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La nouvelle stratégie iranienne de négociation

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Après l’inauguration officielle de Joe Biden à la présidence des États-Unis, les mollahs iraniens ont déjà commencé à dévoiler quelques aspects de leur stratégie de négociation avec Washington dans la période à venir.

Le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a confirmé que les questions balistiques et régionales ne faisaient pas et ne feront pas partie de l’accord nucléaire, niant que Téhéran ait des entretiens avec la nouvelle administration américaine.

Dans l’accord nucléaire, l’Iran a accepté le maintien d’un embargo de cinq ans sur les armes et de dix ans sur les missiles, a-t-il noté. Ce n’est pas le moment, poursuit-il, d’exiger des négociations sur le rôle régional de l’Iran, et ce sont l’Amérique, la France et le reste des pays occidentaux qui enflamment et transforment la région en une «  poudrière.  »

Il est clair, en analysant les déclarations des responsables iraniens au cours de cette période, que l’accent est mis sur quelques éléments précis.

D’abord, l’administration Biden ne se précipitera pas sur l’accord nucléaire. L’idée a été souvent répétée dans les remarques du Guide suprême Ali Khamenei, qui disait que son pays n’insistait et ne se hâtait pas du le retour des États-Unis à l’accord nucléaire de 2015. Zarif lui aussi a assuré que l’Iran n’était pas pressé de voir Washington revenir à l’accord nucléaire.

La balle est dans le camp des USA et la nouvelle administration américaine doit respecter ses engagements, selon lui. Cela signifie peut-être que la phase de prise de pouls entre les mollahs et l’administration Biden depuis la confirmation des résultats du scrutin présidentiel a révélé que le retour à l’accord nucléaire ne serait pas une priorité pour la Maison Blanche.

Comme je l’ai expliqué dans des articles précédents, le président Biden aura besoin de temps pour trouver une formule de retour au pacte nucléaire. Les preuves confirment que Biden ne veut pas donner un chèque en blanc aux mollahs ni revenir hâtivement à l’accord, au risque de nuire aux relations de Washington avec ses alliés du Moyen-Orient.

Le scénario vraisemblable est donc de prolonger la période des sanctions contre le régime iranien jusqu’à ce qu’il y ait un moyen de traiter des dossiers internes plus complexes et plus urgents pour la nouvelle administration américaine.

Dans le même temps, les alliés de Washington au Moyen-Orient, à savoir Israël, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis (selon des déclarations et références sporadiques du président Biden et de son administration), seront consultés. Il est aussi possible de consulter discrètement les mollahs afin de trouver une issue appropriée aux négociations sur l’accord nucléaire.

C’est pourquoi les mollahs parlent de ne pas précipiter le retour américain au contrat nucléaire. Ils veulent ainsi sauver la face à l’intérieur comme à l’extérieur après que beaucoup aient pensé que la décision de revenir serait au nombre des premières qu’aurait signées le président Biden quelques jours ou semaines au plus tard après son entrée à la Maison-Blanche.

Ils veulent montrer leur indifférence face à l’impact des sanctions de Trump, une tactique qui, selon les mollahs, devrait barrer la route à toute tendance de la nouvelle administration américaine à maintenir la pression sur Téhéran.

L’indifférence envoie un message qui pourrait le déconseiller de créer de nouveaux obstacles visant à faire pression sur les mollahs pour en tirer des positions flexibles sur la reprise de l’accord nucléaire.

Le deuxième objectif des déclarations des dirigeants iraniens est d’essayer d’imposer une ligne dure à tout éventuel cycle de négociations avec les Américains, surtout pour ce qui est du rôle régional de l’Iran. Les mollahs insistent sur le fait que cette partie des négociations doit rester à l’écart.

Selon Zarif, les questions relatives aux missiles et à la région n’ont pas été et ne seront pas incluses dans l’accord sur le nucléaire. Il affirme que ce n’est pas le temps de négocier sur ce sujet. Alors quand ? On ne sait pas.

Cependant, il semble que ce sera le point sensible de tout dialogue entre le régime des mollahs et les USA dans la période qui vient. La raison : l’Iran n’a pas encore atteint les objectifs de son intervention militaire directe et indirecte au Yémen, en Syrie et en Irak. Les mollahs cherchent à tirer pleinement et durablement profit de leur intervention dans ces pays arabes.

La stabilité reste fragile dans ces pays. Les relations des mollahs avec eux n’ont pas été vraiment assainies de façon à garantir que les puissances régionales et internationales ne demandent pas le retrait des milices iraniennes et l’arrêt des interventions et de l’hégémonie iraniennes dans ces États arabes.

Le troisième élément concerne les récents cris de frustration successifs des mollahs à l’égard des positions européennes. Le régime iranien estime que la trio européenne, soit la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France, n’a pas pu sauver l’accord nucléaire.

Zarif a déclaré que les Européens étaient incapables de faire la moindre chose pour préserver l’accord et le mécanisme financier INSTEX n’a pas marché. Cela implique que les mollahs vont se tourner vers le dialogue avec la nouvelle administration américaine. Voilà une leçon utile pour le E3, qui a échoué à échafauder une stratégie efficace contre la menace nucléaire iranienne.

Le trio a voulu tenir le milieu par crainte de l’échec de l’accord nucléaire avec l’Iran, même si tout porte à croire que cet accord est en état de mort cérébrale depuis que les Etats-Unis s’en sont retirés à la mi-2018.

Au final, les propos des dirigeants des mollahs iraniens renvoient à un ton clairement apaisant. Ils cherchent surtout à ne pas antagoniser la nouvelle administration américaine, à tourner la page sur les menaces et la guerre des mots avec Trump, et à adopter un discours politique rationnel concentré sur la quête de solutions et d’issues.

Mais ils restent fidèles aux grandes lignes bien connues de l’Iran, y compris le plan d’hégémonie régionale, qu’ils tentent d’écarter complètement de toute négociation potentielle.

Mais leur succès reste tributaire de la vision du président Biden, de son souci de ne pas répéter les erreurs d’Obama et de se coordonner avec les alliés de Washington dans le Golfe sur les moyens de parvenir à la stabilité régionale.

Les cadres de négociation avec le régime des mollahs doivent être élargis et leur rôle régional doit être inclus dans tous les cycles de négociation organisés pour décider du sort de l’accord nucléaire.

 


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3 réactions à cet article    


  • pierre 27 janvier 17:04

    C’est la fête à l’Iran apparemment


    • samy Levrai samy Levrai 27 janvier 19:10

      Ca flippe dur chez ceux qui portent un voile sur la tête et portent la robe...


      • SEPH SEPH 28 janvier 10:33

        Qui est Joe Biden ?

        Durant l’ensemble de ses mandats, il a surtout défendu les intérêts du Pentagone.
        - Pendant les guerres de Yougoslavie, il milite pour l’armement des Musulmans Bosniaques et soutient aussi bien l’action de la Légion arabe d’Oussama ben Laden que celle des troupes saoudiennes et iraniennes [2]. Avec son ami le sénateur républicain John McCain, il pousse le président Bill Clinton à intervenir au Kosovo.
        - Lors de la guerre en Afghanistan, il est la première personnalité politique à se rendre sur place pour soutenir le président afghano-états-unien Hamid Karzai.
        - Il promeut l’idée d’une guerre contre l’Iraq et de l’assassinat du président Saddam Hussein. Ultérieurement, il donnera son nom à un plan de démembrement de l’Iraq en trois pays confessionnels distincts en conformité avec la stratégie Rumsfeld/Cebrowski.
        - Devenu vice-président, il participe à l’intoxication de la Commission de l’Onu sur les Droits de l’homme sur la situation en Lbye et justifie ainsi la destruction de ce pays. Il participe également à la propagande contre la Syrie et soutient les jihadistes


        Pour terminer, Peter Van Buren écrit dans The American Conservative :
        "en réalité, la corruption aux États-Unis est si énorme qu’il est tout simplement impossible de la combattre.
        Il mentionne des escroqueries impliquant diverses fondations telles que la Fondation Clinton, qui a pris de l’argent simplement pour organiser des réunions avec Hillary Clinton.
        Ou l’entreprise familiale des Biden, qui a gagné plus de 15 millions de dollars entre 2016 et 2020. Il existe également toutes sortes de combines de blanchiment d’argent : Joe Biden a reçu 10 millions de dollars en paiement d’un livre que personne n’a lu, par exemple. Joe Biden a également une société de type S qui se soustrait à l’impôt et a fait des dons à son propre Super PAC (comité d’action politique).
        Et puis il y a Hunter Biden, qui a gagné des millions en Chine et en Ukraine grâce à divers stratagèmes douteux et politiquement limites et qui ne paie pas d’impôts aux États-Unis
        ."

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