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L’Oncle Sam et le Docteur No

Ronald Ernest Paul, « Ron » pour les intimes, ne peut pas vraiment être soupçonné de complaisances pour le marxisme, ce courant intellectuel qui semble être tellement nocif pour l’Amérique du Sud que la CIA en avait fait son cheval de bataille bien avant de partir en croisade contre un nouveau fléau : le terrorisme (islamiste parfois, mais pas forcément). Né le 20 août 1935, Ron a représenté à plusieurs reprises (15 ans en tout) le Texas à la Chambre des représentants. Il a été candidat à l'élection présidentielle de 1988 pour le parti libertarien, puis à l'investiture du Parti républicain pour l'élection présidentielle de 2008 et enfin pour l'élection présidentielle de 2012. Baptiste et membre du même parti que Trump, il préconise un État fédéral au rôle limité, des impôts faibles, un marché « libre », une politique étrangère non interventionniste ainsi qu'un retour à des politiques monétaires ayant des métaux (or, argent) pour étalon.

Au Congrès, il est parfois surnommé « Doctor No » parce que d’une part il est gynécologue obstétricien, mais d’autre part parce qu’il vote contre toutes les lois qui selon lui violent la constitution américaine, augmentent les revenus des membres de la Chambre des Représentants, ou se traduisent par une augmentation des impôts.

Eh bien, le Docteur No se pose des questions : « Pourquoi le président américain agit-il de la sorte ? », se demande-t-il sur le site ronpaulinstitude.org à propos du « soutien » de Trump au putsch vénézuélien. "Selon le département d'Etat américain, l'administration agit pour aider à faire respecter la constitution vénézuélienne ... Comme si elle était si soucieuse d'appliquer sa propre constitution !", ironisait le Docteur No le 29 janvier.

Il aurait pu également ironiser sur le fait que Trump s'arroge le droit de « nommer » le président d'un pays étranger alors qu’il a passé les deux premières années de son mandat à dénoncer l'ingérence d'un pays étranger dans les élections américaines.

Mais il préfère s’en tenir à des règles morales comme l’éthique de réciprocité ou « règle d'or » dont le principe fondamental est énoncé dans presque toutes les grandes religions et cultures : « traite les autres comme tu voudrais être traité » : "Comment réagirions-nous si les Chinois et les Russes décidaient que le président Trump ne respecte pas la constitution américaine et reconnaissaient Nancy Pelosi comme présidente des États-Unis ?", s'interroge Ron Paul No. Il faut dire que, lors du « discours sur l’état de l’union » du 5 février, la présidente « démocrate » de la chambre des représentants avait volé la vedette à l’orateur par un « Sarcastic clap » : lorsque Donald Trump a évoqué la « coopération, le compromis et le bien commun », elle s’est levée et a applaudi avec exagération, un sourire narquois aux lèvres.

Un simple souci de cohérence voudrait en effet que même ceux qui souhaitent un changement de gouvernement au Venezuela rejettent toute idée selon laquelle un tel changement doit être « aidé » par les États-Unis ou un autre état.

De son côté, Mike Pence le vice-président des Etats-Unis, « républicain » lui aussi, est tellement impliqué dans les affaires intérieures du Venezuela qu'il a ouvertement exhorté Guaido à s’autoproclamer président et a promis le soutien des Etats-Unis, sans prendre en compte le risque de déclencher une guerre civile qui ferait de nombreuses victimes et aggraverait encore l’état économique du pays.

 

En fait, si l'Amérique du Sud est leur chasse-gardée depuis la doctrine Monroe et le corollaire Roosevelt, les États-Unis mènent une guerre économique directe contre le Venezuela depuis 20 ans, depuis que le prédécesseur de Maduro, Hugo Chávez, a été élu pour la première fois en 1998. L'objectif des sanctions américaines contre le Venezuela (et les autres pays ciblés par Washington comme l’Iran ou Cuba) est de rendre la vie si dure pour les citoyens moyens que cela devrait les amener à se soulever et chasser leurs dirigeants et, bien sûr, les remplacer par des personnes adoubées par Washington.

« Souvenez-vous », écrit encore Le Docteur No, « après le« Printemps arabe » en Égypte, lorsque le peuple s'est levé et a renversé son chef, c’est le « mauvais » candidat qui a été élu. Alors, l'armée a déplacé et déposé le président élu et l'a remplacé par un président approuvé par Washington. Le secrétaire d'État de l'époque, John Kerry, appelait cela « la restauration de la démocratie. Au lieu de ce coup d'État, notre meilleure politique en matière de relations avec le Venezuela au cours des 20 dernières années aurait dû être une politique d'engagement et d'échanges commerciaux. Si nous croyons vraiment en la supériorité d'un système de marché libre, nous devons aussi croire que nous ne pouvons prêcher que par l'exemple, et non en imposant notre système à d'autres ».

Il y a quatre mois, Trump a déclaré devant l'ONU qu'il respectait « le droit de chaque pays de pratiquer ses propres coutumes, croyances et traditions. Les États-Unis ne peuvent pas dire aux autres comment vivre, travailler ou adorer. En retour, nous ne devrions demander que le respect de notre souveraineté. "

« Malheureusement, il semble que ce ne soient que des mots vides. Nous savons d'après ce qui s'est passé en Irak, en Libye, en Syrie, etc. que cela ne se terminera pas bien pour Trump… ou pour les États-Unis. Nous devons quitter le Venezuela en paix ! », conclut Ron Paul.

Entre néocons, Pentagone, NRA, administration de l’état et lobby qui n’existe pas, reste à savoir qui gouverne vraiment les Etats-Unis. La réponse est dans les actes, pas dans les discours sur l’état de l’union, ni sur les blogs.


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5 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 7 février 16:31

    Quel est le rapport entre la profession de vétérinaire pour Dames et le Docteur No ???

    La politique de la canonnière est une vieille doctrine, elle n’a pas attendu Monroe.

    Dans son premier bouquin, Le voyage du Libertade, Joshua Slocum parle des cuirassés américains qui patrouillaient le long des côtes pendant les élections brésiliennes.(fin du 19ème siècle).

    Trump surprend, on s’est habitué à avoir les charniers avant les regimes change, le mode opératoire semble brouillon, mais le complexe militaro-industriel américain étant ce qu’il est, on ne désespère pas d’un retour aux fondamentaux.


    • amiaplacidus amiaplacidus 7 février 17:02

      @Clocel
      La « doctrine » Monroe date de 1823.


    • Clocel Clocel 7 février 17:13

      @amiaplacidus

      Faut attendre Roosevelt pour qu’elle soit réellement affirmée, avant les États-Unis n’avaient pas les moyens de la mettre en musique.


    • leypanou 7 février 17:18

      Entre néocons, Pentagone, NRA, administration de l’état et lobby qui n’existe pas, reste à savoir qui gouverne vraiment les Etats-Unis 

       : çà ne reste pas à savoir, car c’est déjà su.

      C’est le complexe militaro-industriel qui est main dans la main avec le lobby-qui-n’existe-pas. Trump avait dit que les États-Unis allaient quitter l’Afghanistan, c’est le contraire qui se passe, pareil pour la Syrie avec un retrait qui risque de traîner pendant longtemps encore ; il avait dit qu’il allait assécher le marigot -drain the swamp, il fait exactement le contraire en nommant Mike Pompeo et John Bolton ; pire, il a récemment nommé le champion toute catégorie Elliott Abrams.

      Bref, D Trump fait exactement le contraire de ce qu’il avait dit qu’il allait faire. Quelle personne sensée peut encore ignorer qui s’immisce dans les élections états-uniennes ? (les milliards de $ lors des élections viennent de personnes bien connues dont on connait les « biais » idéologiques).

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