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L’horrible réalité du monde de la santé ...

L’actuelle polémique autour du livre de Pierre Péan « Le Monde selon K.  » mettant en cause la moralité ou l’intégrité de Bernard Kouchner, ministre d’ouverture en charge de la diplomatie française, icône parmi les icônes, véhiculant l’image de l’homme au sac de riz m’a conduit à lire des articles sur une question connexe portant sur la responsabilité sociale et éthique des entreprises de l’industrie pharmaceutique de rang mondiale.

L’explosion des dépenses de santé dans les pays dits développés ont permis à cette industrie de réaliser des chiffres d’affaires colossaux à nous faire frémir en ces temps de crise - Pfizer (48,6 Md$), GlaxoSmithKline (44,2 Md$), Hoffmann-La Roche (42,2 Md$), Sanofi-Aventis (40,7 Md$) et Novartis (39,8 Md$) - et dont des études prospectives laissent penser que cette manne financière va continuer à croitre pour atteindre d’ici 2020, d’après une étude de PriceWaterHouseCoopers, 1300 Md$ (« Pharma 2020 : The Vision - Which Path Will You Take ? »). Ce chiffre est d’ailleurs hors de portée de notre imagination. Dans le même temps, on apprend que l’entreprise GSK se réorganise et licenciera 850 emplois en France d’ici 2012 sur les 6 000 salariés du groupe soit environ 14% des effectifs tandis que dans le même temps la page ’emploi’ de son site affiche sans vergogne un slogan qui apparait pour le moins contradictoire « il n’existe pas de croissance durable et responsable dans une entreprise sans développement des collaborateurs dans l’organisation » ! Que voilà de jolis mots ! Il n’est pas certain que les salariés du site d’Evreux apprécient à sa juste valeur ce bel engagement digne d’une politique de développement durable mûrement réfléchie et structurée. A lire les déclarations inquiétantes rassurantes de la direction de GSK (« GSK ne quitte pas la France, on ne va pas vers du low cost »), ils devraient pourtant comprendre qu’il s’agit de garantir un développement durable aux collaborateurs qui resteront et non pas comme le dénonce le syndicat CGT d’ « assurer un taux de profitabilité optimum pour les actionnaires ». A moins que la CGT ne voit juste ... et on fait alors le lien avec l’étude de PwC ! 

Sur une autre thématique portant elle aussi sur la responsabilité sociale de l’entreprise, la Recherche et le Développement (R&D) de nouveaux médicaments, enjeu stratégique d’ampleur depuis que le secteur ne peut plus espérer développer son chiffre d’affaire sur la vente des blockbusters, il apparait que ce secteur R&D est loin de s’inscrire dans une démarche éthique et respectueuse de principes fondamentaux. Le développement d’un nouveau médicament impose ainsi plusieurs phases de tests avant mise sur le marché dont la dernière d’entre elles doit se faire sur l’être humain. Cette dernière phase de tests est particulièrement sensible aujourd’hui pour le secteur pharmaceutique car des dérives assez graves ont été constatées ces 30 dernières années et ont provoqué pour certaines de véritables scandales.

On pourra voir ainsi « Réflexions sur certains facteurs à scandale dans l’industrie pharmaceutique »), ou l’histoire de ce médicament qui soigne le cancer qui passe malheureusement à la trappe pour des questions de manque de rentabilité non que le médicament aurait été trop cher à développer mais parce qu’au contraire existant déjà il ne coûte presque plus rien et ne rapporterait pas beaucoup ! Ces dérives sont accentuées par le fait que l’industrie pharmaceutique cherche par tous les moyens et notamment ceux de la loi (quel plus beau rempart !?) à échapper à sa responsabilité et aux sanctions juridiques pouvant déboucher sur l’épineuse problématique de l’indemnité des personnes victimes. (Voir à ce sujet « L’industrie pharmaceutique veut une immunité totale pour les effets indésirables  »)

Pour en revenir au secteur de la R&D, ces dérives, particulièrement sensibles dans les pays développés ont amenés les entreprises pharmaceutiques à développer la partie sensible des test sur les êtres humains dans les pays en voie de développement là où la réglementation est moins forte, où le pouvoir en place moins regardant et où les individus attirés par la perspective d’une rémunération « facile » n’apprécient pas à quelle hauteur le fait de servir de cobaye humain induit une prise de risque qui n’est pas négligeable. Là où l’histoire devient inqualifiable c’est quand par exemple lors « de certains tests sur des médicaments de lutte contre le sida (...) les patients sains qui devenaient séropositifs durant le test n’étaient pas pris en charge par la suite par le laboratoire » alors que ces mêmes médicaments étaient développés pour les populations des pays développés ! (Voir article sur Novethic).

Alors quand je vois Bernard Kouchner se démenait pour expliquer que toute sa vie durant il a œuvré pour améliorer le sort des populations du sud, je suis tout à fait prêt à le croire, et son parcours le montre suffisamment. Mais quand il se sent obligé pour se défendre au journal télévisé de nier certains faits comme celui qu’il a appartenu aux entreprises Imeda et Africa Steps et que le lendemain à peine un magazine produit une photo laissant présumer de manière forte qu’il a bien fait partie de ces deux entreprises (Voir article de Challenges « la photo qui dément les propos de Bernard Kouchner  »), je me souviens de ces débats qui ont eu lieu il y a encore peu sur le fait de savoir si le champ de santé était un secteur marchand comme les autres ou non. Et je me dis que le citoyen lambda que je suis et que nous sommes est d’une grande naïveté. Il ne s’agit pas pour moi ici d’enfoncer Bernard Kouchner - certaines attaques de Pierre Péan semblent avoir de mauvais relents - mais le parallèle entre cette icône égratignée et ce monde de l’industrie pharmaceutique qui engrange des milliards sans se préoccuper de sa responsabilité dans le développement de l’être humain m’apparaît soulever question.

Alors que le champ d’activité de la santé devrait être celui où le respect d’autrui, l’application des principes de responsabilité sociale, d’éthique, de développement durable constituent des axes forts de l’action des entreprises et des responsables les plus en vue, on s’aperçoit que c’est tout le contraire. Nous avons encore du chemin à parcourir ... pour devenir enfin responsables !


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9 réactions à cet article    


  • morice morice 10 février 2009 11:43

     en Birmanie, pays de la junte, il s’est beaucoup démené, il est vrai... pour Total, surtout...


    • Tristan Valmour 10 février 2009 11:56

      J’ai un ami qui est chercheur pour une multinationale de la pharmacie. Il est en mesure de trouver un vaccin contre le paludisme. Mais sa société refuse de financer les recherches au motif que les Africains ne sont pas solvables. On laisse sciemment mourir des millions de personnes quand on pourrait les sauver. Comment appelle-t-on cela dans le langage de la justice ?

       

      Dans un autre domaine, les chercheurs du CEA, agissant sous les ordres des industriels, cherchent des matériaux à la durée de vie très limitée. Tout cela pour inciter le consommateur à renouveler plus fréquemment leur matériel. Est-ce là le progrès ?

       

      J’en ai marre de tous ces pourris qui nous mentent, trompent et asservissent.


      • MarcDS MarcDS 10 février 2009 13:45

        Je partage votre dégoût, mais soyons conscient qu’il ne s’agit pas de quelques pourris à pointer du doigt. Les causes de ces agissements sont à rechercher dans le principe de fonctionnement de la société de consommation, qui a besoin du gaspillage pour continuer à fonctionner, et dans la logique du capitalisme, pour lequel l’économie est basée sur la propriété privée des moyens de production. Qui pense en termes de (gros) intérêts privés ne pense que secondairement à l’intérêt public, quand il y pense.

        Autrement dit, il convient de tourner le dos à un type de société qui atteint ses limites et répond de moins en moins aux exigences de l’humanité, que ce soit en termes de satisfaction des besoins de base ou en termes d’éthique et de justice. Ces exigences ont d’ailleurs été rencontrées dans nos pays grâce à la démocratie et non grâce au capitalisme, lequel n’a eu que le mérite de comprendre qu’il était dans son intérêt de soutenir l’expansion des libertés citoyennes (du moins dans certains pays). La question est de savoir s’il va continuer à y trouver son intérêt, maintenant que les ressources se font rares et les prétendants trop nombreux ?


      • appoline appoline 11 février 2009 19:47

        @ Tristan,
        Pourquoi laisser mourir X millions de personnes. Depuis des années, différentes organisations se grattent la tête pour trouver des solutions, plus ou moins avouables, à la surpopulation. Alors, vous pensez bien que pour une fois qu’une solution leur tombe toute cuite dans le bec ; ils ne vont pas la contrecarrer. Tant de saloperies sont sorties des labos pour remédier à cette surpopulation, que pour eux, c’est une mâne ce fléau.
        Par ailleurs, il faut savoir que si les médecins n’avaient pas acceuilli les bras ouverts, que ce soit à l’hospital ou en cabinet, tous les représentants des laboratoires comme ils l’ont fait, ces derniers ne se sentiraient pas les rois. J’ai assisté à ce défilé de commerciaux un moment, ils arrosaient tout le monde, chacun, naturellement, à la hauteur de sa fonction. Ils arrivaient en territoire conquis. Bien souvent, les marchés étaient renouvelés sans aucun discussion. Il s’agissait d’une pharmacie centrale qui approvisionnait 9 hopitaux d’un département. Alors, à qui la faute ?


      • LE CHAT LE CHAT 10 février 2009 11:59

        c’est très moche ! lire la secte d’Icare .... http://www.alterinfo.net/LA-SECTE-D-ICARE_a25313.html


        • JL JL 10 février 2009 12:20

          Bonjour, dans l’un de vos liens, on peut lire ceci qui, me semble-t-il, mérite toute notre attention à nous Français :

          "US : L’industrie pharmaceutique veut une immunité totale pour les effets indésirables. La prétention à la préemption ou le déni de responsabilité… L’industrie soutenue par l’administration Bush tente un coup qui, combiné à l’autorisation de la publicité hors AMM, pourrait être fatal à quasiment tout ce que les Etats-Unis ont d’exemplaire en matière de régulation législative et juridique de l’activité des firmes pharmaceutiques ... Et l’industrie sera complètement hors d’atteinte, au-dessus des lois, inattaquable, comme elle l’est en France, par exemple. Où elle n’a pas à rendre des comptes, ni à l’Etat ni aux victimes. Elle sera déclarée d’emblée non responsable…Est-ce qu’on va bientôt voir l’industrie pharmaceutique se voir conférer une totale immunité juridique et pénale ? Pas d’imputabilité, pas de responsabilité, pas de culpabilité… On dirait que je parle d’un fou, certainement pas de tout un système qui se veut rationnel et scientifique. Seul un fou est non responsable – irresponsable ! – de ses actes. Mais les fous, on les enferme."

          L’industrie pharmaceutique veut une immunité totale pour les effets indésirables



            • Hortus 10 février 2009 18:32

              Pourquoi dites-vous que l’article de M. Pean a de "mauvais relents" (sic) ? Parce que M. Kouchner serait juif ?
              Peut-on se sortir SVP de ce genre de cette diatribe immonde ? Que M. Kouchner se serve de ses origines comme d’un cache-sexe morale ne regarde que lui. Cela ne saurait le dédouaner de quoi que ce soit.


              • Battement d’elle 10 février 2009 22:18

                @ l’auteur

                immunité totale........hum !!!!!

                 votre article vient à point nommé !

                C’est amusant il y a quelques jours une personne de mon entourage a eu de graves problèmes d’effets secondaires après la prise d’un médicament dont le nom est LYRICA.... médicament des laboratoires PFISER
                Un véritable poison à en croire la personne qui a absorbé ce médicament (médication qui lui avait été délivrée par son médecin traitant)
                Donc.... j’ai été investigué sur le net pour avoir plus d’infos sur le LYRICA : et là.... ho… stupéfaction.... des milliers de pages de forum où d’autres personnes ont eu des symptômes similaires !!
                Et lorsque l’on se renseigne sur les sites financiers concernant PFIZERon peut voir que ce poison est prescrit en grande quantité puisque qu’il représente la deuxième vente phare pour l’année 2008 :
                Pfizer : ventes phares 2008  :

                Lipitor (anticholésterol) : 12,4 milliards de dollars

                Lyrica (douleurs neuropathiques) : 2,5 milliards de dollars

                Viagra (troubles de l’érection) : 1,9 milliards de dollars

                Detrol (vessie hyperactive) : 1,2 milliard de dollars

                Wyeth : ventes phares 2008

                Effexor (anti-dépresseur) : 3,9 milliards de dollars

                Enbrel (hors Etats-Unis et Canada) polyarthrite rhumatoide : 2,5 milliards de dollars

                Prevnar vaccin pneumococcique : 1,6 milliard de dollars

                Zoqyn/Tazocin maladies infectieuses : 1,2 milliard de dollars

                Advil : 673 millions de dollars

                Comment un produit aussi dangereux peut-il être encore sur le marché……et pourquoi certains médecins s’empressent-ils de le prescrire ????????



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