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La maquereau-économie version FMI

Et si d’aventure le climat social se pourrit, les capitaux étrangers se casseront et les nationaux soit s’évaderont à leur tour soit s’offriront une cure d’hibernation longue durée au chaud dans les coffres des banques locales ou étrangères.

« Réduisez la dépense publique pour faire des économies qui vous permettront d’honorer votre dette. » C’est la recommandation centrale du Fonds monétaire international (FMI) à tous ses partenaires endettés auprès de cette honorable institution de Bretton Woods. Comment cela ? Facile. En réduisant les subventions aux secteurs sociaux en général et les aides aux pauvres en particulier. Mais pas question de réduire les cadeaux fiscaux et autres avantages aux riches ! Car les économies dégagées par la réduction de l’aide aux pauvres en allant au soutien de l’investissement public et aux réductions fiscales sur les entreprises vont permettre en fin de compte à ces dernières de créer de l’emploi et aux investissements étrangers directs (IDE) d’affluer. In fine la mécanique réduira le taux de pauvreté en générant de la richesse nationale. 

Acte I : Celle belle mécanique se grippe dès que certaines entreprises, bénéficiaires de cadeaux fiscaux, refusent d’embaucher voire licencient ! Pour se justifier trois arguments flous et élastiques sont chaque fois mis en avant. Inadéquation formation-emploi et conjoncture internationale contraignante. Autrement dit manque de main d’œuvre qualifiée pour répondre à la modernisation sans cesse croissante de l’entreprise et hausse du dollar ou de l’euro qui limite l’importation de biens d’équipement nécessaire à la mise à niveau des outils de production de l’entreprise. Donc il faudra que les pouvoirs publics modernisent les outils de formation professionnelle pour répondre à la demande du marché. Pour cela l’État qui manque encore plus de ressources financières du fait des réductions fiscales consenties se voit obligé d’emprunter. À qui ? Au FMI pardi. On a beau chuter de très haut en faisant moult acrobaties, on finit toujours par tomber sur le cher FMI. Et rebelote. Pendant tout ce temps-là la dette grossit et son service s’alourdit. Mais la modernisation de la formation professionnelle outre d’être inefficace pour la résorption du chômage du moins sur une longue durée (5 ans et plus) peut avoir un effet inverse. En effet, il y a des entreprises qui diront que si elles n’embauchent pas assez c’est parce que la main d’œuvre est trop qualifiée pour qu’elles puissent la payer ! Allez savoir… Et si d’aventure le climat social se pourrit, les capitaux étrangers se casseront et les nationaux soit s’évaderont à leur tour soit s’offriront une cure d’hibernation longue durée au chaud dans les coffres des banques locales ou étrangères. 

Acte II : Pour sauver la mise et la face et surtout pour limiter la casse, les plans d’urgence automatiques des pouvoirs publics se déclenchent. Rétablir l’ordre public et garantir la sécurité des personnes et des biens. Pour cela, un seul remède : la massue ou la matraque dont l’efficacité ne s’est jamais démentie depuis l’antiquité herculéenne. Seul hic et non des moindres : le remède de la matraque n’est pas sans générer au sein de la population des matraqués de fâcheux effets indésirables. Ça varie entre le châtiment suprême dans les pays où les gros bras de la police ont la main lourde comme au Venezuela, l’Égypte ou le Soudan… aux blessures corporelles de différentes gravités comme c’est le cas dans d’autres pays plus soucieux de leurs poires comme l’Algérie, le Maroc etc. Ces derniers pays ne comptant pas encore, que cela soit dit-Dieu merci-, de contestataires éborgnés ou à mâchoires ou crânes fracturés comme ce fut le cas chez les Gilets jaunes. 

Acte III et final : Le spectacle de contestataires chargés et tabassés par les forces de police avec des visages ensanglantés de manifestants traînés par le cou pour les pieds vers le panier à salade fait, comme d’habitude, les choux gras des journaux en mal de lecteurs et des chaînes de télé satellitaires. Lesquels se font un plaisir d’en faire des manchettes de six colonnes en première page ou de tourner les images en boucle avec des commentaires souvent à côté de la plaque du genre « réponse disproportionnée aux provocations de la part de forces de l’ordre aux méthodes brutales et mal formées » ; alors que ces mêmes médias moralisateurs se taisent ou prennent carrément parti contre le peuple quand il s’agit de mouvements contestataires dans leurs pays où ils vivent de la soupe publique… Évidemment les aboiements médiatiques finissent par ameuter les ONG des droits de l’homme qui trouvent là une occasion de pointer leur museaux et de faire du bruit pour renflouer leurs caisses alimentées par des donateurs dont on ne connaîtra jamais ni l’identité ni les objectifs. Les autorités faisant face à la fronde sociale en prennent alors pleine la gueule, prises entre le marteau de la mauvaise publicité que leur font ces officines de droits de l’homme et l’enclume de la matraque qu’elles sont obligées de manier pour assurer la continuité de l’État et des versements de traites au FMI. Et lorsque l’État ne sera plus en mesure de payer sa dette, le FMI lui proposera un nouvel emprunt pour payer l’ancien emprunt. Situation que toutes les ONG des droits de l’homme trouvent normal. Ne dit-on pas que le pognon est le nerf de la guerre ?

http://chankou.over-blog.com/2019/06/la-maquereau-economie-version-fmi.html


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23 réactions à cet article    


  • MagicBuster 14 juin 17:08

    Le pognon est le nerf de la guerre.

    Bravo pour le scoop et encore merci pour vos lumières.


    • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 14 juin 17:10

      @MagicBuster
      On ne le répétera jamais assez : les masses ont la mémoire courte


    • Le421 Le421 15 juin 08:37

      @MagicBuster
      La seule solution efficace tient dans la grève de la consommation. Se limiter et réapprendre à vivre avec le nécessaire. L’économie moderne et les dégâts considérables qu’elle génère tient dans le gaspillage à outrance. Prendre un énorme 4x4 V8 pour finir faire ses courses à Leader Price, franchement, ça craint !! Le summum de la connerie n’est, à mon avis, encore pas atteint dans ce domaine...
      La politique de l’escargot avec le frein à main serré est l’avenir. Plus de cadeaux, plus de bénévolat, plus de dons en tous genre. Comme disait un copain, le patron fait semblant de me payer, moi, je fais semblant de travailler...


    • Arogavox 18 juin 11:27

      @MagicBuster
      L’économie n’est qu’une justification des passe-passe qui marche (presque) à tous les coups.
       Cette « science » est d’ailleurs de plus en plus, avantageusement, confiée à des logiciels spécialisés.
       Pas besoin de dons exceptionnels pour arriver à un : « le compte est bon » !


    • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 18 juin 15:47

      @Arogavox
      Un technocrate formaté pour générer du cash est pire et plus con qu’un logiciel en version premium


    • popov 14 juin 18:43

      D’où vient l’argent que le FMI prête si « généreusement » ?


      • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 14 juin 18:47

        @popov
        d’un gros cochon tout rose ^^



      • popov 15 juin 03:14

        @Abdelkarim Chankou

        Bonjour
        Le lien que vous donnez contient des informations d’actualité mais qui ne répondent pas à ma question.
        Je suis nul en économie, je me pose donc des questions simples. D’où vient l’argent du FMI ? Que se passerait-il si TOUS les pays endettés auprès du FMI décidaient de ne par rembourser leur dette ?
        Comment se fait-il que la Malaisie, qui lors de la crise financière de 1997 a refusé de suivre les recommandations du FMI, ne se porte pas plus mal que ses voisins ?


      • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 15 juin 04:49

        @popov
        L’argent du FMI vient des pays riches qui nomment des gouverneurs au sein de l’institution. En cas de difficulté de payer se traites le FMI impose une feuille de route au pays débiteur, autrement dit se mêle de la gestion budgétaire. le cas Malaisie est exceptionnel quoique ce pays asiatique a inspiré d’autre pays comme l’Argentine de Nestor Kirchner. En fait la Malaisie de Mahatir n’était pas très endettée donc avait une certaine marge de maneouvre


      • popov 15 juin 08:18

        @Abdelkarim Chankou

        Merci pour votre réponse.
        À part les pays du Golfe, pratiquement tous les pays « riches » sont eux-mêmes endettés. Ils doivent donc s’endetter plus pour prêter au FMI qui va prêter à des pays « pauvres ». À qui les pays riches empruntent-ils cet argent ?
        Finalement, ce que j’aimerais savoir, c’est qui ces dettes enrichissent et qui se retrouverait sur la paille si tous les pays décidaient de ne plus rembourser ces dettes au FMI.


      • banban 15 juin 16:01

        @popov
        Du néant. on appel cela la création monétaire. libellé en dollars je présume.


      • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 15 juin 17:11

        Le FMI fonctionne exactement comme une banque commerciale du quartier. Si le client ne paye pas il est blacklisté et son dossier envoyé au contentieux et puis il est sanctionné avec à la clé une très mauvaise note qui l’empêchera de se refinancer ailleurs. Si entre temps le pays tire le jackpot en découvrant du pétrole ou un précieux minerai sa dette peut être racheté par des organisations genre tueurs à gages qui se chargeront d’exiger par exemple 90 % sur les recettes pétrolières ou minières. Evidemment si l’emprunteur est un pays qui possède la bombe atomique comme le Pakistan ou l’Inde les négociations sont plus coules et les conditions plus douces…

        Si le pays débiteur est membre d’un groupement puissant comme l’UE les choses se passent également plus humainement car les autres membres de l’Union jouent la solidarité (Grèce par exemple).

        Et last but not least si le pays endette se lame montre patte blanche et affiche sa raie fessière le club de Paris ou de Londres peut effacer totalement ou partiellement la dette mais c’est rare car le FMI et tout sauf Secours catholique.

        To raide mort :

        https://fr.quora.com/Que-se-passerait-il-si-un-pays-refusait-de-rembourser-sa-dette


      • Jean Keim Jean Keim 14 juin 20:59

        Puisque les consciences n’évoluent pas, il est peut-être nécessaire que le système s’écroule pour qu’il y ait de réels changements, les arguments sont toujours les mêmes, si on ponctionne un temps soit peu les riches, ils partiront, et alors ! En réalité ils sont des parasites et leur fric n’a que la valeur qu’on lui attribue, le même raisonnement peut être tenu à l’encontre des multinationales telles les GAFA, pour leurs richesses produites, quels sont les dégâts qu’ils commettent dans l’environnement, l’économie et les esprits des êtres humains.

        Nous ne savons pas vraiment ce qu’il convient de faire mais nous pouvons décider de ce que nous ne voulons plus.


        • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 14 juin 21:16

          @Jean Keim « Nous ne savons pas vraiment ce qu’il convient de faire mais nous pouvons décider de ce que nous ne voulons plus. » Joli. J’adhère.


        • Le421 Le421 15 juin 08:39

          @Jean Keim
          D’ailleurs, les plus assistés en quantité d’argent perçu ou non versée, ce sont bel et bien les plus riches.
          Rappelons-nous que Liliane Bettencourt ne payait pas d’IRPP !!


        • lala rhetorique lala rhetorique 15 juin 09:34

          Soit le système s’écroule, forcé à rendre les armes par les peuples, soit les peuples restent dans la soumission et il s’écroulera de lui-même dans une centaine d’années car les riches finiront par se bouffer entre eux vu que les poches des peuples seront vides. Si le peuple se révolte, il y a bien un risque de guerre, les guerres ne sont jamais déclarées par hasard, et sont souvent un moyen pour faire diversion et repartir à zéro.... en reprenant les mêmes bases, avec les mêmes finalités. Donc il faut se révolter, certes, mais aller jusqu’au bout et mettre à bas les dirigeants et financiers, en ne se contentant pas de défiler avec le sourire aux lèvres et les banderoles (on sait que ça marche plus).


          • cathy cathy 15 juin 09:59

            Un refus de payer et le pays peut sombrer dans une guerre comme l’Allemagne en 1939.


            • JL JL 15 juin 10:20

              ’’Celle belle mécanique’’ c’est ce que Jacques Généreux nomme la déconnomie.

               

               « Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison » cf. la Déconnomie, de Jacques Généreux

               

              « Le nouveau management n’est pas seulement inefficace, il tue des gens. La théorie économique dominante n’est pas simplement discutable, elle est absurde. Et les politiques économiques ne sont pas juste impuissantes à nous sortir des crises... elles nous y enfoncent !
              Tout cela est à proprement parler « déconnant », c’est-à-dire à la fois insensé, imbécile, catastrophique et incroyable.
              Toutes ces folies sont clairement associées à l’extension du pouvoir de l’argent dans le capitalisme financiarisé. Mais le pouvoir des riches n’explique pas tout. Car les journalistes, experts, universitaires et élus qui soutiennent cette déconnomie ne sont pas tous " au service du capital ". Dès lors, rien n’est plus troublant que l’aisance avec laquelle une large fraction de nos « élites » adhère aveuglément au même fatras d’âneries économiques, et s’enferme dans le déni du désastre engendré par sa propre ignorance.
              Diagnostiquer cet effondrement massif de l’entendement pour lui trouver quelque antidote : tel est le but essentiel de ce livre. Un manuel d’éducation citoyenne, lisible par tous, à la fois plein d’humour et de gravité. »

               
              Jacques Généreux est professeur à Sciences Po, où il enseigne l’économie depuis trente-cinq ans. Auteur de manuels best-sellers et de nombreux essais, il est membre de l’Association française d’économie politique et des Économistes atterrés.


              • zygzornifle zygzornifle 15 juin 10:36

                « Réduisez la dépense publique pour faire des économies qui vous permettront d’honorer votre dette. »

                Les conseilleurs ne sont pas les payeurs .....


                • izarn izarn 15 juin 14:00

                  @zygzornifle
                  Démonstration de la débilité du concept.
                  Le Mali a besoin de faire des économies, donc il réduit la taille de son armée.
                  Tellement que des terroristes islamiste sont en train de s’emparer du pays...
                  Génial non ?
                  Est-il possible au FMI d’etre aussi con ?


                • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 15 juin 14:11

                  @izarn

                  Christine Lagarde a expliquée il y quelques années aux prolos français que pour faire des économies il fallait qu’ils roulent en vélo. Là elle explique a l’armée malienne que pour faire des économies il faut qu’elle monte les 12,7 sur le vélo.


                • izarn izarn 15 juin 13:56

                  Le FMI à New-York, est rempli de crétins.

                  Un pays est obligé de s’endetter parcequ’il a trop dépensé, ou qu’il subit une mauvaise passe économique. Et que les banques refusent de lui prêter sauf à des taux exorbitant.

                  Conclusion le FMI prête à condition d’etre remboursé, donc il ordonne des garanties :

                  -Soit on augmente les impots, ce qui appauvri le peuple encore plus.

                  -Soit on ne redistribue plus (Vente des secteurs publics), type éducation, santé, voirie, etc...Ce qui appauvri le peuple encore plus.

                  Conclusion, le FMI c’est la mort qui arrive, et tel le charognard, il dépouille le moribon. Voir la Grèce...

                  La Chine a d’autres méthodes, en échange de ses implantations industrielles, elle construit des routes, des hôpitaux et des écoles...

                  L’Afrique préfère....Normal.

                  Les USA et le FMI crient : « Ces salauds de chinois »...

                  Le monde à l’envers...

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