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La tuerie de Chevaline : un quadruple homicide sans mobile ni suspect...

« Une personne a été placée en garde à vue le mercredi 12 janvier 2022 à 8 h 05 par la section de recherche de la gendarmerie de Chambéry dans le cadre de l’assassinat de la famille Al-Hilli et de Sylvain Mollier, dite « affaire de Chevaline » le 5 septembre 2012 ». L'implication du motard aperçu près des lieux du crime portant un bouc et un casque peu répandu et géolocalisé par son téléphone portable, avait pourtant été écartée deux ans après le drame. Il s’agissait d’un chef d’entreprise qui avait gagné un baptême de parapente. Sa garde à vue fut finalement levée après trente-six heures sans qu'une charge ne soit retenue contre lui. Pourquoi un tel revirement judiciaire ? A-t-on assisté à un hasard du calendrier : l'arrivée de la procureure d’Annecy Line Bonnet et de la récente reconstitution - d'une « alerte » du logiciel de rapprochements judiciaires - d'une information confidentielle reçues - ou suite à l'annonce par le ministre Dupont Moretti du Pôle « aux crimes en série et non élucidés » (La France compte 173 crimes non élucidés pour lesquels la justice est saisie et 68 procédures de crimes sériels)  ?

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Le 5 septembre 2012, William Brett Martin, un citoyen britannique d'origine néo-zélandaise de 53 ans et ancien pilote de la RAF quitte son lieu de résidence à Lathuie vers 14 heures pour une balade en VTT. Lors de son ascension de la Combe d'Ire dans la forêt domaniale du Grand Roc, au sud du lac d'Annecy, il est doublé par un 4 x 4 vert de l'ONF, un motocycliste et un cycliste. Une dizaine de minutes plus tard, vers 15 h 45, il découvre, deux kilomètres après la fin de la partie goudronnée au détour d'une petite route forestière menant à la commune de Chevaline (Haute-Savoie), le cycliste étendu sur le sol d'un parking jouxtant un chemin de randonnée. Le corps gît à proximité d'un break de couleur bordeaux avec trois personnes à l'intérieur : « en m’approchant, j’ai vu qu’une enfant très jeune titubait sur la route, elle était gravement blessée et qu’elle était couverte de sang ». Le Britannique se dirige vers le véhicule de type BMW dont le moteur tourne et les roues qui patinent. Les portières en sont verrouillées, il brise la vitre côté conducteur, coupe le contact et constate que la marche arrière est enclenchée. A l'intérieur, le conducteur et deux femmes assises à l'arrière semblent avoir été abattus de plusieurs balles... « j’ai commencé à devenir un peu inquiet et j’ai regardé dans les bois pour vérifier s’il n’y avait pas un dingue ou qui que ce soit qui se cachait avec une arme et si je n’allais pas être le prochain à me faire tirer dessus  ». Le témoin place la fillette blessée en position latérale de sécurité, dégage le corps du cycliste afin de parer à un sur-accident, et tente d’appeler les secours, en vain, son téléphone ne « passe pas ». Il enfourche son VTT pour s'en aller quérir des secours. A peine s'est t-il élancé, qu'il croise un jeune homme en compagnie de deux amies. L'appel arrive au CODIS à 15 h 48.

 

Chacune des victimes a été atteinte de plusieurs balles, dont deux dans la tête ! La fille aînée qui était à extérieur a été blessée d’une balle à l’épaule et violemment frappée à la tête par la crosse d’une arme de poing (une partie d'une des plaquettes en bois s’est brisée) et laissée pour morte. Les gendarmes ne découvrent aucun document d'identité, et rien ne semble avoir disparu. Seul le volant à droite et l'immatriculation établissent un lien avec la Grande-Bretagne. Vers 23 heures, le gérant d'un camping-caravaning situé sur la rive ouest du lac d’Annecy reconnait la famille au JT. Il prend attache avec la gendarmerie pour signaler que la famille d'origine irakienne se compose de : Saad Al-Hili, 50 ans, citoyen britannique - sa femme Iqbal, 47 ans - la mère de celle-ci, Suhaila al-Hallaf, 74 ans, de nationalité suédoise - Zainab âgée de 7 ans - et sa sœur âgée de 4 ans. Celle-ci sera découverte, indemne, recroquevillée sous les jambes de sa mère sept heures après la tuerie ! Le cycliste atteint par 7 balles est un habitant de la région, Sylvain Mollier, 45 ans.

 

Deux artisans ont vu le break BMW traverser le village de Chevaline vers 14 h 40, et à 3 kilomètres du parking du Martinet situé à 780 mètres d'altitude. Vers 15 h 30, un adolescent faisant du trial dans le parc national protégé a entendu plusieurs salves de tirs. Après les constatations criminelles de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale dépêché sur place, la scène est numérisée au moyen d'un laser 3 D. La technologie va permettre de déterminer les trajectoires balistiques et l'emplacement du tireur. Celui-ci se tenait au pied du panneau indiquant les chemins de randonnée et dans le fond du parking où le break BMW était immobilisé. « On sait que Saad Al-Hilli a fui une situation dramatique. Il a fait marche arrière avant de taper sa voiture dans le talus, là où elle a été embourbée, et le tueur a pris le temps d'abattre les passagers. Le tueur s'est approché du break et a exécuté chacune de ses victimes de deux balles dans la tête, tirant à travers les vitres. Il aurait ensuite achevé au sol le cycliste, qui avait déjà reçu trois balles dans le dos. Sans doute à court de munitions, le tueur a ensuite tenté de tuer Zainab en la frappant à la tête avec la crosse de son arme.

 

Les balisticiens ne parviendront pas à déterminer l'ordre des tirs. En général, le tireur engage en premier la cible qui lui a été désignée (contrat), ou celle qui représente une menace immédiate pour lui (tir de riposte, véhicule fonçant sur lui), prévenir une fuite (le cycliste a été atteint dans le dos), personne qui cherche à rompre le contact visuel, à se dissimuler ou qui risque de donner l'alerte. Dans ce genre de situation, un tireur statique procède à un premier engagement latéral de la droite vers la gauche ou l'inverse, ou en se déplaçant avant ou arrière afin de figer les « cibles » avant de revenir et délivrer un deuxième tir et s'assurer du contrôle de la situation. D'après un tabloïd britannique : « le tueur a fait feu à 15 h 30 en direction de Sylvain Mollier, de Saad al-Hilli et de sa fille de 7 ans, Zainab. Celle-ci, rescapée du drame, a expliqué aux enquêteurs que son père lui a pris violemment la main pour la ramener dans le véhicule, mais elle n'est pas parvenue à monter. Le père a tenté alors de fuir avec la voiture qui a accroché le corps du cycliste, le traînant sur le sol. Le tueur de continuer à tirer à travers les vitres touchant Saad al-Hilli, son épouse et sa belle-mère ».

 

Les experts pensent que le tueur est un excellent tireur, 17 des 25 (certains articles mentionnent 21, confondant, probablement, la capacité des chargeurs de 7.65 avec ceux de 9 mm) balles tirées ont atteint les victimes, aucune ne semble avoir touché la carrosserie du break (le tueur était peut-être tout simplement à hauteur des vitres). Le tireur a utilisé un pistolet semi-automatique Luger P 06 dont le chargeur ne peut contenir que huit cartouches, voire une supplémentaire si une munition a été chambrée. Il a donc vidé le premier chargeur après avoir tiré à neuf reprises (1+8), avant de procéder à deux changements tactiques de magasins. Aucun chargeur n'ayant été retrouvé, il ne peut s'agir que d'un tireur familiarisé à cette pratique. Certains amateurs d'armes de mentionner que l'arme était peut-être pourvue d'un chargeur escargot. Trois remarques, il aurait alors disposé de 32 cartouches, frapper la fillette à la tête aurait laissé des traces particulières avec le risque de désolidariser le chargeur, et que 9 + 8 + 8 = 25, soit la capacité des trois chargeurs avec une munition dans la chambre (condition One). On est en présence d'un tireur très probablement habitué à la manipulation de cette arme (la dispersion à 50 mètres est de 9 x 6 cm avec canon de 120 mm & ligne de mire de 215 mm) et familiarisé avec le tir « combat », car enchaîner plusieurs changements de magasins en situation de stress et sans en laisser tomber aucun ne saurait s'improviser.

 

Les enquêteurs restent perplexes et de nombreuses pistes ont été explorées : contrat (assassinat), prise à partie avec une personne irascible, mauvaise rencontre (trafic), « car-jacking » qui aurait mal tourné, tueur itinérant, etc. Saad était en conflit avec son frère aîné à propos de l’héritage paternel. Le père, un industriel dans la volaille et le papier toilette qui avait fui l'Irak dans les années 1980 était titulaire d'un compte en Suisse ouvert en 1984 et présentant un solde créditeur de 780 000 £ (968 000 euros) ! Les Al-Hilli ont-ils servi de prête-noms pour des détournements de fonds provenant de l'opération « Pétrole contre nourriture » ? L'Irak a refusé toute collaboration judiciaire avec la France, et les agents de la CIA ont emporté tous les documents ! La tuerie est-elle en rapport avec la profession de Saad al-Hilli, ingénieur dans les satellites pour une filiale d'EADS ? Pour quelle raison Iqbal al-Hilli avait caché à tous ses proches qu'elle était divorcée d'un ancien policier épousé en 1999 à Natchez (Mississippi) avant de gagner l'Angleterre où elle rencontra Saad quelques mois plus tard ?

 

S'agit-il d'un crime « parfait » ou le meurtrier a-t-il été chanceux ? Plus de 1.300 personnes ont été entendues en France et à l'étranger ; des milliers d’heures d’enquête et d’auditions, des tonnes de documents épluchés, (...) un numéro vert qui a permis de recueillir une cinquantaine d'auditions supplémentaires. Toutes les images des caméras des tronçons autoroutiers empruntés par la BMW tractant une caravane blanche ont été examinées afin d'y déceler une éventuelle filature ! Lors de la GAV de janvier 2022, les autorités instruites des répercussions médiatiques précédentes ont peu communiqué. En février 2014, la médiatisation d'un homme placé en garde à vue puis mis hors de cause avait eu pour conséquences la perte de son emploi et « sa famille détruite ». Le 3 juin 2014, Patrice Menegaldo, un ancien légionnaire âgé de 50 ans qui avait une relation avec Sylvianne Mollier, la soeur de Sylvain, entendu comme simple témoin en 2013, s'était suicidé par arme à feu à son domicile d'Ugine (Savoie). Il ne pouvait « plus supporter les soupçons pesant sur lui ».

 

Le 21 mars 2019, Daniel Forestier (Boris), ancien du Service action était abattu de cinq balles sur un parking près du lac d’Annecy. Il s'était rendu sur place après avoir reçu un appel de Suisse... Le 2 septembre 2020, un corps sans vie était découvert dans le secteur forestier du Grand Roc sur la commune de Chevaline. L'homme semble s'être extrait du véhicule en flamme dans lequel des armes furent découvertes ! La victime âgée de 70 ans qui habitait Doussard « était assise à l’intérieur du véhicule et celle-ci en serait ensuite sortie avant de succomber » ; une tentative de suicide selon les gendarmes. En septembre 2021, une nouvelle reconstitution sur les lieux de la tuerie de Chevaline n'apportait aucun élément probant, si ce n'est la seconde GAV du motard...

 

Sylvain Mollier a-t-il été une victime collatérale où était-il visé personnellement ? La question s'est posée. L'homme avait divorcé pour vivre avec Claire Schutz (29 ans) de seize ans sa cadette, union de laquelle est né Louis. Claire avait repris la pharmacie de ses parents, Schutz-Morange, à Grignon, en 2011. Peu de temps avant sa mort, Sylvain Mollier avait déposé une demande de congé parental de trois ans à l'usine (Cezus, une filiale d'AREVA) qui l'employait. A-t-il organiser son insolvabilité afin de minorer la pension versée à son ex-femme (Lydie), et comment a-t-il pu acheter un vélo de course de plusieurs milliers d'euros ?

 

Il semble que les victimes se soient retrouvées au même moment sur le parking sans le vouloir. Zainab ayant émis le souhait de faire une promenade en forêt, un employé du camping aurait indiqué à Saad un itinéraire ; et c'est Thierry Schutz, le père de Claire, qui aurait suggéré à Sylvain le même itinéraire. Saad et Sylvain se seraient trompés de chemin en manquant un virage en « épingle à cheveux » avant d'atteindre le petit parking situé 3 km plus loin. Se sont-ils rencontrés là, ont-ils échangé quelques propos ensemble sur leur déconvenue avant d'être surpris par le tireur ? Ce dernier pourrait avoir emprunté la route partant du village d'Armand, où la boucle de randonnée d'une longueur d'une dizaine de kilomètres avant d'être à pied d’œuvre... Une chose semble sûre, la famille al-Hilli parait détendue et souriante sur des photos prises à Chevaline peu de temps avant le drame !

 

Une certitude, l'arme du crime est un Luger P 06 Parabellum (calibre 7,65 x 21). Ce pistolet dérivé du Borchardt et imaginé par l’Autrichien Georg Luger a fait son apparition à la vente en 1900 avant de devenir le pistolet d'ordonnance de l'armée suisse au mois d'avril 1901. A partir de 1929, il est fabriqué par la Waffenfabrik de Berne et va rester en dotation jusqu'en 1949. Ce PSA (P 06/29) qui a équipé des résistants savoyards est resté en possession des officiers et sous-officiers suisses jusqu'à la fin de leur obligations militaires, vers 1980 ! Selon les registres de la Waffenfabrik, l'usine d'armement en a sorti 56 028 exemplaires ! Mais tous n'étaient pas destinés à l'armée ou aux tireurs civils suisses, bien d'autres États ont passé commande : Argentine, Bulgarie, Brésil, Chili, Hollande, Portugal, Suède, et il a été essayé par : Autriche, Canada, Espagne, France, Luxembourg, Norvège, Russie. Seule la croix suisse frappée sur une partie de l'arme et la lettre devant le numéro de série permet de les différencier !

 

La Suisse a accepté, en 2015, de coopérer avec la France, la chose est ardue, car la loi sur les armes est cantonale et la vente ou l'échange d'armes est une pratique répandue dans certains cantons. Autant dire que cela s'apparente à chercher une aiguille dans une botte de foin. Autre axe de recherche, les nombreux clubs de tir fréquentés par des Français désireux de s'entraîner à une pratique de tir plus réaliste. A noter que la cartouche du P 06 en forme de « bouteille » (26 Fch les 50 FMJ chez RUAG) est facile à reconnaître parmi les nombreuses douilles jonchant les stands de tir, et que l'arme attire la curiosité des tireurs avec son inclinaison de crosse très particulière et une culasse « à genouillère » qui en font un objet de convoitise chez les fanas d'armes de collection.

 

En février 2009, un citoyen soucieux de se débarrasser d’un ancien Luger s'était présenté à la Brigade de gendarmerie de Guîtres pour y déposer l'arme afin qu'elle ne tombe pas entre de mauvaises mains. Le gendarme chargé d'effectuer les formalités administratives fut séduis par le côté mythique de l'arme qu'il décida de conserver ! Il rédigea un certificat de destruction falsifié en substituant un revolver à grenaille... L'affaire fut découverte de façon fortuite. Des collègues avaient confisqué un fusil Browning à un homme suicidaire, lorsque celui-ci était venu pour le réclamer, on lui en présenta un qui n'est pas le sien ! Son fusil d'une valeur de 1.500 euros avait été remplacé par une carabine (canon rayé) hors d'âge ! Le gendarme incriminé présenta sa démission espérant mettre un terme à la procédure disciplinaire. Mais le procureur du Tribunal d'Agen déclara à propos des faits : « ils mettent en cause un fonctionnaire de la gendarmerie, officier de police judiciaire ». L'accusé, vingt années de carrière, fut condamné au mois de janvier 2011 par le tribunal correctionnel de Libourne à six mois de prison avec sursis pour : faux - usage de faux - vol du pistolet. La non-inscription au casier judiciaire lui permettra de retrouver un emploi comme agent de sécurité...
 

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5 réactions à cet article    




    • roby roby 21 janvier 11:18

      @l’auteur

      Merci pour cet article que j’ai trouvé très passionnant.


      • xana 21 janvier 16:18

        Oui, moi aussi. Un vrai roman, mais sans la solution à la fin !

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