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Accueil du site > Tribune Libre > La France à l’Allemagne : « Ne me quitte pas ! »

La France à l’Allemagne : « Ne me quitte pas ! »

Emporté par un élan qui lui vient, semble-t-il, de loin, Olivier Passet, dans la vidéo qu’il publie le 3 juin 2014, a décidé de prendre le taureau par les cornes, et de faire valoir le fond de sa pensée tout en affirmant nettement qu’il s’agit bien de cela.

La thèse de départ – autant dire : la cible – concerne l’Allemagne :
« Le donneur d’ordre rhénan met peu à peu au pas le reste des régions pour l’intégrer à sa chaîne de valeur, avec pour seule alternative de l’approvisionner à faible coût ou de disparaître. »

L’affaire est d’une extrême gravité puisqu’il s’agit de mettre en cause un seul et unique pays qui plierait, à son intérêt strictement national, l’ensemble des pays associés jusqu’à mettre en cause leur équilibre économique et peut-être même leur survie…

Olivier Passet frappe donc très fort, et il assume sa position de façon maximale :
« J’aimerais vous convaincre en quelques chiffres que cette lecture inquiète de la dynamique industrielle européenne, même si elle est simplificatrice, correspond à une réalité forte. »

Ne pas être seul, ou rien que quelques-uns, devant l’extrême rudesse du processus dont Olivier Passet est témoin sans que d’autres puissent facilement en comprendre la signification profonde… Voici ce qui l’aura fait sortir du bois. C’est bien que l’heure est grave, pour lui tout au moins. Et qu’il pense pouvoir en administrer la preuve comptable : ce qui entre dans son métier de prévisionniste.

Le réquisitoire peut donc commencer…
« Lorsque l’on parle de polarisation industrielle, il est bon d’avoir en tête l’hyper-domination allemande sur quelques secteurs stratégiques, l’énumération parle d’elle-même. L’Allemagne, c’est 53% de la valeur ajoutée européenne dans l’automobile en 2011, la France 5%, c’est 46% dans les équipements, la France 7, c’est 34% dans l’informatique et l’électronique, la France 6, c’est 33% dans la Chimie, la France 13, 31% dans la plasturgie, la France 12, 30% dans la métallurgie, la France 11. »

Ecart plutôt consternant… Mais il faut aussitôt le souligner… Il s’agit tout simplement d’une comparaison qui laisse de côté tout ce qui n’est pas le prétendu couple franco-allemand…
« Voilà aujourd’hui les écarts entre la première et la seconde industrie d’Europe. »

Or, que l’industrie, c’est-à-dire l’instrument principal d’extraction de cette plus-value qui fait vivre le système capitaliste, et qui donne donc l’essentiel de sa force à la monnaie qui en signe le niveau de présence dans le monde entier, puisse, à ce point, se trouver concentré dans l’économie dominante d’une Union européenne à l’intérieur de laquelle aucun début de redistribution ne semble devoir apparaître, cela paraît renvoyer directement à l’époque d’un Empire romain engraissé, lui, de toutes ses conquêtes militaires…

Certes, nous comprenons bien que, si la France se trouve elle-même dans cette situation d’être la plus proche du pays titulaire de l’imperium, elle doit en retirer quelques bénéfices… à condition de savoir se plier aux devoirs que lui donne cette place de seconde…

Mais Olivier Passet ne vient pas là que pour elle… Et c’est, en quelque sorte, le Reich qui l’aura mis en colère sans qu’il soit pour autant nécessaire d’oublier tout à fait la France :
« Il faut ensuite avoir en tête ce qui est au cœur de la machine à exporter allemande. L’Allemagne c’est aujourd’hui 51-52% d’exportation de biens et de services par rapport à son PIB, mais c’est surtout 45-46% d’importation. C’est considérable pour une économie de grande taille. En France ces ratios sont respectivement de 27 et 29%. »

Encore n’avons-nous pas atteint le véritable pot-aux-roses… Ce courant d’import-export qui parcourt l’Allemagne doit être interprété de la bonne façon qui est celle dont use Olivier Passet
« Mais si l’on regarde maintenant la part de la valeur ajoutée produite sur le territoire et exportée, le ratio n’est plus de 52 mais de 26 %. Autrement dit l’industrie Allemande est une formidable machine à intégrer les composants du reste du monde, pour y ajouter sa valeur propre, la valeur de la marque allemande. »

Le passage par le territoire allemand est ainsi le moyen de faire estampiller par l’élite ouvrière locale, et le corps d’ingénieurs qui lui donne le la dans son activité de tous les jours, ce que la main-d’oeuvre étrangère n’aura fait que dégrossir pour les coûts les plus bas. En effet…
« Lorsque l’on regarde maintenant la hausse des importations par origine géographique, que voit-on ? Que les hausses les plus fortes depuis 2007 sont observées dans les PECO, les pays émergents d’Asie, les Pays-Bas, pays de transit des matériaux venus du reste du monde, l’Amérique du Sud, le Portugal, la Turquie, autrement dit, les plus fortes progressions sont observées dans les pays à faible coût du monde ou d’Europe. »

La belle France peut bien regarder cela depuis son balcon en faisant les gros yeux à la puissance tutélaire de l’Europe… Les grotesques embrassades d’un De Gaulle et d’un Adenauer « en la cathédrale de Reims » durant l’an de grâce 1963, c’est bien fini.

Mais, avant d’aller plus loin, amusons-nous un peu avec Dennis L. Bark et David R. Gress du…
« …spectacle émouvant des deux vieux dirigeants qui se rencontrèrent pour célébrer le traité au cours d’une nouvelle grand-messe solennelle en la cathédrale de Reims. C’était leur deuxième visite dans cette ville en moins de sept mois. La célébration du traité en ces lieux avait, pour de Gaulle comme pour beaucoup de ses compatriotes, une indicible puissance d’émotion. Certains observateurs parlèrent « du mariage des deux vieillards » : Adenauer et de Gaulle s’agenouillèrent en effet devant les fidèles, côte à côte, sur un prie-Dieu installé devant l’autel, comme de jeunes mariés. » (Dennis L. Bark et David R. Gress, op. cit., page 494)

Peines de coeur sans doute… Mais les descendants des deux gaillards en question, Allemand(e)s et Français(e)s ne peuvent que méditer sur ce qu’Olivier Passet nous dit ici :
« Concentration et capacité d’intégrer les avantages compétitifs de sa périphérie européenne et des émergents. Voilà pour simplifier ce qui fait la force du cœur rhénan. »

NB. Cet article est le quatre-vingt-septième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


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1 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 21 juin 09:25

    Les pays de l’UE sont comme des moutons leur chien de berger étant l’Allemagne qui tourne autour en aboyant tout crocs sortis , si un mouton s’éloigne elle se jette dessus lui mordant une patte pour le ramener dans le troupeau ....

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