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Accueil du site > Tribune Libre > L’influence des peintres flamands en Italie

L’influence des peintres flamands en Italie

J'ai traduit, il y a bien longtemps de cela, l'excellent livre de la passionnante historienne de l'art, Aurora Marzi, intitulé "Mediterraneo-Mitteleuropa, Viaggio all'interno dell'Arte fiammingo, 1400 al 1600", paru aux éditions Il Volpone.

En hommage à cette dame et parce que la thèse défendue est peu connue, je souhaite en parler ici.

La thèse ... elle explique qu'à la Renaissance, l'Italie n'était pas seule dans la lumière et tout le reste de l'Europe dans l'ombre, modestement éclairée du reflet de cette lumière, mais que les influences réciproques étaient bien réelles.

L'Italie et les Flandres étaient en recherche d'une nouvelle définition de l'espace selon la conception anthropocentrique, qui a dominé la culture européenne au moins jusqu'à la fin du XVIII° siècle. Toutefois, les résultats furent différents. Les Flamands furent plus sensibles à la nature, sacrifiée dans l'oeuvre antique. Cet attrait les a portés à décrire les paysages, à représenter l'ambiance environnante et cet aspect est fondamental dans leur art. La recherche de la perspective spatiale de ces mêmes peintres est empirique et subjective, privée de fondements mathématiques et géométriques, présents chez les Italiens. La tradition attribue à Filippo Brunelleschi le mérite d'avoir été le premier à élaborer la théorie d'un plan de perspective. On était en 1420.

En Flandres et en Italie se forme une nouvelle interprétation de la lumière, opposée aux pratiques médiévales, témoignant de la recherche de l'introduction d'une vision unitaire et synthétique, tous les plans spaciaux étant orientés vers un unique point de fuite avec un calcul mathématique de la surface du tableau.

Le marchand de Lucca, agent des Médicis à Bruges, Giovanni Arnolfini, choisit d'engager un peintre flamand, Jan Van Eyck, déjà renommé, pour faire son portrait avec son épouse, Giovanna Cenami. Ce n'est pas un exemple isolé. En 1473, Angelo Toni, aussi lié aux Médicis, fait appel à Roger Van Der Weyden, pour la réalisation du tryptique du "Jugement dernier". Mais, le tableau n'est jamais arrivé à Florence, car le navire fut stoppé pour violation de territoire maritime et il se retrouva au Musée de Dantzig. "L'Adoration des Mages" fut commandée par le banquier florentin Tommaso Portinari à Hugo Van der Goes, le génie malinois de la peinture flamande. A son arrivée en 1483, l'élite a remarqué l'extreme liberté avec laquelle l'artiste a défini l'espace et son génie créatif. L'oeuvre deviendra un modèle de composition pour toute une génération de peintres. Portinari a aussi fait verser une pension à la famille de Hans Memlinck.

Venise n'était pas en retard ; à partir de 1317, elle communique directement avec Bruges et les ports anglais. Les artistes flamands font le portrait des marchands et de leur femme, en adoptant des solutions originales pour les perspectives. L'intérieur de l'habitation bourgeoise est représenté de telle manière que le bord du tableau, à l'inverse de délimiter la superficie de la peinture, semble la creuser, s'y fondre, conduisant le regard du spectateur directement à l'intérieur du tableau, le focalisant sur les personnages.

Dans la péninsule apparaissent aux envitons de 1470, à travers les oeuvres de Piero della Francesca et d'Antonello da Messina, les peintres "les plus flamands" de la peinture italienne. La diffusion du portrait a contribué à la connaissance de la peinture flamande. En Italie prévalait le portrait de profil à l'exemple des monnaies anciennes et des antiques bustes romains. L'observation flamande, dénuée de préjugés, tempère les traces de la classicité.

Quelques paragraphes d'un livre pour susciter la curiosité.

Françoise Beck

 


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3 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 27 mai 16:04

    Une illustration aurait été bienvenue.


    • sophie 29 mai 12:12

      @Laconique
      oui mais les robots ne savent lire les images


    • sls0 sls0 27 mai 17:35

      Les styles des peintures était nouveaux mais plus ou moins différents. Comme il y avait un gros échange commercial, l’artistique devait suivre.

      La peinture flamande n’a rien a envier à la peinture italienne. J’ai une préférence pour la peinture flamande, mais je suis né dans ces paysages, ces couleurs, il doit avoir un parti pris, son monde ou un autre monde.

      Les cités marchandes n’ont jamais trop subit la féodalité, coté idées c’était moins sclérosé et il y avait échange avec l’autre.

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