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La pensée religieuse de l’Occident est-elle née à Gergovie ?

Cet article n'est pas un article de circonstance. C'est l'aboutissement d'un questionnement que je me pose depuis le moment où, jeune officier de carrière, j'ai débarqué, un beau jour, en plein Rif marocain, avec dans mes cantines, les ouvrages du père jésuite Teilhard de Chardin. Rien de tel pour un fils de bonne famille aisée que de se retrouver au contact d'une autre civilisation, face à la réalité du terrain, dans la vérité brute d'un paysage montagneux presque désert. Mes souvenirs les plus marquants sont au nombre de deux : des enfants pauvrement vêtus sur la terrasse de leur petite maison isolée du monde et qui, pourtant, explosent de joie en croyant apercevoir l'imperceptible croissant de la lune qui annonce le début du Ramadan ; à Fès, ville sainte, l'appel du muezzin qui se répercute de proche en proche, appelant les habitants à la prière dans la chaleur du jour qui s'estompe. Aujourd'hui que je lis Platon, je m'interroge sur l'avertissement que le philosophe avait lancé à ses contemporains sur les risques à vouloir faire évoluer une société dans un sens qui n'est pas forcément le bon. Et j'ai compris qu'il fallait peut-être commencer par comprendre l'origine de sa propre civilisation avant de vouloir l'imposer à d'autres.

Notre pensée religieuse, en Occident, est-elle née à Gergovie, dans la capitale des Arvernes que je situe au Crest ?

Encombré d'un fatras de connaissances, l'homme moderne est-il plus intelligent que son ancêtre arverne qui, il y a bien longtemps, s'est donné un début de réponse, presqu'intuitive, aux questions existentielles ? Rien n'est moins sûr ! Le témoignage qui se trouve dans les chapiteaux de la vieille église auvergnate du Crest est-il celui d'un polythéisme originel qui n'aurait cédé, plus tard, que devant le Dieu unique des Juifs ? Y a t-il, dans ses chapiteaux, la représentation d'une quelconque idole ? La réponse est non ! http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-l-atlantide-de-platon-a-126659

Le message qui s'y trouve est étonnamment intelligent. Si on réfléchit bien, dans l'état des connaissances de l'époque, il est tout à fait conforme à la raison. Comment expliquer, en effet, cette formidable richesse, diversité, beauté, explosion de la nature, sinon par l'existence d'un acte créateur et d'un invisible "non nommé" qui, pourtant, se révèle dans ses oeuvres ? Comment expliquer ce qui est dans le ciel et ce qui en vient ? Comment expliquer ce qui agit dans le sol, l'invisible qui fait germer et pousser les plantes et qui apporte à l'homme les moissons de blé et les fruits qui le nourrisse. Pourquoi cette terre aux formes animales ondulées, parfois en forme de croupe, mais qui se met en mouvement lorsque le créateur s'y manifeste pour la faire trembler ?... Hypothèse Gaïa, une terre vivante ?  Ici, à gauche, des lions/volcans crachent la terre du plateau de la Serre, comme une lave qui s'écoule, jusqu'à l'éperon du Crest. (Dans mon premier croquis, par manque de place, je n'ai pas représenté, plus à l'ouest, les sept volcans qui ont donné aux Arvernes l'idée que le plateau de la Serre et son prolongement en éperon ont pu être sortis d'eux). J'ai examiné avec soin toutes les sculptures de l'église du Crest ; je n'y ai trouvé nulle part la représentation d'un dieu ou d'une divinité comme il est courant d'en trouver dans le monde antique, et cela correspond manifestement à ce que l'histoire a retenu des druides, à savoir qu'ils n'ont pas écrit leur enseignement. Les chapiteaux de Gergovie/Le Crest nous révèlent qu'ils ont préféré le transmettre par oral en le sculptant dans la pierre.

Il n'en reste pas moins qu'il s'y trouve la croyance en un Créateur, en quelque sorte un "Père" créateur du monde et de l'humanité, un Père qui règne dans le ciel et qui fait naître, un Père qu'il faut vénérer, respecter dans ses oeuvres et ne pas offenser par une conduite mauvaise. Mais aussi, un Père dont l'on peut espérer se faire entendre en s'adressant à ses représentants visibles, notamment le soleil et la lune. Encore au temps de la guerre des Gaules, César assimilait cette croyance à un Jupiter qui règne dans le ciel et à un Dispater qui fait naître. Il y ajoutait quelques divinités au nom romain, et plus tard, l'empereur porté par les Gaulois s'identifiera au soleil invincible.

On pourrait pousser encore plus loin la réflexion. Le soleil et la lune sont représentés comme des êtres vivants avec une ébauche des yeux. Ici, à gauche, le soleil surpris en pleine course. A droite, la lune en train de se lever à l'horizon du lac. Très intelligemment, ces deux "possibles divinités" que sont le soleil et la lune ne sont représentées que dans un reflet fugace à la surface des eaux, ce qui ajoute au mystère de l'invisible qui se fait pourtant entrevoir. Vision d'autant plus énigmatique que le phénomène du miroir n'était pas encore expliqué scientifiquement à cette époque. Entre le soleil et la lune, le sculpteur a sculpté... l'Invisible. Les sculptures sont très usées, probablement par le frottement des mains,  mais on voit très bien sortir de leur bouche les tiges de nénuphars qui s'entrecroisent en volutes harmonieux sous l'effet du courant d'eau, ainsi que deux semblants de mains qui s'agitent comme pour saluer celui qui les voit. Evidemment, il n'est pas possible que sur une eau calme, on puisse voir sortir les tiges des plantes aquatiques de la bouche des reflets du soleil et de la lune, mais sur une eau un peu agitée par le courant, pourquoi pas ? On comprend alors le génie de l'artiste qui suggère le rôle que le soleil, et même la lune, jouent dans l'ordre divin de la création. On comprend aussi pourquoi tant de chapiteaux ont repris ce symbolisme de la création par la bouche, mais en le sortant de son contexte d'origine.

Voyons maintenant comment cette croyance originelle a évolué au cours du temps.

A Blesle et dans le cloître de Lavaudieu, la terre-mère aveugle mais féconde nourrit les habitants de la cité de Gergovie.

Figée dans l’acte maternel et trônant, la Terre nourricière de Blesle aux formes généreuses, les yeux aveugles perdus dans l’infini du ciel, nourrit la cité de Gergovie, indistinctement dans ce qu’elle a de bon (la Salamandre au sein droit) et dans ce qu’elle a de mauvais (le Serpent au sein gauche). La montagne de la Serre est symbolisée, à droite, par la Salamandre, née d’une volonté divine souterraine bonne car reliée au ciel par le cercle magique en forme de collier/torque, signe d’alliance, tandis qu’à gauche, figure le symbole du refus de Dieu, les bras croisés, portant au cou la bourse de l’avare, image de l’attachement aux biens terrestres ; de lui nait le serpent mauvais qui, lui aussi, a réussi à s’incarner dans le profil caractéristique du plateau de la Serre. Coiffée du turban solaire, les cheveux rayonnants répandus sur les épaules, comme habillée par le seul astre du jour, dans une posture hiératique, jambes ouvertes, la Terre s’offre à la fécondation du ciel. Le sexe ouvert en fleur de lotus, elle reçoit les germes de la vie que déversent sur le sol les eaux du ciel dans le ruissellement invisible des corniches du chapiteau.

Toujours à Blesle, la terre-mère plantureuse au reflet de lune et à la vulve féconde nourrit la cité guerrière de Gergovie, à la fois au sein droit et au sein gauche. Les deux salamandres semblent être bandées, ce qui suppose qu'elles sont revêtues de cuirasses probablement de cuir.

Dans les chapiteaux archaïques du cloître de Lavaudieu, nous retrouvons notre terre-mère au regard aveugle en train de nourrir la cité de Gergovie symbolisée par la salamandre, à la fois au sein droit et au sein gauche. En toute logique et en pendant, nous y découvrons le Créateur - première audace de représentation de l'Invisible - mais attention, dans le symbolisme du semeur qui dispense, en aveugle, les semences de la vie... ainsi que la parole/esprit. 

A l'intérieur de l'église/temple de Lavaudieu, le soleil et la lune sont toujours honorés mais Adam et Eve font leur apparition.

De toute évidence colonie arverne de Gergovie, nous retrouvons à Lavaudieu notre soleil rayonnant créateur mais avec des traits plus précis, ainsi que le reflet d'une lune entourée de roseaux en forme de lances (?). Comme ce ne sont que des reflets sur la surface de l'eau, cela signifie que nous sommes toujours dans le symbolisme mais avec toutefois, dans le soleil, une figure d'homme vénérable et dans la lune, celle d'un personnage couronné (?).

Mais le plus étonnant est d'y trouver une évocation d'Adam et d'Eve. On se rappelle que Dieu avait interdit à Adam de manger le fruit défendu (de l'arbre de la connaissance). Poussée par le serpent, Eve avait convaincu Adam de manger la pomme, ce qui avait entrainé son bannissement du paradis. Dans cette représentation on ne peut plus symbolique où Adam est prêt de tomber du haut de sa colonne, le message est clair : "Femme/population de Lavaudieu, prends garde de ne pas provoquer une nouvelle fois la chute d'Adam (de tes dirigeants)".

Alors que le chapiteau du soleil, avec les tiges de nénuphars qui sortent de sa bouche, montre que nous sommes toujours dans la croyance originelle du temple de Gergovie, celui d'Adam nous révèle, pour la première fois, la présence d'une croyance cananéenne, celle qui s'exprime dans les trois premiers chapitres de la Genèse tels que la Bible les a conservés... une croyance qui pouvait néanmoins assez bien s'accorder avec l'importance donnée par les chapiteaux de Gergovie au soleil et à la lune :  Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années ; qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit.

Mais ce qui est tout aussi étonnant, c'est de constater qu'il faudra attendre les fresques de Gourdon du Ier siècle avant J.C. pour y renouer avec l'histoire du Proche-Orient et y voir, pour la première fois, une évocation du roi David. Les chapiteaux arvernes qui suivent ceux de Gergovie, à Lavaudieu comme à Blesle, n'évoquent, en effet, ni le déluge, ni la chute de la tour de Babel, ni la vie d'Abraham, ni celle de Moïse. Leur iconographie est dans le prolongement de la pensée originelle : animaux célestes fantastiques buvant à la source divine ou se nourrissant des fruits du paradis, mais aussi, promesse de la revie à l'homme pieux qui y arrive en portant sur ses épaules son âme de brebis et qui, arrivé au ciel, témoigne par ses ailes d'ange.

Quoique de style différent, les chapiteaux de Bibracte, à Mont-Saint-Vincent, nous tiennent le même langage.

L'héritage cananéen, voire sumérien, y est présent, avec le lion et la chouette. Mon interprétation du bas-relief votif des prêtres Dudu du musée du Louvre serait d'y voir le hibou grand duc sacré - la chouette à oreilles de lion - essayant de maintenir dans l'union les cités sumériennes du Tigre et de l'Euphrate (à gauche. Pour les spécialistes, ce serait plutôt un aigle ?). A Mont-Saint-Vincent, c'est la chouette qui accueille le visiteur mais toute l'iconographie des chapiteaux s'articule autour du symbole du lion qui, de toute évidence, appelle le citoyen au courage militaire et au patriotisme (à droite).

Comme pour l'iconographie qui a suivi en pays arverne, les sculptures de Gourdon nous précise la pensée religieuse de Bibracte. Le citoyen de Bibracte se trouve devant le choix, soit d'élever le sanglier du courage militaire dans la main droite, soit d'élever le serpent du péché dans la main gauche (image ci-contre).

Il n'existe pas d'équivoque dans la conduite à tenir. D'un côté, le patriotisme pour construire le monde nouveau, de l'autre, le refus. Une certitude : l'espoir de la résurrection ou de la revie. « Les Gaulois ne veulent aller ni dans les tristes royaumes du dieu des profondeurs, ni dans les silencieux séjours de l'Erèbe. Ils disent que le corps-âme vit dans l'autre monde (orbe alio). La mort est une phase intermédiaire avant une longue vie. » Et le poète ajoute : « Les Gaulois sont heureux quand la crainte de la mort, la plus terrible de toutes, les talonne. Ils se ruent au combat, l'esprit plein de courage. Leurs âmes sont prêtes à recevoir la mort. Ils savent que leur récompense sera la revie qui sera refusée au poltron. » (Lucain : Pharsale, livre II).

On se rend compte que jusque-là, la foi religieuse va de pair avec le patriotisme citoyen.

Les choses vont changer au Ier siècle avant J.C. avec l'introduction en Gaule, par des colonies juives, d'une espérance en un Christ du ciel. Pendant cinq à six siècles, notre pays va vivre sous l'influence d'un judaïsme d'origine essénienne. A Gourdon, ce sont des fresques qui nous prophétisent la naissance d'un nouveau David. A Chalon-sur-Saône, au III ème siècle, le Christ du ciel apparaît, pour la première fois, à la population, en haut d'une colonne. Assis à la droite de l'autel, il fait le signe essénien de reconnaissance. A Sainte-Foy de Conques, il apparaît en grand, en tant que roi des Juifs, pour certifier qu'il y a et qu'il y aura un jugement qui punit les mauvais et qui récompense les bons. Mais à Autun, en Bourgogne, après l'intervention romaine des tétrarques, c'est en Constantin, puis en Julien, au IVème siècle, que s'incarne l'espérance d'un sauveur. En Auvergne, au temps de l'empereur Avitus, à Notre-Dame du Port, c'est de Gergovie devenue Marie dans le Protévangile de Jacques, qu'on attend ce sauveur, celui qui sera le salut du monde. La mort d'Avitus et la progression des Francs met un terme à cette espérance. On assiste alors à un phénomène assez extraordinaire : Sidoïne Apollinaire, merveilleux poète, grand amoureux des humanités antiques, se convertit. Il devient évêque, un évêque pieux, lecteur de l'Ancien testament et du Nouveau... et l'illustre temple de Gergovie, après avoir été, un temps, établissement de bains, se transforme en une église chrétienne. Nous sommes au V ème siècle. Le christianisme des évangiles va se répandre sur le monde entier.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-druides-attendaient-ils-un-58775

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-qumran-a-constantin-quand-la-124138

Bas-relief votif des prêtres Dudu : photo wikimedia commons.

Quatre photos www.art-roman.net et www.romanes.com.

Autres photos et croquis de l'auteur.

E. Mourey


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28 réactions à cet article    


  • Aldous Aldous 12 décembre 2012 10:13

    Les Juifs de Gergovie ont fait marcher les Atĺtes sur l’eau ?


    • Aldous Aldous 12 décembre 2012 10:14

      les Atlantes...


      • Dwaabala Dwaabala 12 décembre 2012 10:51

        Par quel prodige un druide est-il parmi nous après deux millénaires, qui sait retrouver le sens bien concret des messages païens inscrits aux chapiteaux des colonnes et interprète les gazouillis et le balbutiement de la religion chrétienne dans son berceau à Gergovie ?
        Que le barde chante... et nous enchante. E gui na nè !
         


        • Soi même Soi même 12 décembre 2012 11:21

          C’est bien connue des historiens, Gergovie est la matrice du monde, pour faire plus courts le nombril !


          • Emile Mourey Emile Mourey 12 décembre 2012 13:42

            @ Soi même

            Pas matrice... genitrix, c’est encore beaucoup plus fort !

          • Soi même Soi même 12 décembre 2012 14:38

            En réalité je vous plains et j’ai honte de me moquer de vous !


          • Emile Mourey Emile Mourey 12 décembre 2012 15:22

            @ Vous-même tricéphale

            Je n’ai fait que vous renvoyer la balle.

          • Soi même Soi même 12 décembre 2012 17:57

            Au moins si on est pas d’accord avec vous, vous ne manquez pas d’humour !

            A propos que voulait dire cette représentation tricéphale ?


          • Emile Mourey Emile Mourey 12 décembre 2012 11:25

            @ Dwaabala

            Merci pour votre commentaire mais surtout pour le précédent.
            Et puis, je suis aussi un peu devin et ne peux que vous encourager dans votre combat humanitaire.


              • volt volt 12 décembre 2012 12:20

                Bonjour,


                après une belle introduction, vous demandez pourquoi la forme animale de la terre mise en mouvement par le créateur ; et pourtant, plus loin, par le rapprochement avec Sumer, vous donnez au fond la réponse, puisque sumer, jusqu’aux chaldéens, fut la première à porter au plus clair des mythes d’union très ouvertement sexualisée entre ciel et terre, donnés comme fécondation par la pluie, et qu’on retrouvera aussi ouvrant la théogonie d’hésiode parmi d’autres.

                Ensuite, il me semble que si soleil et lune sont représentés en reflet dans les eaux, c’est d’abord question d’intelligence oui, mais d’intelligence du ciel : Cette vision n’aurait rien d’énigmatique par rapport à une « méconnaissance du miroir », pour la raison que jusqu’à ce jour, et depuis des lustres (c’est le cas de le dire), la lune est tenue pour commander le signe du Cancer (pensé comme miroir, et miroir des âmes, porte même de l’incarnation), et le Soleil pour commander le signe du Lion. 
                Or ces deux signes zodiacaux sont accolés et - en tenant compte ou pas la précession des équinoxes - à l’époque même de ces sculptures, c’est bel et bien la voie lactée qui passe entre les deux, conçue comme fleuve, eaux, lac, etc. 
                Les représentations d’Hercule tétant la voie lactée, ou encore le fragment de Parménide sur le lait universel de la voie lactée, ou même, encore et surtout, ce très célèbre vers d’Apollinaire « Voie Lactée, ô soeur lumineuse des blancs ruisseaux de Chanaan... » - tout cela suffit pour reconnaître dans ce grand fleuve médian entre les deux astres commandant des deux signes luni-solaires, le lac des reflets dont il serait ici question. 

                Je trouve plus hâtive par contre votre lecture et interprétation très politicienne du mythe d’Adam et Eve.

                Enfin il est difficile de saisir, pour le touriste tout-venant, en quoi et comment Gergovie devient la Marie du Protévangile.

                • Emile Mourey Emile Mourey 12 décembre 2012 13:36

                  @Grandgil

                  Mais l’histoire de la Gaule est simple à condition de présenter les documents et d’apporter des arguments qui permettent à chacun et à tous de s’approcher au plus près de la vérité historique.

                • Emile Mourey Emile Mourey 12 décembre 2012 13:16

                  @ volt

                  Vous dites : Enfin il est difficile de saisir, pour le touriste tout-venant, en quoi et comment Gergovie devient la Marie du Protévangile.

                  Mon article n’est qu’une synthèse de mes précédents écrits. Les croyances perdurent, ce sont les mots qui changent. De Gergovie à la déesse, de la déesse à la déesse-mère, de la déesse-mère à la Marie qui doit enfanter le sauveur, tout cela est tellement imbriqué - mais dans une suite - que même encore dans les chartes du Moyen-âge, les rédacteurs ne font pas toujours la différence.

                  Concernant la vision astrologique du ciel, j’abonderais dans votre sens mais plus tardivement et sans aller jusqu’aux précisions que vous donnez, lesquelles n’apparaissent que beaucoup plus tard dans les représentations du zodiaque des grands monuments qui ont suivi.

                  • volt volt 12 décembre 2012 14:22

                    Oui, on relèvera que si l’arbre est celtique, la naissance du Christ n’est directement reliée à l’arbre que dans la sourate 19 - même si quelque peu en descendance des mythes de naissance d’Apollon... - et nulle part dans les Evangiles.


                    Sur la question zodiacale, le fait que cela ne soit « pas représenté » pourrait ne pas constituer un argument ; j’ai encore oublié de relever que le Cancer, seul signe sous commande lunaire (ce fait est vérifié sur des millénaires), est encore non seulement tenu par l’astrologie antique pour un signe d’eau (d’où ce miroir), mais aussi « l’eau centrale » (par opposition au scorpion, « eau d’en bas », et aux poissons, « eau d’en haut »). 
                    Sans oublier encore que dans l’extrait de Genèse que vous citez, avant même la Création des luminaires, il y a séparation des « eaux d’en haut » d’avec les « eaux d’en bas ». La tradition hébraïque relève ici dans le texte la lacune volontaire d’une lettre dans le mot « astres » (un « waw » en moins) que les commentateurs expliquent de la manière suivante : « C’est parce que le serpent d’eau est moins puissant que le serpent de terre » (zohar).

                    Enfin oui, on peut bien repérer trace de la déesse dans le protévangile, mais n’ayant pas encore parcouru toutes vos publications, je trouve difficulté à y insérer Gergovie.

                  • Gollum Gollum 12 décembre 2012 14:43

                    A volt : ... le Cancer... est encore non seulement tenu par l’astrologie antique pour un signe d’eau (d’où ce miroir), mais aussi « l’eau centrale » (par opposition au scorpion, « eau d’en bas », et aux poissons, « eau d’en haut »). 


                    Bonjour. J’ignorais ce genre de classification... Pourriez-vous fournir les références de ces affirmations svp ?

                    Notons qu’en Kabbale juive (Sepher Yetzirah) ce sont les signes cardinaux qui sont en haut, les fixes au milieu et les mutables en bas..

                  • volt volt 12 décembre 2012 15:06

                    je n’ai pas ça immédiatement sous la main, mais c’est une série de transmissions : l’astrologie médiévale est tirée de l’astro arabe, elle-même très grecque, et cette dernière directement d’origine assyrienne-chaldéenne ;or comme dans al-bîruni ces commandes sont présentes, et qu’on en trouve des traces dans Tzetzès, peut-être même indrectement lisibles sur des fragments de calendriers météorologiques de Démocrite, alors on peut déduire, sur 5000 ans d’astro, que le système des commandes des signes qui prévaut au moyen-âge sans avoir jamais été remis en question, trouve sa source chez les assyriens qui en furent les grands maîtres après les chaldéens.


                  • Gollum Gollum 12 décembre 2012 15:48

                    A Volt : dommage ça m’aurait intéressé.. Je n’ai jamais vu ce genre de notions en astrologie occidentale même chez Ptolémée ou Manilius.. ceci dit je les ai lus il y a longtemps et il est possible que j’ai zappé parce que je n’y ai pas accordé d’importance à l’époque..


                    Je n’ai trouvé cela que dans le Sepher Yetzirah.. Il est plus logique d’avoir les signes mutables en bas car les mutables correspondent à une déperdition d’énergie.. Les signes cardinaux eux étant classés en haut pour la raison inverse. Et les fixes en équilibre entre les deux se trouvent donc au milieu.. On a là d’ailleurs quelque chose qui ressemble fort à la logique tripolaire de Stéphane Lupasco.

                  • volt volt 12 décembre 2012 16:07

                    en tout cas Gollum c’est ce qui se pratique aujourd’hui : 

                    en mode central : eau-cancer, terre-taureau, feu-lion, et air gémeaux ; 
                    en mode « en bas » (vous excuserez ma terminologie, je ne suis pas pratiquant) : 
                    eau-scorpion, terre-vierge, air-balance et feu-sagittaire ; 
                    en mode « en haut » : feu-belier, terre-capricorne, eau-poissons, et air-verseau.

                    maintenant je ne sais à quel passage du yetsira vous faites allusion ; mais si l’on s’en tient aux trois lettres « mères » A, M, Ch, alors le Aleph correspond à l’éther et il est en retrait de même que torah et coran commencent par le B et non le A (qui, dit-on, brûlerait la création), 
                    alors que le M correspond à l’élément eau 
                    et le Ch à l’élément feu ; 
                    cette juxtaposition feu-eau étant lisible sur tout le tour zodiacal : 
                    poissons/bélier ; cancer/lion ; scorpion/sagittaire. 
                    et elle semble active, 
                    rien que le point du 22 novembre, 
                    c’est au moins la naissance dun de gaulle et la mort d’un kennedy...

                  • Gollum Gollum 12 décembre 2012 17:56

                    en tout cas Gollum c’est ce qui se pratique aujourd’hui : 

                    Ah ? Il doit s’agir d’une nouvelle école d’astrologie.. franchement c’est la première fois que je vois ça.

                    en mode central : eau-cancer, terre-taureau, feu-lion, et air gémeaux ; 
                    en mode « en bas » (vous excuserez ma terminologie, je ne suis pas pratiquant) : 
                    eau-scorpion, terre-vierge, air-balance et feu-sagittaire ; 
                    en mode « en haut » : feu-belier, terre-capricorne, eau-poissons, et air-verseau.

                    Cette classification me semble assez incohérente. Je n’en vois pas la logique interne. Par exemple en bas on a 1 signe fixe, 1 signe cardinal et 2 mutables..
                    En haut on a 2 cardinaux et au milieu 2 fixes..
                    Je note que curieusement là où l’on a la majorité, on rejoint presque la façon de faire du Sepher Yetzirah..

                    maintenant je ne sais à quel passage du yetsira vous faites allusion ; mais si l’on s’en tient aux trois lettres « mères » A, M, Ch, alors le Aleph correspond à l’éther et il est en retrait de même que torah et coran commencent par le B et non le A (qui, dit-on, brûlerait la création), 
                    alors que le M correspond à l’élément eau 
                    et le Ch à l’élément feu ; 

                    Il s’agit de l’étude 2 de la section 5 de ce texte. Les 12 lettres simples qui correspondent aux 12 signes zodiacaux sont citées dans l’ordre. Puis leur correspondance avec des secteurs. Par exemple la lettre Hé et qui correspond au Bélier correspond au secteur orientalité-hauteur, etc...
                    Si bien que les signes cardinaux se retrouvent tous en haut et sous la domination de la lettre Schin, les signes mutables se retrouvent en bas sous la domination de la lettre Mem, et les signes fixes se retrouvent sous la domination d’Aleph qui gouverne le cercle de l’Air, au milieu..


                    cette juxtaposition feu-eau étant lisible sur tout le tour zodiacal : 
                    poissons/bélier ; cancer/lion ; scorpion/sagittaire. 

                    Oui il est exact que l’ordre des éléments suit l’ordre du Sepher Yetzirah.. Air, Eau, Feu.. Si on rajoute l’élément Terre on a : Terre, Air, Eau, Feu. La Terre correspondant dans ce cas à la Séphirah centrale où se positionne la lettre Beth et qui correspond à Saturne. D’où la sanctification du samedi, jour de Saturne, chez les juifs..

                  • volt volt 12 décembre 2012 18:54

                    Le pour le bélier et le beit saturnien pour le taureau, oui exact, c’est dans le yetsira ; ensuite il suffit de faire presque défiler les 10 lettres restantes énumérées pour les dix autres signes.

                    Je ne sais pas raisonner en termes de « mutable », « cardinal », « fixe » - faudra demander à Alinea ou autre, sinon chercher surtout.
                    Si je pouvais me souvenir d’où me vient cette histoire d’« en bas, en haut, et intermédiaire »...
                    Sans doute un dictionnaire, ou alors une soirée trop arrosée chez françoise hardy, mais il me semble que c’est un classique, et cela m’avait d’autant plus marqué que le capricorne était dit terre d’« en haut » alors que c’est l’inclinaison maximale de la terre vers l’austral... ça m’avait paru saugrenu, mais comme le pôle capricorne-verseau à double commande saturnienne est à l’exact opposé du cancer-lion luni-solaire central du système planétaire, ça m’avait aussi semblé tenable.

                  • volt volt 12 décembre 2012 19:04

                    en parlant de « classique » j’évoquais d’abord les commandes,

                    pour le reste, cela pourrait se répartir en mode plus simple :
                    -de capricorne à bélier c’est domaine supérieur
                    -de taureau à lion c’est domaine central
                    -de vierge à sagittaire c’est domaine inférieur.
                    au centre terrien initial de tout cela donc : 
                    le taureau et son beit, avec le sabbat.

                  • Gollum Gollum 12 décembre 2012 21:05

                    Sans doute un dictionnaire, ou alors une soirée trop arrosée chez françoise hardy, 


                     smiley Je pense que vous avez du tomber sur un astrologue qui s’est inspiré du Sepher Yetzirah mais qui l’a restructuré à sa sauce interne.. cela arrive assez souvent hélas.. smiley

                    mais il me semble que c’est un classique, 

                    Je ne pense pas non.. enfin pas sous cette forme.

                    et cela m’avait d’autant plus marqué que le capricorne était dit terre d’« en haut »

                    Effectivement dans le Sepher Yetzirah le Capricorne est dans le secteur Nord/Haut..

                  • Antenor Antenor 12 décembre 2012 13:53

                    Concernant la localisation de Gergovie au Crest, j’ai trouvé encore un autre indice.

                    Après avoir été arrêtée à Ybois, la « Reine Margot » a été transférée quelques temps à Saint-Amant-Tallende avant d’être emprisonnée à Usson. Ybois étant juste à côté d’Usson, ce détour par Saint-Amant étonne.

                    Cependant, si le centre du pouvoir auvergnat (devenu royal à cette époque) était au Crest, on comprend que le roi s’est accordé un temps de réflexion en gardant Margot au pied du Crest avant de l’envoyer définitivement à Usson.

                    @ Emile

                    Je me demande s’il ne faut pas inverser votre proposition pour le soleil et la lune à Lavaudieu. Chez les Germains, la lune était masculine et le soleil féminin. C’était peut-être pareil pour les Celtes. Le personnage barbu a des croissants qui lui sortent de la bouche tandis que le personnage couronné est armé de lances (les rayons du soleil).

                    Au début, je trouvais bizarre l’idée d’une lune masculine mais à force de voir des représentations du dieu Sin, cela me parait maintenant tout à fait naturel.

                    Concernant le soleil féminin, on peut considérer qu’en Europe le soleil est plus doux et réconfortant qu’agressif et destructeur. Dans l’agriculture, les anciens considéraient peut-être que le soleil tenait au chaud la végétation comme une mère couve ses petits. Cela colle tout à fait avec cette sculpture où le personnage armé de lances n’a pas vraiment l’air décidé à s’en servir.


                    • Antenor Antenor 12 décembre 2012 14:09

                      C’est bizarre, le personnage que j’identifie au soleil n’est orné que de 10 disques. On pourrait s’attendre à ce qu’il y en ait douze comme les mois de l’année solaire.

                      Cela fait penser aux 10 astres de la cosmologie pythagoricienne. C’est intéressant car les druides étaient réputés proches des idées de Pythagore. Peut-être s’agit-il de l’invisible anti-terre. Ce qui explique l’expression fantomatique de son visage et le fait qu’elle semble se cacher derrière la grande feuille.

                      http://fr.wikipedia.org/wiki/Anti-Terre


                      • Antenor Antenor 12 décembre 2012 14:30

                        Cet autre chapiteau de Lavaudieu pourrait évoquer une légende germanique (donc celtique ?) : la dispute entre l’aigle, l’écureuil et le serpent.

                        http://www.romanes.org/Lavaudieu//Notre_Dame_de_Lavaudieu_0075.html

                        http://www.aucoeurdelaplanete.com/Mythologie/ANIMAL/Animaux-Yggdrasil/Animaux-Yaggdrasil.html


                        • Antenor Antenor 12 décembre 2012 14:32

                          La conception symbolique du monde des Germains (donc des Celtes  ?) :

                          http://mythologica.fr/nordique/yggdrasill.htm


                        • Emile Mourey Emile Mourey 12 décembre 2012 14:50

                          @ Antenor

                          Oui, ce passage de la reine Margot à Saint-Amant-Tallende est intéressant. Il pourrait indiquer que le siège de la juridiction de l’ancienne Gaule, au pied du Crest, existait encore à cette époque.

                          Je viens de regarder plus attentivement les chapiteaux de Lavaudieu http://www.romanes.org/Lavaudieu//Notre_Dame_de_Lavaudieu_0072.html

                          Je pense qu’il ne peut y avoir aucun doute. C’est bien le soleil qui est représenté d’un côté, avec son turban solaire, sa barbe qui évoque ses rayons. Les deux tiges sortent bien de sa bouche et se terminent par deux fleurs stylisées qui, dans la végétation lacustre du lac au pied du Crest qui existait alors, ne peuvent être que des fleurs de nénuphars. La végétation lacustre est d’ailleurs représentée mais il faudrait identifier les deux longues feuilles dressées du premier plan.

                          Face à ce soleil masculin, le personnage représenté sur le chapiteau qui lui fait face ne peut être que la lune. N’étant pas barbue, la représentation ne peut être que féminine. On retrouve la même végétation lacustre. Sachant, grâce à la description de Sidoïne que certains bords étaient peu profond, l’existence de roseaux y était des plus probables. Le fait de voir le reflet au travers rendait la vision encore plus poétique, disons mystique dans l’esprit de l’époque.

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