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Accueil du site > Tribune Libre > La rumeur d’Alésia, je la connais, elle est récurrente, elle fait (...)

La rumeur d’Alésia, je la connais, elle est récurrente, elle fait partie des classiques de l’histoire, mais il faut la laisser vivre (…)

Déclaration d'Emmanuel Macron à Europe 1 ce mercredi dernier en réponse à un questionnement de Jean-Pierre Elkabach. Moi qui croyais que pour la communauté scientifique et donc pour les membres du gouvernement, la question était tranchée en faveur d'Alise-Sainte-Reine depuis les très coûteuses reprises de fouilles des années 1991 à 1997. Aucune réaction du côté du ministère de la Culture ! Aucune réaction du côté des responsables de l'Archéologie ! Silence du côté des grands médias ! Oublié, leur devoir d'information et de rectification en direction du peuple ? N'est-il pas pourtant du devoir des élites d'informer et de réagir contre la désinformation ?

Et ce muséoparc d'Alésia qui coûte la peau des fesses aux contribuables ?... un poème ! Incapable de montrer aux visiteurs une reconstitution exacte des retranchements césariens ! Quelques misérables branches pointues plantées dans le sol sur lesquels on nous dit que les Gaulois venaient s'empaler, il faut vraiment le faire. Incapable de nous expliquer le déroulement logique de la bataille avec ses phases successives pourtant soigneusement décrites par César.

Et puis, cette affirmation mensongère que l'armée de secours gauloise se serait enfuie sans combattre de ses camps. Incapable de traduire correctemment le texte césarien ! César n'a jamais dit qu'en arrivant sur les lieux, les Gaulois avaient dressé des camps. Il dit très précisément qu'ils s'étaient déployés devant les grands camps romains de la plaine, qu'ils les avaient investis et qu'ils les avaient donc détruits avant de de retirer lorsque la cavalerie germaine est revenue sur eux.

Je suis un homme du peuple, un citoyen comme un autre. Et comme pour les hommes du peuple qui lui posent des questions, Mme le Ministre de la Culture ne répond pas.

Le 5 janvier, je l'ai interrogée sur nos anciennes capitales gauloises, sans succès. Le 5 février, j'ai réitéré, toujours en doublant la publication de mon article Agoravox par un envoi postal... toujours sans succès. Mme la Ministre, pourquoi ce mépris ?

L'affaire est pourtant d'importance, car il ne s'agit pas seulement de l'Alésia de la bataille mais de l'Alésia dont Diodore de Sicile dit qu'elle était le foyer et la métropole religieuse de toute la Celtique.

Comme je l'ai expliqué dans de précédents articles, c'est sa position qui a fait de Taisey une étape privilégiée sur la voie de l'étain, sur une petite hauteur aux larges vues dominant la ville de Chalon-sur-Saône, à l'extrémité du couloir Rhône/Saône, dans une cuvette étendue fertile où le fleuve s'étale.

Quelle était en Méditerranée orientale la place centrale du commerce de l'étain entre un monde oriental ancien demandeur et un monde nouveau fournisseur depuis la (Grande) Bretagne ? il s'agit d'Alashiya, l'île de Chypre, alias Alasiya, alias Alasia, ainsi nommée à l'âge du bronze, mots très proches de l'Alésia d'Alise-Sainte-Reine, et encore plus de l'inscription qui y a été trouvée : ALISIIA, avec ses deux i.

Chypre/Alashiya, point de départ logique des voies de l'étain et point de retour. Le marchand naviguait jusqu'à Marseille, remontait le Rhône et la Saône, passait à Tournus, s'arrêtait à Cabillodunum/Taisey - l'Alésia de Diodore de Sicile - remontait la Thalie jusqu'à Aluze, autre Alésia, puis s'engageait dans la vallée luxuriante de la Cosane pour rejoindre, par la Brenne, Alise-Sainte-Reine, l'Alésia des Mandubiens, lieu de la bataille de César... et ainsi de suite jusqu'à la (Grande) Bretagne et à ses mines d'étain.

Car l'Alésia de Diodore de Sicile ne peut évidemment pas être la modeste Alésia des Mandubiens qui n'était qu'une cité vassale des Lingons. Où faut-il la situer ? La logique veut que cela soit Cabillodunum/Taisey sur la voie de la Saône. 

Lorsque Diodore de Sicile évoque la légende de la fondation de cette Alésia par Hercule au cours de sa course errante, il faut comprendre que c'est une colonie venue de Tyr qui s'est établie sur la colline de Taisey. Cet Hercule, ajoute Diodore - c'est-à-dire : cette colonie herculéenne - tomba amoureux d'une princesse indigène, ce qui signifie que les nouveaux colons mêlèrent leur sang étranger au sang des belles autochtones. De leur union naquit Galatès. C'est lui - ce sont les descendants de ces premiers colons - qui a donné au pays son nom de Galatia. Ce sont ces descendants qui tentèrent de civiliser la Gaule en interdisant les injustices et les meurtres rituels que les indigènes commettaient sur les étrangers. Mais la population indigène était plus nombreuse que les soldats d'Hercule ; et les Barbares reprirent le pouvoir. Et Diodore termine par cet étonnant témoignage : Alésia, c'est-à-dire Taisey, était le foyer et la métropole de toute la Celtique. » (Livre IV, XIX et Livre V, XXIV).

Diodore spécifie par ailleurs qu'un grand nombre d'indigènes vinrent s'y établir, et comme ils étaient plus nombreux que les autres habitants, il arriva que toute la population adopta les moeurs des Barbares. Je ne vois pas les indigènes affluer vers le horst de Mont-Saint-Vincent, en pleine zone montagneuse, ou vers le mont Beuvray, mais dans les terres fertiles de la région chalonnaise, oui ; et cela explique l'apparition, plus tard, de la nouvelle ville des bords de Saône, l'actuelle ville de Chalon.

Je terminerai enfin par ce témoignage du VI ème siècle avant J.C.. Évoquant notre région "barbare", Hécatée de Millet, historien et géographe grec ne cite que trois villes : Narbonne, Marseille qu'il situe en Ligurie et, au-delà de Marseille, Nuerax, habitée par les Keltoï. Il s'agit de la première mention connue des Celtes. Une Nuerax - nouvelle forteresse - au delà de Marseille, c'est-à-dire à l'extrémité du couloir rhodanien, avant que le fleuve bifurque, je ne vois que la position de Taisey qui satisfasse à cette condition. Métropole religieuse d'après Diodore, il s'agit sans aucun doute du site le plus important et le plus significatif de la Gaule. C'est de là que, venant d'Orient, va rebondir pour se répandre sur l'Europe et le monde une étonnante civilisation : la civilisation chrétienne. 

Emile Mourey 
emile@mourey.com
www.bibracte.com

Note : seules des fouilles archéologiques pourront nous en dire plus. J'y suis favorable n'étant intéressé que par le savoir qu'elles peuvent apporter.


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15 réactions à cet article    


  • Antenor Antenor 18 mars 2016 12:02

    On peut également deviner une autre voie à travers le Massif Central grâce aux toponymes d’Ales et d’Alleuze. La Via Regordane rejoignait le cours de l’Allier puis direction Gergovie, Nemossos, Avaricum, Lutèce...

    @ Emile

    J’ai trouvé cette charte en latin où Cresto est mentionné parmi les possessions du Dauphin d’Auvergne. Mon intuition se confirme quant aux confusions entre l’histoire de Creste et du Crest.
    Attribuer le Crest aux seigneurs de Saint-Floret et Creste aux Dauphins d’Auvergne, leurs suzerains, comme ici me paraît très peu crédible. Le Duc de Bourbon, qui a hérité des possessions des Dauphins d’Auvergne possédait d’ailleurs au moins une partie du Crest.


    • Emile Mourey Emile Mourey 18 mars 2016 13:50

      @Antenor

      Affirmatif. Je n’ai malheureusement plus le temps ni la force de me replonger dans cette recherche de ce fil important de l’Histoire qui nous fait remonter à la véritable et illustre origine de Gergovie, au Crest. Je possède une peinture représentant Henri de la Tour d’Auvergne,, Vicomte de Turenne, duc de Bouillon, maréchal de France, compagnon d’Henri IV, père du grand Turenne. Il doit certainement se retrouver dans ce fil.

    • Séraphin Lampion M de Sourcessure 18 mars 2016 12:32

      «  On peut également deviner une autre voie à travers le Massif Central grâce aux toponymes d’Ales et d’Alleuze. »



      intéressant...
      je n’avais jamais fait le papprochement entre le toponyme Alès et Alesia

      • Montdragon Montdragon 18 mars 2016 18:55

        @M de Sourcessure
        Il est dangereux de partir dans la toponymie comparée sans études, je me garderai de le faire, car on peut vite tomber dans le délire mystico-soucoupiste, sauf l’honneur du colonel.


      • Mmarvinbear Mmarvinbear 19 mars 2016 13:16

        @M de Sourcessure

        Sans doute parce qu’il n’y a pas mieux de le faire.

        Le site ne correspond absolument pas à la description ou au positionnement donné par César.

        Le premier nom connu de la ville était Alesto. Qui a donné Alestum, puis Alest, Alez, Alais enfin. Rien à avoir avec Alésia.

      • Antenor Antenor 18 mars 2016 17:43

        Des Gorgones à Chypre !

        Logique : Cition, port principal de Chypre = Céto, monstre marin dans la mythologie grecque, mère des Gorgones.

        Cition => Céto => Keltoi ???

        On y retrouve aussi une légende autour d’une étrange salamandre. Les marins chypriotes ont sans doute rapporté dans leur pays la vision saisissante de la montagne de la Serre ondulant au pieds des volcans ! Dans Pyrallis, il y a allis.


        • Emile Mourey Emile Mourey 18 mars 2016 19:32

          @Antenor


          Mais oui, tout cela est absolument fabuleux. Que l’archéologie française se soit fourvoyée à ce point dépasse l’imagination. Nous avons là, en Auvergne, la naissance d’une civilisation, la nôtre. Votre voie de l’étain qui va jusqu’à l’Allier prouve l’existence de Gergovie au Crest dès cette époque. Platon confirme son importance et ses enceintes en pierres. L’armorial de Revel nous montre un pays de forteresses et de villes fortifiées comme, par exemple, à La Roche-Blanche. César dit que La Roche-Blanche était remarquablement fortifiée (munitus) et abrupt/escarpé/taillé de tous côtés, tout autour. Cela suppose que la muraille - en pierres - englobait toute la ville de Revel mais aussi le sommet ou se trouve la tour avant que se produise un effondrement d’un pan de la falaise. Ceci pour dire que tout cet urbanisme fortifié a prospéré depuis la fondation du Crest, à l’époque des voies de l’étain. Au scandale archéologique qui ne veut voir en Gaule, avant l’arrivée des Romains, que des maisons en bois et des trous de pieux, s’ajoute le scandale de la traduction. Dans la traduction la plus connue, concernant la Roche-Blanche, Constans ose traduire « munitus » par « fortifiée par la nature », ce qui est un effroyable contre-sens et « circumcisus » par isolé alors qu’ « abrupt tout autour » s’impose.

        • Montdragon Montdragon 18 mars 2016 18:37

          Reste à savoir si les chypriotes préfèrent le Santenay ou le Maranges smiley


          • Alren Alren 19 mars 2016 18:13

            La ministre de la culture est une politique, nommée là pour sa docilité politique.
            Peut lui chaut vos recherches, M. Mourey, qui ne lui rapporteront ni avantages matériels ni popularité.
            Vous n’avez, hélas, rien à attendre de telles personnes malgré la solidité convaincante de votre dossier !


            • Emile Mourey Emile Mourey 19 mars 2016 18:25

              Oui, cela fait 40 ans mais j’espère toujours.


              • Guill500 11 mai 2016 10:03

                Bonjour Monsieur MOUREY,
                Nous nous rejoignons sur un point. Alise Sainte Reine ne peut pas être la capitale religieuse de toute les celtiques. Ce petit « sursaut » de terre est bien trop étroit et surtout bien trop mal placé pour s’orgueillir de ce titre.
                En revanche, je ne suis plus pour la localisation à proximmité de Chalon pour 2 raisons principales :
                - César nous dit qu’Alésia est située en haut d’une colline à haute altitude, entendez par là, par rapport à la plaine qui est en avant.
                - Il nous dit également que tout autours, des collines d’une même hauteur et faiblement éloignées sont présentes.
                Ce qui en fait une place presque imprenable et c’est pourquoi César dit qu’elle ne pouvait être prise autrement que pas un siège.
                Hors, autours de Chalon, aucune de ses considérations topographiques ne sont présentes.
                Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que César à joué avec la vérité pour se donner le beau rôle et valoriser sa campagne. Il y avait bien trop ’d’observateurs" autours de lui pour le laisser écrire des contre-vérités, ou du moins pour le dénoncer après coups.
                Mais je dois reconnaître que votre démarche de refuser les vérités établies et d’en rechercher d’autres est louable


                • Emile Mourey Emile Mourey 11 mai 2016 13:23

                  @Guill500


                  Bonjour,

                  Alésia est le nom ancien de Chypre qui était vers le Xème siècle la plaque tournante du commerce de l’étain. Cela explique la confusion qu’ont faite les historiens qui n’ont pas compris que lorsque Diodore de Sicile parle d’une Alésia, métropole religieuse des Gaules, c’est la forteresse construite en pierre de Taisey et que lorsque César parle de l’Alésia de la bataille, c’est Alise-Sainte-Reine. Mme Porte, qui se dit pourtant latiniste, vous a induit en erreur. Sa traduction du texte de César est une manipulation. Je l’ai expliqué dans un article http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-mme-danielle-porte-au-sujet-d-71273


                • excalibur12 (---.---.82.73) 3 novembre 2016 10:32

                  Une précision !! Alise St Reine est en pays Eduen !! César nous dit qu’après la bataille il part chez les Eduens , s’il part après c’est que pendant , il n’ y était pas CQFD !!!


                  • Emile Mourey Emile Mourey 3 novembre 2016 13:01

                    @excalibur12

                    Alésia, ville des Mandubiens (DBG 7, 68)

                  • excalibur12 (---.---.82.73) 3 novembre 2016 10:43

                    La seule localité pouvant prouvé être appelée Alésia , c’est Alaise dans le Doubs et ce jusqu’à ce que François le 1 er change le latin en Français !!!

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