• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > La France et son collier étrangleur tout droit venu de la Prusse de (...)

La France et son collier étrangleur tout droit venu de la Prusse de Bismarck…

Sans doute parce qu’il n’a pas eu l’occasion de se pencher récemment sur l’histoire des relations franco-prussiennes telles qu’elles se sont établies au temps où Bismarck se jouait de Louis-Napoléon Bonaparte, Olivier Passet avance une solution à ce que peut avoir d’accablant, pour la France d’aujourd’hui, d’être à ce point soumise à la politique économique allemande : « France : la rupture inévitable ». C’est en effet le titre qu’il a donné à la vidéo qu’il a publiée sur le site de Xerfi Canal le 22 avril 2013.

De cette étreinte-là, serait-il vraiment possible de s’en défaire ? Pour ma part, je n’y crois pas une seule seconde… Depuis l’élimination physique de Jean Moulin (juin-juillet 1943) – et abandonné comme celui-ci l’a été très vite par un parti communiste qui a pourtant tenu à accompagner sa sœur Laure dans les temps où la piste des commanditaires de la livraison du fondateur et premier président du Conseil National de la Résistance à Klaus Barbie était encore chaude -, la question de la souveraineté de la France n’est plus d’actualité : grâce à De Gaulle, c’est la souveraineté française elle-même qui est tombée très vite dans l’escarcelle allemande… J’ai suffisamment écrit sur ce problème pour n’y pas revenir une fois de plus.

Tournons-nous plutôt vers Bismarck, au moment où il venait tout juste de se mettre au service du roi de Prusse… Avant de prendre militairement le dessus sur l’Autriche-Hongrie (bataille de Sadowa, 1866), puis de briser la France de !’empereur Napoléon III (1870), de lui prendre l’Alsace-Lorraine et de la plier aux conditions économiques drastiques du traité de Francfort, il s’était posé la question des conditions à réunir pour faire passer l’ensemble des Etats allemands sous la coupe du seul royaume de Prusse, dont le souverain se trouverait dès lors à la tête de l’Empire d’Allemagne (ce qui fut réalisé à Versailles le 18 janvier 1871)…

Nous voici ramené(e)s un peu plus de dix ans avant cette extraordinaire conclusion d’une politique incroyablement déterminée et… efficace. L’un des plus récents biographes du prince Otto von BismarckLothar Gall, reprend le fil de ce qu’était alors la pensée profonde du père fondateur de l’Allemagne moderne :
« Dans le rapport daté du 25 décembre 1862, il trace nettement les contours des objectifs à longue portée allant jusqu’en 1866 : « Se libérer du réseau des traités fédéraux  » : mettre en valeur « le centre de gravité du pouvoir inhérent à l’État prussien  » , par la réforme et l’aménagement interne de l’Union douanière – entendez par là l’introduction du principe de majorité et d’un Parlement du Zollverein élu au scrutin direct et chargé de représenter la « population unifiée » et non pas chacun des États, et de la rassembler en une unité ; […]. » (Lothar GallBismarck, Fayard 1984, page 287)

Fera les liens nécessaires avec le présent, qui pourra…

Et nous revoici auprès d’Olivier Passet, le 22 avril 2013…
« La zone euro condamne aujourd’hui l’économie française à une triple peine. Celle de l’hyper-compétitivité allemande. Celle d’un euro surévalué réglé au diapason de la puissance industrielle allemande. Celle de la purge budgétaire qui sape la demande intérieure. La conjonction de ces trois éléments est intenable. »

Et pourtant, il va falloir s’y faire… tandis que ne nous faisons encore que découvrir certains des effets de la chaîne prussienne qui nous tient pour très longtemps :
« C’est désormais une réalité, une certitude. La France est en récession pour la troisième fois en 6 ans… et la ponction fiscale de près de 2 points de PIB programmée dans la loi de finance 2013 n’a pas encore produit ses effets négatifs, que déjà le gouvernement songe à durcir sa politique d’austérité pour 2014. »

Car cette chaîne est un peu plus raffinée qu’il n’y paraît tout d’abord. En effet, c’est un collier étrangleur :
« Or c’est bien l’incapacité de la France à retrouver le chemin de la croissance qui empire la dérive budgétaire et qui va provoquer inexorablement la défiance des marchés financiers. La croissance se dérobe à un rythme tel que la stratégie de réduction du déficit est vouée à l’échec. »

Mieux, c’est un collier qui ne fait pas que serrer un peu. Il a les moyens de tuer… et il les utilise déjà :
« Dans le même temps, la récession accélère la destruction de l’appareil productif, comme en témoigne la litanie des défaillances d’entreprises. »

Quant à ce qui existe encore dans le tissu interne de la France et qui voudrait tenter l’aventure des grands espaces, il va falloir ressembler à qui de droit… et s’organiser (militairement ?) pour se doter de quelque chose qui deviendrait un hinterland typiquement français. En effet, nous dit Olivier Passet, la rigueur budgétaire n’est pas seule en cause…
« À cela s’ajoute le handicap terrible d’un niveau de l’euro surévalué pour les entreprises françaises. Seule l’Allemagne est en mesure de s’en accommoder. Elle en tire même parti en important les faibles coûts de son hinterland de la Mitteleuropa. »

Tiens… Serions-nous revenu(e)s dans ces années tout au long desquelles Bismarck n’aura cessé d’enfumer Napoléon III (tout ça !), avant de lui faire botter ses pauvres fesses de malheureux incontinent à Sedan en 1870…

Lisons l’homme d’Etat prussien dans la lettre qu’il adresse au ministre de la Guerre, Albrecht von Roon, le 2 juillet 1861 :
« Nous sommes presque aussi vaniteux que les Français. Que nous soyons persuadés de notre prestige à l’extérieur, et nous nous laissons plumer chez nous. » (Idem, page 202)

Et encore ceci, de son biographe :
« Bismarck insista […] sur un point qu’il avait déjà souligné en automne auprès du gouvernement français à savoir que les ambitions expansionnistes de la France trouvaient un champ naturel « partout où l’on parlait français dans le monde  ». » (Idem, pages 365-366)

et pas allemand du tout… Ce ne sera décidément pas facile… ni au Sahel, ni ailleurs.

NB. Cet article est le soixante-cinquième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • baldis30 31 mai 19:03

    bonsoir

     « ponction fiscale de près de 2 points de PIB programmée dans la loi de finance 2013 n’a pas encore produit ses effets négatifs, que déjà le gouvernement songe à durcir sa politique d’austérité pour 2014. »

     Il y a une chose que vous avez oubliée et qu’on oublie parce qu’il faudrait faire une recherche documentaire précise  : dans les années que vous citez ou peut-être 2012, la Merkel demanda à une université militaire allemande quelles seraient les réformes que la France devrait faire ! je maintiens LA STRICTE VERITE de cette information paru dans La Repubblica et il serait bon de la retrouver ! C’est écrit !

     Autrement dit comment la France doit être organisée pour que l’on fasse un ANSCHLUSS ... On aurait l’article ce serait une petite bombe pour bien des partis politiques et pour quelques baffes à placer !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès