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L’Iran et les Talibans entre tension et retenue

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Le régime des mollahs iraniens semble divisé en interne sur la nature de ses relations avec les talibans. Il existe un courant de partisans de la ligne dure du régime qui considèrent le mouvement afghan comme une menace sérieuse pour l’Iran. Une agence de presse iranienne semi-officielle a décrit la formation du gouvernement taliban comme contenant un groupe de «  terroristes et de criminels.  » Dans un même temps, une deuxième branche du régime des mollahs voit la nécessité de poursuivre le dialogue et la coopération avec les talibans afin de neutraliser leur menace pour l’Iran.

L’Iran, qui est passé de la crise déclenchée par l’assassinat de ses diplomates à Mazar-i-Sharif en 1998 à l’hébergement, ces dernières années, de dirigeants et d’éléments talibans s’opposant aux forces américaines et leur fournissant un soutien logistique et en armes, s’inquiète à nouveau de la prise du pouvoir par les talibans, alors même que le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré que son pays est «  très préoccupé par la possibilité d’une propagation du terrorisme à partir de l’Afghanistan sous les auspices des talibans.  »

Cette inquiétude n’a cependant pas empêché les mollahs de continuer à communiquer avec les talibans et de suggérer que le mouvement pourrait être officiellement reconnu à condition que les chiites d’Afghanistan soient protégés, que leurs droits soient garantis et qu’ils participent au gouvernement du pays.

En effet, les Talibans sont un adversaire idéologique du régime iranien des mollahs, et le resteront tant que la ligne dure idéologique prédomine chez les deux. Il existe une vision stratégique iranienne, portée par certains conseillers du Guide suprême Ali Khamenei, selon laquelle les relations entre l’Iran et les Talibans n’atteindront jamais le niveau de l’amitié.

Mais cette vision n’empêche pas ses détenteurs de pousser à l’établissement de relations d’intérêt avec le mouvement afghan afin de neutraliser toute menace potentielle du voisin oriental. Loin des origines théoriques et de l’analyse des positions, on peut affirmer que le régime des mollahs n’a pas à craindre les talibans en tant que milice militaire irrégulière.

Pourtant, il craint qu’ils ne s’allient avec des organisations terroristes comme Daesh ou abritent d’autres Al Qaïda.

Cette crainte explique en grande partie la volonté de Téhéran de continuer à ouvrir des canaux de communication avec les Talibans, une tendance qui se heurte à une forte résistance de la part de certaines branches du régime des mollahs. En effet, le gouvernement iranien, dont les représentants ont participé à la conférence à formule de Moscou réunissant dix pays limitrophes de l’Afghanistan, s’est montré très réticent.

C’est ce même gouvernement qui a donné le feu vert aux réfugiés afghans en Iran pour organiser des manifestations contre le retour des talibans en Afghanistan. Et c’est ce même gouvernement qui joue la carte des chiites d’Afghanistan, qui ont été un réservoir humain pour fournir aux Gardiens de la révolution iraniens les combattants dont ils ont besoin en Irak et en Syrie. Ceux-ci ont formé la brigade Fatimyoun.

Une croyance répandue veut que le problème des mollahs iraniens avec les talibans découle de la volonté de protéger les chiites afghans. Les Hazaras représentent 10-15 % de la population totale de l’Afghanistan.

Le régime iranien conditionne sa reconnaissance du gouvernement taliban à la formation d’un gouvernement élargi qui garantisse «  les droits religieux et humains du peuple afghan de toutes les ethnies et religions.  » Mais bien sûr, le facteur idéologique ou doctrinal n’est qu’une couverture pour atteindre les objectifs de politique étrangère de l’Iran, tant en Afghanistan qu’ailleurs.

Il ne s’agit donc pas de la soi-disant protection des communautés chiites dans la région et dans le monde. Il s’agit surtout du fait que les mollahs considèrent l’Afghanistan comme une opportunité stratégique précieuse pour prendre pied dans ce pays après le retrait américain.

Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême Khamenei, a déclaré que «  l’Afghanistan fait partie de l’axe de la résistance  » dans lequel les talibans seront intégrés. Ils estiment que le contrôle de l’Afghanistan est dans l’intérêt de Téhéran. Mais cette poussée ne bénéficie pas de la pleine approbation iranienne.

Il y a un large courant qui craint que l’Afghanistan ne devienne un centre d’entraînement mondial pour les terroristes. Ainsi, les tentatives de contenir les talibans n’apaisent pas les craintes des mollahs. L’attitude du régime à l’égard des Talibans - qui cherchent à éviter toute collision avec l’Iran ou un autre État voisin - est une attitude d’appréhension et de prudence.

En outre, les Talibans n’ont pas changé sur le plan idéologique, de sorte qu’une alliance avec l’Iran ou sa loyauté semble hautement improbable, du moins dans un avenir prévisible.

 


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1 réactions à cet article    


  • SilentArrow 6 novembre 2021 08:18

    J’aime tellement l’islam que je suis heureux qu’il y en ait deux : le chiisme et le sunnisme.

    (C’est ce que certains disaient de l’Allemagnes avant la chute du Mur.)

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