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La fraude mystique de Marthe Robin par Conrad De Meester

Franck Abed prières

 

Conrad de Meester fut docteur en théologie, historien de la spiritualité, éditeur scientifique et analyste critique réputé. Il a consacré l’essentiel de son œuvre aux grandes femmes mystiques du XXe siècle, dont Thérèse de Lisieux, Edith Stein et Elisabeth de la Trinité. Cela signifie clairement qu’il n’était pas le moins du monde hostile aux femmes mystiques ni en guerre contre elles.

Son ouvrage, fruit de vingt-cinq années de recherche, est intitulé « La fraude mystique de Marthe Robin ». Dans sa préface, le frère Paul de Bois, provincial des Carmes en Flandres, explique ce qui suit : « En 1988, l’évêque de Valence prit contact avec notre frère Conrad De Meester, pour lui demander d’examiner plus de 4000 pages dactylographiées, correspondant aux lettres et écrits de Marthe Robin, décédée en 1981. De son vivant, et plus encore après sa mort, elle fut considérée par beaucoup comme une grande mystique et une vraie sainte. A l’occasion de la phase diocésaine du procès de canonisation, le père Conrad a soigneusement lu et étudié tous ces documents. Il en a résulté un Rapport volumineux, soulevant de nombreuses interrogations. Transmis au Vatican, il n’a jamais obtenu (de) réponse ».

Le préfacier énonce que « le Père Conrad était d’abord un perfectionniste. Il approfondissait sans cesse ses recherches et ce jusqu’au moindre détail  ». Il ajoute que « dans son livre, De Meester avoue plusieurs fois son étonnement voire sa stupéfaction à la suite de ses découvertes. Il fut même parfois tourmenté par les résultats de son enquête. Sa prudence et sa sagesse l’ont retenu de publier trop rapidement les conclusions de ses recherches ».

Dans le même ordre d’idée, l’éditeur dans son avertissement nous informe de la chose suivante : « Disons-le d’emblée, ce livre n’a pas été conçu comme une machine de guerre. Ni contre Marthe Robin, ni contre les Foyers de Charité qu’elle a inspirés ou encore contre les communautés nouvelles qui se réclament de son héritage ». Nous lisons : « Ce livre ne prétend ni percer le secret intrinsèque, ni pronostiquer la destinée ultime de la personne que fut Marthe Robin, pas plus qu’il ne vise à miner la fécondité de ces mouvements  ». 

Cependant, force est de constater que les mouvements spirituels nés après 1950 dans le sillage de Marthe Robin sont aujourd’hui touchés par des révélations très troubles et forcément dérangeantes. Effectivement, les fondateurs de ces communautés nouvelles, se réclamant et revendiquant une proximité avec Marthe Robin, ont été reconnus coupables d’abus sexuels : Gérard Croissant, alias Frère Ephraïm, fondateur de la Communauté des Béatitudes, le père Marie-Dominique Philippe, fondateur des Frères de Saint Jean, et aussi Jean Vanier, fondateur de l’Arche. Le père Finet est lui-même mis en cause pour des gestes « gravement déviants  » sur des mineures. Il ne faut pas non plus oublier que Les Foyers de Charité reposent sur la promotion d’un laïcat mixte consacré et envoyé en mission pour une nouvelle évangélisation. Tout un programme…

Concrètement, j’ai lu ce livre avec grand intérêt, d’autant plus que dans l’avertissement - présent au début de l’ouvrage - figure le propos suivant : «  Ce livre n’existe pas en vertu d’une volonté délibérée de son auteur de s’emparer de ce sujet et de le traiter selon sa subjectivité, mais en réponse à une demande officielle de l’Eglise, dans le cadre d’une enquête canonique pour laquelle il a été sollicité, qu’il a conduite selon la démarche prescrite et qui a abouti à un Rapport adressé au Vatican. C’est cette instruction, documentée et raisonnée, que le présent ouvrage reprend et poursuit  ». De fait, je fus donc rassuré avant de commencer cet ouvrage écrit avec la volonté de rechercher la vérité. L’auteur n’était pas animé par un activisme politique ou militant ayant pour objectif de détruire Marthe Robin.

Le propos de Conrad De Meester se veut extrêmement clair. Au fil d’une enquête rondement menée, sa conclusion ne souffre pour lui d’aucune contestation : Marthe Robin a trompé tout son monde. L’éditeur écrit : « Vérité et liberté, mais aussi foi et raison, tel est bien le leitmotiv de ce livre. Réquisitionné pour sa qualité incontestée de spécialiste de la littérature mystique, particulièrement contemporaine et féminine, le père Conrad De Meester a conclu, en recourant à des méthodes critiques objectives, à l’inauthenticité des textes de Marthe Robin ».

Il convient de préciser « qu’au cours de sa longue existence, plus de 100 000 personnes l’ont visitée dans sa petite ferme de la Drôme. On l’a toujours connue clouée au lit, paralysée, aveugle, stigmatisée, souffrant chaque semaine la Passion du Christ ». L’auteur écrit que « Marthe Robin a laissé beaucoup d’écrits. De genre différents. Journaux spirituels, notes intimes, un volumineux récit sur la Passion du Christ, des poésies, des prières, des lettres… » En analysant dans le détail cette masse de documents manuscrits, De Meester conclut : « Marthe n’a pas dicté l’essentiel de ses écrits, mais dans leur plus grand nombre les a portés sur le papier de sa propre main, adoptant alors - presque parfaitement - diverses graphies afin de cacher la véritable identité du copiste ». 

Selon des analyses graphologiques, grammaticales et orthographiques, la quasi-totalité des écrits proviendrait en réalité de la main même de Marthe Robin. Cette remarque jette un sérieux doute sur la réalité de sa paralysie. L’auteur confesse volontiers que « Marthe était bien sûr handicapée, mais pas paralysée au point d’être incapable de quitter son lit et n’était donc pas forcément clouée jour et nuit à son grabat ». En étudiant les textes commis officiellement par différents secrétaires, en dépit de la volonté de masquer qu’il s’agit de la même personne, De Meester certifie qu’on y retrouve les mêmes fautes à répétition, des formes de lettres similaires ainsi que des tournures de phrases identiques. 

J’ai trouvé cette démonstration plus que convaincante. En regardant les annexes, je me suis rendu compte du travail d’orfèvre qu’il avait accompli pour produire cette preuve irréfutable. Ainsi, l’identité des secrétaires reste à ce jour inconnue, sauf pour une, Simone Ladret qui a formellement attesté que Marthe Robin lui avait dicté un cahier. Cela pose un problème majeur qu’après plusieurs dizaines d’années, la famille Robin et Les Foyers de Charité se montrent incapables de retrouver les commis rédacteurs ayant participé à cette aventure peu commune. 

De Meester démontre de la plus brillante des manières que Marthe Robin a plagié au moins vingt-neuf mystiques, notamment Madeleine Sémer, Marie-Antoinette de Geuser, Véronique Giuliani, Gemma Galgani, Anne-Catherine Emmerich, Catherine de Sienne, et Thérèse d’Avila. Il écrit à ce sujet : « La quantité des emprunts effectués et le fait que Marthe elle-même ne les avait jamais signalés me déconcerta ». En allant à la source des documents pour vérifier ses propos, comme il a agi lui-même en tant que chercheur qui se respecte, le doute ne peut s’installer : Marthe Robin a bien copié de nombreux textes en les faisant passer pour ses écrits, parfois de manière intégrale, parfois en changeant ou en ajoutant un ou deux mots. De Meester écrit à juste titre : « Quel est ici le poids du mot vérité lorsque Marthe assure, en se rendant en secret maîtresse de la pensée et des termes  » de vraies saintes, avoir dialogué avec Jésus-Christ ? La question mérite d’être posée. Plus suspect encore, De Meester découvre qu’elle demandait à ses correspondants de brûler ses lettres, acte que certains ont refusé de faire.

Sophie Guex, postulatrice de sa cause de béatification, a réagi dans Famille chrétienne en disant : « Cest vrai que Marthe a emprunté des paragraphes entiers à dautres mystiques », ou encore « Elle a trouvé chez dautres mystiques des mots qui convenaient parfaitement à son expérience. Elle sest donc coulée humblement dans les mots dautres personnes », sans pour autant ne jamais l’avouer. Elle insiste en disant : « Ce procédé de Marthe remonte au début de ses expériences mystiques. Imaginez que vous fassiez des expériences mystiques sans avoir la possibilité de comprendre ce qui vous arrive. Pour comprendre, Marthe a fait avec les moyens du bord, en lisant des livres ». Il faut quand même reconnaître que cet argument de la défense se montre très faible et donc peu convaincant. Ne pouvant nier l’évidence du plagiat, elle s’ingénie à le justifier maladroitement alors que les faits sont authentiquement attestés. Heureusement que toutes les saintes ayant eu des visions, des expériences mystiques et des révélations n’agirent pas comme Marthe en copiant les récits d’expériences vécues par d’autres car, à ce tarif-là, personne ne saurait déceler où se situe l’authentique et la copie…

De Meester soulève aussi les questions médicales au sujet de sa paralysie, et sur le fait qu’elle disait être aveugle. Pourtant, jamais un examen médical en bonne et due forme ne fut mené : « Les examens spéciaux tels radiologique et ophtalmologique n’ont pu encore être faits  ». Il stipule pareillement que « la cécité de Marthe est ainsi renvoyée, implicitement au futur examen clinique » qui ne verra jamais le jour dans la mesure où Marthe Robin décédera avant que le corps médical puisse mener à bien son œuvre. Sophie Guex écrit même que « linédie ne pourra jamais être prouvée scientifiquement dans le cas de Marthe Robin  ». Pourtant, de 1930 à sa mort en 1981, le temps n’a guère manqué pour réaliser cette étude essentielle qui aurait étouffé dans l’œuf toute vaine polémique. Marthe Robin disait souffrir, mal dormir, elle ne mangeait, ni ne buvait. Pourtant, elle ne séjourna pas à l’hôpital. Pourquoi ?

Beaucoup regrettent que cette inédie n’ait jamais été prouvé scientifiquement. Cela aurait pu être réalisé en 1949 quand, selon le Père Bernard Peyrous, un neuropsychiatre parisien se rendit chez Marthe Robin pour lui proposer de la « mettre en clinique pendant un ou deux mois afin de pouvoir convaincre ses collègues de la réalité des phénomènes extraordinaires  ». Bien évidemment, elle refusa en évoquant un faible argument d’autorité : seuls son directeur, son évêque ou même le Pape auraient pu lui intimer l’ordre de se faire hospitaliser pour procéder à des tests cliniques. Après sa mort des chaussons usés furent retrouvés dans son armoire. Marthe les a bien portés, alors qu’elle était censée ne pas pouvoir marcher… 

Le 6 février 1981, le jour même de sa disparition, une personne qui aide à ranger, trouve de manière fortuite dans la chambre de Marthe Robin une cuvette pleine de méléna, résidu sanguin gastrique, accompagnée de papiers journaux avec des traces qui laissent à penser qu’ils furent utilisés pour s’essuyer. Le directeur spirituel de Marthe Robin, le fameux père Finet, demande immédiatement que la cuvette et son contenant soient jetés. Si elle pouvait faire ses commissions toute seule, était-elle vraiment paralysée ? Et que dire des chaises renversées dans sa chambre - dont la porte était fermée à clé - que ses proches retrouvaient chaque matin ? Certains témoins disent ou pensent avoir vu et entendu Marthe Robin se déplacer la nuit en rampant… Tout cela fait beaucoup !

Il y a également un point sur lequel nous aimerions insister, même si De Meester n’en parle pas dans son Rapport : Marthe Robin, selon l’aveu même du Père Bernard Peyrous - lui aussi accusé de « gestes gravement inappropriés » - n’a pas assisté au saint Sacrifice de la Messe pendant des décennies car elle était, officiellement, intransportable. Il n’est venu à l’esprit de personne de demander une dispense, qui lui aurait été certainement accordée, pour qu’un prêtre ou un religieux viennent célébrer la Messe à son domicile. Aucun de ses proches n’a donc eu l’idée de mettre Marthe Robin dans un fauteuil roulant ou sur une civière pour qu’elle puisse se rendre à la messe ? Tout ceci n’est vraiment pas clair, à moins que… 

Comme l’indique le titre du Figaro « La chute du cardinal Angelo Becciu fait frémir le Vatican ». Ce n’est pas lié directement à Marthe Robin mais le cardinal a été contraint de renoncer à son poste de préfet de la Congrégation pour la cause des saints parce qu’il est suspecté d’investissements financiers douteux, ce que l’intéressé réfute. A croire que le sort s’acharne sur tous ceux qui défendent ou accompagnent le chemin de Marthe Robin vers la sainteté. Au début de son ouvrage, De Meester avait écrit : «  Dieu saura écrire droit sur des lignes courbes  ». Il a sûrement raison mais aujourd’hui il peut être difficile de s’y retrouver et de faire confiance à autrui. Quoiqu’il en soit, les 400 pages doivent se lire en étant réellement concentré car les matières étudiées et les enjeux soulevés, qui dépassent de loin le présent sujet, sont importants.

Initialement, De Meester avait un avis plutôt favorable à l’égard de Marthe Robin, étant donné ses sujets de prédilection. Cependant, il s’aperçut rapidement, au fil de son étude qui devait être rapide, que plusieurs éléments posaient de sérieuses complications. Ne voulant pas se précipiter à tort et à travers, il a mené de véritables recherches. Il a très vite saisi que Marthe Robin ne disait pas toute la vérité. Nous laissons le mot de la fin au père De Meester : « C’est pourquoi à mon sens, de la fraude mystique de Marthe Robin, il n’y a rien, à proprement parler, non seulement à vénérer, mais aussi à conserver ».

 

Franck ABED

 

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17 réactions à cet article    


  • il faudrait il faudrait 16 novembre 2020 15:27

    bonjour, je suis tout à fait d’accord avec votre analyse de texte, ayant lu il y a quelques jours le livre du Père de Meester, ocd. Je pardonnerais aisément à Marthe le délit de plagiat, sachant qu’elle n’avait visiblement pas une formation scolaire très approfondie, je comprends qu’elle a pu s’approprier les méditations d’autres (vraies) mystiques, sans penser à citer ses sources.

    Toujours est-il que c’était une femme très futée, qui avait trouvé un moyen de surmonter les tares physiques et psychologiques avec lesquelles elle était née. Un bel exemple de résilience. Bien sûr, on ne peut certainement pas mettre au bénéfice d’une soit-disant sainteté les dissimulations dont elle aurait fait preuve en prétendant être paralysée et aveugle. Par contre, je sais par expérience, ayant côtoyé dans ma vie des « grenouilles de bénitier », qu’une personnalité comme Marthe n’a aucun mal à abuser de la crédulité de certains. Dommage !


    • raymond 16 novembre 2020 18:44

      ah je l’avais déja lu ici


      • Gollum Gollum 16 novembre 2020 19:13

        Il n’y a pas qu’elle. Pour rappel Anne-Catherine Emmerich, béatifiée par Jean-Paul 2, déclarait avoir eu des visions de la Genèse, en tout point conformes à la lecture littérale de celle-ci.

        Dieu le Père façonnant Adam avec de la glaise, le Serpent au milieu de l’Eden, etc...

        Donc d’un côté l’Eglise déclare qu’elle n’est plus contre la théorie de l’évolution et de l’autre béatifie une personne ayant manifestement eu des fausses visions.

        On appelle cela du double discours. On cajole la modernité d’un côté tout en donnant des gages aux autres...


        • Decouz 17 novembre 2020 12:48

          @Gollum
          en même temps Catherine Emmerich donne une relation de la vie du Christ bien plus détaillée que les Evangiles, comme le serait par exemple un roman réaliste avec toutes les descriptions des lieux, des vêtements, des caractères etc qui ne sont que des ébauches dans les textes canoniques.
          Qu’elle reprenne les paroles d’autres mystiques n’est pas forcement une preuve de mystification smiley, ce peut tout autant être une preuve d’abandon de l’ego.
          Pour le reste il faut se reporter à Guénon, la différence entre mystique et initiation, le mystique est passif plutôt qu’actif (évidemment à relativiser selon les situations), mais surtout il est en dehors d’une chaine horizontale de transmission, n’a pas le langage adéquat pour décrire sa situation, n’est pas soutenu par une méthode.


        • Decouz 17 novembre 2020 12:58

          @Decouz
          pas le langage adéquat pour décrire, mais aussi pour comprendre sa situation, pas de maitre terrestre.
          On peut bien sur dire que le maitre véritable est le maitre céleste, le guru terrestre n’est que la manifestation du guru céleste et du guru intérieur, mais sur le plan humain, la différence est importante entre la compagnie quotidienne ou relativement fréquente d’un maitre ou d’un groupe, et la présence hypothétique d’un instructeur divin, qui dans l’idéal devrait être présent comme un homme de chair peut l’être, toujours disponible pour répondre aux questions, pour résoudre tous les problèmes qui surviennent, pour donner des indications.


        • Gollum Gollum 17 novembre 2020 15:04

          @Decouz

          Vous pensez bien que si les « visions » de la Genèse de la brave religieuse sont fausses, les « visions » de la vie du Christ sont dès lors entachées d’une suspicion tout à fait légitime. Elle ne reprend d’ailleurs rien d’autres mystiques, contrairement à vos dires, car elle fut la première à sortir une vie du Christ. 

          (Et il est bien évident qu’il est aberrant de béatifier une telle personne, sous prétexte, comme je l’ai lu sous la plume de Laconique, de séparer révélation privée de la révélation en elle-même). 

          Elle fut rapidement suivie d’ailleurs par d’autres, le phénomène devenant à la mode. Maria Valtorta entre autres.

          Sinon je suis d’accord avec la différence opérée entre gnose et mystique.

          Le mystique est passif, livré à lui-même, et susceptible de bien des égarements et des auto-suggestions de visions, etc...

          Mais le gnostique peut tout aussi bien être victime de fourvoiements s’il s’inscrit dans une fausse chaine de transmission, choisit un faux maitre, etc...

          L’avantage de la gnose est qu’elle se base sur le raisonnement et c’est bien le raisonnement, in fine, qui permet de savoir si on est, plus ou moins, sur la bonne voie. Encore faut-il être capable de bien raisonner.


        • Decouz 17 novembre 2020 17:50

          @Gollum
          Pour la reprise d’autres mystiques, je parlais du rapport sur Marthe Robin.


        • Decouz 17 novembre 2020 17:58

          @Gollum
          Bien sur, ce sont des remarques générales, en islam la règle est le rattachement à une lignée, mais il y a des cas d’initiation directe (les « isolés » sont initiés par Al Khidr)
          D’ailleurs Guénon tout en mettant en doute la persistance d’une initiation chrétienne, disait aussi que si des personnalités qualifiées ne pouvait bénéficier d’une initiation normale, par absence d’organisation, il pouvait y avoir une intervention de ce type (il me semble Jacob Boehme) , l’inconvénient étant que le langage sera plus mystique et religieux que gnostique.


        • Gollum Gollum 17 novembre 2020 18:19

          @Decouz

          Je ne suis pas un guénonien idolâtre. Et j’ai tendance à privilégier les voies individuelles malgré les risques inhérents  mais il y a des avantages aussi.

          Pas d’accord sur votre dernière phrase. Raymond Abellio est l’exemple typique du gnostique moderne dont le langage est rationnel et philosophique et pas du tout mystique et obscur.


        • Decouz 17 novembre 2020 22:22

          Oui mais justement je ne le considère pas comme un mystique, et de toute façon un langage obscur peut être clair pour les initiés, comme le langage alchimique.

          On peut aussi admettre d’autres distinctions comme rationnel/analytique et non rationnel ou supra rationnel (mais pas irrationnel)/synthétique. Dans ce dernier cas on privilégie des rapports d’analogie et une vision globale, le langage pourra être plus obscur en surface. C’est l’approche symbolique sur laquelle Guénon a beaucoup insisté.


        • DACH 17 novembre 2020 12:19

          Bj à AB.= A titre personnel, j’ai eu l’occasion d’écouter les témoignages de médecins et physiciens, il y a plus de 40 ans, qui sont un démenti contradictoire formel de ce qui est affirmé ici. Ils ont pratiqué des analyses diverses qui prouvent et expliquent les mécanismes compensatoires de ne pas se nourrir, presque pas boire, d’une mobilité réduite et d’un point qui n’est pas abordé : celui d’une présence qui manifeste par moments un état de conscience modifié qui s’apparente parfois à de la clairvoyance ou à de la prémonition. De plus sa bienveillance/lucidité étaient souvent à l’oeuvre de manière inexpliquée qui n’a rien à voir avec une supercherie. Sa présence aux autres étaient très particulière, et ressemble point par point à d’autres mystiques… Voir les travaux du jésuite RP H.Thurston sur les phénomènes psychologiques vécus par les grands mystiques reconnus, souvent des personnalités versées dans la sainteté avec disparition du rythme des désirs/craintes du JE, comme un personnalité élevée à la 3ème personne. (Les phénomènes physiques des grands mystiques), observable quelles que soient les époques et les civilisations. Conclusion : M Robin est une mystique authentique qui comme Padre Pio pare exemple disait qu’elle ne pouvait expliquer ce qu’elle vivait, mais elle était dans une bienveillance absolue, et sa présence avait un rayonnement bien décrit par A FroissardTdu Figaro….. Mais ces mystiques et leurs manifestations, ce qu’ils subissent, restent un mystère entier.


          • Decouz 21 novembre 2020 11:39

            Concernant les visions : elle a effectivement lu les mystiques précédents et a pu s’en inspirer, cependant elle a dit ensuite que tout ce qui relevait des détails extérieurs n’avait pas d’importance et qu’elle ne chercherait plus à faire de telles descriptions, seul comptait l’aspect spirituel.

            Cependant il a des détails frappants comme son don de discernement et d’analyse psychologique, sans connaissances préalables. Un prêtre qui avait été emprisonné en Chine est surpris de sa connaissance des conditions de sa détention, et bien d’autres épisodes. où elle parle directement à la personne de son état intérieur.

            Concernant le fait que la description de la création du monde reproduise les images bibliques et mythiques, alors que sa description de la vie du Christ est réaliste (même si copiant les mystiques précédentes) : il faut se rappeler Platon, le langage mythique intervient lorsqu’on sort des conditions ordinaires, que la raison est alors impuissante à explique, parce que l’on est aux limites de l’état humain ; la vie du Christ relève au moins en partie de l’histoire, quelle que soit la part d’invention ou de contradictions historiques dans les Evangiles, alors que la création se situe en dehors de l’histoire ou dans l’entre-deux, soit une méta histoire (des cycles plus larges que ceux enregistrés par les annales des hommes) soit un entre-deux entre le monde évènementiel et le monde des principes.


            • Gollum Gollum 21 novembre 2020 12:06

              @Decouz

              Non mais pour les visions vous essayez de défendre l’indéfendable là... smiley

              Nulle part dans Emmerich les visions de la Genèse ne laissent soupçonner le moindre aspect mythique..

              Il s’agit bien d’affabulations personnelles calquées sur la littéralité du texte et rien d’autre...

              Je suis prêt à parier que ses visions de la vie du Christ sont d’un conformisme total.

              Dommage que je ne les ai pas lu d’ailleurs j’aurai bien aimé en savoir plus là-dessus...

              Vous, qui validez la spiritualité initiatique, je suis prêt à parier qu’il n’y a rien de tel dans les visions d’Emmerich... 
              Alors que Guénon suppute un aspect initiatique au christianisme originel. Certains versets d’ailleurs des textes évangéliques le permettent.

              Quant aux prodiges spirituels ils peuvent très bien exister sans que l’auteur de ces prodiges ne soit forcément en adéquation réel avec la spiritualité de tels faits supposés..

              Je rappelle que Emmerich refuse la chronologie des pharaons égyptiens trop longue à son goût car dépassant la chronologie traditionnelle biblique des 6000 ans... Que dirait-elle maintenant avec nos milliards d’années ? Elle péterait les plombs.

              Elle invente aussi des rites orgiaques dans la religion égyptienne qui n’ont jamais existé. Tout cela pour transformer les égyptiens en païens idolâtres infréquentables...

              Bon, bref, c’est une manipulatrice de première, quelque soit par ailleurs d’éventuels faits miraculeux...

              Pour faire court, les faits miraculeux (s’is existent réellement) ne sont pas une garantie de quoi que ce soit.


            • Decouz 21 novembre 2020 12:33

              @Decouz
              En ce qui concerne la distinction de Guénon entre mystique et initiation, il s’agit d’une distinction entre ésotérisme et exotérisme, mais cette distinction selon lui est surtout propre aux religions sémitiques, dans les traditions orientales il y aurait non une dualité complète mais un passage progressif (ou une initiation à chaque degré comme dans le lamaïsme ou même la maçonnerie).
              Guénon écrit aussi me semble-t-il d’une manière pédagogique, tout en récusant le dogmatisme, il emploie certains modèles, mais ce sont des « aperçus ».
              Pour ce qui est passif/actif, il faut voir que dans le domaine initiatique, il existe pareillement, il y a ceux qui cherchent et qui frappent à la porte, il y a ceux qui sont approchés, il y a des voies gnostiques et des voies sentimentales qui ressemblent fort à la sensibilité des mystiques.

              Sinon le Vatican aurait connu les arguments de l’auteur, qui ne représenteraient que 2% du dossier.


            • Gollum Gollum 21 novembre 2020 14:14

              @Decouz

              mystique et initiation, il s’agit d’une distinction entre ésotérisme et exotérisme

              Vous auriez dû écrire : mystique et initiation, il s’agit d’une distinction entre exotérisme et ésotérisme

              afin de respecter la 
              correspondance. C’est la mystique qui correspond à l’exotérique et l’initiatique qui correspond à l’ésotérisme.

              D’où le fait que les mystiques sont en majorité des femmes, comme on peut le constater aisément dans l’histoire ecclésiastique.

              C’est bien évidemment l’inverse pour l’initiatique, qui se basant sur la raison (et non pas le rationalisme, ne pas confondre) attire de ce fait plutôt les hommes..

              Bien évidemment un homme attiré plutôt vers la mystique doit se poser des questions sur sa composante féminine non intégrée, ce dont témoigne un Jean de la Croix qui se parlait au féminin en vue d’une union à Dieu, pôle masculin.

              Rien de tel dans la gnose puisqu’il ne s’agit pas d’une union avec un alter ego mais d’un éveil à sa propre réalité. D’une dissolution de l’ego qui est le faux Moi.

              Le Bhakti Yoga en Inde correspond bien évidemment à l’aspect mystique et exotérique. Il est le Yoga de la masse. Fait pour la multitude. 

              Je vous rejoins quant à la non séparation des deux aspects en Inde. Tous les aspects y sont présents et au Yoga de la masse qui est le Bahkti Yoga, où d’ailleurs la séparation entre le dévôt et son Dieu est maintenue, on peut adjoindre le Yoga de l’élite et donc de la minorité, le Jnana Yoga, le Yoga de la Connaissance.

              Bien évidemment, entre ces deux extrêmes, se trouvent les deux autres Yogas intermédiaires.

              Mais bon, tout ce que j’écris ici passe au-dessus des yeux exorbités d’étonnement du catholique moyen, qui doit bien se demander quels délires il est en train de lire ici. Mais je n’en ai cure.


            • Gollum Gollum 21 novembre 2020 14:37

              @Decouz

              Je rajoute que l’homosexualité massive du Vatican (cf ouvrage récent intitulé Sodoma) vient directement de l’accent mis sur la dévotion et de cette féminisation latente dont j’ai parlé. Je sais que cela ne va pas faire plaisir aux bigots qui vont lire cette phrase mais c’est une évidence pour moi. La spiritualité chrétienne de masse est d’essence féminine et ceci explique cela.


            • Decouz 21 novembre 2020 14:58

              Il y a l’aspect de sincérité de l’expérience, je vois mal une simulation aussi longue, la maladie étant réelle, les interlocuteurs pas des naïfs et ce qu’elle a semé (la création des foyers).

              "Que signifie, en quelques mots, l’hystérie ?

              L’hystérie se manifeste par la mythomanie, la vanité souvent puérile, et l’hypersuggestibilité du malade. Or si l’on considère Marthe, il n’y avait rien de tout cela...Un exemple, je peux affirmer, car je l’ai scientifiquement vérifié, que Marthe n’a ni bu ni mangé, sauf une hostie par semaine, pendant 50 ans, et j’explique dans mon livre comment cela se passait".

              http://www.bmehafms.fr/Marthe-Robin-Un-psychiatre-temoigne.html

              Mais au-delà, ce qui interroge, c’est aussi cette sorte d’examen de sainteté, ou de jugement par un tribunal, qui suppose que les juges aient le « niveau » et la qualification pour en juger, sans parler des critères, héroïsme des vertus, deux miracles, pourquoi deux et pas trois. C’est juste la problématique catholique, il y a insistance sur l’aspect douleur et sur le miracle en tant que preuve définitive.

              "Se souvenir que l’enquête canonique de l’Eglise est en trois étapes : 

              1° Vérification de l’enseignement >>>Aucun problème pour Marthe Robin.
              2° Vérification de l’héroïcité des vertus >>> L’Eglise en a débattu et a conclu (sans engager son autorité définitive), en la vérité surnaturelle de ce qu’a vécu la Vénérable Marthe Robin. Le Père De Meester construit en se servant des mêmes faits, le portait inverse. On sait à quel point la psychologie est une science molle... 
              3° >>> C’est pourquoi l’Eglise attend la troisième étape qui sera définitive en engagera l’infaillibilité pastorale de l’Eglise : Dieu doit prouver sa volonté de béatifier Marthe par un ou plusieurs miracles reconnus canoniquement comme indubitables. "

              https://docteurangelique.forumactif.com/t26514p50-marthe-robin-mise-en-accusation-un-livre-posthume-du-pere-conrad-de-meester

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