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Le Beau et la Femme

Ne nous trompons pas, le Beau, la beauté sous toutes ses formes et singulièrement la beauté féminine, n'est pas le résultat de l'extraction du corps physique de je ne sais quelle essence pour alimenter je ne sais quel esprit. La dualité corps/esprit ne fait pas partie de mes présupposés ; ni l'âme, cette invention des présocratiques immortalisée par Platon pour répondre à certaines questions mal posées comme celles de la culpabilité et de l'immortalité. C'est donc à une sorte d'épistémologie – sans prétention scientifique – qu'il faut faire référence pour analyser la perception du Beau, procédé que j'ai voulu décrire ici, sans trop m'étendre sur ses conséquences à la fois psychiques et physiques, pour tenter une approche ontologique de l’Être, dont je sais les limites. La conscience étant la réalité de l'Être, et comme il n'y a de conscience que de quelque chose, autrui m'est donc indispensable ; et puisque cet autrui peut être une belle femme, pourquoi ne me tournerai-je pas vers elles, en y associant la contemplation désintéressée du Beau ?

Je tire un trait sur la psychanalyse, laissant aux amateurs de la chose le plaisir de débattre entre eux, avec leur propre langage où l'obscur tient lieu de profondeur sans rien avoir à envier à certains philosophes allemands et à leurs épigones français. Quitte à analyser un objet quelconque - comme le verre de bière qu'ont regardé Aron et Sartre au Flore pour illustrer la phénoménologie -, j'ai choisi pour atteindre ces mêmes fins d'analyser la beauté féminine sur pièces ; mais une femme étant souvent plus intéressante et captivante qu'un bock de bière, il m’est facile de multiplier les expériences, celles-ci me procurant du plaisir, et souvent de violents désirs (considérant que la libido doit être traitée avec des égards et alimentée régulièrement en sensations de qualité, je n’en rougis pas bien au contraire !). Ainsi j’estime faire un bon usage de la phénoménologie expérimentale, sans me poser de questions sur les essences que ma conscience aurait dû en tirer, pour faire ce que je qualifierais volontiers des performances ontologiques. Observer un être humain dans son activité ordinaire, sa vie quotidienne banale et répétitive, n'a rien d'original et l'anthropologue en fait son miel. Les existentialistes ont recherché ce « sur-moi » qui serait l’espace dans lequel les données génétiques et les qualités particulières de chacun se développeraient, et Sartre est là en première ligne, bien évidemment. Mais observer l'être humain en se fixant pour seul objectif d'y débusquer le Beau - et n'étant pas homosexuel, en choisissant naturellement la femme -, voilà bien la rupture épistémologique que j'ai tenté. Par-delà les sentiments, par-delà la passion amoureuse et plus singulièrement le désir charnel, par-delà la raison et le corpus des sciences exactes et des autres comme la psychologie et la psychanalyse, ignorant les philosophes et leurs productions – à l'exception des présocratiques que j'aime particulièrement pour leurs efforts à comprendre un monde dont ils n'avaient pas les clés, et dont bien de leurs écrits (y compris leurs subtils aphorismes) nous servent de guide et parfois de méthodologie –, j'ai voulu m'accoucher de moi-même : devenir ce que je suis en regardant ce que la réalité faite Femme avait de Beau. Tout simplement.

Mon activité est donc extrêmement concentrée quoiqu'elle se déploie largement dans l'espace et le temps : cette observation n’a en effet pas d’autres limites que celles que je me fixe ou que je suis capable de repousser. Je prétends m'inscrire dans le courant d'une philosophie de l'existence qui entend dépasser les limites de la connaissance scientifique au motif qu'elle est réduite à ce qui peut être étudié de l'extérieur pour comprendre l'Être que je suis moi-même à partir de ma propre intériorité : une prise de conscience pour atteindre « l'Être-moi » par l'élucidation de l'existence qui implique celle de l'autre vue à travers les femmes. J'entends donc dépasser les conditions préexistantes – naturelles, sociales, historiques etc. – dans lesquelles je suis plongé pour débusquer l'Être en tant qu’Être que je suis (référence à Jaspers). Les réflexions fondamentales sur la mort, la souffrance, Dieu, l'utilité humaine, la faute, les croyances etc., ne m'ont jamais satisfait – d'autant qu'elles butent sur l'ontologie avec ses cheminements labyrinthiques, sophistiques, formés de présupposés, d’affirmations, d’arguties et d’arguments contestables.

La philosophie n'étant pas une affaire d'avocat ni de logicien, et n’imposant pas de méthodologie (j’en appelle à Nietzsche) je me suis donc tourné vers le monde, c'est à dire vers autrui et singulièrement vers les femmes, pour me comprendre moi-même en faisant de la beauté le médium privilégié (à défaut d'oser affirmer qu'il est premier, sinon unique), excluant toute transcendance et donc toute référence à une puissance révélée ou acceptée comme perspective historique ultime (je regrette la multitude des dieux antiques, le dieu unique étant une erreur dont nous n'avons pas fini de payer le prix ), pour atteindre la vérité ici et maintenant, c'est à dire la vérité de mon « Être-pour-soi » (j’emprunte à Sartre ce jargon baroque des années 40), déterminé par ma conscience et donc pour une large part (non quantifiable) par la conscience que j'ai du Beau. En effet la conscience n'est pas ce courant indéterminé et flottant à la surface du monde, mais bien le constituant de mon Être pensant, celui qui dans et par le monde (et donc autrui) dépasse cet « être-en-soi » conditionné et ignorant la liberté auquel il faut faire subir une transmutation ou tout au moins une hybridation avec des valeurs ayant une portée universelle.

Ceci étant posé, je ne veux pas fuir devant cette autre question, qui est incontournable, de la définition du Beau. Je suis réservé sur la position de Kant (je l'implore de me pardonner cet acte de lèse-majesté) qui voudrait qu'elle soit à la fois le résultat d'un sondage d'opinion et l'expression de la subjectivité : cette intégrale double n'a pas de solution : l’intersubjectivité n’est pas appelée à la barre pour dire ce qui est Beau et ce qui ne l’est pas ! Mais on peut trouver chez lui bien d'autres choses comme cette curiosité sémantique « une finalité sans fin », et des variations sur le concept etc. Je rejette également le lien consubstantiel que les platoniciens mettent entre Beau et Bien, entre Beau et Vérité etc. : pour moi ça n'a d'intérêt que pour celui qui veut jouer avec les concepts, ce qui n'est pas mon cas (je ne sais pas faire). Les présocratiques n'ont pas dit grand-chose sur le Beau, ni Aristote d'ailleurs, et c'est bien à Platon suivi par Plotin, puis à Kant et Hegel suivis par Adorno (ils ne sont pas nombreux !) que l'on doit se référer – quitte à contester leurs pensées.

Ce sont Plotin et Adorno qui ont exprimé peut-être le plus fortement le rôle et l'importance du Beau à travers l'art. Mais la femme de chair n'étant pas à leurs yeux un support acceptable, seule sa représentation par la peinture ou la sculpture serait recevable. Je conteste bruyamment cette réduction de l’art aux artefacts. Je me limiterai donc à affirmer que ce qui est Beau pour moi peut ne pas l'être pour autrui, et que j'écarte donc l'opinion du débat. Je dis qu'une chose est belle – qu'il y a du Beau – quand j'ai du plaisir la voir, l'entendre, et même la sentir (si j'oublie quelques sens, c'est par paresse). Le Beau est ce qui me rend heureux ; le Beau est ce qui me fait plaisir : est Beau ce que je dis être Beau... à voix basse, en le murmurant à moi-même, ou à haute voix sur la place publique devant une foule qui m'approuve ou me rejette, peu me chaut cette appréciation de masse. Le Beau doit satisfaire à la fois mes sentiments et ma raison, et m'offrir la Liberté. C'est cela qui est central : la Liberté ! Et si l'art est l'une des sources premières de la liberté, le réel l'est aussi si l'on veut bien se donner la peine de le voir, de faire l’effort de quitter les abstractions pour le concret, d’ignorer les raisonnements pour l'immédiateté d'une perception. Le coup de foudre est là, dans ce repli des consciences.

Quand le philosophe parle d'esthétique, c'est un peu comme l’opticien qui parle de la vision : il ne dit rien de la chose vue ! Et pourtant c'est celle-ci qui conditionne tout, non seulement la production artistique, mais aussi la pensée, les sentiments, la raison. Mais il est vrai que le jargon philosophique se déploie plus harmonieusement en dehors du réel, dans l'obscurité des concepts et des raisonnements – que l’on détourne de leurs fins par des commentaires sans fin. Les formes féminines sont un concept topologique qui devrait être l'un des présupposés de toute approche sur le Beau. Regarder une belle femme reste l'approche indépassable – celui des désirs et des sentiments plus que de la raison –, qui doit nourrir la raison et s'en nourrir selon une dialectique qui exige la présence de l'objet, présence toujours renouvelée et réinventée. Regarder une belle femme est un acte de grande spiritualité, mais il faut la débusquer, et ne rien laisser de côté. La pornographie n'est pas à exclure au nom de la morale, même si cette morale la condamne, l'art n'en étant parfois que sa sublimation, et plus souvent une justification anthropologique.

Je fais de la philosophie appliquée (comme d'autres font des mathématiques appliquées), et me sépare des philosophes savants qui conçoivent des systèmes complexes à base de concepts et d'autres choses que je ne comprends pas (je ne suis pas le seul) : la discipline philosophique n'est toujours pas sorti de sa passion infantile pour les spéculations purement théoriques au détriment de l'observation des faits, et comme l'a dit cet Anglais iconoclaste, Bertrand Russel : « Discuter interminablement sur la signification que des imbéciles donnent à des imbécillités (…) n'est certainement pas très important ». Ils parlent du Beau, du concept sans se préoccuper de sa représentation : ils préfèrent manipuler des idées, des abstractions sur le Beau plutôt que de le voir là où il est visible ! C'est la raison pure qui est mise en action. Moi, je veux m'en tenir à l'emploi de la raison pratique – je sais, ça a un côté trivial, mais devant une belle femme, n'ai-je pas raison de ces penseurs ! Un beau corps se regarde sans avoir recours à la boîte à outils du philosophe ! Si je dois me mettre une étiquette, c'est bien celle de phénoménologue que je retiendrais, avec quelque hésitation car c'est en partie contradiction avec ce que je viens d'affirmer – j'assume les contradictions du fait que l'on ne peut vivre sans. Disciple de Husserl, ce serait bien prétentieux de le dire d'autant que j'ai beaucoup de réserves sur sa production et ses prétentions de fonder une science nouvelle, mais j'applique sa théorie sur le regard en donnant à l'intersubjectivité des variantes, des intensités que l'on devrait pouvoir mesurer comme la température ; sartrien aussi, comme peut le revendiquer le garçon de café du coin (qui n'est pas sartrien un jour ou l'autre ?), mais plus encore pour l'importance de l'autre – c’est-à-dire de la Femme –, qui m'amène au monde par l'échange du regard que je qualifierais de phénoménologique pour le distinguer du regard vulgaire, de la vision, du phénomène scientifique qui intéresse plus l'ophtalmo que le philosophe.

La conscience est la réalité de l'Être, et il n'y a de conscience que de quelque chose : j'en ai tiré la conclusion que ce quelque chose était pour moi la Femme, parce qu'elle avait (certaines d'entre elles du moins) les attributs du Beau. Les femmes mettent sous nos yeux les différentes parties de leurs corps, et sans faire de statistiques qui seraient aussitôt démenties, les seins, les fesses, les cuisses tiennent la première place, ou n'en sont pas loin ; je sais que les jambes, les bras, les cuisses, les épaules, le ventre, le visage de face et de profil, les cheveux relevés ou lâchés, etc., se disputent aussi cette première place, mais pour ce qui me concerne je ne fais pas de classement, laissant mes observations guidées par le hasard et les circonstances, et j'en conclue que je suis plus souvent qu'à mon tour à plancher sur une poitrine. L'inventaire serait fastidieux, et c'est la substantifique moelle que j'en retire qui seule compte. Les musées que j'ai fréquentés m'ont confirmé dans mes priorités...


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4 réactions à cet article    


  • arthes arthes 23 septembre 00:43

    Vous avez oublie les pieds...En effet, y a aussi beaucoup de fetichistes des pieds feminins..

    Bon, chacun fait sa fixette a l endroit qu il veut sur le corps de la femme...J ai un ami par exemple qui est fetichiste des gorges, mais pas pour la poitrine, pour le relief des nervures a la naissance du cou qu il trouvera particulierement beau s il est long...Et avec de gros reliefs.

    • Étirév 23 septembre 04:34
      Bonjour,
      La Femme n’est pas qu’un corps physique, c’est aussi un esprit, et quel Esprit !
      Vous semblez ne mettre votre attention que dans des choses concrètes et abandonner totalement celles, abstraites, que l’on ne peut ni voir ni toucher et que la pensée seule atteint, tel que le beau, le vrai, le bien, le juste, etc.
      Chez l’homme la conscience c’est cette petite voix féminine restée en lui, cette part de sensibilité cérébrale encore un peu active. Mais apparemment, vous ne l’écoutez guère et préférez vous laissez commander par tous vos sens, et finalement vous passez à côté de la vraie notion du beau, qui devient pour vous ce qui se voit, ce qui se touche, qui devient presque un objet d’amour, c’est à dire de convoitise, car l’homme vit surtout par cette sensibilité spéciale, il aime l’or qui brille, etc.
      Tout ceci s’explique à l’aide d’une Nouvelle Science, froide et impartiale, qui affirme, et dont les lumières semblent être, pour certains, trop aveuglantes.
      Cordialement.


      • SUR1NUAGE 24 septembre 09:32

        @ÉtirévTout à fait d’accord le beau ne nous appartient pas parce que nous le ressentons ! de source universelle ,même les plus bêtes d’entre nous peuvent reconnaitre le beau, c’est la moindre des choses, nos gènes sont des capteurs de beauté sous toutes ses formes, bien sur limité par notre esprit. S’approprier le beau est du domaine de l’ego, particulièrement concernant les femmes qui en plus représente une attraction sexuelle. On ne peut pas ni analyser ni intellectualiser le beau qui de fait est inséparable de l’esprit , c’est un tout, juste a ressentir et à évoluer pour mieux voir la beauté des choses de la vie.


      • jjwaDal jjwaDal 23 septembre 19:53

        Juste une poussée d’hormones, ça va passer... smiley

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