soient ses défauts.


              • infraçon infraçon 15 juillet 10:44

                @Jean-Paul Foscarvel
                Merci d’avoir fait l’effort de consulter mon article, et bien sûr je suis heureux qu’il ait reçu votre accord...


              • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 13 juillet 15:53

                « Ceci était le bon côté du miroir. »
                Oui, en effet. C’est pour cela que j’ai inventé les « Réflexions du Miroir » d’après les réflexions d’une vie pour mettre en relief entre capitalisme et communisme.
                Comme le chantait Ferrat « Dans la jungle ou dans le zoo »
                Entre ces deux extrêmes, il faut choisir son camp.
                Le clivage est total.
                Vos préférences iront en général en fonction de votre instruction, de votre état intello souvent considéré comme élite ou manuel considéré comme prolétaire.
                Lisez « Deux clans » de Goodhart. Tout y est dit.
                Le rapprochement entre les deux clans ne s’est pas encore fait.
                L’éducation est une victime en effet.
                Elle ne peut plus suivre l’évolution à cause de ses programmes qui se sont parfois encroutés par rapport aux MOOC mis à jour immédiatement par Internet (tout comme les encyclopédies).
                Les médias ne font que suivre les mouvements les plus importants.
                Lisez des romans d’anticipation et vérifiez ensuite s’ils ont été dans le vrai, s’ils ont été dépassés.
                Regardez qui sont les plus riches du monde ?
                Ils avaient les mêmes possibilités que vous, mais ils ont été plus visionnaires et plus entrepreneurs en prenant des risques calculés à l’avance.



                • troletbuse troletbuse 13 juillet 17:20

                  L’effet boomerang les atteint alors dans leurs propres têtes devenues vides.

                  C’est bien ce que l’on constate dans la majorité des politiciens d’aujourd’hui qui n"ont jamais rien fait en dehors de la politique.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité




Palmarès



Publicité