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Accueil du site > Tribune Libre > La course du poulet sans tête

La course du poulet sans tête

A peine (mal) sorti de la crise des gilets jaunes, après les turbulences et les cafouillages des apprentis sorciers du gouvernement se livrant à un chassé-croisé d’annonces qui auraient pu faire le bonheur d’une pièce de boulevard, voilà que, sans aucun discernement, l’exécutif va à nouveau foncer tête baissée dans une situation d'où il ne sortira pas indemne. Et ce n’est vraiment pas le moment.

Je veux parler de la retenue à la source entrant en vigueur ce prochain premier janvier 2019.

Tout d’abord parce que l’heure est à l’amélioration du pouvoir d’achat et cette ponction va contre cette aspiration légitime. On pourra certes argumenter à l’infini et prouver par A+B que l’idée est fausse. Mais c’est le ressenti qui va compter dans la tête de tous les gilets (qui rient) jaune(s).

Secondement parce que le logiciel ad hoc va s’avérer le flop du millénaire.

Non pas parce que les ingénieurs et programmeurs informatiques soient des nuls, bien au contraire. La plupart de ces professionnels ont une formation de tout premier ordre et connaissent parfaitement leur domaine.

Mais, et c’est là le problème, ils ne connaissent en rien le domaine d’application. 

Si on leur confie la gestion du projet, c’est le bide absolu assuré.

Et la République Française peut se vanter d’un excellent palmarès en la matière :

Logiciel Louvois, de calcul de la solde des militaires depuis 2011 paie trop ou pas assez ;

Cassiopée, logiciel de gestion de justice pénale depuis 2009, vrai boulet, dont le devis initial de 4,4 millions s’est soldé par une facture finale de 142 millions ;

PNIJ (plateforme nationale des interceptions judiciaires, gérée par Thales), et ses pannes ;

APB (admission post-bac) ;

Sirhen de l’éducation nationale, en développement depuis 9 ans, pas encore achevé et dont le

budget est passé de 60 à 323 millions ;

ONP (opérateur national de paie pour les fonctionnaires) a été enterré et a coûté 346 millions en 7 ans.

L’actuel programme pour les « cartes grises » qui n’a même pas accès au fichier des anciennes plaques (consultable par n’importe quelle voiture de gendarmerie) en est une autre preuve. Il m’a fallu 6 mois pour officialiser le changement de propriétaire d’un véhicule et un déplacement complètement inutile dans une préfecture, juste pour m’entendre dire qu’il fallait passer par la case « autre demande », ce qui n’avait pas su me dire l’aide téléphonique en 3 appels et pas loin de 2 heures de conversations (entretemps le problème a été partiellement corrigé). Et à chaque démarche j’ai reçu 3 mails de confirmation.

Ceci pour une démarche somme toute ultra simple.

Imaginez-vous ce qu’il va se passer dans un processus où chaque contributeur est pratiquement un cas spécial.

L’informatique de gestion est pourtant très basique : il s’agit d’automatiser un processus manuel et fastidieux par la saisie unique d’une donnée répercutée automatiquement partout où elle est essentielle ou simplement nécessaire ou même là où elle pourrait s’avérer utile.

Ceci se fait par l’enregistrement dans des fichiers hiérarchisés liés entre eux (par ex. fichiers clients, commandes, factures, chiffre d’affaires, stocks, comptabilité, réapprovisionnement, fabrication, rabais, commissions etc). Avec les outils de programmation usuels (par ex. une demande SQL), on peut ensuite interroger ces fichiers à souhait et générer toute sorte de documents.

C’est dans cette phase que l’informaticien doit intervenir (dessin des fichiers, liaisons, gestion des accès, accès concurrentiels, intégrité des transactions, automatisation des copies de sécurité – rien de bien difficile car la technique est archi connue).

Et veiller à la sécurité du système (intrusions malveillantes). Ce qui est le plus délicat.

Car, contrairement à une idée très répandue, il n’y a pas des hackers de génie, mais simplement des informaticiens étourdis. Un hacker ne peut entrer que dans un système où le programmeur a laissé inopinément une porte ouverte (faille de sécurité). Or les deux ont été formés sur les bancs des mêmes écoles. 

 

Pour revenir à la méthode, les ressources et le résultat des processus à informatiser doivent être clairement expliqué aux programmeurs par les utilisateurs.

L’informaticien est l’architecte, l’utilisateur son client. L’un connaît les contraintes techniques, l’autre celles opérationnelles.

Juste un problème de communication.

Dans le privé cela marche à merveille, car il en va de la survie des éditeurs.

Il y a un programme de gestion allemand, le SAP, adopté en Europe par les plus grandes entreprises, genre EDF, qui fonctionne parfaitement.

Pourtant, au niveau du codage informatique, c’est l’exemple parfait de tout ce qui ne faut pas faire : toutes les modifications qui lui ont été apportées au fil des décennies se sont faites par l’adjonction de patchs, avec une multiplication impressionnante de petits fichiers adjoints sur l’existant.

Un simple exemple : le fichier de base « Clients » comporte encore une zone d’adresse spécifiquement destinée aux résidents en RDA, nation disparue en 1989.

Un puriste du codage serait catastrophé. Mais l'utilisateur est comblé, l’essentiel étant l’efficacité.

Absente à l’appel des logiciels nationaux de l’administration publique.

Et, assurément, de celui des impôts à la source.

Le gouvernement serait donc bien inspiré de renoncer prestement à ce Totem absurde érigé uniquement à la gloire des mandarins de Bercy.

 

PS : juste avant de poster ce billet, j’ai reçu un courrier du service national des amendes, m’indiquant que j’étais redevable d’une somme d’argent suite à une condamnation par la Cour d’Appel (dont les coordonnées mentionnent un numéro de téléphone non attribué !!!) pour association de malfaiteurs en vue de faire passer la frontière à des migrants du coté de Biarritz en 2015. Or au grand jamais je n’étais impliqué ni de près ni de loin dans une telle activité, à fortiori je n’ai jamais introduit d’appel, et ça fait bien une quinzaine d’années que je n’ai pas mis les pieds dans les Pyrénées. Ce délit pouvant être puni jusqu’à 10 d’emprisonnement (dixit le texte figurant sur l’avis) c’est encore heureux que je n’ai pas reçu la visite des gendarmes pour m’amener, menottes aux poings, dans une geôle nationale.

Facéties de Cassiopée. 

 


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2 réactions à cet article    


  • vesjem vesjem 22 décembre 2018 09:47

    excellent article ; je crains pour mon avis d’imposition 2019


    • zygzornifle zygzornifle 22 décembre 2018 13:45

      Je veux parler de la retenue à la source entrant en vigueur ce prochain premier janvier 2019.

      Je ne suis pas voyant mais j’ai l’impression qu’il va y avoir du blocage sous peu , les centre des impôts , les centre villes ronds points et autres péages du au mécontentement ....

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barbarossa


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