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Le dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

Ceux qui aiment Saint-Pétersbourg ou rêvent de s’y rendre un jour se doivent de se procurer ce merveilleux dictionnaire amoureux qui leur révélera, à la suite de chapitres éclairants, l’histoire de la ville, ses beautés cachées, les événements qui ont marqué son existence depuis qu’elle a été édifiée par Pierre le Grand au tout début du XVIIe siècle. « Tsar génial, cruel, tendre et sauvage » - nous dit l’auteur Vladimir Fédorovski, « dont l’imagination et la volonté ont transformé son pays en empire et fait jaillir sa nouvelle capitale des marécages en 1703. » En fondant Saint-Pétersbourg, ce Romanov donnait sa réponse à cette question essentielle : d’où vient la Russie et vers quoi veut-elle aller ? En offrant à son immense pays cette ville miraculeuse, il faisait entrer la beauté, la culture au bord du golfe de Finlande ouvert sur les vents de la Baltique, cette mer qui avait vu à de nombreuses reprises la marine du roi de Suède affronter celle des tsars russes. Pays où les femmes ont tenu des rôles éminents, bâtisseuses comme le furent l'impératrice Elisabeth, fille de Pierre le Grand, ou Catherine II qui contribuèrent grandement à parachever l’œuvre entreprise et parèrent Saint-Pétersbourg et ses environs de palais fabuleux dont le Palais d’Hiver et celui de Tsarkoïe Selo, œuvres de l’italien Francesco Rastrelli « qui inventa son propre style, associant dans une heureuse symbiose des composantes à première vue incompatibles en alliant le rococo autrichien, le goût décoratif à la française et la tradition russe inspirée des églises de Novgorod  ». Et cette alliance produisit un décor d’une splendeur à couper le souffle, décor qui se mire dans les eaux de la Neva en un incomparable faste et une féerie inattendue de couleurs qui est la caractéristique de la ville.

 

En lisant ce dictionnaire, vous saurez tout sur les personnages incontournables qui ont bâti son histoire, l’ont illustrée, des tsars comme Alexandre Ier, l'empereur mystique, qui combattit Napoléon et occupa Paris après la bataille de Leipzig en 1814 sans commettre de pillages tant il aimait et admirait la France – fait remarquable que soulignera Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe – puis Alexandre II qui initia l’abolition du servage mais n’en fut pas moins assassiné par un groupe de jeunes terroristes. Par la suite, on élèvera la cathédrale « Saint Sauveur sur le sang Versé  » sur les lieux du crime avec les deniers de la famille impériale. Quant à son fils Alexandre III, il abolira, dès son investiture, la plupart des réformes libérales de son père. Nicolas II débutera son règne sous de funestes présages, dont le pire est celui qui se produisit le jour même de son sacre. Au cours d’une bousculade incroyable 1389 personnes périront piétinées par la foule et 1389 seront blessées. Ce souverain tourmenté et indécis ne pourra effacer cette faute originelle. Par ailleurs, ce dictionnaire vous fera découvrir des personnalités diverses et souvent hautes en couleur, le danseur Nijinski, les poètes Alexandre Pouchkine mais également Maïakovski ou Anna Akhmatova, dont l'existence fut une tragédie de tous les instants, le premier ministre de Nicolas II Piotr Stolypine qui voulait moderniser l’empire russe mais fut renvoyé par le tsar trop faible ; le flamboyant Potemkine, grand amour de Catherine II et l’un des plus grands hommes d’état de la Russie : « Potemkine, c’était la Russie même, la Russie colossale et riche, capable du meilleur et du pire, qui oscille entre la fécondité rapide, l’exubérance de l’été et le long et stérile repos de l’hiver ». N’oublions pas non plus des personnages plus étranges et inquiétants comme Grigori Raspoutine, l’âme damnée de Saint-Pétersbourg et de la malheureuse impératrice Alexandra, ou le Chevalier d’Eon qui fut un incontestable mystificateur ; enfin entrons dans les jardins, ceux des palais sont toujours d’une grande harmonie et d’une subtile beauté, irradiés de tulipes et de lilas lors des nuits blanches et pourquoi pas au théâtre Mariinsky, baptisé ainsi en hommage à Marie, fille du tsar Alexandre II, où Marius Petipa créera ses plus belles chorégraphies. En soixante années de présence, il composera soixante ballets et élargira le lexique de la danse en créant d’innombrables pas. Attardons-nous enfin sur les ponts, pas moins de 342, tant la ville est parcourue par les eaux dont celles de la Neva qui enlace les îles de son cours sinueux avant de se perdre dans la Baltique, si bien que l’on peut considérer la ville comme un musée des ponts. Ces ponts sont tantôt légers ou monumentaux, bossus, énormes ou petits, œuvres d’art possédant chacune sa propre expressivité artistique et procurant à la ville son cachet incomparable. Enfin n'oublions pas Saint-Pétersbourg, ville martyre lors du siège de Léningrad - nom de la ville à l'époque stalinienne - qui subit un siège de 29 mois du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, après que le Führer eut donné l'ordre de la raser parce qu'elle était le symbole du "génie slave". Confrontée à la famine, la population fera preuve d'un courage exceptionnel, mais ce blocus causera la mort de 1 250 000 habitants dans une ambiance apocalyptique. Durant ces trois années, la population affamée, affaiblie, sacrifiée survivra dans des conditions extrêmes. L'armée allemande avait occupé les résidences impériales autour de la ville ; en les quittant, elle fera brûler ces grands palais, sauter la cascade de Peterhof et pillera les collections. A peine libérée, la cité entreprit un travail de restauration qui est sans doute sans précédent dans l'Histoire par son ampleur et sa minutie. 

 

Voici un aperçu des mystères et secrets qui vous seront révélés par cet ouvrage sur une ville qui ne ressemble à aucune autre, vagabondage en des lieux magiques chargés d’épreuves et également d’innovations sublimes, lourds d’un passé qui, tour à tour, fut glorieux et tragique, et d’une architecture dont les murs conservent jalousement la mémoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

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Le dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

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9 réactions à cet article    


  • Christian Labrune Christian Labrune 1er mai 18:49

    à l’auteur,
    Merci pour cette information. Je ne connais Saint-Petersbourg que par Google Earth et les romans russes. Je m’y suis bien souvent virtuellement promené, et c’est magnifique. Je crois désormais connaître aussi bien la perspective Nevski que la rue de Rivoli. Ayant horreur des voyages, je n’y mettrai jamais les pieds, mais j’espère bien ne pas mourir avant qu’on puisse y être en vision 3D !


    • Remosra 1er mai 22:33

      Et vous ? Vous y êtes déjà allé à St Pétersbourg ?
      Désolé je n’ai pas eu le courage de lire votre article, seulement quelques lignes par ci par là !


      • @Remosra


        Oui, j’ai eu cette chance de visiter Saint-Pétersbourg au moment des Nuits blanches. C’est une ville envoûtante. Un grand souvenir.

      • eric 1er mai 23:13

        Tout est vrai. En même temps, j’ai l’impression de Saint Petersbourg vu par le film « les »poupées russes« .

        Le héro, un hipster parisien, ne retiens que le rue aux proportions »parfaites« , et puis, à un moment, on est dans le komunalka de la fiancée ( appartement communautaire divisé entre plusieurs familles. Le père explique que chez eux, »on trouve toujours de l’argent pour les mariages et les enterrements". Les auteurs on tellement compris que l’auditoire français ne comprendrait pas de quoi on parle, qu’ils n’ont pas pris la peine de traduire. Idem quand le frère et la sœur s’engueulent sur les convenances dans la cuisines commune.

        Bref, une carte postale qui ne suffit pas à rendre compte de cette ville et de la Russie. Il faut y aller et y rester un moment....Je suggère un zapoï pendant les nuits blanches ( période de soûlographie de plusieurs jours ou on se coupe de la vie habituelle..)

        En face du Marinski, on peut passer au Shamrock, un bar irlandais ou vont souvent les ballerines, les chanteurs et leurs copains si rien n’a changé depuis l’an dernier...


        • @eric

          Voilà un ouvrage qu’il est intéressant de se procurer avant d’envisager un séjour à Saint-Pétersbourg. On débarque ainsi dans la ville avec d’appréciables repères. Et puis cela se lit en ordre ou en désordre comme un dictionnaire. 

        • Abou Antoun Abou Antoun 2 mai 08:28

          Excellent article. J’encourage tout lecteur qui en a les moyens à faire une visite à ’Peter’.
          Principal obstacle, cela reste une destination coûteuse.
          Les voyages virtuels c’est bien, c’est mieux que rien en tout cas, mais il n’y a que sur place qu’on peut apprécier l’ambiance et rencontrer les gens. Saint-Petersbourg est un bon endroit pour faire des rencontres de nombreux habitants pratiquent l’anglais et parfois le français ou l’allemand. A cause de sa vocation touristique de nombreux efforts ont été faits par la municipalité en direction des étrangers, de nombreux panneaux indicateurs (particulièrement dans le magnifique métro) sont transcris en caractères latins.
          Si hôtellerie reste (très) chère, les consommations, l’alimentation en général reste très abordable. Un café une bière dans un des innombrables établissements de luxe de la perspective Nevski coûte beaucoup moins cher qu(à Paris. Pour la restauration les repas sont en général de bonne qualité, l’hygiène parfaite et le service irréprochable. Pour les spectacles (Mariskii etc...), en général tout se joue à guichet fermé, mieux vaut prévoir à l’avance, on peut retenir et payer par carte sur internet).


          • eric 2 mai 10:36

            @Abou Antoun
            Oh, maintenant, il y a plein de petits hôtel très peu cher, des Rband B des chambres chez l’habitant. Si on a un peu de temps et de courage, on peut prendre un Beauvais Vilnius à 20 euros AR ou des trucs comme cela. puis train ou car. C’est devenu abordable.


          • arthes arthes 2 mai 15:01

            En hiver il y a un grand avantage à se rendre à St P. : Vous êtes certains de ne pas faire la queue pour aller visiter l’Hermitage .


            Ensuite, c’est comme de tout ; y aller pour « les nuits blanches » permet d’avoir un aperçu dans une ambiance festive et sans l’idée des longs mois de neige et de glace, y passer un hiver reste une épreuve, non pas que les habitants ne soient pas charmants, d’ailleurs ils sont fort pacifiques et paisibles, mais il faut du temps et savoir parler russe pour « briser la glace du palais », et pouvoir commencer à s’insérer dans la société St péterbourgeoise, et alors la, c’est l’aventure Russe qui commence (ou qui continue, ça ne finit jamais)...Mais ça se mérite quoi.


            • jack mandon jack mandon 4 mai 11:21

              Elle a été édifiée par Pierre le Grand au tout début du XVIIe siècle. « Tsar génial, cruel, tendre et sauvage » - nous dit l’auteur Vladimir Fédorovski, « dont l’imagination et la volonté ont transformé son pays en empire et fait jaillir sa nouvelle capitale des marécages en 1703. » En fondant Saint-Pétersbourg, ce Romanov donnait sa réponse à cette question essentielle : d’où vient la Russie et vers quoi veut-elle aller ? 

              Pardonnez moi Armelle pour ce petit retard.

              Bousculé par ce drame électoral qui me perturbe, mais enrichi également par cet incident, je prends conscience à mon niveau du profond intérêt que présente votre article.

              Les écrivains ne connaissent pas les retentissements de leur déclarations. C’est pour vous !

              Pardon si je politise le débat, je crois que je vais superposer intemporellement deux personnalités, Pierre le grand et Poutine, superposition certes inégale quant à la forme. L’important est de mettre en évidence ce que peut être l’âme russe, ce mélange de cruauté, de tendresse, de créativité culturelle et de brutalité naturelle. L’âme d’un peuple qui semble passer au-dessus de la tête de notre diplomatie moribonde. Est-ce un problème culturel de notre part ? c’est hélas plus grave, c’est géo-stratégique, nous obéissons à des paramètres économiques et politiques étasuniens. La culture ? Macron, Hollande, la gauche, la droite, le centre...ils s’en fichent, la communauté de l’être s’efface devant l’agressivité de la société de l’avoir.

              Le monde présocratique, mieux antésocratique n’intéresse pas les politiciens

              L’angélique Macron, en marche le capital. Derrière ce visage d’éphèbe intelligent, un projet à long terme, dont il ne mesure pas la portée, il est trop jeune et trop formaté. La fin de l’humanité.« On ne peut servir Dieu et Mammon » la forme évangélique que j’utilise peut fausser le sens que je veux faire émerger. Pour vous, cela n’est pas un problème, vous comprenez. Je dois ajouter que depuis quelques temps je superpose les évangiles de Jésus, à la lumière de la psychanalyse et le manifeste de K. Marx, qui par delà son jargon est parfaitement complémentaire aux évangiles puisqu’il est la nécrologie prochaine du capital.

              Ce qui est tout à fait incroyable, c’est que ces deux ouvrages ont déchaîné des forces de destructions incommensurables dans leurs pratiques faussées au cours du temps. Comme le disait Marx, dans la réalisation, ce qui apparaît vrai et faux et vise versa.

              Les praticiens, prêtres, pasteurs, activistes politiques, idéologues, sont souvent tombés dans le pouvoir, forme spiritualisée de l’expression du capital dévastateur.

              Allez expliquer à ceux qui votent pour Macron, 60% de citoyens, que la finalité du pouvoir de l’argent, c’est le terme de l’humanité.

              Merci Armelle

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