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La Nouvelle Guerre de l’Opium

 

Les Etats-Unis, et dans une moindre mesure les autres puissances occidentales, n’accepteront jamais de ne plus être la première puissance au monde. Quelles sont les armes et la stratégie à leur disposition ? 

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Deng Xiaoping prend le pouvoir en Chine en 1978 et met en oeuvre des réformes économiques permettant l’accueil d'investissements étrangers tout en maintenant un système politique autoritaire. La Chine, dès cette époque, opte pour une stratégie de développement basée sur une industrialisation locale se substituant aux importations et la protection des industries naissantes, pour qu’elles puissent, une fois compétitives, exporter. Dans les années 1990, les économies asiatiques prospères attirent en masse les investisseurs étrangers. L’OMC et le FMI incitent alors les autorités chinoises à déréglementer leurs marchés financiers pour faciliter les mouvements de capitaux dans les deux sens. En conséquence, au milieu des années 1990, les dettes étrangères ont plus que doublées dans les grandes économies d’Asie du sud-est.

 De 1960 à 1995, la balance commerciale des USA comme celle de la Chine étaient proches de l’équilibre. À partir de cette date, la balance commerciale de la Chine montre un solde positif important, qui peut atteindre 10% du PIB, tandis que celui des USA devient très significativement négatif, atteignant 375 milliards de dollars en 2017 (presque 3% du PIB), déficit largement dû aux importations chinoises. Les chinois ont développé leurs capacités de production de biens physiques alors que les Etats-Unis ont dirigé leur économie vers le secteur tertiaire qui emploie maintenant presque 80 % de sa population, les plus grands employeurs étant les banques, les activités liées au tourisme, l’hôtellerie, la restauration, les loisirs… domaines de l’immatériel plus ou moins utile mais jamais indispensable. 

 Si la progression chinoise se continuait, les Etats-Unis et leurs obligés auraient tôt faits d’être réduits à l’état de vassaux soumis au bon vouloir d’un nouvel empire. Comment faire pour éviter ce drame ? L’économie du superflu peut-elle prendre le pas sur celle de l’indispensable ?

 La voie militaire est sans espoir même si les forces spatiales, les robots-tueurs, les drones prennent le pas sur des combattants qui se battent à la place des forces alliées (les Kurdes) ! Reste l’introduction de la jouissance, de la permissivité au cœur d’un peuple pensé comme las d’être seulement laborieux.

 Les guerres dites de l’opium opposèrent la Chine, qui voulait interdire le commerce de l’opium sur son territoire, et les occidentaux. La première guerre (1839-1842) opposa la Chine au Royaume-Uni, la seconde guerre, qui commença quatorze ans après, vit la France, les États-Unis et la Russie se joindre à la Grande Bretagne.

Les conflits furent dus à la promulgation de lois par le gouvernement Qing en réponse à l'intensification par les Britanniques de leurs exportations illégales en Chine de l’opium qu'ils produisaient dans l’Inde britannique. La Chine perdit les deux guerres, et fut contrainte d'autoriser le commerce de l’opium (financé par la banque HSBC). L’influence étrangère ainsi imposée entraina par la suite la chute de la dynastie Qing en 1911 mettant fin à l’Empire chinois fondé dès 221 av. J.-C. Les inquiétudes des autorités chinoises étaient légitimes : l’opium entraîne une sensation de soulagement, de félicité, mais aussi de somnolence voire d’inconscience en plus d’un syndrome de sevrage si l’on arrête sa consommation. Tout ceci ne prédispose pas à construire une société qui va de l’avant, mais est utile pour la déconstruire.

 Qu’est-ce qui pourrait aujourd’hui tenir lieu d’opium pour abattre la République populaire de Chine ?

 Depuis les années 2000, les Hommes d’affaires occidentaux ont envahi le territoire chinois pour des raisons strictement personnelles et non directement politiques : il était possible de profiter d’un immense marché de travailleurs intelligents et pauvres, rendus dociles par une tutelle idéologique de tous les instants. Une vingtaine d’années plus tard, le nombre de particuliers chinois dont le patrimoine excède 1,3 million d'euros a été multiplié par environ 10, soit 1,6 million de personnes. Les 1% les plus riches détiennent maintenant le tiers de la richesse de la Chine. Par comparaison, les trois Américains les plus riches – Jeff Bezos, Bill Gates et Warren Buffett – possèdent plus de richesse que la moitié la plus pauvre de la population américaine, ce qui laisse une certaine marge d’évolution pour les chinois. La politique économique américaine est indistinguable des intérêts des plus fortunés, il suffit qu’il en soit de même pour la nation chinoise pour que la dissolution dans le bain libéral Etats-Unien soit complète : on ne peut pas servir à la fois Dieu et l’argent, même si la majorité des américains le pensent. Cependant les entreprises d’État chinoises ont des liens étroits avec l’appareil communiste et elles représentent une énorme force économique : 77 d’entre elles appartiennent au groupe des 500 entreprises les plus riches du monde. Et Xi Jinping n’entend pas les négliger : « Nos entreprises publiques devraient continuer de devenir plus fortes, meilleures et plus grandes. » Les entreprises étrangères présentes en Chine voient également leurs activités vérifiées voire chapeautées par le Parti et certaines cellules demandent même à être associées aux décisions stratégiques. En Chine, les riches patrons ont besoin du Parti communiste si ils veulent éviter disparitions, arrestations et procès pour corruption.

 Dans les temps anciens les nouveaux princes chinois n’auraient eu aucune chance : une espérance égalitaire n’a jamais pu résister au flot des jouissances obtenu au détriment de l’égalité. Mais les temps ont changé ! Google et d’autres se sont appliqués à ficher une grande partie de l’humanité : le but admis pour l’instant est de faciliter les choix des consommateurs afin qu’ils consomment mieux ou davantage. Dans le même temps, des quantités incroyables de données concernant tous les aspects de la vie ont été soigneusement stockées… au cas où ! Le Système de crédit chinois vise plus visiblement le même flicage : chaque citoyen se voit attribuer une note fondée sur les données disponibles grâce au Big Data, les autorités se fondent pour ce faire sur leurs activités professionnelles ou leur comportement privé. Le contrôle des élans naturels vers les jouissances libérales peut être effectué d’une façon draconienne, tellement même qu’un tel contrôle est inédit dans l’histoire de l’humanité.

 La Chine bénéficie ou souffre d’un parti unique. Les démocraties souffrent qu’il y en est plusieurs, mais elles s’adaptent et tendent aussi à avoir un seul parti sous deux noms différents. Les décideurs politiques occidentaux ne faisant plus que rassembler les doléances des diverses communautés et ne décidant plus que très marginalement des directions politiques pertinentes, il serait peut-être plus efficace d’effacer d’artificielles barrières nominales. Les Etats-Unis ont été à l’étroit dans leurs frontières et se sont donnés pour vocation de dominer le monde. La Chine souhaite elle rester en Chine mais en devenant assez puissante pour elle aussi imposer ses vues au reste de la planète. Le vainqueur sera in fine celui qui s’assurera du sacré le plus puissant : le matérialisme américain ou le spiritualisme chinois, une Nation sans véritable Dieu mais avec plus de 80 millions de fidèles contre un Capitalisme qui a tué Dieu mais qui invente quantité de rituels pour masquer son avidité, son seul ressort.

 L’argent pourrait être le nouvel opium pour abattre la Chine, ce pourrait être aussi la morale. 

 Les occidentaux agitent, avec d’autant plus de vigueur que leur puissance s’amenuise, les « Droits de l’Homme » pour aller vers un monde plus juste disent-ils, pour continuer à exister plus vraisemblablement ! Mais chacun sait que l’on a toujours la morale qui s'accorde avec sa force, ce qui rend dérisoire les envolées verbales du haut de tribunes impuissantes lors de massacres ou d’exactions. Les Droits de l’Homme n’ont pas fait s’effondrer l’empire soviétique, c’est la possibilité d’acheter des bas nylon ou du papier WC qui ont fait contribué à détacher les pays de l’Est du communisme. C’est pourtant cet opium là que les démocraties tentent d’utiliser. Ils réclament la signature de conventions (droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques) pour faire entrer la Chine dans leur normalité. Elles réclament aussi la libération de prisonniers politiques et religieux, des actions concrètes dans les domaines de la torture et de la détention arbitraire. La loi chinoise est particulièrement sévère envers les Tibétains, les Ouïgours, les Mongols et les Mandchous : c’est par eux que les premiers soubresauts au sein de la société chinoise devraient être suscités. Les Huis, les Uygurs, les Kazals, les Ozbeks, les Tadjiks, les Tatars, les Kirgizs sont eux tous musulmans (ils regroupent 14 millions de personnes), ils devraient aussi offrir une cible pour la fragilisation de la Chine.

  Que le meilleur gagne !

 


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4 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 10 janvier 15:19

    Je lis un tweet posté à l’instant par Don Altrump. Il dit qu’il va créer l’Opiumistan, comme ça il sera à la tête du pays au plus gros PIB du monde. Paradis fiscal en sus, tous les blanchisseurs d’argent auront pognon sur rue. Pour faire venir plein de riches clients, il dit qu’il va créer un journal : « La Pie patraque » (à cause de la sonorité à sugestion subliminale...)


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 10 janvier 18:38

      @Taverne
      Je crains que M. Trump ne connaisse pas les guerres de l’opium.


    • keiser keiser 11 janvier 10:54

      @Taverne

      Il dit qu’il va créer l’Opiumistan, comme ça il sera à la tête du pays au plus gros PIB du monde.

      Pardon pour la digression mais :
      Je crains que Trump se prenne son boomerang dans la tronche.
      Car actuellement, le Mexique est en train d’inonder les états-unis avec les opiacés, on assiste à une augmentation inquiétante de la consommation d’héroïne, au détriment de la cocaïne qui n’est plus aussi prisée qu’avant. A tel point que depuis les trois ou quatre dernières années, la consommation d’héroïne aurait plus que doublé.

       
      Alors en un sens, il y a bien une « opimisation » de son pays.
      Il faut voir le coté positif car les fabricants de machine à laver l’argent vont avoir du boulot.
      Et si Trump veut en profiter, il devra tourner son mur dans l’autre sens.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 11 janvier 11:11

      @keiser
      De fait : « L’héroïne - la drogue la plus dangereuse - coûte de l’ordre de 51 milliards de dollars par an aux Etats-Unis. »

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