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Le complexe médiatico-industriel

En 1961 Eisenhower a forgé le concept de « complexe militaro-industriel » pour dénoncer le danger que l’industrie de l’armement faisait courir à la démocratie américaine. Ces paroles sont sans ambiguïté : « … acquisition d’une influence illégitime… », et encore « … risque d’un pouvoir usurpé… ».

Aujourd’hui on peut reprendre ces propos pour dénoncer le « complexe médiatico-industriel » dans les pays développés, son influence illégitime et son usurpation du pouvoir. Ses défenseurs peuvent aussitôt souligner que les pays qui n’ont pas de tels médias sont dirigés par des gouvernements plus ou moins totalitaires, policiers, et à tout le moins peu démocratiques, avec en exemple la Russie, la Chine, le Moyen-Orient… et beaucoup d’autres en Afrique notamment. Cela n’apporte cependant pas une réponse à la question posée que l’on peut formuler autrement en se demandant si le fonctionnement de la démocratie en occident n’est pas affecté par le pouvoir médiatique. Un exemple : le « complexe médiatico-industriel » n’a-t-il pas organisé la campagne présidentielle de 2017 pour en tirer le maximum de profits, ses journalistes et animateurs manipulant les candidats de façon à avoir des jeux de rôle qui rendent indispensables le recours à leur théâtre, les obligeant à inscrire leurs discours dans un scénario qui assure la dramaturgie nécessaire, avec des suspenses dignes des meilleurs thrilleurs pour attirer la foule des grands rendez-vous… et les meilleurs annonceurs ? Qui répond non ?, personne !

Quel contre-pouvoir au « complexe médiatico-industriel » ? Il ne viendra pas des « réseaux sociaux », sorte de poubelle psychanalytique de masse ; ni des Partis politiques ; ni des élus qui cherchent d’abord à tirer leur épingle du jeu en évitant tout geste malheureux et mot de trop ; ni des institutions qui ont besoin, comme les élus et les Partis, des médias pour corriger certains dysfonctionnements (pas d’affaire Cahuzac sans Médiapart, d’affaire Fillon sans Le Canard etc.) ; ni du CSA qui est une caution de papier pour le public et un rouage indispensable du système pour garantir la concurrence et rassurer les actionnaires.

Mais n’est-on pas dans l’obligation d’imaginer une solution, face notamment aux chaînes de télévision hyperpuissantes avec l’info en continu ? Que faire pour contrer ce pouvoir exorbitant, cette possibilité de tout commenter avant toute réflexion y compris les fake news et autres fantaisies ? Est-il possible de donner au Gouvernement sa propre chaîne de télé-radio pour présenter son action en toute indépendance, et assurer cette autre mission que ne remplissent pas les médias, c’est à dire la vulgarisation nécessaire à la compréhension de dossiers complexes et des décisions ? C’est contestable… but « what else ? », comme dit l’autre. En attendant on peut toujours regarder la télé en coupant le son, et écouter de la musique à la radio. Et acheter la presse papier payante… pour savoir comment va le monde… façon la plus soft d’être connecté... Connecté au « complexe médiatico-industriel » sans être con... niqué !


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4 réactions à cet article    


  • Cateaufoncel 19 septembre 2017 14:16

    « (pas d’affaire Cahuzac sans Médiapart... »

    Pas d’affaire Cahuzac si un indicateur, aux intentions occultes, ne balance pas des pièces compromettantes à Mediapart.

    « ...d’affaire Fillon sans Le Canard etc.) »

    Pas d’affaire Fillon si un indicateur, aux intentions occultes, ne balance pas des pièces compromettantes au Canard enchaîné

    Peut-être un jour...

    Après tout, on a bien fini par savoir que le Watergate n’était que la vengeance d’un fonctionnaire ulcéré de ne pas avoir obtenu la promotion à laquelle il pensait avoir droit : petite mesquinerie, gros scandale.


    • eddofr eddofr 19 septembre 2017 17:06

      @Cateaufoncel

      Peu importent les motivations de celui qui dénonce un délit, tant que le délit est avéré.

      Peu importe pourquoi tu donne aux restos du coeur ou à la ligue contre le cancer, tant que tu le fais.

      Aucun crime ne saurait excusé par la intentions, avouables ou non, de celui qui les dénonce.

    • Cateaufoncel 19 septembre 2017 18:46

      @eddofr

      « Peu importent les motivations de celui qui dénonce un délit... »

      On est d’accord là-dessus. Ce que je voulais dire, c’est que le journalisme dit d’investigation, dans la plupart des cas, c’est du bidon.

      Au départ, il y a un téléphone ou un courrier anonyme.


    • JC_Lavau JC_Lavau 19 septembre 2017 20:24

      Médiatico-commercialo-bancaire, oui !

      Tu te fais des illusions sur ce qu’il reste de lambeaux de tissu industriel dans ce pays.
      La bourgeoisie est restée industrielle, en gros jusqu’au 20e siècle.
      Puis elle a appris aux Etats comment se contenter d’être prédatrice, parce que l’industrie en vrai, c’est difficile et fatigant. Elle a appris à dépecer et tuer une entreprise en quatre ans et partir écumer ailleurs.
      Regarde ce qu’a fait Bolloré avec Creusot-Loire.

      J’ai personnellement vécu cette transition. En 1974 CORDI passe un contrat avec Lepelletier-Drouhard, au Mans, pour développer puis commercialiser nos « silifaces », panneaux de particules recouverts de pierre recto-verso en un seul coup de presse chauffante.
      LD louait dans une usine de la région un vieille presse à panneaux de particules, où nous avons fait un certain nombre de fabrications d’essai. Il y avait là une vénérable et fascinante machine à vapeur monocylindre, qui produisait la puissance électrique de l’usine, en brûlant des sciures.
      Puis tout s’est arrêté quand cette usine fut vendue, et cette presse vendue à la ferraille.
      A quelque temps de là, Lepelletier annonce à Davidovits (président de CORDI) : « J’ai vendu mes usines et mes entrepôts. A présent je raisonne en financier. Que pensez-vous de la suite de notre contrat ? »
      Davidovits réplique : « Le contrat n’a plus aucune valeur car vous ne représentez plus du tout ce que vous étiez en 1974 ».

      Investissements, amortissements, frais fixes, frais variables : dans l’industrie on brasse des sommes énormes, et on se rémunère avec des raclures. Aussi la prédation financière, c’est plus chouette...

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