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Accueil du site > Tribune Libre > La Passion du Christ (1) : petites réflexions périphériques

La Passion du Christ (1) : petites réflexions périphériques

Exercice périlleux dans une société qui a raison d’être laïque : je m’essaie à évoquer quelques éléments de l’actualité contemporaine sur la base d’un des textes les plus importants du christianisme. Sans aucune prétention.
 

Ce vendredi 22 avril 2011, c’est vendredi saint. C’est-à-dire, pour les chrétiens, le jour qui commémore la mort du Christ. Mort avant sa résurrection à Pâques, fête qui termine la semaine sainte qui a commencé par le dimanche des Rameaux, journée où le Christ est accueilli à Jérusalem avec les acclamations de la population et qui s’est poursuivie notamment par le jeudi saint (la Cène) et par la nuit angoissée sur le mont des Oliviers.

Après son arrivée à Jérusalem, Jésus chasse les marchands du temple (hélas, maintenant, ils sont revenus, à Lourdes entre autres), ce qui a rendu furieux les grands prêtres et a abouti à son arrestation et à son martyre.


Entre foi et histoire

La Passion du Christ est l’histoire racontée par les évangélistes se passant entre le jeudi et le dimanche. Elle a plusieurs ressorts et notamment deux : historique et spirituel.

Le spirituel est du domaine de la foi, et la foi n’étant jamais démontrable, elle ne se discute pas, elle se vit plutôt. Ou pas. Ainsi, le Christ a-t-il été le Messie ? A-t-il ressuscité réellement ? Y a-t-il réellement transsubstantiation ?… sont des questions du registre de la foi. Je ne parle pas de la naissance de Jésus (conçu sans fécondation), puisque je me restreins à la Passion.

Mais à côté de ces questions qui ne peuvent pas vraiment trouver de réponse (sinon tout le monde serait croyant ou, au contraire, personne ne le serait, selon la réponse), il y a des éléments historiques assez intéressants.

La description par quatre évangélistes permet ainsi de trouver quelques réalités historiques sur ce qu’il s’est passé, qui sont d’ailleurs confirmées par ailleurs (par des écrivains grecs généralement). Ce n’est plus de la religion, ici, mais de l’histoire, donc de la science, et c’est assez "passionnant" (sans jeu de mot).

En me basant sur le texte selon saint Matthieu (apôtre et auteur supposé du premier évangile canonique en araméen ; ou du deuxième selon des théories plus récentes mais encore controversées), texte parmi les plus courts, je me suis fait un certain nombre de réflexions sur l’actualité encore très présente de cette Passion du Christ.


L’antisémitisme

Le texte pourrait parler d’abord d’antisémitisme. L’antisémitisme n’est pas né à cette époque (les Juifs avaient déjà été déportés au VIe siècle avant JC ce qui leur a permis d’écrire les textes bibliques), mais il a été (involontairement) renforcé par cet épisode. Ce n’est que sous Paul VI que le concept de peuple déicide fut définitivement réprouvé (par la déclaration "Nostra Aetate" du 28 octobre 1965 au cours du Concile Vatican II).

Le film de Mel Gibson (2004) a d’ailleurs été accusé d’antisémitisme (peut-être avec raison, je ne l’ai pas vu et n’ai aucune intention de le voir en raison de ses images trop violentes) pour la manière dont les Juifs sont dépeints (lâches, cruels, noirs).

Mais le texte ne parle pas seulement d’antisémitisme.


Justice et populisme

Il parle aussi de peine de mort : le principe même de la peine de mort. Il parle aussi de torture, de moqueries infligées à celui qui se prétend être le roi. Il parle de lynchage vaguement institutionnalisé (Ponce Pilate s’en lave les mains), de la lâcheté du pouvoir politique vis-à-vis du pouvoir religieux (thème au combien actuel).

J’y vois également la marque du populisme et de la démagogie. En soi, Ponce Pilate n’est pas méchant. Il ne comprend même pas pourquoi Jésus a été arrêté, ou si, il comprend que c’est par jalousie des grands prêtres, mais pour lui, il n’a rien fait de mal. Mais le peuple, la foule souhaite sa mort. Comme finalement il s’en moque, Pilate le lâche à la foule rugissante. Puisqu’elle le veut.

On pourrait d’ailleurs penser que Pilate le fait pour se faire aimer de la foule, mais je ne le pense pas. Il se moque bien d’être populaire puisqu’il est l’occupant et qu’il détient l’autorité et la force armée. Je pense qu’il a agi de la sorte uniquement pour le maintien de l’ordre. La foule semblait si folle que s’il ne lui avait pas livré Jésus, il aurait pu y avoir des débordements. Éviter tout trouble.

Au-delà de la démagogie (de Pilate), on peut aussi y déceler de l’habilité de langage de Jésus lui-même. Dans le dialogue entre le gouverneur et lui, il reste volontairement ambigu : « Es-tu le roi des Juifs ? » et il répond : « C’est toi qui le dis. ». Ce type de parole revient souvent, même avant dans ses dialogues avec les apôtres.


Trahison et reniement

Il y a aussi des thèmes plus personnels, comme la trahison (celle de Judas pour quelques pièces d’argent) ou comme le reniement (Pierre, trois fois avant le chant du coq), histoire de ne pas subir la même chose que Jésus. Qui peuvent se traduire par délation et lâcheté.

Dans la trahison, évidemment, on revient à l’époque de l’Occupation avec la délation. La délation vénale, d’ailleurs, j’oserais dire presque pragmatique, pas idéologique, juste pour gagner de l’argent.

Mais avec la morale sauve puisque pris de remords, Judas renonce à l’argent et se suicide finalement (par pendaison). Le sentiment de culpabilité rend la conscience plus difficile à vivre que la fidélité. C’est peut-être cela qui a motivé de nombreuses personnes à ne pas dénoncer leurs voisins ? Pouvoir encore se regarder dans une glace, très égoïstement ?


Mise en accusation

Étrangement, le texte me replonge dans la pleine actualité de la réforme de la garde à vue applicable dès le week-end dernier et plus généralement, les mises en accusation avant procès et éventuelle condamnation. Il est clair que dans cette affaire, on a cherché à tout faire pour rendre coupable Jésus : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! » dit le grand prêtre, tout content de trouver un angle d’attaque.

Quand on sait le nombre d’accusés innocents, c’est essentiel que la présomption d’innocence soit matériellement institutionnalisée par l’assistance d’un avocat durant la garde à vue : ainsi, il ne sera plus possible de commettre des traitements dégradants pour avoir des aveux (aveux qui, à mon sens, ne servent à rien s’ils ne sont pas étayés par des preuves factuelles). Il y a deux mille ans, la procédure pénale était encore bien dérisoire.


Féminisme avant l’heure ?

Petites parenthèses à propos du procès : la seule femme de l’histoire (avant Marie-Madeleine et Marie à la fin), c’est la femme de Pilate qui réclame la clémence pour Jésus. Un acte de féminisme ?

En tout cas, une évidence que les femmes seraient moins tentées par le lynchage et seraient plus réfléchies, plus raisonnables et moins passionnelles (même si les généralisations ne sont jamais pertinentes, la mention de cette anecdote dans le texte est suffisamment discrète pour renoncer à y voir une désinformation).


Blasphème

Mise en accusation, erreur judiciaire (le mot me paraît étrange, je dirais plutôt faute judiciaire), et aussi, comme le dit le grand prêtre, blasphème.

Comment peut-on parler de blasphème dans la société laïque d’aujourd’hui ? Le blasphème semble avoir traversé les temps en passant du christianisme à l’islam. Mais justement, ne peuvent être blasphématoires que des personnes croyantes. Ceux qui ne croient pas ne peuvent ni provoquer ni insulter ni parodier un dieu inexistant. Quant à ceux qui croient, ils doivent cependant être également protégés dans une société laïque.


Souffrances corporelles

Il y a aussi dans ce texte très riche la question de la souffrance. La souffrance est-elle rédemptrice ? Faut-il tout faire pour supprimer la douleur ? On n’est déjà plus loin des questions que posent l’euthanasie, par exemple, ou les soins palliatifs.


Entre fatalité et libre arbitre

Celui qui se prétend fils de Dieu qui se laisse sauvagement torturer. C’est aussi une preuve d’humilité. Il aurait pu se dire : "J’ai le bras long, je vais vite me dégager de cette galère".

Mais non, il laisse se réaliser les Écritures. Là, c’est un côté intéressant (et peu catholique d’ailleurs, plus protestant), c’est l’aspect de la fatalité. À quoi bon refuser le destin qui est écrit ? La page est déjà écrite. Un élément qui paraît en contradiction avec la liberté également prônée comme cause du mal dans le triptyque : "Dieu est bon, Dieu est puissant, Dieu laisse l’humain libre". Comment Dieu puissant et bon peut-il laisser le mal se développer ? Parce qu’il laisse aussi la liberté, celle de faire le mal. Or, en donnant cette liberté, il efface toutes les pages du destin qu’il aurait pu écrire auparavant. Pas de fatalité donc. La fatalité serait même la caractéristique d’un monde parfait sans existence du mal.

Contradiction impossible à lever, un peu à l’instar des démocraties qui ne peuvent empêcher l’expression des groupes antidémocratiques au nom des principes mêmes de la démocratie. Il y a cette fameuse phrase du même évangile de saint Matthieu : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. ».

Le fait que même Dieu (par Jésus) puisse lui aussi subir le sort atroce laisse entendre que ce dieu est un dieu de proximité, qui se salit les mains, qui connaît la condition de "ses" humains. Victime du mal et en même temps, triomphateur du mal. Mais attention, cette partie sur le libre arbitre n’est plus sur les faits mais sur la foi. La foi que Jésus serait divin, qu’il renaîtrait de sa mort, qu’il rachèterait le pêché originel par sa crucifixion etc.


Doute

Et qui dit foi dit doute. Il y a bien la "foi du charbonnier", comme on dit, mais aujourd’hui, il est plus facile de douter que de croire. C’est là où le texte de la Passion est intéressant. Là aussi, d’un point de vue historique, je pense que cela peut être contesté car il n’y avait pas de caméra de télévision à l’époque des fait. Mais il est toutefois intéressant de noter ce qui suit.

Suant de sang, Jésus a la trouille, finalement, la nuit avant son arrestation. Il a le trac, comme un étudiant avant son examen. Ou un condamné à mort avant son exécution. Il est réellement angoissé. Pire. Le comble pour un fils de dieu : il DOUTE ! « Mon père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! ». Puis sur la croix, il aura encore ce doute terrible : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».


Le doute fait partie de la foi.
Et cette assertion peut s’appliquer à beaucoup de domaines, même très éloignés des religions.


Dans mon prochain article, j’évoquerai la date de la mort du Christ et je conclurai l'exercice par une citation de saint Paul.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 avril 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Texte selon saint Matthieu.


(Illustrations : 1
e Salvador Dali ; 2e Edvard Munch)




Documents joints à cet article

La Passion du Christ (1) : petites réflexions périphériques

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16 réactions à cet article    


  • Deneb Deneb 22 avril 2011 07:50

    « ...de l’histoire, donc de la science... »

    L’histoire est une prostitué qui se laisse tripoter par les vainqueurs et d’autres puissants. Une science est une réflexion capable de prédire l’avenir : quand on lâche un objet, la science nous prédit qu’il tombera par terre, ce qui se réalise à chaque fois. L’histoire n’a jamais rien prédit, si elle l’aie fait, ça se saurait.

    D’ailleurs, quel était le nombre exact des apotres ? L’Histoire est-elle capable d’y repondre ?


    • oncle archibald 22 avril 2011 08:46

      Etre athée, contester l’historicité de la passion et l’existence de Jesus Christ, normalement, n’empeche pas de réflechir aux comportements humains explicités par Sylvain Rokotoarison sur la base d’un texte écrit il y a très longtemps et auquel on est libre de n’attacher aucun autre sens que celui des mots construits en phrases . 


      • Pierre Régnier Pierre Régnier 22 avril 2011 11:37

        Belle réflexion sur l’admirable Jésus.

        Mais, puisque l’auteur fait des parallèles avec le monde d’aujourd’hui j’espère que, dans son prochain article, il abordera le plus grave : la trahison de Jésus par le pape actuel. 

        Benoît XVI a voulu la béatification de Jean-Paul II (qu’il a si mal conseillé) pour pouvoir bénéficier lui-même, malgré son indignité, de la béatification après sa propre mort. Mais ce n’est pas là l’important.

        Ce qui fait l’indignité de Ratzinger-Benoît XVI c’est qu’il a réanimé, dans le nouveau catéchisme, la conception violente de Dieu. Il a ainsi lancé un courant de retour à la religiosité d’avant le prophète juif Jésus.

        Insupportable en ce début de vingtième siècle, lequel a un devoir à remplir de toute urgence en matière religieuse : faire disparaître de l’islam, si c’est possible, cette croyance en une prétendue volonté de violence de Dieu. 

        Au lieu d’aider les musulmans pacifistes à s’y employer, Benoît XVI aide ainsi les pires des islamistes à conquérir le monde pour le placer sous la domination totale d’un Dieu prétendument violent.


        • tikhomir 22 avril 2011 12:47

          Toujours la même rengaine, théorie du complot (pour sa propre béatification), violence, etc.

          Bof bof. Il n’a rien réanimé du tout, il a réaffirmé que l’Ancien Testament devait être lu par les chrétiens et pris en compte. C’est ce qui a été depuis toujours et les auteurs chrétiens commentent depuis le début l’Ancien Testament et en tiennent compte. Je comprends que certaines personnes voudraient un christianisme « gnostique », mais c’est une erreur puisque le christianisme est étroitement lié au judaïsme. Ce qu’a dit Benoît XVI n’a rien du tout de neuf, Jésus et les apôtres eux-mêmes se référaient à l’Ancien Testament (obligatoirement, puisque le Nouveau Testament n’était pas écrit). Vous ne pouvez pas demander au Pape de renier la foi catholique.

          Il aurait été aussi très bien que vous citiez les passages de ce « nouveau » catéchisme dont vous parlez, ça prouverait au moins que vous l’avez lu plutôt que de tenir ces propos qui montrent surtout que vous ne l’avez pas lu. Courage, c’est un bouquin de 800 ou 900 pages, en lisant quelques chapitres tous les jours, ça passera vite smiley.


        • tikhomir 22 avril 2011 12:35

          @l’auteur

          Bonjour,

          Je suis un peu étonné par certains propos, notamment en ce qui concerne le supposé féminisme. La femme de Ponce Pilate (Claudia Procula) demande à son mari de ne pas se mêler de cette affaire avec Jésus parce qu’elle a été affectée, a souffert dans un songe à cause de Jésus.

          (Mt 27:19) « (...) Ne te même point de l’affaire de ce juste ; car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui. ».

          Je ne comprends donc pas le rapport avec le féminisme, pouvez-vous développer ce propos, svp ?

          Pour le reste du texte, merci.


          • easy easy 22 avril 2011 12:41


            J’apprécie la façon qu’a Sylvain de parler des évangiles


            «  »«  » Exercice périlleux dans une société qui a raison d’être laïque «  »«  »
            Je trouve qu’elle a raison d’être laïque mais tort d’être jalouse sans frein.
             
            La jalousie (qui est corrélée à l’angoisse d’abandon et de mort) est certainement le sentiment naturel que nous devons le plus réfréner par la socialisation.
            Au niveau individuel, le remède à la jalousie consiste à s’ouvrir, à sortir de sa conception trop exclusive, à s’appuyer sur plus de sortes de gens, de manière à élargir son assise, sa couverture.
            Au niveau d’une nation, le remède à la jalousie passe par une cohabitation entre différents pouvoirs de différents types, immanents et transcendants, temporels et spirituels.

            Jalouse, notre République laïque ? Oui, sa masse formatée au laïcisme est jalouse et n’apprécie pas qu’on ne l’adore pas elle, la masse laïque.

            Et cette masse laïque ne supporte pas les enfermements ou isolements que choisissent certains et ne trouve valables que ceux qu’elle impose.



            Nos cinq républiques ont installé ou rappelé un principe de laïcité en partant d’un état des lieux considéré comme étant trop religieux. Notre République ne pouvait pas brûler tous les temples et égorger tous les croyants tant ils étaient nombreux, sinon elle l’aurait fait. Notre République laïque s’est donc installée sur un lit de répression de la religion pour la confiner au minima et elle a appelé ça de la tolérance.

            En réalité le laïcisme s’est progressivement accaparé tous les pouvoirs, sans en partager un seul avec les corps confessionnels et il se retrouve seul à tous points de vue. Le laïcisme n’invite aucun corps non laïc à partager le pouvoir, il s’accapare tout. Il est seul à recueillir les lauriers en cas de victoire, seul à recueillir les plaintes en cas de défaite.

            Le manque d’alternative à cet absolutisme laïc crée la panique et le désespoir en cas de défaite

            Ce laïcisme conçu par et pour l’industrialisation, a tué tous les corps de redistribution et de justice alternatifs et intermédiaires, a conduit à formater les pensées pour l’industrie et à faire de la Justice d’Etat le seul et unique recours-remède (même psychologique) pour tout, pour rien et pour n’importe quoi.

            Avant le laïcisme il y avait au moins deux corps qui n’avaient pas à produire : l’aristocratie et le clergé. Avec le laïcisme industriel, le pire des péchés c’est de ne pas travailler, de ne pas produire. Avant le laïcisme on vendait notre lumière intellectuelle, depuis le laïcisme on vend des usines pour éclairer les routes. A toute croissance.


            Alors que par exemple les questions d’avortement, d’écologie, de salaire, d’emploi, de formation des esprits, d’OGM, de téléchargement, de divorce, de garde d’enfant ou d’internement devraient être examinés aussi à travers un corpus métaphysique, il n’y a plus que la Justice d’Etat et bientôt Européenne, qui forme la toise absolue et unique à tous nos agissements, comportements et concepts.


            Les croyants qui étaient ici avant le laïcisme ont accepté de passer sous les fourches caudines des laïcistes pour éviter de trépasser et se sont accoutumés à vivoter avec les ailes coupées. Mais les croyants qui arrivent de régions où ils n’ont pas l’habitude de ramper ont le réflexe de remettre en cause ce laïcisme pour rester dans une dynamique naturelle de croissance communautaire.

            Désemparé par une telle dynamique, le laïcisme triomphant se retrouve comme un con, à devoir crier qu’il a une tradition ...chrétienne ! 
            Carrément.

            Certes, nous nous comportons selon un esprit plus chrétien que musulman ou bouddhiste, mais c’est à se tordre de rire de voir que ce laïcisme qui avait pourchassé et humilié le curé au point de lui faire vendre des pâtes, appelle maintenant le pape au secours. 



             

            «  »«  »«  »Dans le dialogue entre le gouverneur et lui, il reste volontairement ambigu : « Es-tu le roi des Juifs ? » et il répond : « C’est toi qui le dis. ».«  »«  »«  »

            Au fond, même dûment couronné en bonne forme, un roi ne devrait jamais dire « Je suis le roi » . C’est à ceux qui le portent de dire qu’il est leur roi.
            Etre roi c’est une grâce qui nous est donnée soit par une masse soit par héritage. C’est une désignation, qui, comme toutes les autres désignations, devraient rester à redire. Un évêque ne devrait pas dire « Je suis évêque » mais « J’ai été nommé évêque ». On aura donc rarement entendu un roi dire qu’il est roi.

            Ce qui est déjà vrai pour les vrais couronnés l’est encore plus pour Jésus qui n’a jamais été couronné. Il se pourrait que même parmi ses fidèles, même in petto, aucun n’ait jamais eu l’idée de le considérer comme roi. En fait, ceux qui sont allés à prétendre qu’il était le roi des Juifs cherchaient à le piéger. Jésus aurait été particulièrement stupide de répondre OUI car il aurait aussitôt été montré à ses fidèles en « Pfff ; regardez-le votre Jésus. Alors que vous ne l’avez même pas couronné, il se prend déjà pour votre roi » . De plus un roi est habituellement richement paré et gardé, alors se dire roi quand on circule à pied ou en âne, vaut d’être pris pour fou.







            « Ponce Pilate s’en lave les mains »

            Un roi ne se lave jamais les mains des rugissements de la foule.
            Et toute foule étant lyncheuse, même en 2011, un roi doit toujours, selon les principes mis en lumière par Machiavel, lui donner de quoi mordre. Un roi doit être craint en même temps qu’aimé.
            Dans le film The Mark of Cain, outre les tortures que des Britanniques ont infligées à des prisonniers irakiens, on voit des soldats contraints de lyncher un pauvre type pour ne pas être eux-mêmes lynchés.






            «  »«  »«  Celui qui se prétend fils de Dieu qui se laisse sauvagement torturer. C’est aussi une preuve d’humilité. Il aurait pu se dire : »J’ai le bras long, je vais vite me dégager de cette galère« . »«  »«  »«  »«  »

            C’est un point très intéressant.
            Si Jésus avait été sauvé par un hélico, il se serait coupé complètement des hommes. Tous ceux qui souffrent plus ou moins sans être sauvé par une soucoupe volante se mettraient à le jalouser, à le haïr. 

            Une foule subit un incendie ou un tsunami. Survient un hélico tout neuf qui hélitreuille un gus, un seul. Bin pour les autres c’est incompréhensible et inadmissible.

            Même quand on n’est pas exactement en train de souffrir alors qu’un gus est torturé sous ses yeux, on ressent très nettement qu’on souffrirait à sa place. On ressent notre fragilité, notre vulnérabilité (ce qui vaut à Paul son apostasie). Voir un type échapper à la souffrance alors qu’il n’y a aucune chance qu’on y échappe soi-même car on n’est pas né d’une vierge, ça fout les boules.
            Il fallait forcément que Jésus souffre le plus possible afin qu’aucun humain ne puisse trouver injuste de souffrir plus que Lui.

            Faute de pouvoir rejoindre Jésus par l’hélitreuillage, on le rejoint plus régulièrement par la souffrance.





            «  »«  »«  » La souffrance est-elle rédemptrice ? «  »«  »«  »"

            Enorme question qui se divise en deux. Elle est rédemptrice quand elle est auto infligée. Elle traduit une perversité quand elle est imposée.

            Mais attention, ici on est dans la morale.

            Alors que la souffrance naturelle n’a aucune morale. 
            Or, dans l’éducation d’un enfant, afin de le protéger de la grande souffrance d’un incendie, on peut être amené à lui infliger une souffrance plus petite afin de l’aider à faire un lien entre le feu et le danger qu’il représente. Un gosse tripote son caca, ou s’arrache les croûtes de varicelle, on lui met une tape sur la main en espérant que ça le conditionnera à ne plus recommencer. Il y a à ce niveau de souffrance infligée une considération de moindre mal très utile voire capital à la sécurité physique de l’enfant.
            Mais comme au-delà des problèmes physiques, un enfant doit aussi se paramétrer sur le plan du comportement social, on a tendance à le frapper en vue d’éducation morale. Et ce glissement possible jusqu’à un certain point (pour empêcher un enfant de montrer son zizi en classe) ouvre la porte à tous les excès et perversions. 

            Ce sujet de la perversion des violences infligées aux enfants pour des raison d’éducation sociale est à mettre directement en regard avec les exigences que la société exprime. C’est parce que des parents entendent des reproches que font des adultes sur le comportement d’enfants, qu’ils angoissent et brident leurs propres enfants.



            Hormis les souffrances naturelles (chute de vélo, rage de dent, cancer) et concernant les adultes, seules les souffrances qu’on s’inflige soi-même sont rédemptrices et élèvent ou relèvent. Les souffrances qui nous sont infligées avec tambours et trompettes, nous nationalisent, nous infantilisent, institutionnalisent le sadisme et nous assujettissent à la pensée de la masse, au formatage. 


            • Ray Volté 22 avril 2011 13:58

              Ce que je peux penser de l’histoire, c’est que les juifs vivaient assez bien en Egypte. Moïse était probablement l’enfant naturel de la princesse qui selon la légende l’a adopté. Son instruction par les sages de la cour en ont fait un révolté contre une forme d’arbitraire du pouvoir de Pharaon. Qu’il ait entraîné des gens pauvres et maltraités à fuir l’Egypte est plausible, mais ce n’était certainement pas une majorité de juifs bien trop heureux de profiter de leur situation dans le pays. Moïse a su imposer une forme de monothéisme, était - il de son cru ou dérivé d’ Akenaton la controverse persiste. Comparés à l’histoire de l’humanité, les textes dits sacrés sont récents et s’apparentent plus à des légendes qu’à des vérités.


              • Pierre Régnier Pierre Régnier 22 avril 2011 14:50

                @ tikhomir (du 22 à 12 h 47)

                 

                Je ne parle nullement de complot, simplement d’un pape indigne, plus soucieux de consolider le dogmatisme que de répandre le message des Evangiles.

                Benoît XVI n’arrête pas de se désoler de l’affaiblissement de la foi chez les catholiques alors qu’il en est le principal responsable. Son Dieu n’est pas celui de Jésus et il n’est pas respectable.

                Oui, l’Ancien Testament doit être lu par les chrétiens, mais pas pour y trouver confirmation, quinze siècles après les Pères de l’Eglise qui le faisaient avant le terrible Coran, que Dieu a bien, comme l’affirme Ratzinger-Benoît XVI, commandé des crimes épouvantables, jusqu’à un génocide au moins, celui des Cananéens.

                Le premier devoir de Benoît XVI c’est d’aider les musulmans pacifiques à se débarrasser de la conception violente, criminogène, de Dieu. Pas de les inciter à penser qu’elle est toujours valable puisque toujours ainsi considérée, dans le christianisme, par le pape lui-même.


                • tikhomir 22 avril 2011 15:46

                  J’attends donc que vous fassiez vous-même ce que vous demandez à Benoît XVI avant de le condamner. Allez donc aider les musulmans que vous voulez.

                  Du reste, vous êtes complètement à côté de la plaque, le catéchisme qui vous a été fait étant petit a été plus que léger apparemment (les bisounours et la paix dans le monde, coloriages, etc.), le voilà le vrai destructeur de la foi, certainement pas benoît XVI.


                • gege061 gege061 22 avril 2011 17:33

                  Etre athée c’est contester l’existence de Dieu.
                  Etre athée est donc d’avoir une philosophie en rapport avec Dieu.


                  • Pierre Régnier Pierre Régnier 22 avril 2011 17:53

                    @ tikhomir (du 22 à 15 h 46)


                    J’aide les musulmans pacifiques autant que je le peux, c’est-à-dire en disant très clairement, sans agressivité mais sans complaisance, ce qu’ils doivent changer dans leur religion pour qu’elle devienne compatible avec une démocratie laïque comme la France.

                    Seriez-vous de ces catholiques qui affirment, sur des sites Internet se prétendant chrétiens, qu’il faut relancer les guerres de religion parce que, selon eux (qui ne sont pas comme moi des bisounours, je vous l’accorde) la guerre reste nécessaire pour faire triompher le christianisme, « le vrai » ?

                    J’avais cru, en vous lisant dans d’autres commentaires, que vous étiez plutôt un disciple de Jésus, lequel enseigne, lui : aimez-vous les uns les autres et faites la paix sur la terre, hommes et femmes de bonne volonté.

                    • easy easy 22 avril 2011 20:47




                      «  »«  »«  » « Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson par respect pour la laïcité ». En une phrase est ainsi sublimement résumé le principe de préférence islamique et de mépris antichrétien des fanatiques laïques. «  »«  »«  »«  »

                      Bin voilà, c’est cela que j’appelle le laïcisme. Pendant 130 ans on s’est tellement habitué à casser du curé (surtout au niveau des collectivités car ce n’est pas trop le cas au niveau individuel) qu’on ne se rend même plus compte à quel point on est devenu dur-vengeur envers les chrétiens (tout en aimant se marier et être enterré sous la croix)


                    • Prometheus Jeremy971 22 avril 2011 23:46

                      Quel est le rapport entre le FN, le PS, et la chrétienté ? Le Christ n’était surement pas un nationaliste, et est né en Palestine. Quant à Mahomet il a séjourné dans une ville chrétienne avant d’avoir sa révélation, et entretenait de bonnes relations avec les chrétiens.

                      Il y a tellement d’obscurantisme dans tous ces commentaires...


                    • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque 3 mai 2011 22:03

                      À la suite d’un communique de l’Agrif et d’un article de François Miclo dans Causeur, il a circulé cette « info » sur fb et AV :

                      “Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité."
                      Roland Ries, sénateur-maire (PS) de Strasbourg,

                      DÉMENTI  : "En réponse à votre message [le mien entre autres], Roland RIES tient à faire savoir qu’il n’a jamais tenu les propos que certains, pour lui nuire, lui ont prêtés.

                      Les menus de la restauration scolaire se répartissent de la façon suivante :

                      De la viande halal est effectivement régulièrement servie, cette option étant ouverte aux parents des rationnaires lors de l’inscription ;

                      Lorsque de la viande de porc est servie, il est proposé un substitut protéinique, ce qui permet de répondre notamment à la situation des enfants de confession juive ;

                      Il est proposé tous les jours un menu végétarien, lequel peut être systématiquement retenu, ou pris à l’occasion de jours particuliers (notamment période de carême) ;

                      Enfin, un menu standard, sans aucune considération particulière, est proposé chaque jour, et retenu par la très grande majorité des parents." (reçu ce jour)

                      Le principe de laïcité consiste à prendre en compte le fait religieux, bien évidemment pas à s’y soumettre, et ce quelque soit la religion concernée.

                      C’est en ce sens que les quatre types de menu sont proposés au sein des restaurants scolaires de Strasbourg." (reçu ce jour 3 mai 2011)


                    • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque 3 mai 2011 23:26

                      Rectif : communiqué.


                    • Pierre Régnier Pierre Régnier 23 avril 2011 08:26

                      @ easy (du 22 à 20 h 47)

                      Ce ne sont pas les « fanatiques laïques » de ce que vous nommez le « laïcisme » qui ont établi la « préférence islamique ». Ce sont les anti-républicains, dont ceux du prétendu « Front républicain » prétendument nécessaire pour « faire barrage au FN ».

                      C’est aussi et d’abord Nicolas Sarkozy qui, soucieux de rétablir en France le pouvoir politique de la religion catholique, a été amené très logiquement, par « souci d’équité », a favoriser le rattrappage des autres religions par l’islam, beaucoup plus dangereux.

                      Mais, sur ce point, les anti-républicains de droite et de gauche - tout comme Jeremy971 le 22 à 23 h 46 - restent enfermés dans la paresse intellectuelle, qu’ils prennent pour de la laïcité. Etudier la dangerosité théologique serait selon eux trahir la laïcité.

                      Une erreur complémentaire est dans l’attitude de tikhomir qui, lui, se refuse à affiner l’étude, ce qui l’amènerait à constater la trahison de Jésus par Benoît XVI qui prétend le servir (et qui se plaint de la diminution du nombre de pratiquants catholiques qu’il a ainsi lui-même provoquée).

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