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Accueil du site > Tribune Libre > L’Idée Notre-Dame de Paris

L’Idée Notre-Dame de Paris

L'Idée Notre-Dame de Paris, ou les feux de la Saint-Jean. L'ardeur de l'Esprit Saint qui nous enthousiasme n'aura jamais été pris autant au pied de la lettre : c'est bien donc un feu qui a brûlé, et un grand, dont on mésestime l'ambivalence d'être tout à la fois le feu de l'Enfer et le feu que dégage la vie en sainteté – ce qui supprime aussitôt l'embarras d'une structure détruite en le remplaçant par le malaise, autrement supérieur, du discours vrai, c'est-à-dire du discours philosophique (lequel ne laisse pas de tordre le cou aux fausses idées).

  • Un exemple de gothique flamboyant

 

C'est un crève-cœur que de voir la Cathédrale en si piteux état, et de voir les gens aussi piteux à l'entour, car ça me confirme dans l'idée que ce à quoi j'ai assisté avait bien de la valeur, non seulement pour moi, mais pour une grande part de l'humanité, ce qui signifie seulement qu'en définitive quelque chose nous rassemble dans le drame.

Le Titanic coule, les diamants se perdent et on a bombardé le Courbet en 1945.

À quel point ça me paraît spectaculaire, ça tient au fond à la destruction d'un effort monumental, peu importe la taille de l'oeuvre, qui atteste de la pointe qui surnage au-dessus du marasme. 

Autrement dit, macache : il n'en restera que des miettes, ce qui est peut-être pire que rien du tout. Ici Notre-Dame prend tout son véritable sens de ne pas être qu'un lieu de prière, mais d'être également un lieu fragile, c'est-à-dire que la vacuité de son existence souligne la misère de notre condition.

Car il appert clairement, je pense, que l'humanité vit dans la brisure et le désordre, et que c'est en prenant la mesure de ce désordre dans lequel il vit qu'il a de quoi se sustenter. 

Vous me direz que c'est facile, voire même lourdaud. 

Or, (pendant que j'écris, quelques structures de la bâtisse tombent comme des moines de carte) cette brisure qui suscite l'angoisse a le bonheur de stimuler l'appareil de notre intuition, par quoi – quand je dis humaine nature – ça réveille en nous le fait d'être, d'être au sein d'un monde anormal, où l'anormalité semble constitutive de l'être de ce monde dont on s'échine à le façonner par la raison.

La raison ne tient pas le coup devant cette incendie. Si les flammes sont bien réelles et explicables, et l'origine explicable sûrement elle aussi, le fait que ça soit ainsi que tel dépasse l'entendement, et l'on voudrait bien sortir de ce cauchemar outrepassant tous les sadismes lovecraftiens. L'on juge à bon droit que le phénomène doit être rangé, ce qui est juste. Néanmoins il faut préciser que si les feux ne doivent pas être entretenus, la puissance supérieure de l'incendie nous chatouille l'inconscient de nous faire accomplir un exploit autrement supérieur, entendre disposer du sentiment de vivre – car si la Cathédrale ne brûlait pas, nous n'en parlerions pas ici, et je ne philosopherais pas*

Dans la mesure où, de là, l'intuition reprend de la vigueur, puisque la normalité détériore sa fonction, le déploiement de l'énergie mystique dans la conscience nous confine à une certaine folie : comment s'éjouir, en sachant que c'est un drame, d'une chose aussi atroce ? 

Lucrèce s'interrogeait diligemment à ce sujet, avec son suave mari magno.

Il n'était pas sadique, il suffit de le lire. En revanche, il soupesait à cette occasion de mort d'autrui le poids par trop léger de sa conscience et du fait d'être, comme s'il intuitionnait dans un gros vortex magnifique l'idée selon laquelle l'humanité se tient ensemble dans le fait du malheur. 

C'est à savoir que, comme la pierre, l'humanité authentique pousse pour passer au travers du chas de l'aiguille, de sorte que peu arrivent à saisir les assertions antipodales de Lucrèce, théoriquement et pratiquement. 

De même, cet effort qui perd souvent de son efficace au fil du temps, ne témoigne-t-il pas en vérité que la destruction de Notre-Dame de Paris ramène au pire, j'entends au pire du Réel ? Et que le pire du Réel, c'est de déconfire quasi d'avance tous les discours qu'on porte sur lui ? Serait-ce au titre par exemple de lui mettre une majuscule.

Voilà la substance de la prière : de la prière à la vision du pire, Pierre du pire prie d'appréhender l'empire du Père au-dedans, ce avant d'être pris. 

Ça n'est donc que la force de passer par la Porte Étroite, la Porte Étroite que constitue la cathédrale Notre-Dame de Paris, désormais Notre-Dame du Pire**.

L'espérance, maintenant, ce serait de ne pas céder à la débilitation de l'âme, qui accompagne généralement les événements difficiles. Pour moi, j'ose espérer, ce serait matière à écrire un autre article. Mais pour vous, je le crains (à moins que je me dupe – c'est vrai), vous perdriez gros dans la bataille de ce darwinisme spirituel, je veux dire le fanal de votre conscience.

Il y a un rire jaune devant le Titanic. Voyez l'ironie : c'est la Semaine Sainte. Y a-t-il un rire jaune devant l'effondrement de Notre-Dame ?

C'est un rire indigeste qui fortifie les forts et tue les faibles. Cette éthique ne thésaurise d'aucune complaisance, encore moins d'argents. L'éthique de la brisure de l'être tient à vivre cette brisure. Faut-il la maintenir ? La Parole a vocation à remplacer l'Événement, là où l'événement restait une nécessité, le versant éthéré de la matière annoncé par saint Paul soutient que l'incendie de Notre-Dame doit devenir une idée, laquelle aura vocation à revêtir les habits d'une ascèse. 

Ça arde !

________

* J'aurais aimé, sachez-le bien, ne pas avoir eu à le faire.

** Cet autre soir, 16/04, lendemain de la fournaise, pendant lequel je relis mon article, j'ai eu l'heur d'entendre Sophie Lapix sur France 2 faire ce joli lapsus linguae : Notre-Drame.


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26 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 22 avril 09:50

    Bonjour, Le Vautre Omega

    Ni note ni commentaire, si ce n’est pour signaler en toute modestie que je n’ai rien compris à cet article. Je reviendrai donc lire plus tard les commentaires de ceux qui, contrairement à moi, auront saisi le sens de ce texte.


    • cevennevive cevennevive 22 avril 10:26

      @Fergus, bonjour,

      Il fait beau pour le moment, faites comme moi, allez prendre l’air et le soleil.

      Se triturer l’esprit devant cet incendie, dont on ne saura jamais comment il a éclaté, se lamenter devant l’horreur de tous ces morts au Sri Lanka, tout cela ne peut que nous détruire, nous qui avons encore un sentiment d’empathie et d’humanité.

      La vie continue, et ce matin, les merles s’égosillaient dans mes arbres.

      Bien à vous.


    • arthes arthes 22 avril 15:26

      @Fergus
      Ouais sauf que lui il dit ce que j’évoquais en poème dans « La Grande Victoire de Méphisto » , mais au moins sont article à lui , il est passé.


    • Fergus Fergus 22 avril 15:35

      Bonjour, cevennevive

      « faites comme moi, allez prendre l’air et le soleil »

      C’est ce que j’ai fait hier à Cancale et aujourd’hui sur les bords de la Rance. Grand soleil, température un peu chaude, mais lumière médiocre comme depuis 8 jours, faute de précipitations purificatrices de l’atmosphère. Hélas ! on ne peut tout avoir en même temps !  smiley

      J’ai aussi des oiseaux dans mon vieux hêtre, et c’est un vrai plaisir. 


    • Le Vautre Oméga Le Vautre Oméga 22 avril 16:03

      Il faut me faire confiance.


    • arthes arthes 22 avril 19:14

      @Le Vautre Oméga

      Sauf que vous êtes abscons et peu curieux des autres.

      Enfin, au moins, vous vous manifestez...Que d’articles qui ne sont pas suivis par leurs auteurs !!!
      Ils sont pondus tels des étrons , une diarrhée devrais je dire qui éclabousse la toile de part en part et sur lesquelles on disserte, à la manière de ceusses qui observaient les défécations royales pour connaitre la santé du roi !

      Enfin , même avec de la merde on peut faire de l’or (j’dis pas ça pour vous , pour le moment).


    • Le421 Le421 23 avril 09:35

      @arthes
      Bonne remarque.
      Ça nous change de « ce bon Sylvain » qui n’en a rien à branler des intervenants...


    • Chantecler Chantecler 22 avril 10:00

      « Car il appert clairement, je pense, que l’humanité vit dans la brisure et le désordre, et que c’est en prenant la mesure de ce désordre dans lequel il vit qu’il a de quoi se sustenter.   »

      Quand on utilise le verbe « apparoir », on peut se payer le luxe d’accorder les prnoms avec les substantifs auxquels ils se rapportent.


      • JL JL 22 avril 11:12

        @Chantecler
         
         bah ! L’auteur est au-delà de ces considérations grammaticale ; il parle écrit comme il parle, c’est-à-dire, sublimement : ’’La raison ne tient pas le coup devant cette incendie.’’


      • Le Vautre Oméga Le Vautre Oméga 22 avril 15:16

        Merci d’avoir signalé cette faute, même si vous l’avez fait avec un peu de mesquinerie. Pour ma défense, j’avais écrit un autre mot, au masculin, et je n’ai pas fait attention en modifiant par la suite.


      • JL JL 22 avril 15:22

        @Le Vautre Oméga
         
         ’’même si vous l’avez fait avec un peu de mesquinerie ’’
         
         C’est que je ne sais pas faire dans le grandiose, moi.
         
         Mais n’en parlons plus : c’est trop petit, que de se justifier !


      • Un article, c’est parfois beau comme une cathédrale.....Y descendre pour en émerger,...


        • arthes arthes 22 avril 15:20

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.

          Dantesque ?


        • @arthes

          La flèche serait le doigt de la vierge et pas celle de dieu. Elle me semble bien humble à côté de la Tour Eiffel. Tous les regards de futurs architectes et concepteur sont tournés vers elle. L’auteur semble ignorer toutes la symbolique profonde de l’art gothique. Ce qui n’enlève rien au roman. Lire Witkowski. Les cathédrales ont cet faculté de par leur grandeur, d’écraser l’humain et le ramener à plus d’humilité face à la grandeur de l’élévation spirituelle qui s’impose.


        • Matlemat Matlemat 22 avril 10:47

           Il vaut mieux ne pas connaître les causes de l’incendie car il n’y aurait pas plus terrible qu’une guerre civile en France.


          • baldis30 22 avril 19:03

            @Matlemat

            bonsoir, 
             Rappelez vous des mots de Churchill sur la paix et le déshonneur .... en parlant de Munich 
            Que la vérité soit mauvaise à entendre il faudra l’assumer de tous les côtés ....


          • Le421 Le421 23 avril 09:39

            @Matlemat
            Toujours regarder « qui beneficit animae » ou plutôt « cui bono »...
            Je fais confiance à la « commission d’enquête » pour trouver le bon lampiste !!


          • Matlemat Matlemat 23 avril 11:11

            @Le421
            Ou que ça reste un mystère comme ça chacun se fait son opinion, les coupables tranquilles et les cibles atteintes. 


          • Matlemat Matlemat 23 avril 11:14

            @baldis30
            Le cas est un peu différent je trouve, et la vérité est souvent plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.


          • baldis30 24 avril 19:09

            @Matlemat

            Il est tout de même curieux qu’au cours des derniers mois une dizaine d’incendies aient touché des églises... comme cela vient d’être publié par ailleurs, dont par exemple parce qu’elles me touchent directement : Sainte Thérèse à Rennes ou Saint Jean du Bruel en Aveyron . Et en région parisienne outre NDP, Saint Sulpice et Saint Denis ...
             ça commence à faire beaucoup !
            De plus on apprend, aujourd’hui, que la qualité du service de l’entreprise chargée de certains travaux n’était peut-être pas à la hauteur du bien à traiter ... 

            J’écarte de façon absolue la thèse accidentelle, y compris pour les mégots des ouvriers pour une raison simple : au cours de ses huit cent ans d’existence Notre-Dame a dû subir un très grand nombre d’orages violents et de tempêtes avec foudre .... et rien ne s’est passé alors que les paratonnerres ne sont installés qu’au maximum depuis deux siècles. 


          • keiser keiser 23 avril 11:35

            "Pour moi, j’ose espérer, ce serait matière à écrire un autre article. Mais pour vous, je le crains (à moins que je me dupe – c’est vrai), vous perdriez gros dans la bataille de ce darwinisme spirituel, je veux dire le fanal de votre conscience."

            Pour un fois, d’accord avec Fergus et ainsi voila donc une bonne raison pour nous épargner la lecture d’un autre article.

            Déjà qu’il faudrait que je me tape un paquet de relecture pour comprendre celui ci.

            Quand il y a trop de mots, le fond se dissout dans la forme.


            • zygzornifle zygzornifle 23 avril 12:36

              Les vautours de LaREM tournent déjà en rond autour des dons se demandant comment les faire ruisseler sur les comptes de leur parti sans que cela ne se voie et se sache ......


              • Louise Louise 23 avril 18:32

                Ces dons font fantasmer bien des gens... Cela n’a rien à voir avec des partis politiques, mais à la cupidité qui règne dans beaucoup de cœurs.


                • baldis30 24 avril 19:12

                  @Louise
                  bonsoir
                   « la cupidité qui règne dans beaucoup de cœurs »

                   Ô oui ... oui .. oui .... au cœur même..... des partis politiques !


                • tuxuhikewi 24 avril 09:21

                  Je m’intéroge sur l’origine et l’état du module FR de l’auteur.

                  Avez vous été possédé pendant la rédaction ?

                  Avez-vous baigné dans du congolais ces derniéres semaines ?

                  Venez vous du futur, ou du passé ?

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