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L’Union européenne peut-elle encore ignorer les protestations contre la corruption en Bulgarie ?

Depuis le 10 juillet 2020, la Bulgarie en mouvement contre la corruption, est en proie à la pire crise politique qu’elle n’ait jamais connue depuis son adhésion à l’Union Européenne (2007). Dans cette République parlementaire, aucune majorité pour former aucun gouvernement, après deux élections législatives en 2021. Le 14 novembre 2021, les Bulgares ont été à nouveau appelés aux urnes pour la troisième fois en cette année 2021.

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Dans quelle mesure les tardifs rappels à l’ordre de l’UE à l’encontre du précédent gouvernement bulgare ne doivent-ils pas faiblir alors que le parti anti-corruption Nous contituons le changement nouvellement créé est arrivé en tête de ce troisième scrutin ? Comment la société civile bulgare s’est-elle emparée de la thématique ô combien fondamentale de la lutte contre lacorruption ?

Afin de sortir de cette impasse politique, la Bulgarie est plus que jamais tributaire du soutien de l’UE.

 

Des manifestations contre la corruption de juillet 2020 aux législatives du 14 novembre 2021

La présente séquence politique s’est ouverte début juillet 2020, lorsque les manifestants sont descendus en nombre dans les rues sur fond de lutte entre oligarques, afin de dénoncer la corruption et demander la démission du gouvernement de Boïko Borissov (GERB - centre droit / Parti populaire européen) à la tête d’une coalition unissant le GERB (Citoyens européens pour le développement de la Bulgarie) et le MDL (Mouvement pour les droits et les libertés - minorité turque). Malgré les protestations, Borissov avait d’une courte tête remporté l’élection législative du 4 avril 2021, sans pouvoir toutefois former de gouvernement.

Trois mois plus tard, lors des élections anticipées du 11 juillet 2021, le chanteur Slavi Trifonov leader du Parti anti-corruption (Il y a un tel Peuple/ITP) à l’identité politique floue avait remporté le scrutin, sans pouvoir à son tour former de gouvernement.

Le 14 novembre 2021, lors des nouvelles élections législatives qui ont lieu cette fois-ci en même temps que le 1er tour des élections présidentielles, c’est à nouveau un parti anti-corruption, lui aussi nouvellement créé qui s’est imposé. Pour certainsobservateurs, l’impasse politique serait due à la fragmentation du champ politique bulgare, nous soutenons qu’elle est tout autant liée à la corruption. 

La spécificité du phénomène de la corruption en Bulgarie a conduit à l’épuisement du modèle de gouvernance GERB–MDL au pouvoir depuis 12 ans. Selon l'indice de perception de la corruption 2020 de Transparency International, la Bulgarie se classe à la 69ème place sur 180 pays, soit à la dernière place dans l'UE. L’une des caractéristiques de la corruption en Bulgare tient au détournement de fonds publics et notamment de fonds européens. Chaque année, ce serait pas moins de 11 milliards d’euros qui seraient subtilisés par la corruption.

Dans ce contexte, le génie bulgare épris de liberté a fait siennes les fameuses « valeurs politiques communes » qui depuis le traité d’Amsterdam constituent le socle identitaire de l’UE. Le combat contre la corruption se focalise sur les deux principaux axes que sont le primat de l’Etat de droit et la liberté d’expression. La société civile bulgare ne veut plus d’un ministère public qui soit inféodé au pouvoir exécutif. Elle ne veut plus d’un procureur général qui soit au-dessus des lois. Elle ne veut plus d’un Conseil supérieur de la magistrature qui ne garantisse pas l'indépendance du pouvoir judiciaire. Les médias sont actuellement bien loin d’être indépendants, alors qu’ils sont de plus en plus contrôlés par le pouvoir exécutifEt malheur à ceux qui ne suivent la ligne du gouvernement, car ils sont éliminés sans vergogne, lorsqu’ils ne sont pas tout simplement liquidés.

 

L’appartenance à UE, comme solution au problème

Fin septembre 2020, la commission européenne s’est enfin décidée à dénoncer officiellement l’absence d’Etat de droit en Bulgarie. Le 30 septembre 2020, la Commission européenne apublié les résultats d’un audit de tous ses Etats-membres, selon lequel, le pouvoir judiciaire ne serait pas indépendant en Bulgarie.La Bulgarie fait partie du groupe des quatre États-membres qui présentent de « graves préoccupations » en ce qui concerne l'État de droit à côté de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie. Sans le soutien de l’UE, La Commission de lutte contre la corruption sur laquelle nombre d’espoirs reposent ne pourra trouver, ni son indépendance, ni son impartialité, ni son efficacité.

Des éléments positifs sont observables. Le 28 octobre 2021, dans le prolongement de l’arrêt rendu par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), la commission de lutte contre la corruptions sera en mesure d’instruire à nouveau 346 affaires de confiscation civile qui n’avaient pu aboutir en première instance, les personnes n’ayant pas été condamnées au pénal.

Depuis son adhésion à l’UE (2007), la liberté de la presse s’est amenuisée. Selon le classement de Reporters sans frontière (RSF), le pays a rétrogradé de la 35ème place à la 111ème. RSF a dénoncéde nombreux cas de violence envers les journalistes, ainsi que laléthargie des autorités. Si les recommandations de la Commissionde Venise (Commission européenne pour le droit par la démocratie) étaient suivies, gageons que la liberté de la presse s’en trouverait renforcée.

Quelle que soit l’issue du scrutin du 14 novembre 2021 quant à la formation du nouveau gouvernement, pour les Bulgares, l’Union européenne ne représentera pas une coquille vide. La Bulgarie n’est tentée pour le moment par aucun Polexit ou Hungarexit. Les Bulgares de gauche, comme de droite fondent de nombreux espoirs sur l’amélioration de leur sort en leur appartenance à cette institution garante de la démocratie et de la prospérité. Les actions de l’UE à l’encontre de la corruption publique doivent impérativement être poursuivies, sous peine de voir l’une partie de notre continent se séparer de l’autre.


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13 réactions à cet article    


  • samy Levrai samy Levrai 17 novembre 2021 17:17

    C’est parce que la Bulgarie n’est plus un pays souverain que les politiciens n’ont rien d’autres à faire que d’essayer de s’enrichir, L’UE loin d’être la solution est le problème.


    • Gégène Gégène 17 novembre 2021 18:35

      Entre ce pays et Malte, il y a de bien étranges moeurs en Union Européenne.

      mais bon les méchants vilains c’est Pologne et Hongrie . . .

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Daphne_Caruana_Galizia#Assassinat


      • voxa 17 novembre 2021 19:38

        « Entre ce pays et Malte, il y a de bien étranges moeurs en Union Européenne. »


        Comme par exemple, en France, les socialistes qui pillaient les mutuelles étudiantes ???


        • Emohtaryp Emohtaryp 17 novembre 2021 21:45
          L’Union européenne peut-elle encore ignorer les protestations contre la corruption en Bulgarie ?_

          L’UE est un immonde cloaque de corruption....à partir de là tout est dit ! n’attendez rien de cette engeance de pourritures en phase terminale de putréfaction et de dislocation....L’UERSS est déjà morte !


          • ZenZoe ZenZoe 18 novembre 2021 08:41

            Déjà en effet, il ne faut rien attendre de l’Europe. Entre la mafia italienne qui siphonne les fonds européens, le roi d’Espagne qui a du s’enfuir en Amérique du sud, les paradis fiscaux du Luxembourg et des Pays-Bas, les emplois fictifs des personnels politiques en France, je ne parle même pas des pays de l’Est, et aussi les instances européennes mêmes qui sont pourries jusqu’à l’os..

            Mais surtout l’Europe n’est pas la panacée pour toutes les turpitudes internes d’un pays ! C’est aux Bulgares à régler leurs problèmes de corruption, et à personne d’’autre. Se défausser sur les autres n’est jamais la solution.


            • xana 18 novembre 2021 15:15

              @ZenZoe

              "Mais surtout l’Europe n’est pas la panacée pour toutes les turpitudes internes d’un pays ! C’est aux Bulgares à régler leurs problèmes de corruption, et à personne d’’autre. Se défausser sur les autres n’est jamais la solution"
              Voila, vous avez parfaitement résumé la situation.

              Et moi qui vis en Roumanie, je peux témoigner que notre situation est identique.
              En ce qui concerne la corruption, l’Europe n’est pas la solution : Elle est le problème...


            • zygzornifle zygzornifle 18 novembre 2021 08:54

              Quelle commence a faire le ménage chez elle, les Euro députés se font soudoyer de tout les cotés par les lobbies pharmaceutique, agro alimentaire, automobile etc, chez eux tout se paye rubis sur l’ongle sous la table et ça vient se mêler de la corruption en Bulgarie, c’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité ....


              • McGurk McGurk 18 novembre 2021 10:36

                La Bulgarie, elle, a gardé sa souveraineté monétaire. En France, on ne contrôle plus rien et on se fait piloter par le commis des multinationales qui détruit notre pays et le vend à la découpe.

                Des parlementaires ne représentant personne qui disent et écrivent noir sur blanc que la dictature est mieux qu’une démocratie, qui nous enferment chez nous pendant un an, nous masquent et nous piquent sous la menace de perdre notre emploi et notre statut de citoyen. Un gouvernement qui jette l’argent par les fenêtres ou le donne aux plus riches.

                Quel est le pays le plus corrompu des deux maintenant ?

                En quoi appartenir à une machine à fric qui broie peuples et Etats est-il une bonne idée, est-il une résolution aux problèmes de ce pays et de la démocratie ?

                L’année dernière, j’ai eu l’occasion d’aller dans leur capitale. Quelle liberté, quel bol d’air frais de ne plus subir cette dictature sanitaire, ces contrôles, reproches permanents et menaces ! Et en plus on y mange très bien et pour presque rien (super restos et pâtisseries).

                J’ai été toutefois peiné par la misère et le pauvre développement économique du territoire (rien en dehors de la capitale) et culturel alors que le pays est immense et que son histoire est millénaire.

                J’espère sincèrement qu’ils atteindront un jour une vraie démocratie. Mais elle be se fera certainement pas via l’UE, c’est certain.


                • Lonzine 18 novembre 2021 11:42

                  Pourquoi avoir changé de pseudo ?



                    • xana 19 novembre 2021 14:52

                      Les élus français sont déjà bien plus loin en matière de corruption.

                      Celui-ci est un petit nouveau dans ce domaine, il ne connaît pas encore les pièges les plus simples.

                      C’était qui exactement qui s’est fait piéger pour les emplois fictifs à la mairie de Paris ? Un Bulgare ou... un Français ?


                      • Pauline Gavrilov Pauline Gavrilov 16 janvier 13:18

                        Le 14 novembre 2021, le génie bulgare sorti du tréfonds des Balkans a fait tourner la roue de son destin désormais résolument européen. En sa cohérence et en son opiniâtreté, il a donné la victoire à une jeune formation politique Nous continuons le changement créée le 19 septembre 2021 à peine deux mois avant le scrutin législatif décisif du 14 novembre 2021. Ce sont le nouveau 1er ministre Kiril Petkov et Assen Vassilev deux quadragénaires formés, notamment à l’Ouest qui avaient pris l’initiative de cette création qui leur a donné la victoire.

                         

                        Dans leur cohérence et dans leur opiniâtreté, après deux élections législatives impropres à former un gouvernement, les Bulgares ont su redire dans les urnes leur volonté de rompre avec la corruption et d’entrer définitivement dans la modernité politique. Bien que depuis juillet 2020, les incessantes protestations contre la corruption aient pris place dans un contexte de lutte entre oligarques, la formation d’un gouvernement après 9 mois de gouvernance intérimaire atteste d’une rupture politique en Bulgarie.

                         

                        Après 13 années d’exercice du pouvoir accaparées par l’ancien 1er ministre Borissov (GERB -Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie), l’épuisement du modèle GERB-MDL - Mouvement pour les droits et libertés) qui a été entaché par de multiples scandales de corruption, alors qu’il s’était fait élire en 2009 précisément contre la corruption est notable. En ces temps troublés pour la démocratie bulgare et afin de réaliser la prouesse d’obtenir la majorité nécessaire à la formation d’un gouvernement, Nous continuons le changement s’est allié avec le Parti socialiste bulgare (BSP), Il y a un tel peuple (ITN) et Bulgarie démocratique (DB). Le gouvernement de coalition formé le 10 décembre 2021 dispose désormais de la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui laisse présager d’une réelle marge d’action. La récurrence de la thématique de la lutte contre la corruption traverse tout le champ politique, et le PSB n’est pas en reste d’interrogations, lui qui porte en lui le péché originel de la privatisation controversée.

                         

                        Le nouvel exécutif a fait de la lutte contre la corruption, le moteur de sa politique intérieure. La convergence de la Bulgarie avec la tendance mondiale de lutte contre la corruption est un signe positif pour l’évolution du pays ; gageons que cette fois-ci elle ne restera pas qu’un slogan électoral, ni une instrumentalisation politicienne à l’heure même où le 12 janvier 2022 des antivax ont attaqué le Parlement bulgare.


                        • Nine de Ley Nine de Ley 30 janvier 19:15

                          Pour survivre, les régimes démocratiques ont besoin de l’adhésion populaire. Souhaitons que la volonté de rompre avec la corruption exprimée par les citoyens bulgare dans les urnes le 14 novembre 2021 soit cette fois-ci suivie d’effet.

                          La vérification dans l’attribution et la mise en œuvre des fonds européens constituerait un élément de la moralisation de la vie publique bulgare.

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