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Accueil du site > Tribune Libre > La présidentielle est un acte deux fois

La présidentielle est un acte deux fois

Les scrutins pour les présidentielles des 23 avril et 7 mai approchent, mais je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. Ma procrastination habituelle face à des choix qui engagent l’avenir de mon pays m’entraine malgré moi à repousser indéfiniment ces dates pour être sûr … de n’avoir pas à choisir. Hélas le temps impitoyable dévore ses enfants et jamais ne reste en repos avec un mouvement qui semble même s’accélérer jusqu’aux dates fatidiques. J’ai beau m’en remettre à tous les saints du paradis comme Jude qui s’occupe des causes perdues, ou François qui connaît bien l’Élysée, rien n’y fait : je doute toujours et jamais ne me décide.

Mais d’ailleurs pourquoi irai-je voter quand le beau temps m’incite plutôt à partir au bord de la mer comme me le susurre en douce une pensée diablotine que je connais si bien, moi qui suis loin d’être un saint. Il paraît que nombre d’électeurs s’apprêteraient à faire de même, ce qui fait que dans la masse personne ne remarquerait mon absence et qu’ainsi je me sentirais moins seul et surtout moins coupable de manquer à mes devoirs de citoyen. Je pourrais même à la place accomplir mon devoir conjugal, ce qui ne serait pas désagréable et pourrait le cas échéant contribuer à peupler la France. Ainsi je ferai d’une pierre deux bons coups et ma conscience serait sauve.

C’est alors qu’une petite voix m’indique qu’un autre chemin entre le vote habituel et l’abstention est toujours possible, et c’est le vote nul. J’avoue que ce nul me tente, d’abord parce que cela correspond à ce que l’on pense souvent de moi, alors pourquoi donc devrais-je prétendre faire le malin précisément ce jour là ? Et d’ailleurs quel plaisir sadique de mettre dans l’enveloppe un ou plusieurs bulletins, déchirés ou salis de préférence, pour n’avoir rien à décider et d’imaginer la tête des scrutateurs découvrant une recette de cuisine ou un message manuscrit d’une belle portée philosophique comme « mort aux vaches ! » ou « ni dieu ni maître » associé à l’un des candidats !

Mais rendu à ce stade je puis encore balancer entre le vote nul et le vote blanc, ce dernier faisant finalement plus sérieux puisqu’au lieu de se moquer bêtement des candidats cela signifie qu’on veut bien participer mais qu’aucune proposition ne convient. Sauf que blanc c’est blanc et noir c’est noir et que les deux sont sans espoir ! Car si ces bulletins blancs sont décomptés séparément des votes nuls ils ne seront pas davantage pris en compte dans le résultat final. Alors à quoi bon faire tous ces efforts : se déplacer jusqu’au bureau de vote, trouver une place pour se garer, faire la queue, retrouver sa carte d’identité égarée…J’en suis déjà tout fatigué d’avance.

Il faut en outre tenir compte que ces votes nuls, tout comme les votes blancs, deviendront en réalité profitables par défaut à certains candidats, ceux qui sont le mieux placés mais n’attirent pas nécessairement. C’est le serpent qui se mord la queue car avec l’abstention comme avec un choix blanc ou nul, on finit par sélectionner grâce aux voix des autres ceux que justement on n’aurait peut-être jamais favorisés. C’est alors un retour au départ, comme dans un Jeu de l’Oie, d’autant plus que certains candidats finiront peut-être par tomber un jour sur la case amende ou prison pour divers manquements aux lois.

Face à ces choix cornéliens les électeurs les plus consciencieux se lanceront dans une comparaison attentive des programmes même si chacun sait bien que personne ne les assimile vraiment et qu’ils ne seront jamais appliqués. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Au contraire le fait de relier des textes avec les personnalités des candidats me semble une méthode plus instructive. Je suggère après d’autres que « On a marché sur la lune » de Hergé pourrait être associé à Cheminade, « Le pendule de Foucault » d’Umberto Eco à Asselineau, les « Rêveries d’un promeneur solitaire » de Jean-Jacques Rousseau à Lassalle, « Debout les morts » de Fred Vargas à Dupont-Aignan, « Les raisins de la colère » de John Steinbeck à Mélenchon, « Le Capital » de Marx à Arthaud, « La Peste » d’Albert Camus à Marine Le Pen, « Candide ou l’optimisme » de Voltaire à Hamon, « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière à Macron, « Germinal » d’Émile Zola à Poutou et « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo à Fillon.

Je vous laisse essayer cette méthode si le cœur vous en dit surtout si vous êtes indécis comme moi, à moins aller faire du tir aux pigeons ou un jeu de massacre pour se défouler, de préférence à la foire du Trône (!), mais j’ai fini par y renoncer tant je mesure à présent que tout vote est en réalité un acte de foi qui met en relation chaque votant avec son idole. Il n’y en a peut-être pas de meilleure que d’autres mais on n’a semble-t-il jamais suffisamment fait le parallèle entre le secret de l’isoloir et celui du confessionnal. Et là un vertige pascalien mâtiné d’un doute cartésien peut saisir chacun tout d’un coup : ce choix est-il le bon ? D’autant que choisir c’est perdre tous ceux (ou celle) que l’on va peut-être finir par regretter un jour en se disant « Ah si j’avais su ! ».

Alors en définitive, considérant tous les déshérités du monde qui voudraient pouvoir s’exprimer librement mais ne le peuvent pas, je prends le risque d’un vote qui soit un acte d’espérance et de raison consistant à éliminer tous les chevaux de retour et sortir les renards du poulailler. Puis réduire encore le panel à ceux qui misent principalement sur l’imagination et l’intelligence, et alors il n’en restera pas beaucoup ce qui rendra plus facile la décision finale.

Car si le QI moyen à Singapour et à Hongkong (108) est de 10 points au-dessus de celui constaté en France (98), si nos systèmes d’enseignement sont décrédibilisés dans les recherches internationales, et si nous sommes à la queue des nations dans toutes les enquêtes concernant l’optimisme et la confiance dans l’avenir (derrière le Nigeria, l’Afghanistan ou le Pakistan !), c’est qu’il est devenu nécessaire de s’adapter aux changements du monde. Mais la politique n’a rien à voir avec la pensée magique et le futur président, quel qu’il soit, ne sera jamais un « deus ex machina » omnipotent si pendant son mandat les citoyens veulent passer leur temps à se reposer et s’indigner, ou imiter Astérix.


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12 réactions à cet article    


  • JL JL 18 avril 2017 10:58

     Joli article.

     
     « Le pendule de Foucault » d’Umberto Eco à Asselineau, les « Rêveries d’un promeneur solitaire » de Jean-Jacques Rousseau à Lassalle, « Debout les morts » de Fred Vargas à Dupont-Aignan, « Les raisins de la colère » de John Steinbeck à Mélenchon, « Le Capital » de Marx à Arthaud, « La Peste » d’Albert Camus à Marine Le Pen, « Candide ou l’optimisme » de Voltaire à Hamon, « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière à Macron, « Germinal » d’Émile Zola à Poutou et « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo à Fillon.
     
    Pour Fillon, de Molière je verrais bien l’Avare
     
    Mais pour macron, de Molière toujours, pourquoi pas Tartuffe ?

    • astus astus 18 avril 2017 11:25

      @JL

      Toutes les propositions sont ouvertes : je vote aussi pour la lecture ! 


    • JL JL 18 avril 2017 14:42

      @astus
       

       ps. Le titre est-il une allusion aux principe de deux tours ?
       
       C’est astucieux.

    • astus astus 18 avril 2017 14:54

      @JL


      Oui bien sûr et c’est en même temps un acte de foi ou d’espérance pour un programme et/ou une personne. Malgré certaines allusions il ne s’agit donc pas d’un sens religieux, même si les ressorts de la croyance englobent finalement des champs très vastes qui peuvent aller de la politique à la religion, en passant par les liens inter-humains en général. Cdlt. 

    • Brice Bartneski Bartneski 18 avril 2017 12:41

      Il est temps de changer d’Ere :


      • eric 18 avril 2017 13:49

        Faites comme les terroristes ! Choisissez Fillon. En préparant un attentat contre son meeting, ils ont désignés l’adversaire qu’ils craignent vraiment...


        • Océane33 18 avril 2017 14:06

          Merci Astus .... 

          je partage vos réflexions , juste une hésitation, puis une envie d’aller voter- en pensant à une phrase de Goya ,
           « le sommeil de la raison engendre des monstres » !


          • eric 18 avril 2017 14:16

            @Océane33

            Tout à fait vrai et cela exclue déjà tous les candidats des gauche socialistes. Entre

            - Celui qui veut prioriser les indiens latino américains dans le cadre dun socialisme bio-bolivarien héroïque Castroiste, pour en prenant l’argent de 1% des gens ont résolve sans effort les problèmes de 99%

            - Celui qui veut éduquer dès la maternelle les illettrés alcooliques génocidaires tabagiques pour en faire des créateurs actionnaires de start up exonéré d’ISF

            - Celui qui va résoudre les problèmes du chômage et de la planète réunis grâce au ramassage à la main de canabis bio

            On est déjà dans une monstrueuse bêtise...

            Après, il y aussi un candidat qui dit, cela ne va pas bien, on tous se retrousser les manches, en mettre un coup, faire confiance au gens en leur donnant plus de liberté et on va diminuer nos deux principaux problèmes, la pauvreté et le chômage ; C’est pas super exaltant, mais au moins on comprend que c’est possible.


          • astus astus 18 avril 2017 14:22

            @Océane33

            Merci ! Quant à l’évocation de la gravure no 43 des Caprichos de Francisco de Goya cela appelle un commentaire complémentaire, cité notamment par Salman Rushdie, qui révèle le sens caché de cette estampe : « L’imagination sans la raison produit des monstres impossibles : unie avec elle, elle est mère des arts et à l’origine des merveilles » ... 


          • colza 19 avril 2017 10:24

            A une dame qui lui demandait un conseil pour l’éducation de son enfant, Freux aurait répondu : « Faites pour le mieux de toutes façons, ce sera mal ».

             Il ne voulait pas dire que la dame était une mauvaise mère, mais qu’il n’y avait pas de bonnes solutions.
            Pareil pour les élections.

            • astus astus 19 avril 2017 11:07

              @colza


              Il n’y a probablement pas de bonnes solutions en effet, mais nous avons toujours le besoin de croire, heureusement sans doute, que certaines sont meilleures que d’autres. Et c’est alors un vrai mystère de constater qu’il existe parfois des prophéties auto-réalisatrices. 

            • non667 19 avril 2017 17:08

              Abstention ;

              = degré 0 de la politique les abstentionnistes qui ont laissé les autres voter a leur place sauront le soir pour qui ils ont voté a l’insu de leur plein gré !
              · alors que sur les 11 candidats il suffit de ne pas voter pour les pourris  hamon,fillion,macron ,mélanchon cette bande de . on pour faire vote utile et a défaut de les faire élire leur permettre d’émerger et de se faire rembourser leur frais de campagne !

               

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