L’époque est-elle à « l’animicentrisme » ?
Il s'agit de témoigner de ce qu'on nommera l'animicentrisme, c'est-à-dire la tendance à se centrer sur l'âme. Ceux qui vivent d'animicentrisme ne ressentent même plus précisément de centre. Leur adage est le suivant : "le monde est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part", ce qui est dire l'inflation psychique parapsychotique, à côté de laquelle l'égocentrisme et le mentalisme me semblent de moindres maux en vérité. D'ailleurs, je dirais que l'égoïsme, avant tout, reste la démarche de la personne qui raisonne de façon carrée, à ce niveau, c'est-à-dire qui raisonne bien avec sûreté, sans courir à se réfugier dans une galvanisation potentiellement folle et affolante.

est inspirante. Source éditeur.
Cette âme souffre définitoirement de plusieurs possibilités, ou qu'elle recouvre plusieurs phénomènes (l'âme végétative corporelle-émotionnelle, l'âme affective passionnelle-relationnelle, l'âme intellective intellectuelle-spirituelle - ces trois âmes tenant d'Aristote, de l'Âme - ou encore de l'âme humaine-divine, personnalité spectrale de chacun susceptible d'éternité ou de métempsychose, etc.) ou qu'on définisse l'âme comme partielle (à la manière des psychologues dégottant plusieurs complexes autonomes, qui seraient autant d'âmes en soi-même - validé intra-conversationnellement par la neuroscience, - d'ailleurs récupéré par les scientologues dans leurs dérives attribuées à des entités extraterrestres ectoplasmiques), and so on.
L'âme, c'est quelque chose ! ou bien ce n'est rien ? ... Il faut encore évoquer sa famille lexicale, entre animique (d'animiste), animal (d'animalité n'est-ce pas), animé (d'agissement), animeux (d'animosité), amène (d'aménité) et animatif (d'animation socioculturelle). Ce qui dit bien que l'âme, là, est un effet événementiel, sinon un faire-événement comme tel ou, mieux encore, le principe d'un faire-événement sans lequel on n'aurait pas le sentiment, justement, d'une âme telle qu'évoquée au paragraphe précédent - puisqu'à chaque fois elle fait-événement carné, éprouvé ou conscientisé.
Auquel titre donc, l'âme est comme un halo et/ou une aura, sans surprise puisqu'elle peut aussi bien correspondre à de fantomatiques âmes en peine errant autour de la Terre, à des fantômes tout court. Mais, plus communément, lorsque l'on dit d'un lieu qu'il est peuplé de tant & tant d'âmes (une ville de cent mille âmes) l'usage du terme âme réfère précisément à leurs activités à chacun, et même mieux, à leurs mondes intérieurs, leurs perspectives, leurs expériences vécues, leurs sentiences. C'est présenter le lieu comme un lieu de vie riche & inconnue avant que d'être un emplacement aménagé, soit donc que la et les vies y font-événements - raisons d'être de l'emplacement aménagé (dont l'aménagement lui-même, d'ailleurs, dépend d'un faire-événement des âmes).
A partir de là, on voit mal comment l'âme serait autre chose qu'intrinsèquement liée à sa manifestation événementielle, c'est-à-dire aux corps agents, peu importe sa naturalité ou sa surnaturalité. En quoi on use du terme interchangeablement avec esprit (la tournure d'esprit, l'esprit d'une démarche) bien que certains systèmes puissent introduire des nuances - réservant par exemples l'âme aux pulsions, et l'esprit aux intellections, ou bien l'âme aux intellections, et l'esprit aux divinations, etc. : tout cela est livré au flou artistique le plus banal, chaotique et velléitaire.
Le commun des mortels, et pas que le commun, se débat avec cela depuis des ères semble-t-il, encore qu'il se laisse inspirer par des personnages semblant mieux s'y entendre en la matière : prêtre, mystique, psychologue, etc. au point d'ailleurs que même les neurosciences soient sujettes aux spéculations les plus aspirationnelles, quant à savoir si la conscience serait un champ quantique par exemple.
Pour ces tendances souvent new age, du moins nées avec le new age, il fau(drai)t que les plus anciennes traditions rejoignent les dernières inventions, comme par manque de confiance en les traditions, ou bien par grief envers les inventions, mais il y a aussi un besoin d'unité et d'harmonie en tout cela : une envie que tout le monde puisse repartir rasséréné et content de cela. Cela, c'est-à-dire un fourre-tout dont ils font profit, encore que - répétons-le - d'aucuns semblent mieux s'y entendre en la matière, et que les temps semblent plaider pour la présence de quelque chose comme de l'âme, selon cette adage que les modernes ne sauraient réinventer la poudre, d'autant plus qu'on savait bien d'autres choses par le passé, oubliées ou diffuses, redécouvertes et/ou accréditées aujourd'hui, c'est-à-dire qui ne sont pas du tout des progrès puisqu'elles rattrapent finalement un retard acquis. Enfin à mes yeux, toutes ces mesures de la performance des temps (passés, disparus ou présents) sont des querelles de cour de récréation. Laissons cela.
Ce qu'il est à dire à ce que j'en déduis, c'est que désormais la question de l'âme reste une question aspirationnelle ouverte, car apparemment inclôturable, pour le meilleur et pour le pire. C'est que, d'emblée, elle peut galvaniser, et pour tout dire polariser jusqu'à ... l'animosité ! Et néanmoins, rares voire très rares sont les personnes capables d'extraction quant à cette galvanisation. Il faut même dire que certaines, prétentieuses, tiennent un discours extra-animique tout en demeurant fort animeuses dans la démarche ! C'est très dur d'y échapper, et je concevrais volontiers cette rétorcation, que mon topo-même ci-présent pourrait ne pas y échapper, certes. Comment prouverai-je le contraire ? puisqu'il est question de la question de l'âme, et que cette question ne permet de statuer sur rien sauf à engager une définition particulière de l'âme. J'ai proposé un faire-événement essentiel, or ce topic fait- bien -événement : sous cet angle, je n'y échappe pas, c'est assez clair.
C'est assez clair, seulement ça ne satisfera absolument pas les tenants de la question de l'âme comme plus intime, large et/ou cardinale. Car cette âme proposée comme faire-événement, elle ne l'est que d'avoir cherché le dénominateur commun à la variété définitoire de l'âme, et se résumerait à un effet de surface, aux symptômes, aux résultantes, aux conséquences, mais non pas au cœur de l'âme-même comme - si l'on veut - une énergie.
Cette notion d'énergie, tirée de la science traitant là de potentialité (un peu comme Aristote parlait de virtualité, d'en-puissance), elle est largement récupérée par le new age ès champs énergétiques comme on dit aussi champ de conscience, et ça satisfait son petit monde ; mais, même sans new age, la notion d'énergie préserve une charge galvanisante laissant tout un chacun à approuver cette idée du cœur de l'âme, comme quelque chose d'énergique voir d'énergétique. Ce faisant, je n'ai pas l'impression que nous ayons quitté le domaine du faire-événement.
L'événement, c'est ce qui évient > ex-vient > surgit comme de nulle part. Il y a évenance, émanation, émergence, soudaineté, imprévision. C'est que malgré les pronostics et les probabilités, quelque chose de singulier a lieu, notoirement parce que malgré les corps agents qui le manifeste ça reste incorporel. Je ne connais la problématique stoïcienne des incorporels que par ouï-dire, aussi ne m'y appesantirai-je pas, mais il me semble, à ce que j'en sais, que c'est un véritable problème logique et logicien, que cela posa aux stoïciens. Et pourtant, nous y trouvons une réalité, voire une vérité. C'est bien tout ce qui galvanise et semble accréditer la notion d'âme, peu importe sa définition. Logiquement, on se retrouve là devant un mystère.
Seulement, devant un mystère, quelqu'un comme moi - peu importe qui - s'arrête et prête l'oreille en faisant silence, afin de s'assurer qu'il ne s'agisse pas seulement de so much ado about nothing, ou bien pour saisir la nature de la chose en propre au lieu que de s'ébrouer comme dans une cour de récréation à prétendre savoir alors qu'on ne se serait qu'engagé dans un vœu décrété on ne sait pourquoi ni comment d'absolu. La question de la question de l'âme est d'abord la question d'un mystère, qui tout aussi bien peut mystifier et reste a priori mythique. D'ailleurs, il se pourrait que l'initiation d'un tel mystère réside tout entière dans la capacité à faire halte devant lui, voire y renoncer ! qui sait ?
Aussi récrié-je vivement contre tout l'animicentrisme qui règne à mon avis, et duquel le commerce fait largement son pain, sans parler des raisonneurs de tous les mondes, qui d'ailleurs finissent tous par commercer un livre de développement personnel ou l'autre. Leurs démarches sont typiquement les mêmes que celle des managers - et pas que des managers - qui parlent de cocooning, de housing et de caring. C'est exactement l'extrapolation commerciale du fameux adage : "le corps, temple de l'âme", transposé à notre petit monde ustensile à usage unique. Aussi, bien que certain spiritualisme - new age ou non - conspue tendanciellement "l'ego" et/ou "le mental" comme vicieux, assimilant largement tout ce management commercial au vice, il ne me semble pas insensé de dire que même les rejets de "l'ego/du mental" peuvent tourner, comme le petit lait, à un animicentrisme non moins pernicieux.
C'était que les rejets de "l'ego/du mental" étaient des rejets moraux avant tout, qui même altruistes - et je ne douterai pas de la sincérité des altruismes, - sombrent dans une autre espèce de malaise, qui est celui-ci dénommé animicentrisme. L'ego ou le mental, en effets, n'y sont pas le centre ; à vrai dire, ceux qui vivent d'animicentrisme ne ressentent même plus précisément de centre. Leur adage est le suivant : "le monde est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part", ce qui est dire l'inflation psychique parapsychotique, à côté de laquelle l'égocentrisme et le mentalisme me semblent de moindres maux en vérité. D'ailleurs, je dirais que l'égoïsme, avant tout, reste la démarche de la personne qui raisonne de façon carrée, à ce niveau, c'est-à-dire qui raisonne bien avec sûreté, sans courir à se réfugier dans une galvanisation potentiellement folle et affolante.
Aussi bien, la personne animicentrique se vit d'abord et avant tout comme animisphérique. C'est dire qu'elle vit dans les sphères ... et que ça lui complaît, car aussitôt elle évoquera les traditions alchimiques, ou tout simplement aristotélicienne, des sphères célestes jusqu'au 7ème ciel. Mais, comme ce ciel, elle est arrêtée en conséquence, quand même elle se croirait svelte. C'est en tout cas la folie douce, folie ordinaire, du new age, et moindrement du commun des mortels, dont les sectaires abusent quand ils peuvent, gourous ou managers - mais les managers sont-ils bien autre chose que des gourous assimilables ? Animateurs commerciaux.
Finalement, rétrospectivement, c'est l'âme elle-même, qui semble ainsi douteuse, et il se pourrait bien que son mystère, tant qu'on y mythifie galvanisé (dur d'en prendre la mesure - mesure de sa propre galvanisation) ... c'est-à-dire sans reconnaître qu'il y a là mystère effectivement - mystification ou mysticisme possible ... il se pourrait bien que le mystère de l'âme soit la plus grande intoxication paradoxalement psychique (de psyché, l'âme) de l'humanité, encore que sans ce mystère rien ne semble faire-événement.
C'est que l'événement lui-même, l'incorporel lui-même, ne serait autre qu'une paréidolie, qu'une apophénie, et il serait à reconnaître le Devenir seul, où la question de la question de l'âme, qui est la question de son mystère, viendrait introduire fallacieusement celle de l'Être, fond sur lequel il peut y avoir événement. Le Devenir, quant à lui, abolirait tous ces bibelots d'inanités sonores.
D'autres éléments de réflexion :
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