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Accueil du site > Tribune Libre > Le darwinisme social aux temps de la grippe

Le darwinisme social aux temps de la grippe

Charles Darwin lui-même l’aurait réfuté avec la plus grande fermeté, ce terme, attribué bien après sa mort à la thèse de son compatriote contemporain, le philosophe et sociologue Herbert Spencer. Sa théorie de la « sélection naturelle » de l’espèce humaine traça le chemin au néolibéralisme de son condisciple du 20ème siècle, Friedrich August von Hayek, maître à penser de la défunte Premier ministre Margaret Thatcher, et père de la révolution économique dont nous buvons actuellement la tasse.

Précurseur du libertarianisme et l’anarcho-capitalisme, dont les idées les plus radicales s’étaient inspirées Lady Thatcher, mais dont l’idée de base, la liberté individuelle, fut sciemment travestie par la dernière, Herbert Spencer fut pourtant, du moins dans son jeune âge, un féministe radical et un ardent défenseur des syndicats qu’il considérait comme rempart contre l’exploitation de la classe ouvrière par les « patrons ». Il était en faveur de l’abolition du salariat et la socialisation des moyens de production, préparant une économie, basée sur le principe des coopératives de travailleurs, avant de bifurquer sur sa thèse radicale de la « sélection des plus aptes », réfutée par son contemporain Charles Darwin.

On pourrait tirer certaines parallèles avec d’anciens trotskistes et soixante-huitards devenus conformistes ou réactionnaires avec l’âge. Comme quoi, parfois l’histoire se répète quand-même.

La thèse de Charles Darwin du « survival of the fittest » fut sciemment mal interprétée et repris par les adeptes de ce qu’on nommera plus tard le « spencérisme » et, plus tard encore, par les économistes Friedrich von Hayek et l’américain Milton Friedman, architecte du « modèle Pinochet », qui prônaient la compétition entre individus, la levée des mesures de protection sociale, l’abolition des lois sur les pauvres, pensant que, à l’instar de l’évolution biologique, la société évoluera, par la sélection naturelle, d’une forme animale inférieure vers un « stade final d’équilibre », une sorte d’apothéose.

Ce n’est peut-être pas un hasard que c’est dans le pays du libéralisme manchestérien que le gouvernement conservateur favorise la stratégie de « l’immunité collective », un jeu de poker menteur du Premier ministre conservateur Boris Johnson, dans la lutte contre la pandémie du « Coronavirus ».

Pour que cette stratégie de « l’immunisation par la contagion » soit efficace, un certain nombre de conditions sont requises, dont la certitude qu’une nouvelle contagion après guérison soit exclue, ce qui n’est pas sûr, et qu’un système de santé performant soit à même de s’occuper d’un nombre exponentiel de malades, en dehors des personnes âgées, qui par ailleurs, le Premier ministre voulait envoyer en quarantaine pour une durée indéterminée. L’efficacité de cette stratégie présuppose un taux d’immunisation de 85% de la population (Bleibtreu). Bien que Boris Johnson ait rétropédalé entre-temps il se peut bien qu’il soit déjà trop tard de toute manière.

Le système de santé publique britannique « National Health Service » NHS, fondé sur les décombres de la 2ème Guerre mondiale en 1948, décrit, avec regret on imagine, par l’un de ses fossoyeurs, le Chancelier de l’Echiquier du gouvernement Thatcher, le Baron Nigel Lawson, comme une « religion nationale », est sans doute un des meilleurs au monde. Seulement, c’est comme avec les châteaux médiévaux de France et de Navarre, ils sont splendides, mais l’argent manque pour l’entretien.

Un article du quotidien « The Guardian » du 5 mai 2018 analyse les résultats « effrayants » d’une étude, publiée par le « Think tank » britannique « King’s Fund », révélant « l’étendue de la crise systémique du système de santé britannique NHS ».

Parmi les 21 pays industrialisés analysés, la Grande-Bretagne se situe à la place 19 en termes de nombre de médecins et personnel soignant « per capita ».

La Grande-Bretagne dispose de 2,6 lits hospitaliers par 1'000 habitants un tiers des lits disponibles en Allemagne, lits dont le nombre a diminué de moitié en 30 ans, la conséquence d’un sous-financement chronique de 10 milliards £ par année, somme qui se compare aux 350 milliards £ actuellement proposées par le Chancelier de l’Echiquier du gouvernement de sa Majesté pour soutenir l’économie dans la crise du « Coronavirus » et au budget dont la santé publique britannique aurait besoin pour bien fonctionner qui devrait être de l’ordre de 173 milliards £ par année. (Lord Ara Darzi, House of Lords).

S’il fallait encore une preuve que de toute idéologie sans conteste mène à la course à l’abîme, il suffit d’observer la gestion calamiteuse de la crise sanitaire du « Coronavirus » par ce qui reste encore de pouvoir publique en Europe. La préservation de l’activité économique non essentielle au nom du revenu financier a fait tergiverser les gouvernements européens pendant de précieux mois et les liens de solidarité entre états ont sauté une fois de plus, comme ce fut le cas lors de la crise de la dette publique grecque en 2008.

Le fait que l’Italie, dont le système de santé publique ou service public en général, on se souvient encore de l’effondrement du pont Morandi à Gênes le 14 août 2018, n’a rien à envier à celui de la « perfide Albion », et l’Espagne, aient dû faire appel à la Chine pour obtenir des masques chirurgicaux montre bien, qu’en terme d’idéologie doctrinaire, l’Europe n’a rien à envier au « Parti communiste chinois » qui lui du coup ne se montre guère sectaire, faisant plutôt preuve de pragmatisme, une fois de plus serait-on tenté de dire.


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8 réactions à cet article    


  • Le néo-libéralisme est le nazisme d’aujourd’hui. La compétition c’est la loi du plus fort, du pervers narcissique sans empathie ni respect pour autrui. Que le meilleur gagne. C’est la toute puissance narcissique de l’envieux (IAGO) qui ne supporte pas l’existence d’autrui et doit l’éliminer. C’est la bataille qui s’est engagée entre les narcisses libertaires bobos (souvent de gauche,...) contre son contraire : l’Oedipe, le principe de réalité (l’autre) au moment de la loi sur le mariage pour tous. le trio satanique furent : Mythe errant-Thatcher et Reagan. L’individualisme narcissique : Je suis ma propre création et ne descend de personne. Je ne suis redevable de rien. Et surtout pas de mes ancêtres (la PMA et la GPA, c’est tuer le père et la mère).


    • JPCiron JPCiron 23 mars 10:53

      <  la liberté individuelle >

      .

      J’ai le sentiment que nos Croyances déterminent nos Valeurs.

      Aux Valeurs correspondront des Principes et Règles sociales.

      .

      Les contrées croyant au libre arbitre et au lien direct et individuel avec Dieu seront plus facilement convaincues de l’importance primordiale de l’individu et de la nécessité de sa traduction en politique (la démocratie) et dans l’économique (le libéralisme).

      .

      Si à cela s’adjoint la croyance en la justice divine (au ciel et sur terre) et dans son corollaire de Providence, le libéralisme peut être débridé. La Providence s’exprime en économie par la « main invisible » et par la ’réussite’ (ou non-réussite) méritée individuellement. C’est la fameuse pseudo-darwinienne < sélection des plus aptes >.


      .




      • caillou14 rita 23 mars 11:10

        Effondrement de notre civilisation ?

        NON, effondrement du grand capital entre les mains de voyous en col blanc !

         smiley


        • xenos xenos 23 mars 13:26

          « Charles Darwin lui-même l’aurait réfuté avec la plus grande fermeté, ce terme, attribué bien après sa mort à la thèse de son compatriote contemporain, le philosophe et sociologue Herbert Spencer. »


          Cher Monsieur, vous faites dire à Monsieur Darwin ce qu’il n’a pas dit. En bon évolutionniste, vous rêvez à l’idée qu’il réfuterait une telle idée.


          Vous réécrivez l’histoire de manière Orwelliene, mon cher Monsieur.


          Alors que son livre, « L’origine des espèces » sorti en 1859 initiait sa pensée évolutionniste, son livre ’la descendance de l’homme« sorti en 1871 finalisait sa pensée en projetant son idéologie évolutionniste non plus sur son aspect zoologique mais sur sa forme sociétale.


          Alors petit extrait des dires de Monsieur Darwin

          Page 144-145

           »Chez les sauvages, les individus faibles de corps et d’esprit sont promptement éliminés, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons, au contraire, tout nos efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les infirmes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déploient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun. on a raison de croire que la vaccine a préservé des milliers d’individus qui, faibles de constitution, auraient autrefois succombé à la variole. Les membres débiles des sociétés civilisées peuvent donc se reproduirindéfiniment. or quiconque s’est occupé de la reproduction des animaux domestiques sait, à n’en pas douter, combien cette perpétuation des êtres débiles doit être nuisible à la race humaine.[...] Le chirurgien doit se rendre inaccessible à tout sentiment de pitié au moment où il pratique une opération, parce qu’il sait qu’il agit pour le bien de son malade ; mais si, de propos délibéré, il négligeait les faibles et les infirmes, il ne pourrait avoir en vue qu’un avantage éventuel, au prix d’un mal présent considérable et certain. Nous devons donc subir sans nous plaindre, les effets incontestablement mauvais qui résultent de la persistance et de la propagation des êtres débiles. Il semble, toutefois, qu’il existe un frein à cette propagation, en ce sens que les membres malsains de la société se marient moins facilement que les membres sains. ce frein pourrait avoir une efficacité réelle si les faibles de corps et d’esprit s’abstenaient du mariage ; mais c’est là un état de choses qu’il est plus facile de désirer que de réaliser.« 


          Il va falloir sortir de votre déni.


          Darwin, pour le besoin de voir sa vision évolutive se réaliser, promouvait, que l’on cesse de guérir les malades, que l’on prohibe le mariage des personnes considérées comme débiles. Il en faisait le voeu tout en déplorant que la société par sympathie et compassion aille dans le sens inverse de la logique évolutive.


          Voulez vous que je vous parle aussi de sa vision raciste de l’homme noir ? De sa volonté de voir les races inférieurs disparaîtront au profit de l’homme blanc ? Voulez vous que je fasse les citations textuelles de son livre ?


          Page 170-171

           »Dans un avenir assez prochain, si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. Il est à peu près hors de doute que, à la même époque, ainsi que le fait remarquer le professeur Shaaffhausen, les singes anthropomorphes auront aussi disparu.La lacune sera donc beaucoup plus considérable encore, car il n’y aura plus de chaînons intermédiaires, qui, nous pouvons l’espérer, aura alors surpassé en civilisation la race caucasienne, et quelques de singe inférieur, tel que le Baboin, au lieu que, actuellement, la lacune n’existe qu’entre le nègre ou l’Australien et le Gorille."


          Ainsi, Darwin fait une hiérarchie des races.

          Filliation entre une race civilisée supérieur venant de la race caucasienne quand il établie une filiation entre le nègre et l’aborigène et le Gorille.

          Considérant la race caucasienne comme supérieure, il appelle de ses voeux, l’élimination des races non caucasienne par extermination.


          Qui donc, dans l’histoire a tenté de réaliser le rêve de Darwin ?




          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 23 mars 14:10

            @xenos
            Je ne fais pas dire à Monsieur Darwin ce qu’il n’a pas dit puisque je parle au conditionnel. Le terme darwinisme social est né après sa mort. Il semblerait que l’ouvrage que vous citez ait été un résumé provisoire d’une trilogie que le scientifique n’aurait pas eu le temps de terminer. Ce que je veux dire est que Darwin parle d’adaptations aléatoires à travers le temps de l’espèce et non une évolution vers quelque chose de prédéfini, une sorte de surhomme dans le processus duquel seul le plus fort survivrait.


          • xenos xenos 23 mars 18:31

            @Bruno Hubacher
            Merci de votre réponse.

            Je note deux choses.

            1 L’usage du conditionnel est un artifice journalistique courant visant à lancer une information dont nous n’aurions pas la certitude tout en se préservant d’une éventuelle contradiction.
            En même temps, le conditionnel est utile pour éviter le ton péremptoire. Je l’admet.

            2 Vous attirez l’attention d’une trilogie qui n’a pas vu le jour. Le livre « La descendance de l’homme » a vu le jour ; et peut importe la forme par laquelle il s’est exprimé, cela ne change rien au fond.

            Le sens des mots ne changent pas en fonction du support écrit.

            Répondre qu’il s’agissait d’une trilogie (ou pas) ne change rien au caractère eugéniste et raciste du darwinisme.

            Est-ce que le film « Naissance d’une nation » de DW Griffith serait moi raciste si il était en épisodes et non plus en film ? Moins raciste si il était sur Blue Ray et non plus sur pellicule ? Pensez vous que diffuser le film en 25 images secondes au lieu de 24 lui enlèverait son caractère raciste ?

            Le darwinisme est par essence raciste, eugéniste et ce n’est pas mon opinion mais celle de Darwin lui même ; écrit par ses propres mains ; dans un livre que nul ne peut attribuer à quelqu’un d’autre.

            Bien cordialement


          • Spartacus Lequidam Spartacus 23 mars 14:47

            Expliquer que c’est sans rire le « libéralisme » le problème, en prenant comme exemple le plus étatistes des systèmes de santé la NHS anglaise, fallait le faire....

            Attention si tu tombes dans les escaliers, c’est pas la faute que ta pas regardé devant, accuse le libéralisme

            Tristesse


            • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 23 mars 15:04

              @Spartacus
              Si les libertariens s’étaient souciés de la liberté individuelle, ils ne l’auraient pas foulée au pieds comme ils l’avaient fait à tant de reprises pendant plus de quarante ans jusqu’à ce jour. Le Chili n’est qu’un exemple parmi d’autres. En ce qui concerne la santé publique NHS, c’est bien grâce aux libertariens, qui, encore une fois, se foutent de la liberté individuelle comme de leur première chemise, qu’elle est quasiment en état de mort clinique.

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