• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > La vie au ralenti mais la vie malgré tout

 La vie au ralenti mais la vie malgré tout

Jamais encore, depuis plusieurs décennies, l’émergence d’un nouveau virus n’avait à ce point influé sur la vie sociale et économique. Mais ses effets ne seront peut-être pas que négatifs…

 Depuis près d’un mois maintenant, un mot s’est imposé à la une de tous les journaux, dans tous les débats et toutes les discussions médiatisés ; un mot à la phonétique presque familière mais au contenu néanmoins mystérieux : coronavirus. Tant qu’il était localisé dans la lointaine région chinoise du Hubei, il n’était qu’une information parmi d’autres dans le bulletin des affaires terrestres – lesquelles n’ont jamais été au beau fixe. On a même cru, au vu des méthodes drastiques déployées par le gouvernement de Pékin, qu’il pourrait être circonscrit à sa zone d’émergence. Après tout la circulation des virus à la surface de la terre est calquée sur celles des hommes. Bloquez-la pendant quelques semaines et, avec un peu de chance, tout rentrera dans l’ordre. 

C’était pécher par optimisme et lorsque l’Italie a déclaré ses premiers cas d’infection, nous avons tous compris que le France serait la prochaine étape. Rapidement le coronavirus a chassé, dans l’esprit de nos concitoyens, des préoccupations qui auraient, sans cela, monopolisé toute leur attention : les élections municipales, le passage en force du gouvernement sur le dossier des retraites, la guerre turco-syrienne et ses nouveaux flux de réfugiés, voire le procès Fillon. A présent qu’il prolifère sur notre territoire, que chaque jour qui passe ajoute de nouveaux malades et de nouveaux morts à une liste déjà longue, ce n’est plus une information mais une menace qu’il s’agit de traiter par l’état d’urgence. D’où ces communiqués prophylactiques à répétition qui nous rappellent que nous sommes en guerre contre un ennemi encore plus sournois et plus invisible que les terroristes de ces dernières années. Avec cette pandémie, nous redécouvrons qu’un évènement mondial – et le surgissement de ce virus en est un – peut nous concerner directement et non plus être simplement un objet de spéculations intellectuelles.

Du reste, la loquacité des commentateurs habituels et des spécialistes sur ce sujet amplifie son caractère angoissant. Elle est inversement proportionnelle à la chape de silence et de morosité qui s’est abattue sur la vie quotidienne. Dans les transports en commun, chacun surveille ses voisins, surtout ceux qui toussent et qui mouchent. L’angoisse est de plus en plus sensible dans les regards. On évite les contacts rapprochés et les échanges jaculatoires ; c’est la suspicion généralisée. Et si le port de masques chirurgicaux est encore peu fréquent dans l’espace public, les gens se protègent en remontant leur écharpe. Au moins aurons-nous gagné un peu plus de conscience de nos gestes quotidiens, un peu plus d’hygiène basique. 

 Le produit star du moment, c’est le gel antibactérien (naguère critiqué par les professionnels de la santé). Chacun veut avoir son flacon dans la poche et les pharmacies ne peuvent plus répondre à toutes les demandes. Certaines commencent à le fabriquer elles-mêmes, tandis que de petits malins font monter les prix – c’est classique – de ce produit anodin sur le marché noir qu’est devenu Internet. Bref, une forme de désintégration travaille le lien social. 

Et pourtant ce virus n’est que l’agent d’une pneumonie, certes sévère, mais qui ne tue qu’une à deux personnes sur cent infectées. C’est davantage que le taux moyen de mortalité d’une grippe saisonnière (un décès sur mille cas), mais ce n’est pas non plus le terrible virus Ebola (un mort sur deux en cas d’infection). Ce n’est pas non plus la peste noire qui décima le tiers de la population européenne au XIVeme siècle et dont Marseille connût une répétition sinistre voici exactement trois siècles. Néanmoins le coronavirus est une maladie émergente, à peine identifiée. A travers lui c’est nôtre sempiternelle peur de l’inconnu qui revient en force. Sa recrudescence intangible perturbe non seulement les esprits mais l’ensemble du corps social, plombant les chiffres d’une économie nationale forcément liée aux variations des échanges mondiaux.

Ces répercussions ne sont pas seulement inquiétantes pour notre épargne et nos emplois. Elles révèlent la fragilité intrinsèque de la « machine-humanité ». Cette espèce prodigieuse, que beaucoup de ses enfants dénoncent aujourd’hui comme dévastatrice pour le restant de la planète, peut comme à ses débuts se retrouver dans une situation de faiblesse déconcertante, face à un phénomène naturel relativement bénin. On la dit surpuissante ; ce n’est pourtant qu’un colosse aux pieds d’argile, soumis aux mêmes craintes qui assaillaient nos très lointains ancêtres. Qui osera encore dire, après cette crise-là, que la nature est notre amie ?

D’aucuns (écologistes radicaux, végans, antispécistes) y voient, nous le savons, une forme de vengeance et se réjouissent en secret du mal que nous subissons. Les fous ! Mais si l’humanité est une espèce beaucoup moins forte qu’on ne le croit, elle est aussi très résiliente. C’est même sa grande qualité sur la durée et elle surmontera assez vite – nous n’en doutons pas – cette pandémie. Avant qu’une autre, encore plus meurtrière, ne l’assaille de nouveau…Car la vraie guerre de toujours est celle que nous menons, depuis la nuit des temps, contre la nature. Puisse-t’elle nous détourner de nos stériles conflits et conduire les êtres humains à davantage d’unanimisme et de solidarité ! 

 

Jacques LUCCHESI


Moyenne des avis sur cet article :  1.94/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

21 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 10 mars 18:47

    « Qui osera encore dire, après cette crise-là, que la nature est notre amie ?  »

    Extraits de « La maison du berger », d’Alfred de Vigny.

     

    « La Nature t’attend dans un silence austère

    L’herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,

    Et le soupir d’adieu du soleil à la terre

    Balance les beaux lis comme des encensoirs.

    La forêt a voilé ses colonnes profondes,

    La montagne se cache, et sur les pâles ondes

    Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

     …/…

    Ne me laisse jamais seul avec la Nature

    Car je la connais trop pour n’en pas avoir peur.

    …/…

    On me dit une mère et je suis une tombe. »


    • lautrecote 10 mars 19:52

      Qui osera encore dire, après cette crise-là, que la nature est notre amie ?

      C’est une très mauvaise question !

      Ou plutôt la réponse est nous faisons partie de la nature. Nous n’avons pas avec elle de rapports amis/ennemis, nous avons (nous devrions avoir) des rapports de coopération mutuelle.

      Croire que la nature et nous, c’est deux choses différentes, c’est vouloir encore la dominer.

      La raison de la propagation de ce virus est simplement la destruction des écosystèmes protecteurs (et donc de leurs habitants).

      L’espère humaine détruit les écosystèmes de toutes les espèces (oui, oui, y compris le sien), il ne faut pas s’étonner s’il y a des débordements.

      Nous sommes loin de connaître tous les mécanismes en jeu dans « le vivant », il faudrait juste qu’on arrête de se croire tous-puissants.



      • foufouille foufouille 10 mars 20:55

        @lautrecote

        tu es vraiment débile.

        ton écoconnerie n’existe pas.


      • lautrecote 10 mars 21:27

        @foufouille
        C’est Georges Courteline, je crois qui disait
        passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet


      • lautrecote 11 mars 08:06

        @dimitrius
        C’est la saison, les imbéciles vont par paire... un vrai bonheur !


      • @lautrecote dimitrius est le mouton noir d’Agora. IGNARE.


      • foufouille foufouille 11 mars 15:56

        @lautrecote

        un imbécile comme toi est souvent plus heureux.


      • Mon petit moment astrologique jungien. Le grand Saturne (Chronos, la castration, la mort) arrive dans le signe du verseau, celui de la fraternité. Il y reste deux années. Autant savoir,....


        •  « Car la vraie guerre de toujours est celle que nous menons, depuis la nuit des temps, contre la nature. » Grossière erreur. La meilleure méthode à adopter face à un ennemi « imaginaire » est de l’apprivoiser (Le Petit Prince). 


          • Si vous ’avez pas le moral, lisez : 

            • La situation désespérée du présent me remplit d’espoir : face à trois délires politiques mortifères, l’hypothèse convivialiste, broché, 2016

            • Jung-Freud, deux âmes soeurs. Pour appel, dans le signe du verseau, le soleil est en chute (mort du soleil-père). Opposé au signe du lion (royauté-père de la nation). Relire totem et Tabou qui illustre bien la révolution française. Les frères s’unissent pour tuer le père. Nous constatons partout que le nationalisme revient en force et que la gauche-fraternelle est à genoux. A suivre,... C’est toujours ainsi en période de crise. Biden ne fera pas le poids face à Trump.


              • kirios 11 mars 09:59

                @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                « la gauche-fraternelle » ? de quoi parlez vous ? d’un mythe ?


              • @kirios
                 Effectivement. Le signe du verseau est aussi le plus individualiste. J’en ai croisé des idéologues de gauche. Prêter un bouquin, c’était leur arracher le coeur.


              • En plus, la planète Uranus (le ciel, la technologie, maître du signe du verseau) se trouve dans un signe de terre, le taureau et en CHUTE. Régis Debray voit clair :https://www.lalibre.be/debats/opinions/regis-debray-l-ecologie-remplit-le-vide-laisse-par-le-recul-des-recits-religieux-5e666ef19978e201d8b293bb


                • L’élément terre dominera l’année, c’est GAIA. Rappel mythologique. Gaia qui ne supportant plus les assauts de son « époux » Uranus demanda à son fils saturne de castrer Ouranos, son propre père. 


                  • rita rita 11 mars 09:40

                    La vie au ralenti ?

                    Pour les gens ayant reçu un lavage de cerveau de la part des politiciens ?

                    Je vois des gens se ruer sur les produits de première nécessité dans les super marché comme si la fin du monde était pour demain ?

                    Peu de personnes se baladent dans les rues ou les magasins ?

                    Certains portent un masque alors que carnaval est fini ?

                    Les restaurants sont vides ?

                    Plus de spectacles ?

                    Y aurait il un risque majeur en France avec ce tintouin venu de Chine ?

                    Des annonces alarmantes à la télé de la part du président sur une éventuelle épidémie ?

                    malgré tout une bonne chose, les stades de foot sont vides !

                     smiley


                    • @rita Pas du tout, la « chine » dans les brocantes fait un carton (si je puis dire,...).


                    • JL JL 11 mars 10:22

                      ’’malgré tout une bonne chose, les stades de foot sont vides !’’

                       

                      ça fait bizarre de regarder un match sans spectateurs sur le terrain, comme hier soir pou le match féminin France Pays-Bas. Je suggère aux télés de mixer les images avec des cris enregistrés de public. Comme on ajoute des rires enregistrés sur les mauvais séries comiques.

                       

                       Ceci dit, très très beau Match. Le troisième but des Françaises, but d’égalisation marqué dans les toutes dernières secondes, était particulièrement remarquable.


                      • Albert123 11 mars 10:43

                        D’aucuns (écologistes radicaux, végans, antispécistes) y voient, nous le savons, une forme de vengeance et se réjouissent en secret du mal que nous subissons. Les fous ! 

                        c’est surtout la démonstration d’une des formes du sadisme, ce qui n’a rien de surprenant tant les idéologisés sont des détraqués et que la souffrance de ceux qui abondent ou non dans leurs délires les conforte dans leur vision fantasmée du réel.


                        • BA 11 mars 18:10

                          L’organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré, mercredi 11 mars, que l’épidémie due au coronavirus est désormais considérée comme une pandémie.


                          « L’OMS n’a cessé de surveiller cette épidémie, et nous sommes très inquiets par les niveaux de diffusion et de dangerosité, ainsi que par les niveaux alarmants de l’inaction » de la communauté internationale, a indiqué le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de Presse à Genève.


                          « Dans les jours et les semaines à venir, nous nous attendons à voir le nombre de cas, le nombre de décès et le nombre de pays touchés augmenter », a averti Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse.


                          https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/11/le-point-sur-l-epidemie-due-au-coronavirus-dans-le-monde-l-iran-annonce-63-nouveaux-deces_6032633_3244.html

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès