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La démocratie sultaniste

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Pendant des années, le régime turc s’est présenté au monde comme un modèle islamique de démocratie et de libertés. Mais il a fait marche arrière sur ces fausses prétentions après que sa vérité se soit révélée au grand jour. Sa supercherie a été mise à jour. Le vrai visage du régime est celui d’une autocratie dictatoriale qu’il accuse les autres de pratiquer.

Incontournables, les chiffres à ce titre ne cachent rien. Ce sont des chiffres du régime lui-même.

Les données du ministère turc de la justice montrent que 2019 a enregistré une augmentation du nombre de personnes faisant l’objet d’une enquête pour insulte au président Recep Tayyip Erdogan, ou à son parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP). On dénombre plus de 36.000 personnes.

Oui, plus de 36 000 citoyens turcs ont été jugés l’année dernière sous une loi adoptée par le parlement d’Erdogan qui punit quiconque outrage le président d’un à quatre ans de prison. La peine est plus sévère si l’insulte est commise publiquement.

Dans l’ensemble, les statistiques officielles indiquent que depuis le début du règne d’Erdogan en 2014, 29 704 personnes ont été jugées pour offense au président ou à son parti, dont 9 554 ont été punies et 2 663 condamnées à la prison.

Essayons d’imaginer un tel nombre de prisonniers incarcérés dans les prisons turques seulement pour avoir offensé le Président. Et que dire des personnes accusées d’avoir rejoint l’organisation de Fethullah Gulen ?

Ils sont chaque mois des milliers de Turcs à en être accusés. Il y a des arrestations, des licenciements et ils sont plusieurs à se retrouver à la rue.

Le statut des libertés et de la démocratie en Turquie ne passe plus inaperçu aux yeux des observateurs. Les choses vont de mal en pis dans ce pays tant au niveau des libertés que de l’économie, de la politique, des médias et de tous les pans de la société turque.

Les citoyens sont réprimés par le régime d’Erdogan et paient un lourd tribut pour ses aventures et ses interventions à l’étranger. L’homme a fait dégringoler la livre turque à des niveaux records jamais atteints auparavant.

Sur le plan des libertés, les rapports de l’ONU font observer que la Turquie a poursuivi l’année dernière son déclin dans l’indice des libertés. Elle se classe ainsi au deuxième rang des pays les plus dégradés du monde depuis 10 ans. C’est ce qu’indique l’évaluation annuelle des libertés fondamentales réalisée en 2020 par Freedom House, l’organisation américaine de défense des droits de l’homme.

Selon le rapport, la Turquie a chuté de 31 points en 10 ans, marquant le deuxième plus grand déclin des libertés après le Burundi. Ce dernier a chuté de 32 points, soit la plus forte baisse de la dernière décennie.

Le rapport a classé, pour la deuxième année consécutive, la Turquie comme un pays non libre. Elle rejoint ainsi 49 autres pays sur les 195 évalués. La Turquie figure sur une liste de pays non libres qui comprend également la Libye, la Somalie, la Corée du Nord, le Turkménistan, le Soudan du Sud, l’Érythrée et la Syrie.

Les chiffres faisant état des victimes des poursuites engagées par le régime d’Erdogan contre les personnes suspectées de rejoindre l’organisation de Gulen révèlent les proportions du cataclysme qui secoue la société turque.

Plus de 4.500 juges, environ 15.000 étudiants des académies militaires, quelque 34.000 officiers de police, 7.000 médecins et fonctionnaires du ministère de la santé ont été licenciés. Environ 15.000 employés du ministère de la justice, des administrateurs provinciaux et des responsables des affaires religieuses ont eux aussi perdu leur poste. Au total, 160 000 personnes de divers organismes d’État auront été mises à pied à la suite du soi-disant putsch de 2016.

Ces chiffres alarmants dénotent la rudesse et la tyrannie du régime turc. Selon l’Economic Intelligence Unit de l’Economist Group britannique, le régime est classé comme un système hybride combinant démocratie et tyrannie.

Son rapport condamne ainsi clairement ce régime autoritaire. En témoignage, une délégation envoyée par le Parlement européen en Turquie a dit que «  nous percevons un recul inquiétant dans le domaine de l’Etat de droit  » en Turquie.

Elle a fait référence à la destitution des maires kurdes élus et à leur remplacement par des administrateurs choisis par le gouvernement, sans aucune preuve contre eux.

Remarquons que ce sont les médias en Turquie qui souffrent le plus. Et ce malgré que le Sultan finance, lance et sponsorise des médias hostiles à des pays comme l’Egypte et d’autres.

Reporters sans frontières affirme que la Turquie se classe 155e sur un total de 180 pays sur la liste des arrestations. Le Sultan a fermé plus de 170 organes de presse. Quelque 165 journalistes ont été arrêtés ; la moitié des journalistes détenus dans le monde le sont en Turquie.

Le plus récent coup de massue du sultan a été la loi sur les libertés adoptée en juillet dernier. Pour l’AKP au pouvoir, la loi étend la censure des réseaux sociaux pour combattre la «  diffamation  » en ligne.

Tout le monde sait que la loi a été adoptée après la demande lancée par Erdogan de «  réglementer  » les réseaux sociaux, à la suite des critiques de sa fille et de son gendre, et des révélations de corruption sur Twitter. Le rapport de transparence de Twitter pour 2019 indique qu’au premier semestre de l’année, la Turquie est en tête des pays qui ont réclamé le retrait de contenu du réseau social avec plus de 6 000 demandes.

Les femmes en Turquie sont également mal en point, contrairement à ce que laisse entendre la propagande des organismes et propagandistes du terrorisme. On parle ici des femmes des minorités ethniques et de les activistes de la société civile et des droits de l’homme. Des rapports indiquent que 18.000 femmes ont été détenues sans aucune base légale depuis le coup d’Etat échoué en juillet 2016.

Scène d’arbitraire en Turquie du sultan Erdogan. Elle qui exporte vers le monde arabe un semblant de liberté et de démocratie. Elle qui appuie les souffleurs de propagande et les mercenaires affiliés à des groupes terroristes extrémistes pour salir l’image des pays arabes et nuire à leur relation avec leur peuple. Cependant, les souffleurs font leurs discours depuis un État qui ne peut plus cacher son image de tyrannie et de dictature au monde.


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4 réactions à cet article    


  • sylvie 16 octobre 18:02

    essayez de lire l’article juste ci dessous de bob34


    • L'apostilleur L’apostilleur 16 octobre 21:23

      « ...le régime turc s’est présenté au monde comme un modèle islamique de démocratie et de libertés. Mais il a fait marche arrière. »

      Tout est dans la marche arrière. Les turcs que j’ai rencontrés lors de mes nombreux séjours étaient généralement très appréciés. Leur religion qui les rassemble les enchaîne aujourd’hui à un pouvoir qui se réclame de l’islam au nom duquel tout est permis.

      Les turcs sont floués par leur dictateur islamique qui les éloigne de l’Occident.

      Il a fallu des décennies pour estomper les effets du film Midnight Express et ses prisons turques. Combien d’années faudra-t-il pour y retourner maintenant ?


      • zygzornifle zygzornifle 17 octobre 09:21

        L’UE a tellement léché son cul qu’il n’a plus de peau ....


        • Darks67 Darks67 19 octobre 10:16

          Macron c’est mieux ? Contrairement à notre creveur d’œil, le sultan même si c’est une enflure de première à le soutiens du peuple.

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