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L’Epargne et la sortie de l’euro : quand les européistes jouent sur les peurs

     Un des arguments favoris des partisans de la monnaie unique consiste à déclarer sur un ton catastrophiste que le retour à la monnaie nationale suivie d’une dévaluation affecterait négativement et dans des proportions extraordinaires l’épargne et le patrimoine des français. De telle sorte, « le pouvoir d’achat de l’épargne » serait réduit par la dévaluation ( voir par exemple le débat Marine Le Pen / Eric Zemmour, ou encore Florian Philippot / Gérard Grunberg).
Si cette tournure est économiquement absurde (l’épargne est précisément ce qui n’est pas consommé), elle est de surcroît inexacte.

En effet, les valeurs domestiques (et donc l’épargne) ne sont pas affectées directement par le taux de change de la monnaie d’un pays. Seules les relations avec l’extérieur (ce qui rentre et qui sort) sont concernées.
Ainsi, une dépréciation de 20% du taux de change effectif* (c'est à dire du taux de change à l'égard de l'ensemble des monnaies des partenaires économiques) d’un pays n’implique pas baisse de 20% de la valeur de l’épargne.

 

L'exemple français

 

Le taux de change effectif de la France a par exemple beaucoup varié au cours du temps. D’ailleurs, dès l’entrée dans l’euro, celui-ci s’est fortement déprécié sans que l’épargne en soit altérée.

Le graphique suivant montre l'évolution du taux de change effectif et celle de l'épargne brute.

 

Capture d’écran 2015-02-19 à 02.21.36

 

L'exemple étranger

Comme le montre Alberto Bagnai, divers pays ont plus ou moins récemment vu leur monnaie se déprécier sans engendrer de perte d’épargne.
Le graphique suivant montre la variation de la richesse financière des ménages suite à certaines dévaluations (1992 pour l'Italie et le Royaume-Uni, 2008 pour l'Islande, la Pologne, et la Norvège). Il commence à l'année -2 précédent la dévaluation (qui est représentée à l'année 0 sur le graphique). On voit la richesse financière augmenter les années suivant la dévaluation.

épargne dévaluation

Il n’y a donc aucune corrélation entre le taux d’épargne et le taux de change.

 

 

L'effet indirect de la hausse de l'inflation

Cependant, il est vrai que la valeur réelle (celle tenant compte de l’inflation) de l’épargne peut-être affectée par la hausse des prix des importations et donc un renchérissement des prix à la consommation.
Mais il faut savoir que la part des importations dans la consommation totale des ménages n’est que de 14,5 % en moyenne ! C’est à dire que pour une dévaluation de 20%, celle-ci ne jouerait que sur 14,5% de notre consommation.

Capture d’écran 2015-02-19 à 02.21.20

Par ailleurs, une firme étrangère qui exporte vers la France peut diminuer le prix de vente de son produit (en prenant sur ses marges) pour ne pas perdre un marché. Le vendeur final (grande surface par exemple) peut aussi choisir de ne pas répercuter totalement cette hausse.

Ainsi, la dévaluation ne se transmet pas totalement (ce qui explique pourquoi, malgré la baisse de 20% de l’euro face au dollar depuis mai 2014, le prix de l’iphone n’a pas augmenté...).

 

L’OFCE a tenté d’estimer l’impact d’une hausse du prix des importations sur l’indice des prix à la consommation (c’est à dire, l’inflation). Ils ont trouvé que, lorsque les prix des importations augmentent d'un point de pourcentage supplémentaire, les prix à la consommation augmentent en moyenne de 0,09 point de pourcentage. Donc, pour une hausse de 20 points du prix des importations, le surcroît d'inflation ne devrait être que de 1,8 points de %.

Capture d’écran 2015-02-19 à 02.40.25

 

Même la commission européenne confirme qu’une dépréciation du taux de change effectif nominal de 5% n’augmente les prix à la consommation que de 0,3% la première année (page 63 des perspectives économiques de l'Hiver 2014), essentiellement au trimestre suivant la dépréciation.

Ainsi, le seul « canal » qui affecte négativement la valeur réelle de l’épargne d’un français est l’augmentation de l’inflation. Cependant, c’est omettre le rôle du taux d’intérêt. Il faut savoir, par exemple, que la formule de détermination du taux du livret A est corrélée à l’inflation. Si celle-ci augmente, le taux du livret A augmente dans les mêmes proportions et donc la rémunération annuelle du Livret A s'accroît, ce qui annule l’effet négatif de l’inflation sur la valeur de l’épargne.

Enfin, la dévaluation est fortement susceptible de faire redémarrer l'économie, et dans d'accroître la richesse financière et patrimoniale du pays comme les exemple étrangers l'ont montré.

 

Ceux qui utilisent cet argument fallacieux ne le font que pour attiser la peur, notamment des retraités. Ils le font soit en parfaite connaissance de la vérité (en ce cas il s’agit d’un mensonge) soit par ignorance des mécanismes économiques (auquel cas, ils sont incompétents).


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5 réactions à cet article    


  • raymond 20 février 2015 11:09

    « Mais il faut savoir que la part des importations dans la consommation totale des ménages n’est que de 14,5 % en moyenne ! » j’ai plus le sentiment que c’est autour de 80%, examinez les postes d’un budget familial : carburant 100% vêtements 100% automobile 100% aliments surement autour de 60% etc, surement pas 15%, dans les années 60 oui (et encore)


    • BA 20 février 2015 14:18

      @raymond
      Vendredi après-midi, sur le site du journal Der Spiegel, un article intitulé : « La BCE se préparerait à une sortie de la Grèce de la zone euro. »


    • alteréconomie alteréconomie 20 février 2015 16:32

      @raymond
      Regadez les sources. L’OFCE le calcule. L’essentiel de la valeur ajouté de ces produits est constituée de services réalisés en France (transport, distribution etc...). Pour les carburants, l’essentiel du prix à la pompe est constitué de d’impôts... 


    • Pere Plexe Pere Plexe 20 février 2015 19:38

      Quel ramassis de conneries...

      L’avantage des théories économiques est qu’elle permettent de démontrer tout et son contraire.
      La réalité est tout autre.
      Par exemple l’effet d’une dépréciation.Le Japon experimente sans réel succès. 
      Pire les effets sociaux sont nefastes.
      L’euro à lui aussi considérablement perdu sans que la zone euro ne connaisse de reprise.
      Sauf pour le CAC40...

      • titi 22 février 2015 00:28

        @Pere Plexe
        C’est exact.
        L’Euro est au plus bas.
        Le risque principal avec un euro bas c’était la facture énergétique.
        Oui mais voilà, grâce au gaz de schiste américain (j’aime bien le rappeler), et aussi peut être grâce à la contrebande de l’Etat Islamique , le pétrole est au plus bas.

        Donc tous les voyants sont au vert !!! Sauf qu’il ne se passe rien...

        La barque est beaucoup trop lourde...

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