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La criminalistique, la science au service de la vérité

Aux siècles de l'obscurantisme, la justice avait recours à la « question » pour arracher les aveux, mêmes ceux des innocents. Le XX° siècle vit naître la criminalistique (Hans Gross 1893), une méthode d’établissement de la preuve plus scientifique. Cette discipline repose sur le postulat du docteur Edmond Loccard l'initiateur du premier laboratoire de police scientifique en 1910 à Lyon : « Quelles que soient les précautions prises, un individu laissera à son insu des traces de son passage et/ ou recueillera sur sa personne, ses vêtements ou objets l’accompagnant, des indices révélateurs de sa présence en un lieu ». 

La police scientifique popularisée par de nombreuses séries télévisées a remplacé la culture de l'aveu. « En France, statistiquement, une intervention de police technique et scientifique est réalisée chaque minute. » Ce sont plus « de 3500 agents chargés de mission de police technique et scientifique et 11.000 policiers polyvalents qui participent au suivi scientifique du travail  » (ministre de l’Intérieur). La loi du 15 novembre 2001 a créé l'Institut National de Police Scientifique en remplacement de la loi du 27 novembre 1943 instituant le Service Central de Police Technique rattaché à la Direction Générale de la Police Nationale regroupant : les services régionaux et locaux d’identité judiciaire - les quatre laboratoires (Lyon, Marseille Lille, Toulouse) en charge des analyses physique, chimique et biologiques.

La France qui fut pendant de longues années en tête des techniques, allait se laisser distancer par les anglo-saxons et créateurs de la Forensic science qui regroupe : la chimie - la photographie - la balistique - la dactyloscopie - la pathologie - la sérologie - la toxicologie - l’odontologie - la psychiatrie - la biologie - l’anthropologie - l’entomologie - la médecine légale - la physique - l’imagerie - l’optique - l'informatique. La France allait combler son retard vers la fin des années 70, la police nationale avec des techniciens de scènes de crime, la gendarmerie des techniciens d’investigations criminelles (1987) à la suite de l'affaire Grégory. « Il n'y avait pas de protection de la scène du crime. Le procureur, des gendarmes, des témoins même, sont arrivés sur les lieux. C'est ce qui a un peu pêché à l'époque : on a effacé des éléments. (...) Notre direction de la gendarmerie, voyant que cette affaire n'était pas concluante, a compris qu'il fallait prendre des mesures plus strictes pour améliorer le système de constatation. (...) Aujourd'hui, tant que des personnes spécialistes de l'identification criminelle ne sont pas sur place, personne ne pénètre sur la zone, pas même les gendarmes. Nous filmons les scènes de crime aujourd'hui, et nous avons formé des gens à l'identification criminelle » (Yves Burton, à franceinfo).

Ces personnels sont chargés de rechercher ce qui a pu être apporté, déplacé, emporté par les personnes présentes sur les lieux du délit et d’effectuer les premiers prélèvements. Chaque indice ou trace est photographié et son emplacement relevé avant d'être prélevé en évitant toute contamination et placé sous scellés dans une boite, enveloppe plastique, carton, verre, métal pour le protéger de toutes réactions avec un élément extérieur ou avec les parois du réceptacle.

La police scientifique s’appuie sur le laboratoire de l’identité judiciaire renforcé par le laboratoire de toxicologie (intoxications), le laboratoire central (incendie explosions), et différents laboratoires de chimie, balistique, acoustique, physique, biologie. Les laboratoires de la gendarmerie Nationale placés sous l’autorité de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale comportent cinq divisions criminalistiques regroupant les laboratoires scientifiques et la section informatique capable de faire ressortir tous les délits, noms et alias des malfaiteurs ayant un ou plusieurs points communs avec un délit quelconque (modus operandi).

La criminalistique est une aide précieuse à l'enquête pour :

  • identifier de façon formelle un individu ;

  • relier une personne à un objet (arme, véhicules, outils, etc.) ;

  • relier une personne à une autre ;

  • découvrir un événement passé

  • relier une personne à un lieu ;

  • remonter l’historique d’un délinquant ;

  • retrouver le propriétaire d’un objet.

En Novembre 1846, le docteur Causse de Nimes put identifier le pied de l’assassin d’une femme grâce à l’empreinte sanglante d’un pied nu. Peu importe que le pied soit chaussé, l’enquêteur reconstituera l’itinéraire emprunté, le sexe, le nombre d’individus, le sens de la marche, la longueur des pas, la pointure, la position des pieds, une infirmité, le relief de la semelle, la façon d’user les talons, les anomalies dues à l’usure qui les rendent si caractéristiques. La profondeur de la trace pourra révéler s'il était lourdement chargé, la micro-analyse au microscope à balayage vertical qui grossit 300.000 fois fournira des indications sur : la nature géologique du sol, saison, climat, altitude, flore locale, la présence de poussières professionnelles orienter vers une corporation, permettre d’envisager le déplacement d’un lieu à un autre, etc.

Les agents spécialisés de la police technique et scientifique revêtus d'une combinaison en tissu synthétique sécurisent la scène et la photographie, relèvent les traces et objets qu'ils placent sous scellés et qui seront confiés aux laboratoires. De toutes les traces, les empreintes sont sans conteste les plus connues du grand public, chacun sait qu’une empreinte permet d’identifier formellement un individu. Les potiers chinois utilisaient l'empreinte 3 siècles avant notre ère pour authentifier leurs poteries ! La diversité des combinaisons possibles est tellement grande qu’il est statistiquement improbable que deux personnes présentent des particularités identiques. Si l’on se base sur 17 points de comparaison, la probabilité est de une sur 17 milliards ! Par contre, un seul point discordant doit éliminer la personne. Ce type de preuve a été falsifiée par des petits malins qui ont relevé l’empreinte d’une personne pour confectionner un contre type en latex qui leur a servi ensuite à déposer en un endroit choisi une empreinte ! L'ADN présent dans toutes substances biologiques : sang, sperme, peau, urine, ongles, salive, cheveux, moelle, ou matériaux qui ont été en contact avec un fluide biologique : cigarette, chewing-gum, bâillon, cagoule, etc., utilisé pour la première fois en France en 1988 dans une histoire de viol, peut lui aussi donner lieu à la tromperie...

Il est impossible de dresser une liste de toutes les traces, on peut tout au plus les classer en trois catégories :

  1. traces de personne ou d’animaux : empreintes (doigts, lèvres, pieds), sang, crachat, sueur, sperme, urine, fèces, morsure, ongles, cheveux, poils ;

  2. trace par ce qu’elle porte et transporte sur elle : chaussures, vêtements, effets vestimentaires, fibres végétales, minérale ou synthétique, poussières, terre, graminées, débris de verre, pollen, matériaux de construction, copeaux, cosmétique, etc. ;

  3. impressions laissées ou subies par un objet : arme contondante, à feu, blanche, outil, pelle, pioche, burin, pince, forme et hauteur de l'oreille d'un individu, etc.

L'indice peut avoir été : perdu, abandonné, jeté, ou déposé volontairement pour incriminer un innocent ou égarer les investigations. Les indices, traces, substances, objets, outils découverts serviront à : établir un lien entre la scène - la victime et le suspect - reconstruire le déroulement de l’action - retracer un déplacement de la victime ou de l’auteur des faits - identifier un objet ou un individu - confirmer les dires d’un suspect - protéger l’innocent par l’indice disculpant.

Exemple, un accident a eu lieu la nuit et le conducteur a pris la fuite.

  • Si l’on retrouve des débris de verre collés sur les filaments des feux, l’on pourra en déduire que les feux étaient, allumés.

  • Les fragments de peinture permettront d'établir la marque du véhicule et les couches de peintures successives appliquées sur le véhicule.

  • Les traces laissées par les pneus vont donner l’empâtement, la largeur de voie, le rayon de braquage, autant d’éléments qui détermineront le type de véhicule.

  • Les accessoires décrochés lors du choc vont conduire au type, à la marque, l'année.

  • Un accessoire perdu peut révéler l’empreinte du propriétaire, d’un garagiste, etc.

  • Les morceaux de boue tombés de la carrosserie vont trahir une région.

  • Les débris, poussières, liquides vont indiquer la direction de roulement.

  • Les traces de sang ou de tout autre liquide vont indiquer le sens du déplacement, si la victime s'est traînée ou qu'elle l'a été, les traces de sang sembleront essuyées.

Si de nombreux indices peuvent confondre un véhicule, rien ne prouve que ce soit son propriétaire le responsable du délit de fuite. La science n’apporte pas une certitude mais une probabilité de culpabilité. L’homme de science doit donner un avis en imputant la possibilité ou l’excluant. Sa mission s’arrête là. La loi du 30 décembre 1985 donne au policier la possibilité de s’attacher en cas de flagrance, les services d’une personne dont la compétence est reconnue, mais les « experts » ne sont pas à l’abri d'erreurs, ce qui est arrivé avec le CARME, laboratoire auquel les services de gendarmerie faisaient souvent appel. La science n’apporte pas une certitude, mais une probabilité de culpabilité.

La criminalistique s'adapte en continu aux progrès techniques et scientifiques. Des ingénieurs finlandais ont prélevé le sang absorbé par un moustique et sont parvenus à identifier un voleur de voiture. Les spécialistes explorent l'ADN mitochondrial qui présente une meilleure résistance aux intempéries et au temps ; l'analyse chromosomique capable d'orienter vers un patronyme ; ils testent l'odorologie, l'empreinte olfactive laissée sur place par un individu ; la fiabilité de la reconnaissance vocale ne cesse de progresser ; l'analyse des cheveux fournit une information sur les déplacements d'une personne en retenant les variations isotopiques de l'eau qu'elle boit ! La faune bactérienne présente sur la peau est propre à une famille, chaque lieu habité ayant une signature microbienne (bactéries, levures, champignons, virus) spécifique !

La police scientifique est en constante évolution. Le laser 3D complète la photographie, capable de numériser en très haute définition et en 3 dimensions une scène d'accident de grande ampleur ou de crime permet de reconstituer les faits et de vérifier les hypothèses et témoignages grâce à une reconstitution en haute définition. Une version animée pourra être présentée devant un Tribunal lors d’un procès. De la même façon, l’environnement peut être modifié : on peut changer la végétation, rajouter la présence d'objets, d'une arme, des personnes, des voitures, un panneau de pub disparu depuis les faits, ou même effacer des feuilles d’arbres afin de pouvoir vérifier si, en hiver, un témoin avait la vue sur la scène de crime...

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2 réactions à cet article    


  • MagicBuster 17 juillet 12:08


    C’est beau la science mais ça dépend de ce qu’on en fait (gattaca vs la France)

    Rappelons que l’absence de preuve(s) --- qui n’est pas une preuve de l’absence (en science) — est une condition de libération immédiate (en justice).


    • sls0 sls0 17 juillet 19:17

      Chez moi le baseball est très à la mode.

      Crime parfait : un coup de batte de baseball, ensuite dans le pickup et on le laisse sur le bord de la route, c’est un accident de la route.
      Un jour en discutant avec un flic de la crime local, je l’ai fais rigoler en décrivant le crime parfait :
      Lieu public où les gens y ont accès.
      Employer un 9mm couteux et le laisser sur place.
      Le temps que les flics arrivent il y aura une centaine de spectateurs qui auront piétiné les traces et le flingue sera certainement déjà revendu.
      Le dernier homicide que j’ai vu, j’ai dû engueuler des gens qui voulaient retourner la victime pour voir qui c’était.
      La police scientifique ici c’est une petite camionnette hijet, une caisse avec quelques tenues TYVESK, des gants vinyls et sacs à viande.
      J’ai prêté ma perceuse pour extraire une balle d’un mur.

      Pour le crime parfait, vacances en RD.

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