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La Grande Zizanie

On sait depuis longtemps que le fin du fin de toute stratégie guerrière est de diviser pour régner. Une évidence, dès qu’on comprend que le plus fort est faible quand se crée une alliance solide contre lui et que la première exigence du maintien de son pouvoir, pour quiconque l’exerce, est donc de s’assurer qu’une telle alliance ne se crée pas. Une évidence. Mais va-t-on vraiment jusqu’au bout des conséquences de cette évidence quand on l’applique à la situation qui prévaut aujourd’hui dans le monde ?

Je ne le crois pas. On ne le pourrait, d’ailleurs, qu’en posant une hypothèse qui fasse consensus sur ce qu’est cette « situation qui prévaut aujourd’hui dans le monde »…, consensus qu’il est de l’essence même du « diviser pour régner » de tout faire pour qu’il ne réalise pas… Le serpent se mange la queue. Considérons donc, faute de preuve, que ce qui suit est une pure spéculation… tout en se souvenant que toute spéculation n’est pas nécessairement trompeuse.

Tenez, cette affirmation lapidaire de Goldstein – l’archi-traître de « 1984 » – qui dit que toutes les classes dirigeantes du monde sont en guerre contre leurs populations respectives pour maintenir leur domination et que les autres guerres et conflits ne sont là que pour la frime ? Pas prouvée, mais ne trouvez-vous pas que ça ressemble beaucoup à cette histoire du « 1% d’en haut », tous partis et tous pays confondus, qui exploite à quia les 99% de péquenots qui n’ont pas leurs entrées au Siècle ?

Imaginez un instant que cette « guerre », opposant banquiers et millionnaires à une masse d’être humains ordinaires, ne soit pas qu’une invention, voyez-vous comment le « diviser pour régner » s’appliquerait pour favoriser la caste des seigneurs ? 

Dans un premier temps, on a les divisions traditionnelles entre Noirs, Blancs, Jaunes et autres teintes et demi-teintes qu’on peut monter en épingle. Du même type, l’éducation remplaçant seulement la génétique comme cause de différentiation primaire, on a la religion et tous les autres facteurs culturels acquis. Par-delà le langage "politiquement correct, ne voit-on pas que le Système joue de ces dissimilitudes pour qu’une alliance dangereuse ne se crée pas contre les élites autoproclamées ?

Le résultat d’une politique d’immigration ouverte en Occident – présentée fallacieusement comme généreuse et progressiste – a été d’abord d’augmenter le nombre des travailleurs sans compétences spécifiques et donc de réduire le pouvoir de négociation des classes laborieuses. Mais elle a été aussi de créer des oppositions – des tensions entre Musulmans et non-Musulmans en particulier – qui ont saboté les chances d’une coalition des travailleurs contre le pouvoir capitaliste. Croit-on vraiment que cet effet n’ait pas été prévu, voulu et encouragé ?

Sur la scène internationale, quels griefs ont les uns envers les autres les travailleurs occidentaux et ceux des autres nations ? Pourquoi une guerre contre l’Irak, contre la Libye, contre l’Afghanistan et maintenant la Syrie ou le Mali ? Car existe-t-il encore un pauvre jocrisse pour croire que nous soyons à apporter la démocratie aux divers segments du tiers-monde ? On trouve des atrocités à reprocher aux « autres’, mais est-il si difficile de penser qu’ils ne veulent, eux aussi, que la paix selon les préceptes de LEURS propres cultures ? On sème la zizanie, parce qu’ensemble ils seraient plus fort que nous. Plus forts, surtout que, cette petite coterie du 1%, cette mince pellicule de moisissure à la surface de notre société.

Zizanie entre « races », peuples, nations, religions et sectes diverses, au seul profit d’une minorité qui n’a ni patrie ni croyance, mais seulement une terrible soif de pouvoir que rien ne peut assouvir. Une poursuite de la domination qu’aucune abomination ne rebute.

La volonté de zizanie, d’ailleurs, ne s’arrête pas là. Nos maîtres les riches et leurs banquiers ne se contentent pas de dresser chaque groupe contre les autres en jouant de leurs préjugés et de leurs sentiments d’appartenance ; nos élites ont aussi la volonté de faire de chaque individu le rival de tous et ils ont en main l’arme odieuse pour y parvenir : le consumérisme.

Avec l’industrialisation qui a apporté l’abondance, il aurait été raisonnable que l’humain, pouvant satisfaire ses besoins facilement, puisse vivre dorénavant avec son prochain en plus grande d’harmonie que ne l’avaient permis les siècles de carence, quand l’opulence des uns menait souvent à la disette pour les autres.

Pourtant, ce n’est pas cette bonne entente que nous a apportée la capacité de production de biens pratiquement illimitée que nous a donnée la machine. L’oligarchie a réussi, par la publicité et la manipulation de l’information, à susciter des désirs plus vite que même la croissance vertigineuse de la science et de la technologie n’a pu en satisfaire. On a créé une population de consommateurs de biens-gadgets, dont l’avidité, éternellement insatisfaite, a permis qu’ils demeurent les rivaux, voire les ennemis les uns des autres. Comment créer la zizanie mieux qu’en faisant de tous les concurrents trop nombreux de tous les autres, pour s’approprier des biens qu’on garde toujours rares ?

Rareté artificielle de biens que rien n’empêcherait de produire davantage, car il n’existe pas d’autre limite réelle à la production que la disponibilité du travail, lequel est aujourd’hui largement sous-utilisé. On parle de chômage…

Il n’y a du chômage que parce que l’on se garde bien de former la main-d’œuvre pour qu’elle ait les compétences lui permettant de produire et de satisfaire la demande, surtout la demande de services. On veut maintenir la rareté, maintenir la concurrence, MAINTENIR LA ZIZANIE qui fait que la communauté d’intérêts entre les exploités ne leur saute pas aux yeux et qu’il ne se fasse pas une alliance contre les exploiteurs.

Comment briser cette dépendance infernale que crée la zizanie ? Un geste simple suffit : si chacun décidait de ne consommer pour un temps que selon ses besoins, on verrait vite qu’il y en a amplement pour tout le monde. Cette zizanie dressant chacun contre tous n’opèrerait plus … et il ne faudrait que quelques semaines pour que le système capitaliste s’effondre.

C’est pour ça que la simplicité volontaire est la pire ennemie de "ceux du 1%." … C’est pour ça que le Pape François, s'il persiste à parler de pauvreté, pourrait bien devenir le plus grand des révolutionnaires. On verra…

Pierre JC Allard

 

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7 réactions à cet article    


  • Castel Castel 9 avril 2013 14:51

    S’il pleut des grenouilles, le problème principal devient subitement les grenouilles

    S’il pleut des grenouilles, alors, il y a un phénomène étrange très intéressant à découvrir plutôt que la petite magouille politicienne !


  • 6ber 6ber 9 avril 2013 11:09

    Bel article qui fait mouche et d’une telle évidence que l’on peut se demander pourquoi un plus grand nombre n’est pas conscient de ce marketing politique, économique et social.
    Nous sommes journellement leurrés, chacun à des niveaux différents.

    Nous sommes tous touchés par une quête inutile, un besoin factice créé de toutes pièces s’appuyant sur l’orgueil d’être le plus fort, le plus beau, d’être celui ou celle qui possédera plus que son voisin pour être aimé, admiré, craint et avoir une influence directe et immédiate sur son environnement.

    Quelle bêtise... et en effet, "si chacun décidait de ne consommer que selon ses besoins, on verrait vite qu’il y en a amplement pour tout le monde" et que consommer est un plaisir creux qu’il faut renouveler chaque instant, une addiction qui annihile toute créativité personnelle et nous condamne à la sujétion et la négation de toute personnalité.

    Encore merci pour ces si belles pensées.


    • Nums Nums 9 avril 2013 11:51

      Article d’une extrême pertinence et clairvoyance.


      Il est clair que le consumérisme est une jolie trouvaille de la classe dirigeante. C’est beaucoup plus futé et efficace que de maintenir les peuples dans le besoin comme on l’a fait précédemment dans l’histoire.

      On « offre » à la populace qui devient accroc, puis le manque survient et le camé en manque qui ne peut plus participer au système ne rêve que d’une chose : y participer de nouveau comme ses congénères « chanceux ».

      • Gollum Gollum 9 avril 2013 13:22

        C’est pour ça que la simplicité volontaire est la pire ennemie de « ceux du 1%. » … C’est pour ça que le Pape François, s’il persiste à parler de pauvreté, pourrait bien devenir le plus grand des révolutionnaires. On verra…


        Je retiens ici surtout ce final.. Cela s’appelle faire pénitence en terme chrétien, ce à quoi nous invitait Jean le Baptiste qui nous prévenait que si on refusait cette pénitence nous péririons tous.

        Nous avons collectivement refusé la pénitence et donc nous allons périr, submergés par une pollution galopante, l’invasion des déchets plastiques non dégradables, et des gens devenus de vrais enfants gâtés, qui lorsqu’ ils seront privés de leur quotidien confortable, deviendront des loups sauvages...

        Alors oui la pauvreté assumée, voulue, a un fort potentiel révolutionnaire.

        • herbe herbe 9 avril 2013 21:46

          Bonjour et merci pour cet article !


          La grande zizanie en effet, on pourrait aussi remplacer zizanie par brouille...

          Et ça nous amène à cette histoire de la Tour de Babel :


          • alinea Alinea 10 avril 2013 00:27

            Dommage que j’arrive trop tard sur cet article pour discuter. Je l’ai bien apprécié en tout cas !


            • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 10 avril 2013 16:03

              @ Catell et Tall


              Ici, c’est le capitalisme qui est au banc des accusés. Dieu, quoi qu’il soit, a peut-être aussi des torts smiley , mais pourquoi ne pas en discuter plus a propos ? Ici, par exemple...


              PJCA

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