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La démocratie selon le Guide suprême

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Le président iranien Hassan Rouhani ne semble pas surpris par les mécanismes qui sous-tendent le processus électoral en Iran. Basé sur des critères qui le vident complètement de son contenu, il ressemble plus à un mauvais simulacre d’élection suivant la définition des systèmes politiques dans le monde.

Mais ce qui surprend vraiment Rouhani, c’est le résultat de ces mécanismes et la grande capacité des organes du régime à exclure et à marginaliser. Le Conseil des gardiens dans le système des mollahs est le filtre autorisé à passer au crible tous les candidats aux élections, que ce soit au Conseil de la Choura, à la présidence ou au Conseil des experts.

Le Conseil a été créé pour assurer que les mollahs maintiennent leur emprise sur toutes les institutions du gouvernement. Ils essaient de tromper le monde en faisant croire qu’ils ont un véritable système électoral compétitif.

Voici ce qui s’est passé  : Ce conseil a exclu tous les candidats du mouvement dit réformiste. C’est-à-dire celui dont les éléments ont des positions, des opinions et des orientations différentes de celles qui prédominent dans l’idéologie du courant radical ou conservateur. Le président iranien Hassan Rouhani a été courroucé. Il a dénoncé la décision du Conseil.

«  Cette décision porte atteinte au rôle des électeurs dans les élections démocratiques,  » a-t-il déclaré.

«  Les élections sont un événement important,  » a-t-il dit dans un communiqué. «  Il ne s’agit pas seulement de citoyens qui se rendent aux urnes, comme c’est le cas pour les élections de la Shura. Il s’agit de choisir l’un d’entre eux qui sera le président de tout le peuple et le représentant de tous.  »

Cela signifie que les élections de la Choura (Parlement), chargée de légiférer dans le cadre du jeu de répartition des rôles auquel le système des mollahs est rompu, ne sont rien d’autre qu’une manœuvre visant à exporter l’image du soutien populaire du régime au monde. Comme Rouhani l’a reconnu, il est question de la présence des électeurs, et non du processus électoral et de son résultat.

L’important est que le Conseil des gardiens a complètement filtré les listes de candidats. Il a exclu plus de 98% de ceux qui se sont présentés. Seuls sept des 529 candidats qui ont soumis leur candidature ont été jugés «  éligibles.  » Le président Rouhani a demandé, à titre sans précédent, au Guide suprême Ali Khamenei de revoir la décision du Conseil des gardiens.

C’était inattendu, bien que certains observateurs se soient laissés berner par la spéculation selon laquelle le dirigeant pourrait satisfaire à l’appel de Rouhani. Le Conseil n’aurait pas publié la liste finale des candidats à l’élection présidentielle iranienne à ce stade critique et sensible de l’histoire de l’Iran, où le sort de l’ensemble du régime est en jeu, sans en référer au leader.

Ce dernier, malgré les conflits formels apparents entre eux, nomme les membres de ce conseil et exerce un contrôle absolu sur toutes les institutions. La mise à l’écart de figures telles qu’Ali Larijani, président du Conseil de la Choura pendant 12 ans, ainsi que de l’ancien président Ahmadinejad, ne tient pas à leur allégeance à la «  révolution  » et aux principes fixés par son leader Khomeiny.

Mais c’est surtout question de l’homme du moment. Le Conseil des gardiens, un comité de juristes et de clercs nommés par le guide dans le but d’assurer la réalisation des principes de la révolution de 1979, met essentiellement en œuvre les politiques et les directives du guide. Il comprend la nécessité de rendre l’espace électoral pleinement ouvert au favori du guide.

Cela est apparu clairement dans l’élimination de tout candidat qui pourrait être un concurrent difficile pour Ibrahim Raisi, le chef du pouvoir judiciaire, qui s’est déjà présenté et a perdu les élections de 2017 contre le président sortant Hassan Rouhani.

Le travail du Conseil des gardiens montre une forte volonté de Khamenei d’orchestrer le processus de l’élection présidentielle avec plus de précision que jamais, en s’assurant que le candidat favori accède à la présidence. D’autant plus que l’on s’attend à ce que Raisi succède au Guide suprême Khamenei.

Il bénéficie de la confiance et du soutien de ce dernier au point de mettre hors-jeu des personnalités comme Isaac Jahangiri, vice-président de Hassan Rouhani, et Mostafa Tajzadeh, responsable sous l’ancien président Mohammad Khatami. Ceux-ci sont affiliés au mouvement dit réformiste.

Il aurait pu y avoir une forte mobilisation des électeurs à leur profit. L’exclusion était donc le seul scénario permettant d’écarter le spectre d’une défaite du «  candidat du leader.  »

La question maintenant  : les démarches du guide réussiront-elles à persuader les électeurs de voter pour un candidat particulier ou les urnes porteront-elles une nouvelle surprise pour Khamenei malgré toutes les manœuvres pour marginaliser les concurrents et choisir le moins compétitif.

 


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9 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 1er juin 19:44

    Laissez tomber la « démocrassie » les gars, elle ne « fonctionne » que dans les pays pourris jusqu’à l’os, préservez-vous, ce n’est pas au moment où toute cette vaste fumisterie s’écroule qu’il faut en adopter les principes.

    Voyez les chinois, ils ne s’encombrent de toutes ces conneries et ils réalisent en moins de 50 ans ce que nous avons laborieusement mis en place en trois fois plus de temps, deux guerres mondiales, (nous avons encore du mal à écrire le dernier chapitre de la dernière), l’appauvrissement des deux tiers de la population mondiale, des génocides, des écocides...


    • Jean Keim Jean Keim 2 juin 07:26

      @Clocel

      Il ne faut pas confondre une idée avec ce qu’elle devient, le sort de toute idée qui s’organise est de se pervertir car inévitablement, et toute l’Histoire le montre sans ambiguïté, l’organisation devient plus importante que l’idée elle-même.


    • eau-pression eau-pression 2 juin 07:57

      @Jean Keim
      D’ailleurs, de son vivant, Marx a eu le temps de voir dériver ses idées. « je ne suis pas marxiste » a-t-il écrit.


    • Clocel Clocel 2 juin 09:51

      @Jean Keim

      Je crois surtout qu’il y a un hiatus entre les programmes et ceux qui les portent.

      La « démocrassie », c’est donné le pouvoir à ceux qui le réclament, il faudrait essayer de le confier à ceux qui en sont capables pour changer.

      Si vous voulez vous en convaincre, regardez la gestion du COVID, les limites de viabilité de la société sont atteintes, on tue au nom de la raison d’état qui est devenue celle des affairistes sans foi ni loi...

      The right man in a right place. Je sais bien que ça fait chier les idéalistes, mais la réussite (quelle qu’elle soit) est essentiellement affaire d’aristocrates, mot tordu dans l’acception qu’on en a généralement.


    • Jean Keim Jean Keim 2 juin 12:15

      @Clocel

      J’ai entendu un jour dans une conversation entre collègues de travail : « il me reste encore des jours de maladie à prendre. »

      Chacun voit un hiatus où il veut, perso j’en vois un dans le pouvoir, une personne saine d’esprit n’en voudra jamais, donc il nous faudrait imaginer une civilisation sans pouvoir donc sans hiérarchie, juste un équilibre entre les devoirs équitablement répartis que tout un chacun doit assumer et les droits que des règles de vie nous octroient sans pour autant en abuser, je crois qu’il nous faut apprendre la différence qu’il y a entre une position hiérarchique qui est toujours arbitraire et la capacité d’assumer une responsabilité.

      De toute façon le monde tel qu’il est actuellement ne peut que toucher à sa fin.


    • Clocel Clocel 2 juin 14:53

      @Jean Keim

      Précisément, tout est fait pour éloigner les gens sains, parce que les règles ont été écrite par des tordus.

      Dans des conditions « normales », un type efficace repère très vite les dysfonctionnements, apporte très vite les remèdes là où ils sont nécessaires et anda, la suite la gestion peut être confiée à des administratifs sérieux, quitte à les reconvoquer en cas de pépin.

      J’ai vu de ces types à l’œuvre dans des entreprises moribondes, leur challenge à eux c’est réussir à sortir la boite de l’ornière, plus c’est compliqué, plus ça les excite.

      L’antithèse d’un Tapie, les gars sont affûtés comme des lames, faut juste faire appel à eux et leur foutre la paix, et généralement, en deux ans c’est plié et ils repartent vers d’autres aventures.


    • phan 2 juin 10:09
      La monarchie absolue selon le rédacteur émirati : Certaines monarchies ont une législature faible ou symbolique et d’autres organes gouvernementaux que le monarque peut modifier ou dissoudre à volonté. Les pays où les monarques maintiennent encore le pouvoir absolu sont : Brunei, Eswatini, Oman, Arabie Saoudite, Cité du Vatican et les émirats qui composent le Emirats Arabes Unis, qui lui-même est un fédération de telles monarchies - un monarchie fédérale

      • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 2 juin 10:31

        Démocratie....quelle manipulation non perçue..en fait c’est la seule vérité dans cet océan de mensonges planétaires, histoire, sciences,, archéologie , etc ad libitum car nous sommes en démocratie et les masses humaines prises comme nombre obtiennent exactement ce que ils veulent.

        Ce qui se passe est exactement le résultat des choix de la masse.Le peuple a bien le pouvoir et ses choix sont respectés..à la lettre.

        Que veut chacun ? Oh c’est très basique,

        1-ne pas mourir, déjà c’est mal barré car naître = mourir, et à partir de là TOUT part en vrille, car en refusant la mort on refuse la vie..

        2-plus pour moi, chacun sa merde, compétition qui élimine entre tous pour organiser la survie ceci est guerres comme ce coup d’état et tous les crimes etc

        3-valeur financière argent donnée à un humain, société basée sur cette valeur qui écrase, vole , etc, refus de coopérer, refus de partager, refus d’être équitable etc et bien plus bien sur ceci ne peut qu’être une démarche volontaire éveillé.

        POINT..

        Ce monde est exactement ce que nous sommes devenus et voulons..

        Là encore bien sur refus total de voir ce fait...

        Dès lors cette raclée auto créée ne peut que continuer sous une forme ou une autre.

        Tout ceci est bien sur excessivement superficiel..pour la profondeur à quoi bon quand ce qui est évident n’est pas perçu..

        LA vie nous échappe et c’est notre choix..


        • Jonas 3 juin 08:56

          Tout le monde sait que le régime criminel des mollahs , est une dictature, qui ne tient que par la répression et l’emprisonnement de tous les opposants . Toute élection n’est qu’une mascarade. Attention ! Je ne confonds pas le régime des mollahs et l’admirable et courageux peuple iranien, qui se bat les mains nues pour la liberté et les femmes dans se combat tiennent une place importante.

          Le guide suprême Ali Khamenei avait un candidat tout trouvé, un candidat auréolé de prestige militaire, je veux nommé Qassem Soleimani, mais celui a été éliminé lors d’une frappe américaine. Ce qui a rendu fou le guide. 

          Aujourd’hui , le guide suprême a jeté son dévolu , sur un partisan farouche de la peine de mort "Ibrahim Raessi, sauf accident de parcours , il sera le nouveau président le 18 qui 2021. Il a , a son actif un palmarès des plus éloquents en matière d’exécutions. En 2019 , 251 personnes exécutées et en 2020 , 269 personnes , passées de vie à trépas, par le futur président Ibrahim Reassi . 

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