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Accueil du site > Tribune Libre > La légende du plein-emploi des cadres

La légende du plein-emploi des cadres

Dans le cadre d’une analyse du marché du travail et dans un souci de démystification, il est aussi nécessaire de se pencher sur une catégorie majeure dans la segmentation de ce marché : les cadres, dont les discours mécaniques proclament l’ « intouchabilité »...par rapport au chômage. Cet article fait donc en particulier suite à « Les perdants du marché du travail » et « Pénuries de talents ou concentration et automatisation du travail ? ».

 

SOMMAIRE

 

I. La THEORIE de l’« ILOT NATUREL »

II. L’EXCEDENT de DIPLOMES par rapport aux POSTES de CADRES à POURVOIR

III. La SOUS-ESTIMATION du CHOMAGE des CADRES et du DECLASSEMENT des DIPLOMES

IV. APRETE des RIVALITES et DISCRIMINATIONS PLUS VIRULENTES

 

BIBLIOGRAPHIE

 

I. La THEORIE de l’« ILOT NATUREL »

 

A l’encontre d’un stéréotype, le marché du travail des cadres est aussi soumis à de fortes distorsions, masquées par la forte demande pour les profils répondant aux exigences accrues des entreprises (diplômés des grandes écoles, carrières linéaires à mi-parcours…).

La sélection est renforcée par la compétition mondiale féroce organisée par les Etats à travers l’immigration dite qualifiée [CO-IT]. Les sociétés développées se refusent à voir cette compétition en recourant notamment à des images d’ « espaces protégés » mais accessibles, qui entretiennent aussi la stimulation. La doxa patronale et des élites ne voit d’ailleurs dans les cadres au chômage que « des cas individuels » et la notion de « diplômés » n’y existe pas car il s’agit nécessairement de « jeunes diplômés ».

 

Mais comment deux mondes aussi dissemblables selon leur taux de chômage respectif officiel que ceux des marchés du travail du cadres et des non-cadres pourraient-ils exister en France, s’ils n’étaient artificiellement disjoints par une sorte de « théorie de l’oasis » ou « de l’îlot naturel » (#fmc) ??? Comment les économistes et les élites français peuvent-ils être imprégnés d’une croyance aussi absurde, qui rappelle celle de la « Terre plate » ? Quels peuvent donc bien être les critères définissant ces cadres ou travailleurs « qualifiés », sortes de surfemmes et surhommes contemporains protégés du chômage, hormis celui spécieux de la rémunération antérieure et en dehors des cadres-dirigeants dont certains ont choisi un sacerdoce ?

N’ont-ils pas remarqué que les promotions internes ont dépassé le nombre de créations de postes de cadres en 2017 (à moins de persister dans l’erreur absurde qu’il n’y avait pas assez de diplômés pour occuper ces postes pourvus par la promotion interne) ???

 

(#eli) Par « élites », on entend les personnes et institutions dont les avis font autorité et qui sont largement propagés du fait de leur statut, qu’il s’agisse de politiciens, experts reconnus, économistes, médias…, en admettant qu’elles ne sont pas d’accord sur tous les sujets et que certaines ont parfois raison...mais pas quand le terme est employé dans cet article. Notons d’ailleurs qu’elles approuvent rarement les articles qui contrarient leurs préjugés. Il y a des passerelles entre les cadres et les élites puisqu’au moins 3 directeurs de ressources humaines de grandes entreprises privées font maintenant partie du gouvernement ou des conseillers du Président de la République. Pas de quoi rassurer sur l’évolution du chômage.

(#fmc) Cette « oasis » dissimule peut-être une zone effectivement préservée, mais beaucoup plus réduite et à la frontière floue (« cadres supérieurs »…). A cet égard, les partenaires sociaux ont justement entrepris de redéfinir le statut de « cadre » [Sca-DE]. Mais les enjeux institutionnels, notamment pour l’accès à des droits spécifiques en matière de prévoyance (risques liés au décès, à l’invalidité…), orienteront probablement vers une définition assez restrictive. D’ailleurs, des qualifications très élevées peuvent aujourd’hui être mises en pratique sans que soient nécessairement associées des responsabilités officielles.

 

II. L’EXCEDENT de DIPLOMES par rapport aux POSTES de CADRES à POURVOIR

 

La proportion de diplômés de masters et doctorats parmi les diplômés de l’enseignement supérieur de 25 à 34 ans était en France parmi les plus élevées de l’OCDE en 2017, après deux pays d’Europe centrale, le Luxembourg et la Russie [OC-RE].

Mais pour le taux de chômage des diplômés à bac+2 ou plus, la France était en 33ème position sur 44 pays observés par l’OCDE, seulement suivie par l’Italie, l’Espagne et la Grèce aussi dans l’UE [OC-CE, OC-EE].

(#tem) Le taux d’emploi est défini comme le rapport de la population en emploi sur la population en âge de travailler, en général de 15 à 64 ans, mais se déclinant aussi en fonction d’autres tranches d’âge.

 

Selon des statistiques nationales plus fines, les taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur sortis depuis un à quatre ans [DE-SP, graphique 2]

* ont toujours dépassé 10 % depuis 2012 (et jusqu’en 2016 selon les données disponibles)

* la pire période s’échelonnant toutefois entre 1993 et 1999 où ils dépassaient 13 %, jusqu’à 17,1 % en 1997

Les diplômés d’un master en 2010 avaient un taux d’emploi équivalent à celui des diplômés de licence en 2004. Mais cette dernière statistique a pu être influencée par la crise de 2008 [FS-RE].

 

Un effet de ciseau s’est constitué en France entre la croissance du nombre de sortants de l’enseignement supérieur, estimé à 369 000 (#jds, #dfc), dont 1/3 à bac+5 ou plus, en 2010 [CQ-SS] et les postes de cadres à pourvoir, bien que les effectifs de cadres aient crû et qu’il n’y ait justement pas de correspondance systématique entre le niveau de diplôme et une « position » de cadre. « ...s’accroît le décalage entre la masse de diplômés et le volume d’emplois qualifiés disponibles... » selon le Centre d’études et de recherches sur les qualifications [CQ-GF].

« Ainsi, les opportunités offertes par les entreprises ne sont pas à la mesure de l’augmentation du nombre de diplômé·es de l’enseignement supérieur long (niveaux M et D) [master et doctorat], qui passe de 11 % à 16 % entre les deux générations [sortants de 1998 et 2010]. Le marché du travail et les entreprises ne font donc pas écho, en termes salariaux, à la hausse du niveau de qualification de leurs jeunes salarié·es ; la montée de l’offre de diplômé·es ayant été plus rapide que la demande d’emplois qualifiés, ou en tout cas, que leur reconnaissance et leur rétribution en tant que tels. » [CQ-DC].

Seuls 42 % des sortants de l’enseignement supérieur long occupaient des postes de cadres en 2016 [DE-SP, graphique 3] (et pouvaient donc être comptés comme cadres en cas de chômage).

Le graphique suivant permet de mesurer l’évolution du nombre de diplômés universitaires à partir de bac+3 [DE-DU], mais

* ceux-ci ne sont pas tous des sortants de l’enseignement supérieur

* il faut compter en plus les diplômés d’autres établissements (écoles d’ingénieurs et de commerce...)

(1) Habilitation à diriger des recherches.

 

Pour donner un ordre d’idées du marché des cadres (#dap), et sans même reprendre les données de l’année 2010, année de reprise modérée des recrutements de cadres, en 2017, année au contraire « florissante » [AP-PE18],

* l’ensemble des sorties (dont les départs en retraite), 241 400, dépassaient l’ensemble des recrutements, 240 100

* les promotions internes atteignaient 55 100

►► les créations de postes de cadres se sont donc élevées à 53 800

* en ajoutant les créations de postes aux départs en retraite de cadres en poste (58 235) [AP-PE9-1] et en retranchant les promotions

► on obtenait le nombre de postes offerts aux nouveaux entrants (jeunes diplômés ou chômeurs) : 56 935 (#cne)

►► le solde théorique de créations de postes pour les nouveaux entrants (jeunes diplômés ou chômeurs) était donc négatif : - 1300 (#cne)

En 2018 [AP-PE19],

* les créations nettes ont été estimées à 73 400, témoignant de l’importante réserve disponible

* mais les postes à pourvoir pour de nouveaux entrants ou chômeurs n’étaient que de 69 477

* le solde théorique de créations de postes pour les nouveaux entrants était de 13 200

PNG

 

Dans le premier des documents de l’APEC précités (« Perspectives des entreprises du secteur privé en France métropolitaine concernant l’évolution de leur effectif cadre »), on trouve un graphique étonnant qui décrit une chute de celles envisageant une croissance de l’effectif cadres beaucoup plus accentuée que la baisse de celles envisageant une compression,

* et ceci dès 1989 (25 % pour les premières)

* hormis une moindre remontée au cours des années 1990

* avec une oscillation sous 10 % pour les premières entre 2011 et 2017

[AP-PE18]

 

On peut d’ailleurs voir sur le graphique suivant, malheureusement incomplet (#dap) que

* si les créations nettes de postes de cadres ont été substantielles en 2017 et 2018,

► celles des années 1998 (63 900), 1999 (66 500) et 2007 (65 600) se situaient entre les deux

► et que celles de 2000 (98 400) et 2001 (90 300) les surpassaient [AP-EC05]

* Mais les taux de croissance de l’économie (courbe rouge) étaient plus élevés à la fin des années 1990 [IN-PI] :

► 3,6 % en 1998, 3,4 % en 1999, 2,4 % en 2007

►3,9 % en 2000, 2 % en 2001

►par rapport à 2,3 % en 2017 et 1,7 % en 2018

 

L’évolution des rémunérations est d’ailleurs révélatrice de l’évolution du marché de l’emploi des cadres : si la rémunération brute annuelle médiane (fixe + variable) a augmenté de 2 % en 2017 et 2018 pour atteindre 50 k€, elle avait stagné à 48 k€ entre 2011 et 2016 [AP-RC].

La baisse des salaires médians (en euros constants 2015) des diplômés de niveau supérieur à bac+2 en 2015 (sortants de 2010) par rapport à 1997 (sortants de 1992) témoigne aussi de la plus forte compétition dans les échelons supérieurs [CQ-GF].

 

Ce phénomène n’est même pas propre à la France puisque l’économiste David Autor a aussi observé aux Etats-unis une stagnation de la part dans l’emploi total des 20 % les mieux payés entre 1999 et 2007 et seulement une légère remontée entre 2007 et 2012 [EA-MJ].

Les hausses de niveaux d’emploi des cadres (« professionals ») et dirigeants (« managers ») n’ont aussi cessé de décroître sur les différentes périodes successives.

Il suggérait que ces emplois à fort contenu « abstrait » (« abstract task-intensive ») ne croissaient pas aussi rapidement que l’offre potentielle de travailleurs très bien formés (« highly educated »).

 

(#jds) Selon le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq), près de 44 % des jeunes arrivent sur le marché du travail avec un diplôme du supérieur en 2019 par rapport à 27 % en 1990 [CQ-GF].

(#dfc) Selon une vue synchronique, il faut probablement ajouter les diplômés de la formation continue : 68 200 en 2010, 106 900 en 2017 [DE-FC].

(#dap) Bizarrement, alors que l’ouverture des données publiques a même été consignée dans la « LOI n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique », l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), régie par des organismes syndicaux, semble avoir beaucoup régressé dans sa communication de données brutes. Il était en effet possible il y a une dizaine d’années d’obtenir des statistiques en séries annuelles comme le nombre d’emplois total de cadres, leur part dans l’emploi total, le nombre et la part d’emplois des cadres par tranche d’âge...Aujourd’hui, hormis les études, l’accès est restreint à des restitutions synthétiques par profession produites par l’APEC !!!

(#cne) Ces calculs de l’auteur du présent document ne tiennent toutefois pas compte des mouvements relatifs aux seuls chômeurs, en l’absence de connaissance du nombre de sorties correspondant à des entrées dans le chômage (et non pas à des recrutements). Mais cela ne change que la répartition des postes entre chômeurs (anciens et nouveaux) et jeunes diplômés.

 

III. La SOUS-ESTIMATION du CHOMAGE des CADRES et du DECLASSEMENT des DIPLOMES

 

Les mesures du taux de chômage des cadres sont partielles sinon défaillantes, d’autant plus que les stéréotypes confortent des idéaux bien ancrés (méritocratie, formation protectrice, besoins d’immigration qualifiée…) ou justifient certaines politiques (effets sur le chômage des baisses de charges sur les bas salaires…) et que les cadres ne correspondent pas aux représentations stéréotypées des exclus déjà évoquées, par exemple dans « Les perdants du marché du travail ».

Ainsi, fin 2014, Pôle-emploi comptait 320 000 cadres au chômage, ayant doublé par rapport à 2008, le chômage de longue durée passant de 31 % à 40 % [PE-TC]. Mais les économistes ne se sont pas aperçu de ce doublement.

Le taux de chômage officiel des cadres, publié par l’INSEE, atteignait 4,4 %. Or, il suffit de faire le ratio du nombre de cadres au chômage par rapport à la population active de 3,5 millions de cadres établie par l’Association générale des institutions de retraite complémentaire des cadres (AGIRC), certes « non harmonisée », pour trouver 9 %, soit le double de 4,4 %. Et l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) ne comptait-elle que 2,9 millions de cadres [CT-CF] (#dpa).

Les cadres au chômage étaient d’ailleurs encore 324 400 (catégories A, B et C) fin août 2018 [AP-4/18].

 

Indépendamment même du chômage des cadres, des économistes français ont élaboré une mesure aberrante du chômage des travailleurs dits « qualifiés », dont la définition n’est d’ailleurs pas claire, hormis qu’ils percevraient un certain niveau de salaire. Les estimations de ce seuil au-delà duquel « le chômage n’existe pas » (sic) varient d’ailleurs entre 1,6 et 2,5-3 fois le SMIC selon l’inspiration. Elles s’appuient a priori sur le nombre de demandeurs d’emploi classés par tranches de salaire journalier de référence (SJR) par l’Unédic [UN-AI]. Mais une telle mesure est doublement biaisée :

* d’une part, il ne s’agit que des demandeurs d’emploi indemnisés

* d’autre part, le SJR est aussi déterminé par le nombre de jours travaillés sur la période de référence

Pour estimer le « salaire d’un chômeur », il faudrait avoir étudié les prétentions des chômeurs sur un échantillon assez vaste. Or, beaucoup de chômeurs eux-mêmes ne savent pas quels niveaux de revenu ils peuvent accepter, car celui-ci variera selon l’emploi proposé, la durée du chômage, la formation suivie pendant celle-ci etc.

Inversement, la fixation d’un tel seuil suppose qu’il n’y a pas de travailleurs disponibles pour occuper les emplois au-dessus du seuil. C’est oublier les règles de base du fonctionnement d’un marché, qui peuvent conduire les organisations à renchérir leur offre, auquel cas elles peuvent éventuellement trouver de nouveaux candidats, en relevant donc (paradoxalement) le seuil. Ainsi, il faudrait considérer que des salaires plus élevés ne sont pas acceptables par des travailleurs percevant un salaire sous le fameux seuil ou inversement, qu’ils ne peuvent y prétendre. Il est aussi fallacieux de penser que les rémunérations de certains financiers se justifient par leur pénurie.

L’évaluation du déclassement des diplômés suffirait à balayer cette mensuration dérisoire du seuil de revenu. Mais elle suggère qu’il faudrait aussi mesurer l’ensemble de la main d’oeuvre ayant accepté des salaires inférieurs au fameux seuil pour éviter le chômage.

De surcroît, une des hypothèses sous-jacentes à cette mensuration est qu’il existerait une grille de salaires pour toutes les tâches/métiers/qualifications, communes à toutes les organisations.

 

Le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) a d’ailleurs établi qu’en 2015, le salaire minimum des 10 % les mieux rémunérés des diplômés de niveau supérieur à bac+3 était en moyenne 2 fois plus élevé que le salaire maximum des 10 % les moins bien rémunérés...à niveau de diplôme équivalent [CQ-GF]. L’APEC a aussi publié une enquête montrant qu’en 2018, « un cadre sur dix gagne moins de 36 k€ et la même proportion a des revenus supérieurs à 83 k€ [rémunération brute annuelle médiane (fixe + variable)] » [AP-RC].

 

On mesure très peu les phénomènes de déclassement sur le marché du travail, comme une enquête de la Harvard business school (HBS), qui a montré une demande croissante de diplômés à bac+4 de la part des entreprises aux Etats-unis pour des emplois n’exigeant pas ces qualifications, et par conséquent des phénomènes d’éviction de travailleurs moins diplômés. C’est une illustration des pénuries artificielles de candidats (voir aussi « Pénuries de talents ou concentration et automatisation du travail ? »).

Ces phénomènes de surqualification étaient à peu près équivalents aux Etats-unis et en France aux niveaux bac+3 ou plus, et très proches de la moyenne de l’OCDE en 2012 [OC-RE, graphique A3.b]. Mais selon l’enquête de la HBS, les 3/4 des employeurs ayant ainsi changé leurs préférences estimaient l’avoir fait à partir de 2013-2014 [HB-DI]. De manière plus générale, la France écrasait tous ses concurrents de l’OCDE en matière de...surqualification vis à vis du niveau de formation (31 % des travailleurs), seulement rattrapée par le Japon [FS-RE]. Beau record !

Une autre étude de Burning Glass Technologies a révélé que

* 43 % des diplômés de licence universitaire, 47 % en commerce et 29 % en ingénierie, seraient sous-employés dans leur premier emploi aux Etats-unis,

► dont les deux tiers le restant cinq ans plus tard, 18 % en ingénierie, 18 % en informatique, 26 % en mathématiques et statistiques [BG-UE].

 

(#dpa) C’est prioritairement une question de mesure du dénominateur (la population active), mais on peut aussi relever l’écart au sein même des mesures de l’INSEE, au sens du BIT, entre 341 000 chômeurs d’un niveau de diplôme supérieur à bac+2 et seulement 162 000 « cadres et professions intellectuelles supérieures » en 2017 [IN-EC].

 

IV. APRETE des RIVALITES et DISCRIMINATIONS PLUS VIRULENTES

 

Malgré des codes comportementaux plus stricts, les rivalités entre cadres sont moins régulées par l’organisation du travail et frôlent souvent l’agressivité car ils sont plus sensibilisés aux enjeux de compétition de leurs employeurs ou clients, impliqués dans des luttes de pouvoir et mobilisés par des confrontations intellectuelles.

De surcroît, les Français adorent intriguer, en plus de dénigrer, les alliances se formant toujours au détriment des moins forts, ce qui est quand même plus facile. Ces aspects comportementaux sont difficiles à mesurer statistiquement, d’autant qu’ils ne font guère l’objet de recherche (voir aussi « Les perdants du marché du travail »). On pourrait penser que le ressassement de la priorité accordée aux compétences comportementales et relationnelles vise à éviter ces comportements et rivalités, mais

* d’une part, cette sélection valorise au contraire ceux qui savent le mieux tirer leur épingle de jeux complexes, en consacrant éventuellement leur capacité manoeuvrière

* d’autre part, cela constitue en fait une barrière supplémentaire, d’ordre plus subjectif, dans le cadre de recrutements sur des marchés en excès d’offre de travail

D’autres facteurs contribuent à l’exclusion d’une partie des cadres, comme la moindre étendue de leurs marchés de compétences (voir « Pénuries de talents ou concentration et automatisation du travail ? »), l’importance de la réputation…Les initiatives pétries de bonnes intentions qui sont volontiers exhibées par des entreprises envers telle ou telle catégorie « officiellement discriminée », jusqu’à l’intégration sous l’angle humanitaire, et qui leur permettent de se donner bonne conscience, n’en sont que plus révélatrices de la tartufferie de l’époque, mais correspondent à l’idéologie dominante de la population des cadres. On peut d’ailleurs remarquer que les bénéficiaires ne sont que des jeunes.

L’Association pour l’emploi des cadres (APEC) fournit un indicateur intéressant de la propension ségrégative qui règne sur le marché du recrutement des cadres : en 2017, 55 % des entreprises ayant reçu plus de 100 candidatures pour une offre jugeaient néanmoins le recrutement difficile ou très difficile [AP-DR].

 

Les formes de discrimination vis à vis de l’âge sont aussi plus marquées pour les cadres. La structure par âges des cadres au chômage n’est toutefois pas publique. Parmi les cadres en chômage de longue durée, le nombre des 55-59 ans a connu une ascension plus soutenue que pour les autres tranches d’âge à partir de 2009, ce que Pôle-emploi attribue aux reports progressifs de l’âge de la retraite, à l’allongement des durées de cotisation et à la disparition progressive de la mesure de dispense de recherche d’emploi. La part des cadres en chômage de longue durée parmi les cadres au chômage de moins de 30 ans est « peu élevée » [PE-TC].

Mais en admettant une moindre mobilité des plus de 50 ans et une résistance possible à la baisse des rémunérations, les recrutements de cadres de plus de 20 ans d’expérience ont représenté moins de 6 % des recrutements de cadres en 2017, soit 13 700 [AP-PE18]. Selon l’hypothèse basse de l’APEC pour 2019, « la hausse des recrutements concernerait essentiellement les cadres de moins de 10 ans d’expérience, alors que les recrutements de cadres plus expérimentés et plus âgés enregistreraient un recul » [AP-PE19].

 

Une note de l’INSEE sur l’emploi des seniors repose sur des données révélant d’ailleurs qu’entre 2007 et 2017 [IN-ES, données complémentaires, figure 2]

* la part des cadres de 55 à 59 ans parmi les actifs de cette tranche d’âge en emploi est passée de 20,4 % à 17, 9 %

* et ceux de 60 à 64 ans de 26,7 % à 24,7 %

* tandis qu’elle augmentait pour les autres tranches d’âge

L’OCDE voit toutefois une augmentation du taux d’emploi des diplômés de l’enseignement supérieur (« tertiaire ») de 55 à 64 ans entre 2007 et 2017, mais laissant néanmoins la France à la 38ème place sur 44 pays étudiés [OC-RE, graphique A3.3].

 

BIBLIOGRAPHIE

   

 [CO-IT] « Analyses économiques de l'immigration de travail », Colombo, Le cercle-Les Echos, 30/07/10

[Sca-DE] « Négociation sur la définition de l’encadrement : une réunion constructive », Confédération française de l’encadrement (CFE-CGC), 1/04/19

[OC-RE] « Regards sur l’éducation 2018 », Les indicateurs de l’OCDE

[OC-CE] « Taux de chômage par niveau d’éducation », OCDE, 11/2019

[OC-EE] « Taux d'emploi par niveau d’éducation », OCDE, 11/2019

[DE-SP] « 8.29 : La situation professionnelle quelques années après la fin de la formation initiale », « Repères et références statistiques », DEPP-Ministère de l’éducation nationale, Edition 2017

[FS-RE] « Renforcer la capacité des entreprises à recruter », Rapport du groupe de travail n° 4 du Réseau Emplois Compétences, France stratégie, 08/2017

[CQ-GF] « Que gagne-t-on à se former ? Zoom sur 20 ans d’évolution des salaires en début de vie active », Céreq bref, n° 372, Centre d’études et de recherches sur les qualifications, 02/2019

[DE-FC] « Les diplômes à l’issue de la formation continue dans l’enseignement supérieur », DEPP-Ministère de l’éducation nationale, 09/2019

[CQ-SS] « Sortants du supérieur : la hausse du niveau de formation n’empêche pas celle du chômage », Bref du CEREQ, n° 322, Centre d’études et de recherches sur les qualifications, 09/2014

[CQ-DC] « Des débuts de carrière plus chaotiques pour une génération plus diplômée », Bref du CEREQ, n° 382, Centre d’études et de recherches sur les qualifications, 24/10/19

[DE-DU] « Les diplômes universitaires - évolution », DEPP-Ministère de l’éducation nationale, 10/2019

[AP-PE18] « Perspectives de l’emploi cadres 2018 », Les études de l’emploi cadres (APEC), n° 2018-03, 02/2018

[AP-PE9-1] « Prévisions 2019-2021 des recrutements de cadres en France », APEC, 07/2019

[AP-PE19] « Prévisions APEC 2019 – La vitalité de l’emploi cadre se confirme », APEC, 20/02/19

[AP-EC05] « Perspectives de l’emploi cadre », APEC, 03/2006

[IN-PI] « Produit intérieur brut - Evolution en volume », INSEE, 29/05/19

[AP-RC] « Baromètre 2019 de la rémunération des cadres », APEC, 09/2019

[EA-MJ] « Why Are There Still So Many Jobs ? The History and Future of Workplace Automation », David Autor, Journal of economic perspectives, Vol. 29, n°3, été 2015

[PE-TC] « Trajectoires de cadres au chômage », « Etudes et recherches » # 10, Pôle-emploi, mai 2017

[CT-CF] « Combien y-a-t-il de cadres en France ? », « Chiffres-clés », CFTC-cadres, 17/04/15

[IN-EC] « Emploi, chômage, revenus du travail », INSEE, Edition 2018

[AP-4/18] « 57 % des entreprises envisagent de recruter au moins un cadre au 4ème trimestre 2018 », Note de conjoncture trimestrielle de l’APEC, n° 65, 4ème trimestre 2018

[UN-AI] « Qui sont les allocataires indemnisés par l’Assurance chômage en 2016 ? », Unédic

[HB-DI] « Dismissed by Degrees - How degree inflation is undermining U.S. competitiveness and hurting America’s middle class », Accenture, Grads of Life, Harvard Business School. 13/12/17

[BG-UE] « Majors that Matter : Ensuring College Graduates Avoid Underemployment », Burning Glass Technologies, 10/2018

[AP-DR] « Les ajustements face aux difficultés de recrutement des cadres », APEC, 06/2019

[IN-ES] « L’emploi des seniors en hausse entre 2007 et 2017 : plus de temps partiel et d’emplois à durée limitée », INSEE-focus, n° 119, 12/07/18 


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42 réactions à cet article    


  • Le421 Le421 19 décembre 2019 18:22

    Moi, faut qu’on m’explique quelque chose.

    Le chômage baisse. Du moins, c’est la légende selon LREM !!

    Dans la même légende, on nous rabâche qu’il y a de moins en moins d’actifs.

    Bon.

    Y’en a plus ou y’en a moins, des gens au boulot ?

    Parce que normalement, après toutes ces brillantes années de gestion de droite (et ça continue !!), on devrait péter tous les plafonds de croissance et d’emploi.

    A moins que.

    On nous raconterais des craques ??? smiley


    • Colombot 19 décembre 2019 19:54

      @Le421

      La croissance de la population active est en effet un paramètre essentiel puisque c’est le dénominateur du taux de chômage. Or, elle augmente et continuera à augmenter : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3676623?sommaire=3696937&q=population+active . C’est aussi ce que j’expliquais dans « Les spécificités du chômage en France » (https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-specificites-du-chomage-en-218516 ).

      Mais pour le chômage, cela dépend de la période de référence. Le taux, calculé par l’INSEE, baisse par exemple de 2 % depuis 2015.

      Le nombre de demandeurs d’emploi sans activité (catégorie A) inscrits à Pôle-emploi a par exemple cru de 730 000 depuis 2009, aussi du fait de l’augmentation de la population active (voir « Les perdants du marché du travail », https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-perdants-du-marche-du-travail-219597 ). Mais il a décru d’environ 130 000 entre les 3ème trimestres 2017 et 2019.

      Il faut aussi prendre en compte que s’il y a plus de gens sur le marché du travail par rapport à la population en âge de travailler (taux d’activité), cela ne signifie pas qu’ils sont « au boulot » (taux d’emploi).


    • Armelle Armelle 20 décembre 2019 10:15

      @Le421 Salut,
      Tu as juste oublié qqes paramètres avant de poser ta question :
      1-Aujourd’hui, pour une production donnée et compte tenu de l’évolution de l’outil de production, le besoin en M.O est moins important 
      2-Tu sais bien qu’aujourd’hui, les chefs d’entreprise sont dans un schéma de concurrence uniquement basé sur la notion de « produit/prix », (mais c’est presque logique puisque les gens disposent de moins en moins, donc le but est de produire en fonction de la capacité qu’ont les gens à payer) et donc cherchent à optimiser au maximum les temps de production : travail temps masqué, mesure du taux de rentabilité individuelle.... Flux tendu, juste à temps parce que le stock coûte cher et que le client « n’aime pas attendre »......Donc si on faisait le calcul à outil égal, le salarié d’aujourd’hui produit plus qu’avant, d’ailleurs la France est dans les premiers en terme de taux de productivité par salarié
      Et comme on produit pas cher, et bien c’est l’effet « kiss cool » ; plus ça va plus on nous propose de la merde, et plus les prix seront bas et moins nous aurons l’espoir de voir les salaires augmenter...
      Sinon, heu...Te fatigue pas, que ce soit la droite ou la gauche, je ne vois pas bien ce qui change !!! Les brillantes années de gauche n’ont rien apporté de plus non plus, la loi du marché se passe de politique pour perdurer...
      Mais sinon, c’est nous même qui l’alimentons cette loi du marché. Quand vous allez acheter sur internet un bien produit par un chinois parce que son prix est moins cher et plus adapté à votre budget, c’est la loi du marché !!!
      Quand X veut absolument acquérir un bien, il sera prêt à mettre plus cher que Y, c’est la loi du marché !!! C’est d’ailleurs une des raison pour laquelle des biens comme le logement par exemple devient inabordables, il y en aura toujours un qui sera disposé à acheté plus cher pour l’avoir, et les prix du coup n’ont plus rien à voir avec la valeur vénale mais en fonction du montant que les uns ou les autres sont disposé à dépenser. C’est le schéma délirant des actions entreprises cotées qui sont sur-sur-sur-évaluées de par les échanges boursiers et non par l’EBE.
      Et puis peut être cette fois plus empiriquement, nous avons construit une structure globale nécessaires aux besoins qu’a eu la France pendant 30/40, ce niveau de besoins et d’équipements n’est plus d’actualité.
      Et en plus nous n’avons plus de guerre. Nous avons choisi la paix (certes c’est incontestablement mieux), mais il faut accepter le paquage qui va avec...
       


    • McGurk McGurk 20 décembre 2019 12:31

      @Le421

      Cette information est régulièrement relayée par les médias, saluée par eux comme une « réussite » dans le combat face au chômage. Je ne vois pas comment c’est possible étant donné que la situation en France ne fait que se dégrader et qu’un nombre croissant de personnes perdent leur emploi.

      Ou alors, ils parlent des petits boulots, parce que ça n’a aucun sens par rapport à l’emploi en général.


    • titi 20 décembre 2019 14:20

      @McGurk

      La solde nette de création d’emploi en France a toujours été positif.
      Mais le solde démographique l’est encore plus.

      L’économie française créée de l’emploi, mais pas suffisamment pour absorber les nouveaux venus.
      1970 : 21,5 actifs inactif 0,5
      2011 : 26,3 actifs inactif 2,6

      C’est dans la fonction publique que la croissance est la plus importante, car contrairement aux discours des uns qui revendiquent une baisse, et des autres qui la dénonce, les effectifs sont en constante augmentation.


    • McGurk McGurk 20 décembre 2019 14:27

      @titi

      Je ne crois plus du tout en ces statistiques.

      Si toutes les offres que je vois défiler tous les jours (sans hélas pouvoir postuler) étaient pourvues, Pôle emploi serait au chômage (ce qui serait paradoxal). Et en général je ne regarde que le secteur privé.


    • titi 20 décembre 2019 14:28

      @Armelle

      « c’est presque logique puisque les gens disposent de moins en moins, donc le but est de produire en fonction de la capacité qu’ont les gens à payer »

      La notion de moins en moins est toute relative.
      C’est pas qu’ils disposent de moins en moins, c’est juste qu’ils veulent consommer comme les Kardashian. Il faut donc faire des choix.


    • titi 20 décembre 2019 14:31

      @McGurk

      « Si toutes les offres que je vois défiler tous les jours (sans hélas pouvoir postuler) étaient pourvues, »
      Les annonces pole emploi ?
      Alors je vous rassure, le marché du travail il ne se fait pas sur pole emploi.


    • Le421 Le421 20 décembre 2019 15:39

      @Armelle
      Salut Armelle !
      Non, non, je n’ai rien oublié.
      Je ne l’ai pas écrit, c’est tout.
      Tout comme je pense que la comptabilité des chômeurs est belle et bien faite sur le nombre d’inscrits.
      Or, beaucoup, par lassitude, sont sortis des écrans radar et bossent « au black ».
      Mais le résultat est le même dans les médias.
      A grands coups de gomme, le chômage baisse...
      L’histoire du thermomètre et de la fièvre, en quelque sorte.


    • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter - Snoopy86 20 décembre 2019 16:03

      @Le421

      Et sur ce site, personne ne connait mieux le travail au black que Ron-Ron le top-gun smiley

      Il est aussi au top sur la fiscalité !


    • gaijin gaijin 20 décembre 2019 16:48

      @Le421
      « Parce que normalement, après toutes ces brillantes années de gestion de droite »
      si la droite échoue c’est parce qu’elle n’est pas assez a droite
      ça marche aussi pour le communisme
      les radars
      et n’importe quoi qui soit basé sur le principe : demain on rase gratis .....
      et puis qui dit que la droite échoue ? les riches sont de plus en plus riches donc tout va bien non ?
      https://www.youtube.com/watch?v=S9HRL5h9Qdg


    • Armelle Armelle 20 décembre 2019 17:15

      @Le421
      Oui c’est clair, mais je persiste et signe, il faut oublier le salariat pour ceux qui se retrouvent en galère. Je sais tu vas me dire « ben voyons c’est si facile !!! », mais j’insiste encore, et j’en ai pour preuve des anciens collègues que j’ai convaincus pour se lancer dans le portage salarial, les ayant aussi convaincus que chacun a des compétences lesquelles sont vendables, en terme de presta,. Bilan ces gens ont retrouvé le goût au taf, ne sont pas « largués » comme peut le faire pôle emploi, et ont trouvé une forme de liberté. Le salariat est une forme d’enfermement, de soumission et d’esclavage que le phénomène (tout relatif cependant) de confort qui lui est lié, ne permet plus de formaliser.
      Je suis convaincue qu’il faille organiser le travail différemment pour que toute notion de « dépendance directe » disparaisse au plus vite et trouver une harmonie dans les échanges. Et puisqu’une grande partie des dirigeants d’entreprises ne sont pas disposés à considérer que les résultats sont collectifs et ne redistribuent donc, pour certains qu’une faible partie, à travers la participation ou l’intéressement et d’autres rien du tout

      , de nouveaux systèmes ne peuvent être que bénéfiques pour les salariés et éviteraient ces grognes légitimes qui, force est de constater, ne produisent que des clopinettes, ou des miettes juste pour calmer le jeu et ç d’un commun accord avec les politiques, les patrons et les syndicats, qui eux ne sont là que pour éviter au patron de voir une horde de fous furieux entrer dans son bureau.

      Moi vous savez quand je vois comment a manoeuvré le trio ; patrons ; syndicats et politiques en 36 pour annoncer tout en gloriole que le front populaire avait obtenu les congés payés, je me dis alors que le foutage de gueule n’est pas fini, car les congés payés n’ont jamais existés, ce sont bel et bien les salariés qui financent leurs congés en consommant, sachant que les salaires sont une charge, et une charge composant un prix de revient, cette charge est donc vendue et se retrouve alors forcément dans le prix de vente. Une jolie manoeuvre de plus pour supprimer les flammes d’un incendie qui finalement brûle tjrs. Juste un transfert de case !!!
       


    • V_Parlier V_Parlier 19 décembre 2019 22:43

      Une remise à l’heure des pendules qui peut être utile.

      En effet, la majeure partie des français croit encore que les délocalisations ne concernent que les non-diplômés. Bref, 20 ans de retard dans ce constat, comme sur tous les sujets importants. Mais c’est plus facile pour un gouvernement pro-mondialiste de déclarer : « Vous ne trouvez pas de travail car vous n’avez pas assez de diplômes. Restez encore au chaud à la charge de vos parents et refaites 2 ou 3 cursus d’études à la suite pour passer le temps ! Ca présentera l’avantage de retarder votre retraite smiley »


      • Le421 Le421 20 décembre 2019 09:40

        @V_Parlier
        Non seulement ça retarde, mais ça éloigne aussi de toute perspective d’atteindre un taux plein... A moins de décrocher le jackpot et pouvoir capitaliser suffisamment.


      • Eric F Eric F 20 décembre 2019 14:58

        En effet, avec 43 ans d’annuités exigées et un âge moyen d’entrée dans la vie active de 26 ans désormais, le taux plein est à 69 ans ! Le problème n’est pas tant les carrières longues, mais les carrières courtes !


      • zygzornifle zygzornifle 20 décembre 2019 10:07

        « Les perdants du marché du travail »

         que l’on va pouvoir ajouter aux perdants de la réforme de la retraite et de l’indemnisation du chômage .....


        • Arogavox 20 décembre 2019 10:30

          Si les cadres actifs qui sont ’vieux’ deviennent moins nombreux, c’est soit qu’ils meurent, qu’ils sont déclassés ou qu’ils perdent leur emploi !

            

           Et il est question de reculer l’âge de la retraite !

          (L’espérance de vie s’allonge ou recule ? et pour qui ? !

            Si elles recule à cause des options politico-économiques imposées par une minorité, cela ressemble furieusement soit à une folie douce soit à une douce euthanasie )

          Retenons au moins la conclusion de cet article ! 

          Une note de l’INSEE sur l’emploi des seniors repose sur des données révélant d’ailleurs qu’entre 2007 et 2017 [IN-ESdonnées complémentaires, figure 2]

          * la part des cadres de 55 à 59 ans parmi les actifs de cette tranche d’âge en emploi est passée de 20,4 % à 17, 9 %

          * et ceux de 60 à 64 ans de 26,7 % à 24,7 %

          * tandis qu’elle augmentait pour les autres tranches d’âge


          • titi 20 décembre 2019 14:38

            @Arogavox

            Attention : il y a cadres et cadres.

            Dans les conventions collectives le cadre « encadre », il est en général forfaitisé, a un préavis augmenté, etc...
            Pour l’INSEE être cadre c’est quand le salaire a atteint le plafond de la sécurité sociale.

            On peut très bien être cadre, sans être cadre.


          • Eric F Eric F 20 décembre 2019 11:41

            Je suis impressionné par le niveau de documentation et d’analyse de cet article, une véritable thèse.

            Depuis des décennies, les jeunes sont poussés à entreprendre des études supérieures, avec l’argument que le taux de chômage est inversement proportionnel au niveau de diplôme. Mais inévitablement -certains diplômes ne correspondent pas aux besoins réels de l’économie -la proportion d’emplois diplômés par rapport au nombre total d’emplois n’augmente pas indéfiniment. Donc de plus en plus de diplômés du supérieur (ou par formation continue) ne trouvent pas (ou perdent) d’emploi correspondant à leur spécialité. Le « déclassement » en début de carrière est fréquent, certains s’enterrent professionnellement en ayant pris une autre voie que celle de leur spécialité, par nécessité de trouver quoique ce soit -et il est vite « trop tard » pour valoriser un diplôme.

            Les délocalisations ont d’abord concerné la production (« entreprise sans usine »), mais rapidement la R&D a suivi, certains secteurs comme les télécom et le high tech grand public ont été désertifiés.

            En France, il est en quelque sorte mal vu de plaider sur les problèmes ou difficultés des cadres, présentés en tant que ’nantis’. Du reste le terme désignait jadis exclusivement les supérieurs hiérarchiques d’équipes de travailleurs d’usine (perçus comme courroies de transmission du patronat), or désormais ce sont souvent des « experts » productifs, animateurs de projets, etc. On le voit par exemple dans les débats sur la réforme des retraites, certains les montrent du doigt sur des considérations d’espérance de vie, et incitent à repousser leur âge de départ plus tardivement que les autres catégories. Les horaires de travail extensifs ou le stress (délais, qualité, budgets...) n’apparaissent pas dans les critères de pénibilité, contrairement à d’autres pays. Idem concernant le blocage des pensions de retraite, la fiscalité, etc., au dessus d’un plafond pour les droits, et d’un seuil pour les contraintes (hormis tout en haut de l’échelle).


            • McGurk McGurk 20 décembre 2019 12:54

              @Eric F

              Je certifie que « faire des études pour trouver un bon boulot » n’est qu’un mythe.
              Certification d’un chômeur longue durée qui n’est pas près de s’en sortir.


            • Cadoudal Cadoudal 20 décembre 2019 13:14

              @McGurk
              2 mois de formation, des bottes, un ciré et route pêche...lol...

              D’ici 2023, on estime à 500 le nombre de pêcheurs qui manqueront à l’appel en Bretagne

              © Mer et Marine https://www.meretmarine.com/fr/content/une-etude-du-comite-des-peches-du-morbihan-sur-les-matelots


            • McGurk McGurk 20 décembre 2019 14:02

              @Cadoudal

              J’ai eu une formation courte, certifiée « Pôle emploi », l’an dernier.
              Résultat : formation scandaleuse et chômage.

              CQFD.


            • Eric F Eric F 20 décembre 2019 15:00

              @McGurk
              les formations sont dispensées par Pôle Emploi à titre occupationnel, il faudrait des formations ciblées sur des embauches assurées, associées à des « tutorat » dans les entreprises. Les organismes de formation bidon touchent un pactole, les « embaucheurs » ne reçoivent rien.


            • McGurk McGurk 20 décembre 2019 15:02

              @Eric F

              Oui effectivement, l’organisme de formation a, rien que sur 60 millions de consommateurs, une dizaine de pages de plaintes détaillées de chômeurs qui disent à quel point c’est n’importe quoi.

              En fait, l’offre de PE cible...celle des entreprises...pas des chômeurs. Une logique de marché quoi...


            • troletbuse troletbuse 20 décembre 2019 21:09

              @Cadoudal
              Attends, ils vont pouvoir recruter à Arzano smiley
              https://www.youtube.com/watch?v=4XkIS_xSzHM


            • Cadoudal Cadoudal 20 décembre 2019 21:18

              @troletbuse
              J’y suis passé il y a trois semaines à Arzano...

              il y a bien un élevage de poney sur la route de Plouay, mais toujours pas trace de mosquée et la gendarmerie toujours en piteux état....

              A mon avis, l’éleveur de poney à détourné le pognon de Soros pour pouvoir s’acheter l’appartement de ses rêves à Grigny...lol...

              « On a parlé de la Grande Borne à Grigny tout à l’heure… Qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas la France, c’est une contrée où l’on est plus en France, où il y a un régime étranger qui s’impose, où la police française ne rentre plus, où la loi de la République ne s’applique plus, et où l’on n’est sous une loi qui mélange la loi des caïds et la loi islamique. C’est ça la réalité aujourd’hui »

              https://www.valeursactuelles.com/politique/grigny-ce-nest-pas-la-france-nouvelle-victoire-judiciaire-deric-zemmour-114200


            • Cadoudal Cadoudal 20 décembre 2019 21:28

              @McGurk
              Résultat : formation scandaleuse et chômage.

              Le CIN, c’est toujours dix semaines, faut juste apprendre à nager...

              Le Certificat d’Initiation Nautique -CIN- peut en faciliter l’accès.

              https://www.orientation-pour-tous.fr/metier/equipage-de-la-peche,12169.html


            • nenecologue nenecologue 20 décembre 2019 12:45

              Maintenant que les cadres ont aidés à virer tous les sans dents , c’est leur tour. Dommage pour eux mais ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ...


              • Eric F Eric F 20 décembre 2019 18:13

                @nenecologue
                Exactement le genre de préjugé démagogique que j’évoquais dans un commentaire précédent, or une faible minorité de diplômés sont des « cadres dirigeants », la plupart animent des projets ou font de la recherche et développement de haute technicité.


              • nenecologue nenecologue 20 décembre 2019 19:23

                @Eric F
                Et moi c’est surtout les cadres « moyens » que je vise , vous savez , cette tripotée de petits chefs qui prolifèrent dans certaines administrations , qu’elles soient privés ou publiques d’ailleurs ...



                • titi 20 décembre 2019 14:25

                  Le problème est qu’aujourd’hui les diplômes ont une valeur toute relative.

                  Le diplôme est donc nécessaire mais pas suffisant.

                  La sélection ce fait alors sur d’autres critères…. tout simplement.


                  • Eric F Eric F 20 décembre 2019 18:15

                    @titi
                    Pas forcément « nécessaire », et forcément pas « suffisant ». C’est un atout dans certains secteurs.


                  • Pierrot 21 décembre 2019 12:39

                    @titi

                    La sélection est surtout le résultat des objectifs et des préjugés de ceux qui la réalisent, et qui apparaissent malheureusement de moins en moins en rapport avec les besoins réels des postes à pourvoir. Si l’on peut les qualifier de « critères », on peut donc difficilement considérer la situation comme simple, car dans bien des cas c’est leur manque de pertinence qui empêche les entreprises de trouver des candidats qui conviendraient réellement.

                    Par exemple, en plusieurs occasions j’ai rencontré des DRH qui proposaient des salaires inférieurs au minimum nécessaire pour (sur)vivre dans la région, ou qui ne recrutaient que dans une classe sociale qui avait peu de chances de fournir des candidats pour les emplois proposés, ou encore qui cherchaient des jeunes de 20 ans peu diplômés avec les qualifications et l’expérience d’un ingénieur école de 30 ans.

                    La recherche d’experts avec 10 ans d’expérience sur un outil sorti il y a juste 2 ans n’est pas un mythe. La sélection d’après le signe astrologie ou les tarots non plus.

                    La baisse du niveau de l’enseignement est assurément à prendre en compte dans le déclassement des diplômes. Mais par ailleurs, le patronat compte sur un chômage de masse savamment entretenu pour lui procurer à bon compte des employés sur-diplômés par rapport aux postes proposés, et sur un turnover important pour limiter au maximum les investissements en formations internes. Tandis que certains recruteurs œuvrent activement (de leur propre aveu) pour entretenir cette situation, d’autres se bercent d’illusion en pensant qu’elle leur permettra forcément de trouver le mouton à cinq pattes dont ils rêvent.

                    La raison voudrait que les entreprises s’adaptent, qu’elles fassent avec ce qu’elles trouvent. Au lieu de cela, par incompétence, cupidité ou pure idéologie, elles s’imposent bien souvent des exigences incompatibles avec la réalité du marché du travail et avec leurs véritables besoins.


                  • Colombot 21 décembre 2019 21:37

                    @Pierrot

                    Tout à fait d’accord. C’est pourquoi un gouvernement avec 3 DRH de grandes entreprises privées, experts en plans sociaux et mesures d’éviction diverses, ça fout la trouille. Et les réformes sur le marché du travail ont confirmé que ce n’était pas de la parano.

                  • Désintox Désintox 20 décembre 2019 15:35

                    D’après un premier graphique, le « taux d’emploi des diplômés » est de 85% en France contre 82% aux États-Unis.

                    Puis un second graphique nous dit que le « taux de chômage des diplômés » est de 5% en France contre seulement 2% aux États-Unis.

                    Bizarre !


                    • Colombot 20 décembre 2019 21:23

                      @Désintox

                      Merci de cette observation qui témoigne d’une lecture attentive. En effet, c’est le miracle...pardon l’anti-miracle américain :). En fait, il y a des explications rationnelles.

                      D’abord, le dénominateur est différent : le nombre d’actifs pour le taux de chômage et la population de 25 à 64 ans pour le taux d’emploi (voir « Les spécificités du chômage en France » pour des analyses plus précises). On ne peut donc pas soustraire les numérateurs.

                      D’autre part, comme l’INSEE, l’OCDE se réfère au taux de chômage au sens du BIT, ce que j’ai critiqué dans le même article précité. Ces critères sont assez restrictifs et excluent donc des personnes au chômage.

                      Mais il y a aussi une particularité états-unienne : comme les indemnités de chômage sont faibles, les retraits du marché du travail sont importants ou les chômeurs ne sont pas répertoriés. C’est pourquoi les indicateurs comme le taux d’emploi ou le taux de participation au marché du travail (ou taux d’activité) sont très surveillés aux Etats-unis.



                    • Colombot 21 décembre 2019 21:11

                      @Désintox

                      Il est possible que Krugman ait de l’humour et ce fut l’occasion d’un article utile (bfmtv) que je ne connaissais pas. Mais Krugman ne sait probablement pas que les bénéficiaires des régimes spéciaux ne connaissent pas le chômage et il s’est donc trompé sur la limite d’âge.

                    • pallas 20 décembre 2019 15:56
                      Colombot

                      Bonjour,

                      Les cadres hé hé hé

                      Je prefere la chanson def bond, « Old School Love », c’est mieux que les « cadres », le « Tableau » est mieux

                      https://www.youtube.com/watch?v=2tew7AYrBXs

                      Salut


                      • JC_Lavau JC_Lavau 22 décembre 2019 09:23

                        Elle est bien ta photo en présentation : c’est celle qui a le plus la tête d’une froide calculatrice qui exhibe ses cuisses avec le plus d’efficacité.

                        Elle postule pour un poste de DRH ?


                        • Colombot 22 décembre 2019 21:38

                          @JC_Lavau

                          Je n’aurais pu trouver mieux en effet, mais c’est un cadeau de Noël d’Agoravox. La calculatrice prend toutefois moins de risques aujourd’hui. Weinstein a changé de prénom pour Hervé, plus discret, et il se demande s’il ne devrait pas changer de sexe. S’il veut continuer à exercer son métier de recruteur, ce serait peut-être préférable en effet.

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