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Accueil du site > Tribune Libre > La « violence archaïque » : C. Dettinger vs Forces de l’ordre

La « violence archaïque » : C. Dettinger vs Forces de l’ordre

 

Le 13 février, Christophe Dettinger a comparu devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir frappé deux gendarmes mobiles lors de l'acte VIII des Gilets jaunes à Paris. L'homme semble avoir porté les coups au premier gendarme après l'avoir vu matraquer une femme au sol ; quant au second « round », il aurait été déclenché à la vue de gendarmes matraquant sans discernement des Gilets jaunes. Le justiciable de paraphraser Saint-Just : « En voulant sauver une dame d'une injustice, j'en ai créé une autre. Et de préciser : Mais quand on est au milieu de la foule, quand on est là tous les samedis, c'est plus la même chanson. (...) S'il fallait écouter les forces de l'ordre depuis le début des manifestations, tous les Gilets jaunes resteraient chez eux car ils sont maltraités. (...) Je suis grand, je suis costaud, mais je ne suis pas quelqu'un de méchant. J'ai été catalogué gitan boxeur, casseur, tueur de flic... Wahou ! Je ne suis pas cette personne-là  ». Maître Henri Leclerc de procéder à un recadrage : « Une manifestation est une bête qu'on ne maîtrise pas aussi facilement. Un homme magnifique peut commettre une faute. Dans une manifestation, on peut perdre le contrôle. La peur, la colère, tout tient ensemble ».

L'homme est un primate particulier. Il se déplace en position verticale en prenant appui sur ses deux membres inférieurs, particularité qui donne aux mains une grande liberté d'action et permet aux organes sensoriels de capter le maximum d'informations alentours. Quatre-vingt pour-cent des informations recueillies par les systèmes sensoriels provient de la vision. « la vue est la capacité du système visuel de percevoir son environnement, et la vision le phénomène par lequel l'homme intègre et utilise les informations venues du système visuel pour répondre à ses besoins. (..) C'est aussi l'habileté des stratégies visuelles pour capter l'information et l'interprétation et l'exploitation des informations décodées par le cerveau » (C. Darras). L’indice visuel est parfois extrêmement réduit et peut échapper à un spectateur non averti ou non familiarisé avec la scène à laquelle il assiste. Le spectateur qui assiste à un combat de boxe assis dans un fauteuil n'en a sûrement pas la même vision que les combattants sur le ring.

Le cerveau transmet des ordres aux articulations qui pour la main deviendront des gestes volontaires et complexes. Droite ! gauche ! l'extension du bras droit servant à déterminer la bonne distance, pas d'upper-cut ni de swing et quasiment aucun crochet, séries de coups donnant l'impression d'un boxeur à l'entraînement. Le bouclier du GM a tout simplement remplacé, dans l'esprit de Dettinger (effet tunnel), le sparring partner. Rien à voir avec un combat de boxe, la gestuelle et le jeu de jambe en attestent. Un mi-lourd qui frappe pour « démolir » c'est autre chose.

Une confrontation tendue requiert des possibilités d'adaptation variables selon chaque individu. L'anxiété, l'angoisse, la peur et la panique constituent des états pouvant être à l'origine d'emportements chez n'importe lequel d'entre-nous. Pour nos ancêtres, le stress était principalement physique, les réactions engendrées n’avaient qu’un seul but, répondre à la situation en mobilisant toutes les ressources du corps. Si l’homme moderne a perdu bon nombre de ses défenses, il en a cependant conservé certaines manifestations. Mac Lean qui a étudié le cerveau à partir de ses origines en suivant l’évolution des animaux vertébrés, l’a divisé en trois niveaux correspondant à l’évolution humaine. Il différencie : le cerveau reptilien : le plus primitif, qui ne connaît que deux réflexes, l’agressivité pour se nourrir ou se défendre et la fuite. C’est dans ce cerveau que sont stockés nos automatismes sensés fournir une réponse face au danger. Le cerveau limbique qui gère la mémoire enregistre les émotions de notre vécu, les filtres et réagit d’une façon plus adaptée en réduisant ou en augmentant la réaction. Le cortex cérébral permet la reconnaissance de la situation comme une réalité extérieure et peut s’opposer à une expérience négative en imaginant une action plus adaptée. Le cortex est spécifique à l’homme, lui donnant l’intelligence, la faculté de raisonner et de créer.

Si chaque niveau fonctionne spécifiquement, ils interagissent entre eux. Le cortex renseigne l’hypothalamus (cerveau limbique) et décide des mesures adaptées en agissant par le système sympathique. Selon la dose de stress supportable, ce mécanisme se fait plus ou moins tôt et peut être plus ou moins adapté. Chaque individu réagit sur le plan psycho-émotionnel différemment à une situation stressante. Cela dépend de sa motivation, sa personnalité et l’image mentale qu’il se fait de la situation. « L'imagination peut être dirigée par son éducation - toute pensée préoccupante devient vraie - la fin étant pensée, le subconscient trouve le moyen de la réaliser (Coué) ».

Notre système nerveux perçoit des sensations en provenance des milieux extérieur et intérieur pour les emmagasiner dans le cerveau qui commande nos mouvements via des influx nerveux adressés à toutes les parties du corps. Le cerveau et le système nerveux règlent et coordonnent tous les mouvements volontaires et automatiques (réflexe). Le système nerveux autonome est complètement involontaire et automatique. Il comprend les nerfs sensoriels qui maintiennent le corps en relation avec l'environnement intérieur et extérieur, ainsi que les nerfs régissant les réactions du corps. Le SNA contrôle le milieu intérieur du corps : respiration, rythme cardiaque, répercussions physiques liées aux émotions. Il contrôle certaines fonctions vitales du corps et il échappe, dans une certaine mesure, au système nerveux volontaire.

Les deux systèmes (SNA et SNC) sont étroitement imbriqués. Le système sympathique est un système nerveux d'action d'urgence et d'adaptation à l'environnement extérieur. Réagir à un événement soudain que ce soit d'épauler un LDB, presser la détente ou porter des coups, correspond à des activités motrices du système nerveux central et autonome. Le réflexe supprime l’intervention volontaire du cerveau, et celui de Christophe Dittinger est probablement passé sur « pilote automatique » avec la déconnexion du cortex et abolition momentanée du discernement. A partir du moment où l’on réfléchit pour exécuter une action en réponse à un danger, la fraction de seconde perdue est préjudiciable à la célérité de la réponse délivrée. L’automatisme est plus rapide que l’exécution transmise par la pensée. Un débutant qui met une seconde avant de réaliser la survenance d’une action, peut après un certain temps d’apprentissage, voir cette durée de perception être divisée par trois. Le temps total comprend, le temps de perception (je vois), le temps de réaction (j'épaule ou je dégaine, je porte le coup). Pour le tireur de LBD, cela donne 0,30 seconde (temps de perception), 0,20 sec pour ajuster l’arme, et 0,1 sec pour presser la détente, soit une durée totale de 1 sec.

Le système nerveux est complexe et nos sens lui permettent d’utiliser les informations extérieures pour l'aider à élaborer des actions capables d’agir sur la situation et/ ou sur soi. L'émotion s'accompagne de réactions neurovégétatives et endocriniennes. Confronté à un stress aigu, le corps va sécréter des hormones, l'adrénaline pour l’anxiété, la noradrénaline pour l'agressivité, il y a aussi libération de glucose par le foie (sucre) qui efface la fatigue et donne un « coup de fouet », apparaissent ensuite la cortisone et les endorphines. La vasodilatation permet aux muscles striés, qui, représentent environ 50 % de notre masse corporelle, d'accroître leur excitabilité et leur force contractile pour affronter ou fuir le danger. Si la pression extérieure est violente et soudaine, l'effort d’adaptation de l’organisme est dépassé. Le stress supportable est compris dans certaines limites, après apparaît la panique.

Confronté à un acte violent télévisé, l'impression ressentie par le téléspectateur sera différente selon son milieu, ses convictions, ses croyances et son chemin de vie. Le « bourgeois » aime à se faire peur, hélas pour lui, il ne peut plus aller s'encanailler dans les bouges fréquentés par les Apaches. Il ne lui reste que la « boîte à images » pour éprouver une peur imaginée par percolation. Ces images diffusées en boucle amplifient d’une façon phénoménale le sentiment de danger réel ou supposé. Le stress engendré par un événement craint ou redouté favorise l’imaginaire. Si une situation n’est pas objectivement dangereuse mais qu’elle est ressentie comme telle, une réaction d’anxiété peut se déclencher, le spectateur va se comporter comme si elle l'était réellement. Le téléspectateur a le temps de se faire son « cinéma » intérieur et d'argumenter en rapportant les propos invérifiés & non recoupés tenus ça ou là, faisant fi de tout esprit critique. En ce qui concerne l'altruisme et le pardon, je n'ose en parler. A noter dans l'affaire Dettinger, le propos très mature et modéré du jeune gendarme mobile qui a compris que la rue était un nouveau ring.

Participer à une manifestation reste angoissant, surtout lorsqu'il y est fait usage d'armes mutilantes (danger objectif et bien réel) et que l'on voit les FdO tabasser, sans discernement aucun, le quidam. Cette situation anxiogène participe à l'état psychophysiologique des manifestants. L'anxiété entretient le stress qui à son tour génère encore plus d’angoisse. Le manifestant, comme le policier, ne peut guère contrôler les événements, il peut cependant s'y être préparé mentalement. Mieux on comprend une situation, plus nous pouvons l’admettre et la rationaliser. Cela ne signifie nullement qu’il suffise de comprendre une situation pour ne pas la redouter. Plus le participant redoute une situation de danger, plus sa réaction sera grande dans un sens ou dans l'autre (obéissance, hésitation, refus d'obéir, peur, colère, perte de self-control).

Ce qui est dangereux fait peur, il s’ensuit une réaction de défense. Dans la peur, il y a un élément instinctif involontaire et un second élément intellectuel, la conscience du danger. Ces réactions sont de purs réflexes capables de bouleverser momentanément, mais, brutalement le psychisme, rendant l'effort d’adaptation inadapté, donc inefficace, voire dangereux. La peur présente différentes variétés répondant à des degrés divers d'impressionnabilité de l’individu.

Le véritable professionnel du MO/RO doit évaluer les risques, contrôler ses émotions, celles de son coéquipier et réagir avec efficacité. Les membres des FdO n'échappent pas à la peur, des facteurs comme : la fatigue - le manque de repos - la malbouffe - les conditions climatiques, etc., peuvent être des causes favorisantes. De telles situations répétitives entraînent de nombreuses répercussions sur l’organisme, jusqu'à induire un état de stress chronique (suicide ?). La préparation mentale et l'entraînement sous stress dans des conditions proches de la réalité peuvent contribuer à réduire cette dissonance. Mais il faut bien reconnaître que l'entraînement des fonctionnaires dans des conditions aussi proches que possible d'une réalité opérationnelle, la quasi-impossibilité de recréer une émotion vécue en opération. Les imagine-t-on tirer au LDB sur leur collègues formant le plastron ! Le fonctionnaire qui ressent un vague sentiment d'irritabilité, d'agressivité peut être victime d’un sentiment de peur non reconnue ou d'une situation allant à l'encontre de ses valeurs humaines envers son prochain. Certains facteurs peuvent accroître la résistance au stress : goût du risque - l’engagement - le sentiment d’approbation de la hiérarchie. Il est impossible de prédire qui résistera à un stress extrême, tout au plus peut on avancer que 98 % des personnes sont des traumatisés potentiels.

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3 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 22 février 12:56

    Merci Macron et Castaner pour tout ce gâchis......


    • Drougeok Drougeok 23 février 20:05

      Pourtant les violences verbales de Macron sont bien plus offensives que les coups portés par Dettinger sur des hommes bien protégers pour ce genre d’agression. Macron, par ses insultes a mis tout un pays en effervescence, les mots font bien plus de mal souvent que quelques coups physiques mesurés.


      • ddacoudre ddacoudre 23 février 23:14

        Bonjour. Un long court de fonctionnent biologique et cognitif humain, rien à y redire, mais force est de constater qu’il n’y z pas égalité entre des policiers équipés comme des Robocop, forcément menaçant sinon ils n’auraient pas tous ces équipements et une population qui veut se faire entendre. Si je considère que la police a sa place dans la société et que les policiers n’ont pas à risquer leurs vies, une manifestation n’est pas une réunion de voyous et qu’il appartient donc au professionnels qu’ils sont d’opérer les distinctions nécessaires et pas l’inverse, quand un pouvoir sourd en est à l’origine. Cordialement ddacoudre, over-blog.

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