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Accueil du site > Tribune Libre > L’énigme de la spirale des Quantitative easing par la stérilisation (...)

L’énigme de la spirale des Quantitative easing par la stérilisation monétaire ? Les deux « Chine » de la zone euro et la zone mondiale

 

 Quelles sont les raisons qui ont amené les Banques centrales d’opter pour les quantitative easing et les programmes LTRO et TLTRO ? C'est évident que c'est pour favoriser la reprise de l’activité économique. Cependant, il reste à comprendre pourquoi les craintes des économistes sur le risque inflationniste n’étaient pas fondées vu que la « réalité qui a suivi » était aux antipodes de ce qu’ils n’avaient pas cessé de mettre en garde. On doit par conséquent s’interroger sur l’origine du phénomène déflationniste qui a surgi et a faussé toutes les appréhensions tout compte fait très légitimes des économistes. « Pourquoi au lieu de l’inflation, c’est la déflation qui est apparue ? » Il y a forcément une explication. Qu’en est-il ?

 

  1. L’énigme de la spirale des Quantitative easing ? Une stérilisation d’une grande partie des montants injectés  ?

 

 Partant du principe que les appréhensions des économistes n’étaient pas vaines, et combien même il y ait eu l’effet inverse à celui attendu, c’est que, considérant que les politiques monétaires non conventionnelles s’orientant inévitablement à l’utilisation de la « planche à billet », donc une création monétaire ex nihilo, ce processus monétaire non conventionnel devait nous renvoyer forcément à l’inflation et, par des injections monétaires entretenues, aboutir à une « spirale inflationniste ». 

Or, ce processus a eu un effet inverse. Les quantitative easing menés par la Banque centrale européenne ont produit de la « déflation », ce qui est non seulement énigmatique mais nous force à penser que les QE ont eu en réalité un « effet anti-QE ». Ou plus simplement dit que, bien que la « planche à billet » a été massivement utilisée dans le cadre de l’assouplissement monétaire quantitatif non conventionnel, « c’est que ces liquidités injectées ex nihilo en grande partie ne sont tout simplement pas allées dans l’économie réelle de la zone euro. » Comme d’ailleurs aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon, ces pays étant les grands émetteurs des principales devises internationales dans le monde.

Alors où sont passées ces liquidités internationales ? Tout simplement elles ont été conservées dans les comptes en monnaie centrale que les banques des systèmes bancaires respectifs détiennent auprès de leurs Banques centrales. En clair, cela signifie qu’une part importante ces liquidités injectées de ces QE a été « STÉRILISÉE ». Mais alors pourquoi cette «  stérilisation » de liquidités injectées, année après année ? Et qui d’ailleurs confirme non seulement situation « déflationniste » de l’économie de la zone euro, mais témoigne bien, par cette insuffisance d’injection de liquidités dans le système économique de l’Europe, une « croissance anémique de la zone euro ».

Évidemment, cette politique monétaire non conventionnelle qui donne lieu à de la déflation à la place de l’inflation, par une « stérilisation d’une grande partie des montants injectés » et qui ont servie à l’achat d’actifs en bons de Trésor, d’obligations d’Etat, des titres hypothécaires, etc., ce qui en clair n’ont pas procédé qu’à des achats de titres de dettes souveraines mais aussi des dettes privées, c’est que c’était précisément le but recherché par les Banquiers centraux occidentaux.

D’autre part, on peut se poser des questions sur le processus d’assouplissement monétaire mené en zone euro, et celui mené aux États-Unis. Pourquoi en zone euro, il existe une différence entre le quantitative easing qui est global aux États-Unis alors qu’en zone euro, l’assouplissement monétaire non conventionnel est scindé en quantitative easing laissé aux seules achats de dettes souveraines et des programmes LTRO et TLTRO pour les achats de créances privées, bancaires, d’entreprises, immobilières...

En réalité, il n’y a aucune différence dans les politiques monétaires non conventionnelles menées aux États-Unis, en Europe (zone euro et Royaume-Uni) et au Japon. En zone euro, l’assouplissement monétaire était simplement plus explicité, plus dévoilé. Et les LTRO et TLTRO tant médiatisés en Europe étaient aussi utilisés dans les QE aux États-Unis et au Japon. La seule différence avec la Banque centrale européenne, c’est que les LTRO et TLTRO se rapportaient aux rachats de dettes privées et publiques détenues formellement par les banques et investisseurs de la zone euro. Ce qui signifiait que ces dettes rachetées par la BCE n’étaient pas vendus aux investisseurs étrangers, auxquels cas si ces dettes en obligations d’Etat, par exemple, bons de Trésor émis par des pays-membres de la zone euro, et revendus à l’Arabie saoudite par les banques privées européennes, la BCE aurait alors acheté des passifs de dettes publics et privées de la zone. 

Et c’est là où réside la différence entre les LTRO et TLTRO et les QE européens et les QE américains, britanniques et japonais pour qui ils sont englobés. Cependant, la différence ne réside que dans l’appellation et la séparation entre dettes détenus formellement et non formellement dans le sens que les dettes sont vendus à des pays tiers, i.e. les pays du reste du monde dont la Chine et les pays exportateurs de pétrole. Sinon le processus de l’assouplissement monétaire non conventionnel est absolument le même tant aux États-Unis, au Royaume-Uni qu’au Japon.

Ceci étant, il est incontestable que les quantitative easing (QE) et les programmes LTRO, TLTRO ont joué un rôle majeur dans le redressement de l’économie européenne. Certes la dépression économique qui a suivi la crise financière de 2008 est dépassée, mais il demeure qu’il existe des incertitudes réelles, fondamentales de l’économie européenne. En effet, après la crise de l’euro en 2013, la croissance du PIB de la zone euro est descendue à -1,5 % puis est remontée autour de 2 % en 2014 jusqu’en 2017, puis de nouveau est en train de descendre. En 2019, elle se situe autour de 1 %. Il faut rappeler qu’au plus fort de la crise, la croissance du PIB de la zone euro est descendue en 2009 jusqu’à moins 4,3 %.

Ces chiffres montrent que l’économie de la zone euro est en « quasi-stagnation ». Quelles sont les raisons de cette quasi-stagnation et quels liens avec les « quantitative easing » ? 

 

  1. Des situations économiques des grands pays occidentaux (États-Unis et Union européenne) insoutenables ? Les craintes occidentales

 

 Pour répondre à cette « énigme QE/stérilisation non déclarée », il est impératif d’aller aux origines des événements qui ont commandé cette politique d’assouplissement monétaire non conventionnel. Le premier élément fondamental que l’on ne peut perdre de vue est que toute mesure prise pour redresser la situation économique des États-Unis entrée en crise immobilière et financière aux et à l’Europe – la crise s’est étendue à l’Europe – obéit à des causes qui sont fondées et qui ne relèvent pas d’une simple crise boursière ou immobilière comme par le passé. Cette fois-ci, c’est un véritable tournant que l’économie mondiale a prise, et donc la crise aux États-Unis, en Europe et au Japon commence à devenir structurelle et ce en rapport de ce qui se passe dans les pays du reste du monde. En clair le centre de gravité de l’économie mondiale n’est pas en train de se déplacer mais s’est déplacé de l’Occident vers l’Asie où la Chine a pris ou est en train de prendre une avance considérable sur les nations occidentales naguère premières puissances économiques et industrielles du monde.

Que, par conséquent, les autorités financières et monétaires occidentales doivent à tout prix, puisqu’elles détiennent encore le monopole de création monétaire dans le monde, apporter vite des solutions. Et c’est ce que font la Fed américaine, les Banques centrales européenne, du Royaume-Uni et du Japon dans cette conjoncture économique et financière difficile, rendant depuis 2007 le processus des QE inévitable. Sauf que le recours aux politiques monétaires d’assouplissement non conventionnel ne doit pas être inflationniste mais déflationniste. Si le processus était inflationniste, le QE n’aurait eu aucun sens et n’aurait apporté aucun redressement aux économies occidentales, plus grave encore il aurait enfoncé encore plus l’Occident dans une situation de crise absolument insoutenable.

Comme on peut le voir dans les chiffres en annexe (données de la Banque mondiale, d’Eurostat et des statistiques internationales), des questions de grande importance se pose pour les États-Unis et la zone euro, qui sont les deux plus grandes zones économiques du monde. La première question. « Comment un pays qui n’a chaque année que des déficits publics, une dette publique donc qui ne fait qu’augmenter, et, sur le plan extérieur, n’enregistre que des déficits commerciaux et courants, peut-il continuer sans réforme à maintenir son équilibre et sans vraiment tomber dans une crise économique durable qui l’obligerait à procéder à des réformes drastiques pour éviter le clash de son économie et de graves troubles sociaux ?  » C’est tout simplement insoutenable.

Qui sont ces pays dont la situation économique qui paradoxalement est insoutenable est soutenable ? Cela va de soi, ce sont les États-Unis, l’Europe et le Japon. Et pourquoi leur situation économique est soutenable ? Tout simplement les pays du reste du monde achètent leurs dettes publiques et donc par ces achats et grâce aux liquidités remis en échange de bons de Trésor et autres titres qu’émettent ces États, leur permettent de financer leurs déficits publics et courants. Évidemment, les pays du reste du monde ont intérêt à financer leurs déficits via l’achat d’une partie de leurs dettes publiques, pour que ces pays qui enregistrent des déficits puissent précisément importer leurs produits finis, leurs matières premières et le pétrole et le gaz. D’autant plus que les pays du reste du monde qui ne sont pas émetteurs de monnaies internationales sont dépendants de ces grands pays qui eux sont émetteurs de monnaies internationales.

Ainsi, il y a une double dépendance. La première s’applique pour les pays émetteurs de monnaies internationales mais enregistrent des déficits publics et voient leurs dettes publiques s’envoler, ils enregistrent aussi des déficits courants, et le financement des déficits jumeaux se fait par de la création monétaire ex nihilo, la seconde, cette monétisation des déficits arrange les affaires des pays du reste du monde puisqu’ils enregistrent des excédents commerciaux et donc des réserves de change qui sont toujours en hausse. Pour maintenir le processus d’importation, donc de consommation des pays riches, les pays du reste du monde placent leurs excédents commerciaux en bons de Trésor et autres titres, donc de l’achat de la dette publique, dans les systèmes bancaires de ces pays pour qu’ils puissent financer leurs déficits et continuent de leur importer des produits finis, matières premières et énergie.

Cependant ce processus de double dépendance économique, financière et monétaire n’est viable qu’un temps, il ne peut à durée indéterminée. Pourquoi ? Pour la simple raison que, d’un côté, la dette publique des pays émetteurs de monnaie internationale va exploser et au sein de cette dette publique, la dette extérieure va aussi prendre des proportions graves, de l’autre côté, les pays du reste du monde qui vont avoir année après année des excédents commerciaux et donc toujours des réserves de change en hausse, des dysfonctionnements macroéconomiques vont se produire amenant un relâchement soit par une invasion de placements et d’investissements stratégiques dans les pays déficitaires et qui ont toujours besoin de liquidités comme cela fut pour le port grec de Pirée cédé aux Chinois. Ceci, d’une part.

D’autre part, en plus de la diversification des placements, les grands pays du reste du monde, forts de ces volumineuses réserves de change, vont chercher à imposer une réforme des quotas dans le Fonds monétaire international, et à imposer aussi leurs monnaies dans le panier de monnaies qui déterminent des Droits de tirage spéciaux (DTS), un instrument monétaire utilisé par le FMI. La Chine, par exemple, a commencé à internationaliser son yuan depuis le 30 septembre 2016, date à laquelle il a intégré le DTS. Évidemment, une telle situation remettra en question tout l’ordre financier et monétaire international, et qui aura de grands retentissements sur l’économie mondiale. Retentissements qui se feront en préjudice de l’ordre monétaire mondial dominé jusque-là par l’Occident.

Et ces précisément cette crainte qui ont fait bouger les Banques centrales des pays occidentaux et de leurs gouvernements. Et leurs situations économiques ne sont pas du tout bonnes, elles sont problématiques à plus d’un titre. Le redressement économique certes s’est opéré en Europe, aux États-Unis et au Japon, mais la problématique des dysfonctionnements de l’économie mondiale demeure.

 

  1. L’Allemagne, devenue la « Chine de la Zone euro », à l’instar de la vraie Chine pour la « Zone mondiale »

 

 Pour cause, regardons seulement les déficits publics, les dettes publiques et les déficits courants avec l’extérieur depuis 2000. Pour les États-Unis, à part l’année 2000 sous Clinton et l’année 2001 sous Bush où le solde public était positif, toutes les années qui ont suivi après jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis n’ont pas cessé d’enregistré des soldes publics négatifs. En 2009, le déficit public enregistré a explosé, près de 10 %, eu égard la crise financière de 2008. Conséquence : la dette publique américaine a fortement augmenté. En 2016, la dette publique de 33,58 % du PIB, a pratiquement atteint 100 % du PIB. (1)

Pour les déficits courants américains (dont les déficits commerciaux avec l’extérieur), ils ont aussi explosé de - 403,46 milliards de dollars en 2000 à - 805,962 milliards de dollars en 2006. Ils ont diminué ensuite mais sont toujours élevés, en 2017, ils ont - 449,137 Md$. (2)

Pour l’Union européenne, pratiquement comme les États-Unis, à part l’année 2000 où elle enregistre un excédent public de + 0,8 %, les déficits publics restent négatifs à partir de 2001. En 2009, il explose, le déficit public est de - 6,9 % du PIB. A partir de 2010, il commence à baisser. En 2014, il est de - 3 % du PIB. Corrélativement la dette publique augmente. De 62,9 % du PIB en 2000, elle passe à 86,5 % du PIB en 2014. (3)

Pour le solde de la balance de compte des opérations courantes de l’U28, il est négatif jusqu’en 2011. A partir de 2011, le solde courant devient positif, entre 0 % et 1 % qu’il atteint en 2014. Le taux de croissance courant reste toujours autour de + 1 % jusqu’en 2018. En 2019, le solde courant a baissé. (3)

Pratiquement la même évolution en zone euro. Avec un excédent à 0,2 % en 2000, le solde public devient négatif à partir de 2001. En 2009, le déficit public de la zone euro explose, il est de - 6,4 % du PIB. A partir de 2010, le déficit public commence à baisser, en 2014, il est de - 2,6 % du PIB.

Quant à la dette publique de la zone euro, elle augmente, et passe de 69,7 % du PIB en 2000 à 91,8 % du PIB en 2014. Le solde courant autour de 0 % du PIB entre 2005 et 2007, il plonge en 2008, il est de - 2 %. En 2009, le déficit courant s’annule. En 2011, il devient positif, il est 2 % en 2014. A partir de cette date, après des fluctuations, le solde courant reste positif et fluctue toujours autour de 2 % du PIB. (3)

Pour une étude plus exhaustive, prenons l’économie de la France, on constate que les déficits publics depuis 2000 sont négatifs. En 2009, le déficit a explosé, de - 7,5 % du PIB. En 2018, le déficit public est sous les 3 % du PIB. La dette publique est passée de 57,2 % du PIB à 96,5 % du PIB en 2016. (3)

 Quant au déficit de la balance des opérations courantes de la France, il est négatif en 2005, autour de zéro en 2006, et négatif partir de 2007. En 2014, il atteint - 37,356 Milliards de dollars. (4)

Pour l’économie allemande qui est bien meilleure que l’économie française, l’année 2000 où elle enregistre un excédent public de +1,3 % du PIB, le solde public est néanmoins négatif de 2001 à 2012. Ce n’est qu’en 2014 que le solde public devient positif. Il est de + 0,3 % du PIB en 2014, à 0,6 % du PIB en 2015 et 0,8 % en 2016. La dette publique passe de 60,2 % du PB en 2000 à 77,4 % du PIB en 2013. Elle ne commence à se réduire qu’à partir de 2014, passant à 74,6 % du PIB. Elle est respectivement en 2015 et 2016 de 70,9 % du PIB, 68,1 % du PIB. (3)

Mais ce qui est très paradoxal à relever, c’est l’évolution très positive du solde de la balance des comptes courants depuis 2001. En effet, depuis l’excédent courant de en 1989 qui est de 46,456 milliards de dollars en 1990, l’Allemagne n’a cessé d’enregistrer des déficits courants durant toute la décennie 1990. En 1991, le déficit courant est de - 26,552 M$. Il a continué d’être négatif passant respectivement en 1992, 1993, 1994, 1995, 1996, 1997, 1998,1999, 2000, 2001 à - 25,252 M$, à - 21,406 M$, à - 33,443 M$, à - 32,186 M$, à - 17,018 M$, à - 11,52 M$, à - 15,625 M$, à - 31,311 M$, à - 33,786 M$, - 7,025 M$. (5)

On peut comprendre que l’Allemagne ait enregistré des déficits courants à partir de 1991, avec la chute du mur de Berlin qui a, avec la réunion des deux Allemagnes, nécessité des dépenses considérables pour la mise à niveau de l’ex-RDA (Allemagne de l’Est). Mais ce n’est qu’avec le lancement de la monnaie unique, l’euro, en janvier 1999 que l’économie allemande va entrer dans un âge d’or en enregistrant sans interruption des excédents courants alors que la France, l’Italie, l’Espagne, respectivement 2ème , 3ème, et 4ème économies grandes économies de la zone euro, enregistrent, à partir de 2002, des déficits courants négatifs, en particulier l’Espagne et l’Italie. Ce n’est qu’à partir de 2013 que ces pays commencent à enregistrer des excédents courants, néanmoins très faibles et sans rapport avec les excédents courants allemands. Quant à la France, elle continuera d’enregistrer des déficits courants négatifs, en 2017, il est de - 13,307 Milliards de dollars.

Par comparaison avec les déficits courants négatifs des 3 grandes économies après l’Allemagne, dans la zone euro, et depuis son déficit courant négatif en 2001 qui était de - 7,025 M$, l’Allemagne a enregistré le premier excédent courant, en 2002, de 39,763 M$. Depuis les excédents courants n’ont cessé de croître. En 2007, il était de 233,273 M$. En 2008, avec la crise financière, l’excédent courant de l’Allemagne s’est réduit mais demeure toujours élevé, il est de 193,034 M$ en 2010. De nouveau, l’excédent courant augmente, il est de 300,814 M$ en 2015 et 291,459 M$ en 2017. (5)

On comprend dès lors les dysfonctionnements des économies occidentales qui enregistrent des déficits publics et leurs dettes publiques ne cessent d’augmenter et des déficits courants qui, hormis l’Allemagne, ne cessent de se détériorer avec les pays du reste du monde, ceci d’une part, et les dysfonctionnements dans l’équilibre de l’économie de la zone euro qui voit l’Allemagne enregistrer des excédents courants faramineux et les pays du Nord et du centre Est (Danemark, Autriche, Luxembourg...) enregistrer des excédents courants très modestes. L’Allemagne s’érige par ses excédents courants, essentiellement dus aux excédents commerciaux, la « Chine de la zone euro » par analogie avec la Chine pour la « zone mondiale ».

 

  1. La « stérilisation » issue des Quantitative easing, un dilemme pour l’économie mondiale

 

 Cependant comme nous aurons à le voir dans l’analyse des quantitative easing et la stérilisation d’une partie importante de la dette publique des États-Unis et de l’Union européenne, les QE vont avoir un impact très important dans le rééquilibrage entre les pays occidentaux et les pays du reste du monde qui ont enregistré des excédents commerciaux considérables, et leur corolaire les réserves de change. Précisément c’est cette stérilisation issue de l’assouplissement monétaire non conventionnel qui va être l’instrument de la résorption progressive de ce déséquilibre mondial. Évidemment ce qui ne sera pas fait sans politique austéritaire extrêmement éprouvante et suivi, comme on le constate aujourd’hui, par une stagnation économique mondiale. Et cette situation explique les politiques protectionnistes impulsées par les États-Unis précisément pour empêcher une décélération plus importante de l’économie occidentale face à la puissance économique de la Chine, certes en reflux mais toujours renforcée par le décalage productif dans le monde (à son profit).

Aussi, les quantitative easing ne sont pas prêts de se terminer aujourd’hui puisqu’ils constituent une véritable sécurité pour les États-Unis, l’Union européenne et le Japon, dans ce déséquilibre mondial. Cependant, ils ont des conséquences très importantes sur l’économie mondiale, affectant aussi bien l’Occident que les pays du reste du monde. Un dilemme économique à l’échelle mondiale, pourrait-on dire.

 

 

Medjdoub Hamed
Chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective
www.sens-du-monde.com

 

 

Notes : 

 

1. États-Unis : Dette du gouvernement central, total (% du PIB), par la Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/GC.DOD.TOTL.GD.ZS?locations=US

 

2. Balance des paiements courants (BDP, $ US courants) des États-Unis. Données Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BN.CAB.XOKA.CD?locations=US&view=chart

 

3. Eurostat : Déficit public à 2,7% du PIB et dette publique à 70,4% du ... - Europa EU
europa.eu/rapid/press-release_STAT-04-38_fr.pdf
Eurostat : Déficit public de la zone euro et de l'UE27 respectivement de 6,2% et ...

europa.eu/rapid/press-release_STAT-11-153_fr.pdf
Eurostat : Déficit public de la zone euro et de l'UE28 respectivement de 1,5% et ...

https://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/8338491/2-23102017-AP-FR.pdf/a1f40fb0-3a12-424f-8ab7-352872588f54

Eurostat : Excédent de 38,7 milliards d'euros des échanges courants de l’UE28 - Europa EU
https://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/9490431/2-14012019-BP-FR.pdf/bdbdb82f-c424-4759-8077-1445ecf764d6

 

4. Banque mondiale. Balance des paiements courants (BDP, $US courants) de la France

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BN.CAB.XOKA.CD?locations=FR-DE&view=chart

 

5. Banque mondiale. Balance des paiements courants (BDP, $ US courants) de l’Allemagne

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BN.CAB.XOKA.CD?locations=DE&view=chart

 


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4 réactions à cet article    


  • Jean De Songy Jean De Songy 9 avril 16:26

    1960 :

    Terrain constructible Annecy le Vieux (coin chic) 5 francs /m2 le smig est à 500 francs, 1 mois de smig = 100 m2 de terrain, minimum à acheter 2500m2

    Le voisin charpentier achète terrain + maison 2 apparts de 90M2 + atelier de 90m2... 50 smigs..

    2019 :

    Mon voisin vers Grenoble vend 480m2 (plus de minimum, loi de Jospin le connard) 169k€ 1 mois smic < 4 m2 de terrain, une construction = 180 smics mini

     

    Salope prébendière de l’INSEE affirme que l’immobilier entre pour 8% ds le coût de la vie, ne compte ni les taxes ni les impôts, affirme que la télé baisse formidablement de prix car d’une année sur l’autre le même modèle se démode et ne vaut plus rien, même si le nouveau vaut plus cher ! idem pour le nouveau jus de fuit qui vaut plus cher mais a des vitamines en plus... (effet qualité)

     

    Le français a perdu son pays a tout point de vue.


    • Le421 Le421 9 avril 20:17

      Ah !! La vieille histoire de la pierre philosophale. Ou comment progresser de façon infinie et exponentielle dans un monde fini.

      La conquête de la galaxie devrait devenir un sujet de premier plan.

      Une histoire de fous.

      La quantification des possibles collectifs...

      Et blablablabla... blablabla et blablablablabla !!



        • rogal 10 avril 08:55

          Inflation il y a : immobilier et actions.

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