• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > L’honneur perdu de la presse

L’honneur perdu de la presse

Heinrich Böll se retourne dans sa tombe.

Le vénérable quotidien britannique « The Guardian » a récidivé. Son prolifique reporter Luke Harding vient de publier un nouvel article tapageur depuis Quito, la capitale équatorienne, sur son thème fétiche, connu dans les milieux du renseignement sous le nom de « Russiagate ».

Selon le plumitif du quotidien britannique, des sources (?) indiqueraient que l’avocat américain Paul Manafort, directeur de campagne du candidat à la présidentielle, Donald Trump, remplacé en cours de route par Steve Bannon, aurait rencontré, en secret, le fondateur de l’ONG « Wikileaks », Julian Assange, dans l’ambassade équatorienne à Londres, à trois reprises, entre 2013 et 2016, une « information » relayée allègrement par de nombreux médias sans contre-vérification aucune.

Toujours selon le quotidien britannique, une liste, établie par les services secrets équatoriens (Senain) révèlerait que Paul Manafort aurait été un visiteur régulier de l’ambassade, ainsi que « des russes » (?). Bien que tout visiteur soit censé s’enregistrer à son arrivée, aucune inscription au nom de Manafort ne figure pourtant dans le registre en question.

On pourrait ajouter que celle-ci est surveillée 24 heures sur 24 par des douzaines de caméras, ainsi que par de nombreux agents de la Police métropolitaine. Mais, « une autre source » indiquerait que la dernière visite aurait duré 40 minutes (?) et que Paul Manafort fut « vêtu de chinos de couleur sable, d’un gilet et d’une chemise de couleur claire (?). » 

On sait qu’après le retrait de l’ancien président équatorien Rafael Correa à la fin de son troisième mandat et l’élection de son successeur Lenin Moreno, pourtant issu du même parti politique, de gauche, l’attitude de bienveillance à l’égard de Julian Assange avait brusquement changé, sous la pression du gouvernement américain, qui cherche par tous les moyens d’obtenir son extradition.

Par ailleurs, le Département de justice américain vient de révéler, par inadvertance, en mélangeant des contenus de documents judiciaires sans lien, la préparation d’une inculpation pénale contre le journaliste australien. Les principaux griefs des autorités américaines, surtout de la CIA, sont bien sûr la publication des journaux de guerre, afghans et irakiens, de l’armée américaine, publiés par Wikileaks, pourtant une activité journalistique typique, révélant, entre autres, l’assassinat d’une douzaine de civils irakiens et de deux journalistes de l’agence Reuters dans une attaque, opérée par un hélicoptère Apache de l’armée américaine, à Bagdad.

L'élément déclencheur de l'acharnement biparti, démocrate et républicain, si on peut dire, fut la publication des e-mails embarrassants au sujet des agissemts peu respectueux de la démocratie de la part de la candidate Hillary Clinton en 2016.

Ainsi le Guardian poursuit : « Ces révélations pourraient jeter une autre lumière sur les événements de l’été 2016 quand « Wikileaks » avait publié des dizaines de milliers d’e-mails en provenance et à destination du DNC, le Comité national démocrate, piratés par le la direction générale des services de renseignements russes GRU, successeur du KGB, ce qui, selon la candidate Hillary Clinton, aurait contribué à sa défaite face à son adversaire Donald Trump. » Julian Assange a pourtant affirmé à plusieurs reprises n’avoir jamais reçu d’informations d’une source gouvernementale (ndlr).

Accusé de blanchissement d’argent et d’évasion fiscale, Paul Manafort est actuellement détenu dans une prison de la ville d’Alexandria dans l’état de Virginie, état dans lequel se trouve également le quartier général de la CIA, à la disposition du procureur Robert Mueller, en charge de l’investigation sur les supposés liens illicites entre le candidat Donald Trump et le gouvernement russe.

Il faut dire que le scribe du « Guardian » n’est pas à son coup d’essai. Auteur d’un livre au titre évocateur « Collusion », et son sous-titre, non moins évocateur, « rencontres secrètes, argent sale et comment les russes ont aidé Donald Trump à accéder à la présidence », publié en novembre 2017, Luke Harding avait sans doute voulu partager, avec ses lecteurs, ses connaissances intimes des secrets inavoués des cercles du pouvoir russe, acquises en tant que reporter pour son journal entre 2007 et 2011 à Moscou. 

Dans une interview de l’émission d’actualité sur internet « The real news » diffusée depuis la ville de Baltimore le 19 janvier 2018, Luke Harding répond aux questions du journaliste Aaron Maté au sujet de son livre. Quelques extraits illustrent le sérieux et la rigueur journalistique des médias mainstream actuellement. Le lien se trouve en bas de page.

Luke Harding : « Cela commence par le premier voyage de Donald Trump à Moscou en 1987. Il faut comprendre qu’à l’époque les russes étaient très intéressés par le recrutement de personnes vulnérables, notamment d’américains, de personnes vaniteux et narcissiques, intéressés par l’argent. J’ai de nombreuses sources à Moscou, Londres et Washington. En outre, la fille de l’ambassadeur russe à Washington s’était rendue dans la tour « Trump » à New York pour flatter Donald Trump (?). Et vous avez le fameux voyage à Moscou pour l’élection de « Miss Universe » en 2013.

Aaron Maté : « Avez-vous des preuves d’une relation transactionnelle entre Donald Trump et le gouvernement russe ? »

Luke Hardin : « Le fils de Donald Trump a rencontré un avocat russe (?). Vous devez comprendre une chose sur l’espionnage russe. Le président Poutine n’est pas assis dans une cave (?) activant des boutons de commande (?) qui déclencheraient des événements aux Etats-Unis (?). George Papadopoulos, le conseiller en politique étranger du candidat Trump, avait rencontré un mystérieux professeur avec des contacts à Moscou. »

Aaron Maté : « Il n’y a pas de preuve pour cela. »

Luke Harding : « Soit vous vivez dans un monde empirique ou pas. Il y avait beaucoup d’activités de la part des renseignements russes ces dernières années, comparables à la période de la guerre froide, tel que l’assassinat de l’ancien espion russe Alexander Litvinenko en 2006 à Londres. J’ai lu un livre sur le cas (?) qui présente un volume important de preuves scientifiques. Le fait que les russes aient joué un rôle dans les élections présidentielles de 2016 est établi par les services secrets américains et tout le monde le reconnaît (?). Je suis un journaliste, un conteur. Je ne suis pas un responsable des services secrets.

Aaron Maté : « Pouvons-nous nous mettre d’accord qu’il n’y a pas de preuves de complot ni de piratage des élections américaines, mais plutôt des liens d’ordre financier entre Donald Trump et des oligarques russes ? »

Luke Harding : « C’est votre appréciation. Nous n’avons encore pas évoqué la personnalité de Vladimir Poutine qui était un agent du KGB, qui détestait Hillary et qui favorisait le candidat Donald Trump. Allez à Moscou et parlez avec les gens (?).

Lien sur l’intégralité de l’interview

http://www.youtube.com/watch?v=zvwcPOn5Iws&t=2s


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 décembre 12:29

    La presse est bien morte. Excepté Agora et « La décroissance », je ne lis rien d’autre. Et cela suffit amplement à vivre normalement. Survol de La libre, de très très loin.


    • xana 4 décembre 20:34

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Bonjour Mélusine, c’est moi (Jean Xana) qui vous ai plussé !
      Ca vous étonne ? Non, je suis vraiment d’accord avec votre post. Je ne lis plus « la Décroissance » parce que je ne le trouve pas en Roumanie où je vis.
      J’aime bien vous voler dans les plumes en vous traitant de vieille folle ou pire encore quand vous vous étalez sur des centaines de posts sans queue ni tête. Souvent je vous trouve soûlante. Mais en fin de compte je vous aime bien, en tous cas (malgré mes commentaires désobligeants) je vous respecte, car vous n’êtes jamais ni méprisante ni méchante.

      Jean Xana


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 décembre 11:00

      @xana

      si vous voyez ma garde-robe,...Vous changeriez vraiment d’avis à mon sujet. Je sais, se suis saoulante. Bof, c’est comme un verre de vin sur la table. On le boit ou pas. Chaque lecteur peut sauter mes commentaire. Mais ces drôles. Dans la vie je suis d’un calme Olympien. Besoin certainement de me défouler dans cette époque chaotique et comme je colle au gouvernement de macron par mes relations. Hé, je suis bien mieux placée pour donner des infos,...en loucedé. A 8 ans je rêvais de devenir reporter (belge,...et Tintin oblige, mais il y avait une version féminine moins connue). Voilà que je réalise un peu mon rêve.....


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 décembre 11:01

      Lire : Mais c’est drôle.....


    • Yanleroc Yanleroc 5 décembre 13:06

      @Mélusine ou la Robe de Saphir. On les attend encore, ces infos ! 


    • NEMO NEMO 4 décembre 13:10

      « the guardian » n’est plus ce qu’il était il n’y a pas si longtemps

      la presse ne vaut que ce que les actionnaires et les états veulent bien qu’elle vaille

      à partir du 20ème siècles les journaux d’« opinion » ont toujours été financés par des actionnaires soucieux du ligne éditoriale, des subventions d’états (pas forcément celui où le journal est vendu) ayant ce même souci, et/ou la publicité soucieuse de rentabiliser sa contribution par des retours sur les ventes des produits, les recettes issues de la vente en kiosque ou par abonnements ne sont qu’un des postes des budgets de fonctionnement


      • captain beefheart 5 décembre 23:50

        @NEMO
        Sur certains dossiers,comme le propagande anti-Assad,Panamapapers entre autres, les journalistes de The Guardian travaillent de concert avec ceux de The New York Times,le Monde et je ne sais plus quel journal allemand.


      • popov 4 décembre 13:20

        Il paraît que les passeport de Paul Manafort ne portent aucune trace de voyage au Royaume Uni à cette époque.

        Source

         

        Affaire à suivre. On verra qui produit les fake news.


        • Doume65 4 décembre 16:10

          Le Guardian a discrètement modifié son article tellement il puait la fake new. D’ailleurs les décodeurs du Monde ont fait un article là-dessus. Non, je déconne ! (pour les décodeurs, le reste est vrai)


          • Xenozoid Xenozoid 4 décembre 16:17
            Hearty congratulations go out to editors at the Guardian and Luke Harding ! Their malevolent and ridiculous attempt to fool their readers and the world with utter propaganda, falsehood and the Manafort-Assange « secret meetings » scandal has guaranteed their place in history alongside Orson Welles’ famous « Martians are landing ! » radio broadcast. 

            Mr. Welles’ near-universal generation of panic and fear in the broader public in America from his science fiction broadcast was completely innocent and unintentional. However ... the Guardian and Mr. Harding’s intentions were cunningly planned and maliciously intentional, making the attempt much more despicable in the eyes of an increasingly aware public around the world. This journalism scandal is one of historic proportions, and will not be forgotten any time soon ... likely never. 

            This clear, disgusting, intentional slander of Julian Assange should inspire good people everywhere to directly challenge U.S. President Donald Trump, U.K. Prime Minister Theresa May and Ecuador President Lenin Moreno, - to be precise, demanding those « leaders » act immediately and arrange for Assange’s total, rightful freedom.

            • Xenozoid Xenozoid 4 décembre 16:22

              @Xenozoid

              Félicitations sincères aux rédacteurs en chef du Guardian et à Luke Harding ! Leur tentative malveillante et ridicule de duper leurs lecteurs et le monde entier avec leur propagande totale, des mensonges et le scandale des « réunions secrètes » Manafort-Assange a garanti leur place dans l’histoire aux côtés du célèbre "Les martiens débarquent ! une émission de radio.

              La génération presque universelle de M. Welles de panique et de peur dans le grand public américain après sa diffusion de science-fiction était complètement innocente et non intentionnelle. Cependant ... les intentions du Guardian et de M. Harding étaient astucieusement planifiées et intentionnellement malicieuses, rendant la tentative beaucoup plus méprisable aux yeux d’un public de plus en plus conscient dans le monde. Ce scandale journalistique a des proportions historiques et ne sera pas oublié de sitôt ... probablement jamais.

              Cette calomnie claire, dégueulasse et intentionnelle contre Julian Assange devrait inciter des personnes du monde entier à défier directement le président américain Donald Trump, la première ministre britannique Theresa May et la présidente de l’Équateur Lenin Moreno, pour être précis, demander à ces « dirigeants » d’agir immédiatement et d’obtenir la liberté totale et légitime d’Assange.


            • samy Levrai samy Levrai 4 décembre 21:53

              « l’ignorance c’est la force ! »

              Orwell


              • captain beefheart 5 décembre 23:43

                Pour ceux qui lisent l’anglais:Il y a une site web qui est animé par d’anciens lecteurs de The Guardian,qui en avaient assez de se voir supprimer leurs commentaires pointant la désinformation du dit journal sur certains sujets,notamment la Syrie et la Russie. Il sappelle « TheOff-Guardian » et ça vaut le détour.

                Sur le mensonge Manafort-Assange :
                https://off-guardian.org/2018/11/27/discuss-the-secret-meetings-of-paul-manafort-julian-assange/

                Au sujet de la nécrologie de GHW Bush dans ce journal :

                https://off-guardian.org/2018/12/03/the-guardians-bush-obituary-plumbs-new-depths-of-sycophantic-hypocrisy/

                Ils suivent,en anciens abonnés et fidèles de leur journal aimé,son évolution vers un outil de propagande.
                Merci monsieur Hubacher pour votre article.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès