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Accueil du site > Tribune Libre > L’Europe a-t-elle une âme ?

L’Europe a-t-elle une âme ?

 Par François SERANT

Les derniers évènements d’Ukraine nous portent à nous poser cette pénible question : l’Europe a-t-elle une âme. L’Europe semble faire des choix politiques et géostratégiques qui semblent ne pas être les siens. Les derniers évènements semblent indiquer qu’elle se donne une balle dans le pied. Au lieu de tout faire pour rassembler ses différentes composantes, dans le cadre d’une politique d’adhésion volontaire, elle semble avoir opté ces deux dernières décennies pour la casse et l’intégration autoritaire. La boussole s’affole. Tantôt, elle fait le choix d’une praxis démocratique, tantôt d’une praxis révolutionnaire, autant en emporte le vent.

Prenons nos jumelles et scrutons l’horizon de l’Europe sur l’autoroute des dernières décennies, de l’Atlantique à l’Oural. L’Europe a cautionné le démembrement de la Yougoslavie, puis de la Serbie ex-république de la fédération Yougoslave. On a abouti au massacre de Bosnie, à la sécession du Monténégro, de la Macédoine, au bombardement de Belgrade par l’Otan, à l’indépendance unilatérale du Kossovo, berceau de l’Etat Serbe. Pour faire avaler la pilule, on a évoqué lors le principe de l’autodétermination des peuples pour expliquer la violation du pacte étatique. En 2014, quatre ans après l’échec de la révolution colorée, L’Union Européenne revient sur les planches du théâtre d’Ukraine, pour obtenir à marches forcées un accord d’association de Kiev. Echec. Elle y délègue des scénaristes de tous acabits sur les planches du théâtre à ciel ouvert de Maidan : des Eurocrates de Bruxelles, des Otanocrates de tous poils, des activistes d’horizons divers, des intellectuels de service ou de poche pour inverser la tendance, pour renverser un régime élu démocratiquement, qu’importe la bouteille, l’estampillage politique. Ouste la démocratie ! Qu’importe l’orchestre, il suffit qu’il accepte de jouer la partition de Bruxelles et de ses coreligionnaires.

Le président Ukrainien Ianoukovitch a été éjecté du pouvoir juste au moment où il s’est montré le plus conciliant avec ses adversaires politiques d’une saison, juste au moment où il signait, sur l’injonction de la Russie, un accord politique pour un gouvernement d’ouverture, en présence des chanceliers allemand, polonais et français. Ianoukovich a tout accepté alors qu’il a la majorité au parlement, dominé par son groupe politique, le parti des régions, alors que son mandat doit prendre fin en avril 2015. Alors qu’il négocie, les émeutiers de Maidan prennent d’assaut la présidence et le parlement. En moins de vingt quatre heures, la majorité parlementaire a fondu comme neige au soleil pour faire place à un gouvernement constitué uniquement des signataires de l’accord politique de la journée, des chefs de file des émeutiers de Maidan, qui aussitôt ont interdit le russe et d’autres langues nationales et saisi tous les leviers du pouvoir, avec l’onction de l’Union Européenne.

L’accord avait prévu un gouvernement d’union nationale provisoire, des élections avant la fin de l’année 2014. On a tout bousillé. Au nom de quoi : Du droit, de la morale. Nenni. Au nom des intérêts financiers, économiques pour les uns, géostratégiques pour d’autres. On ne veut plus unir l’Europe à coups de dialectiques, par la persuasion, mais plutôt par la ruse et le pistolet. Et cette Europe qui a reconnu sans tarder et sans sourciller le nouveau régime détenteur uniquement d’une « légitimité révolutionnaire » et non de la légitimité politique l’invite déjà à parapher au plus vite l’accord d’association, pomme de discorde, sans attendre l’avènement des nouvelles autorités issues des élections démocratiques prévues en mai prochain. Il y a urgence. C’est qu’on craint que les nouvelles élections conduisent à la même impasse, car Kiev n’est pas l’Ukraine. Les quelques dizaines de milliers de manifestants et les quelques irréductibles de Maidan ne représentent pas la population de l’Ukraine qui avoisine les cinquante millions d’habitants. Aucun dirigeant allemand ou français ou américain n’estimerait suffisante la volonté de quelques milliers d’indignés place de la Concorde, porte de Brandebourg ou Times square pour renverser le régime établi ou s’emparer de l’assemblée nationale ou du congrès et estimerait insensé qu’on leur interdise l’intervention des forces de police ou de l’armée pour sauvegarder « l’ordre républicain ». 

A Kiev la rue a pris le pouvoir et comme conséquence la rue, par mimétisme, réclame et prend le pouvoir à Karkhov, à Odessa, à Donetsk et en Crimée pour rétablir le statu quo ou demander le rattachement à la Russie voisine qui lui est ethniquement proche. L’Union Européenne, l’Otan, les USA crient au scandale. La rue ne peut s’arroger le droit de changer l’ordre établi, de pervertir le pacte étatique qui a été d’ailleurs rompu avec le renversement du gouvernement en selle en dehors des normes constitutionnelles. La rue ne fait qu’imiter la stratégie des ex-émeutiers de Maidan qui a apporté des fruits. La rue de l’Ukraine profonde réclame le retour à l’ordre constitutionnel, réclame à défaut le recours au principe de l’autodétermination des peuples évoqué par l’occident pour démembrer la Yougoslavie, puis la Serbie, reconnaitre l’indépendance du Kossovo. L’Union Européenne, l’Occident opposent un niet. C’est pourquoi on se pose la question : l’Europe a-t-elle une âme, a-t-elle des principes ? Pour qui roule l’Europe ? L’Europe semble se regarder dans un miroir qui lui renvoie l’image de la peinture du peintre Florentin du XVIème siècle, Giovanni Battista Rosso, où Jupiter (Zéus) pour la séduire se transforme en taureau, la transporte sur son dos et la fait captive. Et elle semble y croire.

Les luttes fratricides qu’augure la débâcle ukrainienne feront-elles avancer l’Europe ou retarder son émancipation ? En épousant des politiques qui acculent la Russie touchée dans sa sphère géostratégique, l’Europe se tire une balle dans le pied. La politique idéale serait de mettre en confiance la Russie en adoptant sans malice des politiques qui renforcent leur partenariat. La France de De Gaulle, L’Allemagne de Schröder, l’Italie de Berlusconi allaient dans cette direction. La chancelière allemande Angela Merkel a semblé parfois prendre ce chemin. Les luttes fratricides ne feront que détruire l’Europe qu’on aura détournée sur la route de son destin lumineux et conduite vers un avenir sans lendemain. Une Europe unie de l’Atlantique à l’Oural dans le cadre de politiques d’adhésion volontaire, d’accords d’association tout aussi volontaire renforcerait ses capacités politiques, financières, économiques et stratégiques et ouvrirait la voie à ce monde multipolaire qu’on appelle de tous nos vœux, condition sine qua non pour un monde de paix et d’équilibres.

                                                                         François SERANT

  pmfserant@gmail.com


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10 réactions à cet article    


  • chapoutier 13 mars 2014 09:15

    l’Europe a-t-elle une âme, a-t-elle des principes ? Pour qui roule l’Europe ?

    pour commencer c’est quoi l’Europe ?
     le truc qui roule pour les grands banquiers étatsuniens et qui veulent bouffer tout cru les peuples au petit dèj.

    les seules principes de cette bande de mafieux c’est de passer au tiroir caisse.

    Et ou avez vous trouvé une différence ’’’ ethnique ’’’ entre un russe et un ukrainien ???


    • claude-michel claude-michel 13 mars 2014 09:43
      L’Europe a-t-elle une âme ?...Vous avez du courage de vous poser la question devant les résultats négatifs de l’UE.. ?

      • CASS. CASS. 13 mars 2014 23:22

        "l’EUROPE’ a une âme, cette UE des usuriers sans âme et leurs collabo. sont ses pires ennemis.


      • pens4sy pens4sy 13 mars 2014 11:38

        Une âme damnée peut être....


        • Daniel Roux Daniel Roux 13 mars 2014 17:09

          L’accord en question n’a pas été signé par les USA et ce détail a des conséquences et explique probablement la brusque accélération des évènements : 100 morts causés par des tireurs inconnus et introuvables.

          La France, l’Allemagne, la Pologne et la Russie vont apprendre rapidement qu’un accord sans l’Oncle Sam n’existe pas, ne peut exister.

          Et puis, de l’agitation en Europe et la « menace » Russe peuvent amener les Français et les Allemands à plus de compréhension et de souplesse d’échines dans les négociations commerciales dont le but est d’aligner l’Europe sur les accords existants déjà entre le Mexique, le Canada et l’US, une copie du bon vieux AMI.

          Un patron doit savoir taper du poing sur la table pour rappeler qui commande.


          • CASS. CASS. 13 mars 2014 23:38

            LES USA de washington, ne faisant pas partie de L’EUROPE ni du continent européen donc ;(contrairement à la Russie) devraient une fois pour toute fermer sa grande gueule et cessez d’"emmerder et de foutre sa merde partout dans le monde avec ses satalopes de pourritures de collabo.


          • Abou Antoun Abou Antoun 13 mars 2014 21:57

            L’Europe a cautionné le démembrement de la Yougoslavie, puis de la Serbie ex-république de la fédération Yougoslave.
            Elle a fait plus que cautionner, elle est responsable de ces guerres civiles. Et elle s’apprête à recommencer dans le cadre de l’OTAN.
            Une honte !!!


            • CASS. CASS. 13 mars 2014 23:29

              Il ne faut pas dire l’Europe, il faut dire UE ce qui n’a rien a voir avec l’Europe. cette UE étant le pire ennemi de l’Europe.


              • epicure 14 mars 2014 02:49

                Si l’Europe actuelle a une âme, cette âme a un prix, et elle est à vendre, voire déjà vendue.


                • Laurent 47 14 mars 2014 12:08

                  Les Etats-Unis démocratiques ? Rappelez-vous un peu : 2 bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, toutes les grandes villes allemandes rayées de la carte à coup de bombes incendiaires au phosphore blanc depuis 10.000 m. d’altitude ( ç’est moins dangereux ), la guerre et la destruction en Yougoslavie, en Irak, en Libye, tous les coups d’états fomentés en Amérique Latine, sans compter leur soutien inconditionnel aux gouvernements successifs ultra-religieux d’Israël qui se moquaient comme d’une guigne des résolutions de l’O.N.U.

                  C’est un grand pays démocratique...mais pour les américains seulement !
                  Mais l’Allemagne aussi était un grand pays démocratique...pour les blonds aux yeux bleus !

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