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Accueil du site > Tribune Libre > Le conflit du Haut Karabakh en 10 points

Le conflit du Haut Karabakh en 10 points

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Co-auteurs : Gunash Taghiyeva (Etudiante à la Sorbonne) et Gani NOVRUZOV (cadre bancaire)

 Un conflit gelé depuis 26 ans, un conflit tout prêt de l’Europe, un conflit qui reste, pour l’instant contrôlé, mais désormais rallumé avec des opérations militaires : la Guerre du Haut Karabakh revient sur les actualités. La presse en parle, mais avec beaucoup d’imprécisions, parfois dues à une partialité. En 10 points, nous souhaitons informer les lecteurs sur les éléments qui ne sont pas toujours évoqués lorsque la presse française en parle. La particularité de cet article est que nulle source azérie, ni arménienne n’est citée. 

  1. L’objet du conflit n’est pas uniquement le statut du Haut Karabakh, un « oblast » autonome créé en 1923 par le gouvernement soviétique, république auto-proclamée depuis 1991, mais restant toujours un territoire disputé. Il y a en plus, 7 régions environnant le Haut Karabakh qui ont été occupées par l’Arménie et l’autorité locale du Haut Karabakh. C’est ce que confirme les 4 résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Ces résolutions, N°822, N°853, N°874 et N°884, appellent les arméniens à retirer leurs forces de ces régions. la France et la Russie sont membres permanents du Conseil de sécurité et ces résolutions ont été votées en leur présence. Le Haut Karabakh constitue 4% des territoires azéris, tandis que ces 7 régions font au total 17 % de la superficie azerbaidjanaise et ces régions n’ont aucun rapport avec le conflit ethnique arméno-azéri. Comme source, le lien vers l’une de ces résolutions est disponible ci-dessous :

N°822 : https://digitallibrary.un.org/record/165604?ln=fr.

  1. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’organe spécialisé de l’ONU, 500 000 personnes ont dû fuir ces 7 régions et elles se sont installées dans d’autres régions de l’Azerbaïdjan, en attendant le règlement du conflit et surtout, la fin de l’occupation. Source :

Article sur le site du HCR : https://www.unhcr.org/fr/news/stories/2008/2/4acf016728/lazerbaidjan-ferme-dernier-camp-durgence-deplaces.html).

 

  1. L’Azerbaïdjan réclame de la communauté internationale une seule chose : l’application des résolutions en question qui forment un cadre juridique international. L’application à la lettre, car rien ne peut résoudre un conflit si ce n’est le Droit. Une autre résolution (N°62/243) adoptée à l’Assemblée générale de l’ONU en 2008, « Exige le retrait immédiat, complet et inconditionnel de toutes les forces arméniennes des territoires occupés de la République d’Azerbaïdjan ». Source : 

Le lien vers site de l’ONU : https://undocs.org/fr/A/RES/62/243

  1. Le Haut Karabakh n’est pas une enclave arménienne comme la presse l’affirme assez souvent, car 25 % de la population du Haut Karabakh étaient des azéris avant la guerre et eux aussi, réfugiés en Azerbaïdjan pour fuir un nettoyage ethnique qui s’était déjà déclenché à Khojaly dont nous parlons dans le point 10. Donc, c’était un « oblast » autonome majoritairement peuplé d’arméniens, mais non exclusivement arménien. En pensant aux arméniens, il faut penser aussi aux azéris qui sont depuis 27 ans, en exile. Source, American Peace Institute :

Article analytique de l’Institut : https://web.archive.org/web/20080110054651/http://www.usip.org/pubs/peaceworks/pwks25/chap1_25.html

  1. La résolution du Parlement européen N°2009/2216(INI) exige « le retrait des forces arméniennes de tous les territoires qu'elles occupent en Azerbaïdjan » et « exprime ses vives préoccupations quant au fait que des centaines de milliers de réfugiés et de personnes qui ont fui leur foyer pendant la guerre du Haut-Karabakh se voient privés de leurs droits, notamment leur droit au retour ». Source :

Site du PE : https://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P7-TA-2010-0193&format=XML&language=FR

  1. Le conflit arméno-azéri n’est pas une guerre religieuse. L’implication active de l’Iran du côté de l’Arménie et le partenariat multidimensionnel très avancé de l’Azerbaïdjan avec l’Etat hébreu est une preuve que cette guerre n’a aucun caractère religieux. Source :

Journal anglophone israélien, The Jerusalem Post, (https://www.jpost.com/Opinion/Israel-Azerbaijan-strengthen-and-expand-strategic-partnership-578185)

  1. L’Azerbaïdjan n’est pas un pays influencé par la Turquie dans son conflit avec l’Arménie. L’Azerbaïdjan qui n’a jamais fait partie de l’Empire ottoman, est économiquement plus intéressant pour la Turquie en temps de stabilité, car cela permet aux producteurs turcs de maintenir leurs exportations vers le plus gros marché du Caucase et plus globalement, la fourniture énergétique venant de l’Azerbaïdjan reste pérenne. Or, une guerre active lui fera, d’abord, beaucoup de réfugiés (déjà, problématique avec 4 millions de réfugiés syriens sur le sol turc). En plus, se confronter dans le Caucase encore une nouvelle fois avec la Russie et avec l’Iran n’a absolument aucun intérêt pour ce pays. De toute manière, ce pays est très apprécié en Azerbaïdjan, comme « frère », en temps de guerre, comme en temps de paix. Elle soutient l’Azerbaïdjan qui s’est déjà lancé dans les opérations militaires, mais ce n’est pas la Turquie qui a encouragé M. Aliev à prendre ses initiatives.
  1. L’Azerbaïdjan avait proposé, dès le début du conflit, l’équivalent du statut du Québec aux arméniens résidents dans le Haut-Karabakh. Son ancien président, Heydar Aliev avait déclaré qu’il proposait une autonomie « au plus haut niveau que l’histoire n’a jamais vue ». Cela pourrait même être élargi jusqu’à une double nationalité, arménienne et azérie. C’est une communauté qui vit en plein sommet des monts de Karabakh avec des conditions d’infrastructure très insatisfaisantes. Tandis que la formule à la québécoise est avant tout un projet de co-construction durable, ambitieux, prometteur d’avenir. La question qui se pose, c’est à quoi cela sert d’annexer un bout de territoire, une enclave autonome, ou la rendre indépendante sans aucune ressource naturelle, ni de moyens pour s’en sortir, sous un simple prétexte qu’ils sont arméniens ? Et ce, en faisant autant de victimes de 2 côtés ? Est-ce que les québécois sont moins respectés et moins respectables que les arméniens du Haut Karabakh ? Bien sûr que non. Mais la vision des arméniens est différente, apparemment.
  2. Les arméniens soutient l’idée que chaque communauté a droit de déterminer son statut et créer sa propre administration. Or, dans la pratique cela se fait en saisissant les instances internationales spécialisées en la matière et sans violence. La Catalogne, l’Ecosse, la Nouvelle Calédonie sont des exemples démontrant qu’il n’est pas nécessaire d’occuper 7 régions environnant le territoire disputé pour organiser un référendum et déterminer son statut.
  3. L’Agacement des azéris c’est également lié au fait que M. Serge Sarkissian, l’ex-président de l’Arménie, avait lui-même reconnu avoir été à l’origine du massacre de Khojaly, faisant perdre la vie à 613 civils vivant dans une ville peuplée d’azéris se trouvant dans le Haut Karabakh. Majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées, en train de quitter le territoire pour se sauver, ont été massacrés dans un bois, en une nuit, le 26 février 1992. Lors de son interview avec le journaliste britannique, le « héros » du Karabakh, l’ex-président arménien a fièrement dit[GN1]  : « Avant Khojaly, les azerbaidjanais pensaient que les arméniens ne toucheraient jamais aux civils. Mais, avec Khojaly nous avons rompu ce stéréotype. » (Thomas de WAAL, « Black Garden », page 172, https://www.amazon.com/Black-Garden-Armenia-Azerbaijan-through/dp/0814719449).

Il semblerait que le gouvernement arménien n’est pas « doux comme un arménien », une description qu’utilisait Voltaire, dans son conte, Le Blanc et le Noir, du moins dans leur rapport avec les azéris. 


 [GN1]


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10 réactions à cet article    


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 1er octobre 14:50

    Pour les anglophones et russopĥones, une mise en situation : https://youtu.be/h1sRFc5FiZA?t=359


    • vraidrapo 1er octobre 15:55

      Ne te casse pas la tête, vous êtes tous-tous dans l’erreur !

      Il faut reconsidérer toutes les analyses

      Erdogaz VEUT son hydrocarbure, il veut s’asseoir à la table de l’OPEP avec les Emirs et Poutine.

      L’affaire de l’Artsakh ou Karabagh n’est qu’un prétexte.

      Il est attiré comme un aimant par Bakou et son pétrole.

      Ses Généraux ont pris la main sur l’Armée azérie.

      Erdogaz pense entrer en triomphateur en Bakou et virer cet ectoplasme d’Aliyev incroyant dont la femme en mini jupe se pavane avec Rachida dans les boutiques parisiennes.


      • OMAR 1er octobre 19:43

        Omar9
        .
        Félicitations, @vraidrapo
        .
        Tu as répété mot à mot, ce que t’a dicté CNewsta source d’information permanente et unique...
        .
        Un parfait psittacidé...


      • vraidrapo 1er octobre 16:04

        La particularité de cet article est que nulle source azérie, ni arménienne n’est citée. 

        Chers azéris ( et peut-être futurs citoyens turcs)

        Pourquoi n’ajoutez-vous pas dans vos sources objectives, les pogroms de Bakou, Soumgaït et Kirovabad.

        Où se sont installés les 300,000 arméniens qui ont dû abandonner Bakou et sa Région ? Que sont devenus leurs logements ? Sont-ils en attente du retour de leurs occupants légitimes.

        Pourquoi le Champion du Monde d’échec Gary Kasparov, dit l’Aigle de Bakou, n’a jamais pu revenir dans sa ville ? Parce que sa mère est née Kasparian ?

        PS : prenez garde qu’un turc d’Anatolie ou un intégriste syrien ne squatte votre demeure en Azerbadjan... smiley


        • vraidrapo 1er octobre 16:16

          Pour Khodjaly, j’ai d’autres sources dont une journaliste d’Europe centrale et aussi votre ancien président Eltchibey (1992-93). Ce n’est pas tout à fait la même musique.

          Aliyev paie en espèces ou en bidon d’essence ?


          • OMAR 1er octobre 19:59

            Omar9

            .

            Bonsoir @Gani NOVRUZOV :"L’Azerbaïdjan réclame de la communauté internationale une seule chose : l’application des résolutions en question qui forment un cadre juridique international. "

            .

            Ne vous tracassez pas trop à informer et convaincre ceux qui connaissent très bien la vérité, mais la piétinent.

            .

            Dés qu’il s’agit d’un pays tiers-mondiste et surtout si celui-ci est composé essentiellement de musulmans, nombreux sont en Occident qui d’emblée, prennent parti pour leurs coreligionnaires, soulèvent des tempêtes et n’acceptent pas les résolutions de la Communauté Internationale, qui ne vont pas dans le sens de leurs parti-pris, même s’ils se déclarent athées.

            .

            Par contre, quand les russes ont attaqué la Géorgie, en Ossétie du Sud, des mots, quelques murmures du bout des lèvres et puis s’en vont :

            https://www.nouvelobs.com/monde/20080808.OBS6731/les-reactions-au-conflit-entre-la-georgie-et-l-ossetie.html.


            • velosolex velosolex 1er octobre 22:56

              En tous cas si les arméniens ne sont pas doux dans leurs rapports avec les Azéris, que dire des Turcs par rapport aux Arméniens. Je sais le génocide est pas drôle à évoquer. Mais le mot « soyeux » ne me vient pas à l’esprit. 

              J’avais envisagé en blaguant presque, dans un post, au tout début de cette guerre il y a quelques jours, l’intervention des syriens.

              Du moins de certains mercenaires syriens, les mêmes que ceux Qu’Erdogan projette sur les différents fronts, de plus en plus nombreux qu’il déploie. Contre les kurdes, en Lybie aussi comme chacun sait. Le mercenaire Syrien semble l’homme à tout faire d’Erdogan. Costaud, entrainé, et n’ayant plus rien à perdre. 

              Bingo ! Ils sont encore présents, comme des marionnettes de chiffon armés de kalash. Quand ils ne sont pas armés, ils sont utilisés en tant que réfugiés comme arme par destination contre l’Europe tétanisée, par le grand sultan, menaçant de lâcher les vannes du barrage. Si le syrien dans le malheur n’existait pas il faudrait l’inventer, doit penser Erdogan. 

              Poutine entretient donc une relation étrange avec ce type matois comme un normand. Mais se serait diffamer les normands de dire ça.... Donnant donnant sûrement. Ce qui est certain c’est que la partage de la Lybie entre les deux hommes, officiellement défendant des postions opposées, obéit à une entente, une deal. Pas un scoop, je sais

              Et là aussi Je ne vois pas Erdogan, pousser à la guerre dans ce haut Kararack, historiquement et politiquement sous influence et protection soviétique, puis Russe, sans qu’il n’y ait autorisation du maitre du kremlin. 

              Ou alors il est devenu fou. Ce que je doute de ce type mégalo, tentant de se reconfigurer l’empire ottoman. On verra bien...

              Si Moscou ne siffle pas la fin du jeu, alors qu’elle en a les moyens très rapidement, tant les forces de la Russie et de la Turquie sont dissymétriques, c’est que ces deux là nous jouent un drôle de tour.

              Du type : Je t’aime moi non plus. Quoi qu’il en soit, ce genre de couple ne tient pas trop longtemps. Il suffit de se rappeler les accords Ribbentrop Molotov. 


              • Jonas 2 octobre 09:46

                « Le gouvernement arménien , n’est pas doux comme un arménien » . Mais comment les « arméniens » peuvent-ils être doux , après , un « génocide monstrueux » par les Ottomans devenus turcs , qui refusent , toujours de reconnaître ce crime, auquel il faut ajouter , les nombreux pogromes qui ont eu lieu en Azerbaïdjan, même , à l’encontre des arméniens, comme à Bakou et autres villes sans parler des nombreuses expulsions. 

                Les vicissitudes de l’histoire, ne doivent pas faire oublier , que le Haut-Karabakh est le coeur de l’Arménie . on trouve dans ce territoire des monastères datant du cinquième siècle , c-à-d du début de l’ère chrétienne en Arménie. 

                L’auteur occulte pour appuyer son soutien à l’Azerbaïdjan , les événements historiques , qui ont créé ce conflit . Lorsque le régime tsariste s’est effondré en 1917, le bureau caucasien dirigé par Staline avait octroyé , en 1921 , cette région du Haut-Karabakh , qui était peuplé à 94% d’arméniens à la République socialiste de l’Azerbaïdjan , qui obtient en 1923 le statut d« Oblast » avec autonomie, une autonomie toute relative qui prive les arméniens de leur langue et de leur culture etc

                Le Haut Karabakh, appartient à l’Arménie , et Ankara comme Bakou , se trouvant dans une situation économique désastreuse , entretiennent la rhétorique du récit nationaliste et guerrier , pour faire diversion. 

                 


                • M.William 2 octobre 12:12

                  Le statut du Haut-Karabakh sous domination bolchévique, lui donnait le droit de

                  réclamer son autonomie et son rattachement à la République d’Arménie ; le HK s’en ai saisi de ce statut, à juste titre, mais l’ogre

                  Azerbaidjan a commencé de s’agiter pour dévorer plus d’espace .

                  rappelons nous des pogroms anti-arméniens.

                  Selon les statuts divers et variés concernant les républiques de l’URSS, seules certaines ont pu accéder à leur indépendance après la chute de l’URSS.

                  Par ex, la Tchtchénie avait pour statut « région autonome ».A ma connaissance ce n’était pas une République d’ URSS, il lui a été difficile de faire sécession avec les autorités soviétiques.

                  Le Haut -Karabakh a toute légitimité selon le droit, de garder son autonomie, et même de revendiquer son indépendance.

                  les résolutions orientés vers l’intégrité territoriale n’ont rien a faire ici.


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