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Le Droit positif suppose-t-il le Droit naturel ? Commentaire d’un texte de Leo Strauss

Le Droit positif suppose-t-il le Droit naturel ? Leo Strauss

Leo Strauss, Le Droit positif suppose le Droit naturel

L'auteur : 

Leo Strauss (Kirchhain, province de Hesse-Nassau, 20 septembre 1899 – Annapolis, dans le Maryland, 18 octobre 1973) est un philosophe et historien de la philosophie juif allemand du xxe siècle, émigré aux Etats-Unis à partir de 1937. Spécialiste de philosophie politique, il est surtout connu pour ses thèses sur l'art d'écrire des philosophes et pour avoir étudié la tradition philosophique classique et les idées classiques et modernes du droit naturel, s'opposant ouvertement aux sciences sociales contemporaines. Il a aussi étudié l'histoire de la philosophie juive, en particulier dans sa période médiévale

L'ouvrage : 

Droit naturel et histoire, maître livre de Leo Strauss, est reconnu comme un classique de la philosophie de notre siècle, spécialement de la philosophie politique. Leo Strauss illustre et défend l'idée de droit naturel contre tout relativisme historique. Pour lui, le besoin du droit naturel est manifeste. En effet, rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit, que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, on ne contestera pas qu'il existe des lois ou des décisions que l'on déclarera injustes. Au nom de quoi faire cette déclaration ? La réponse est donnée majoritairement de nos jours par les sciences sociales qui rejettent le droit naturel au nom de l'histoire et au nom de la différence entre Faits et Valeurs. Leo Strauss s'inscrit en faux contre cette réduction et plaide pour le maintien de la notion de droit naturel, seule source, selon lui, d'une pensée du Juste et de l'Injuste. Depuis Grotius (Le Droit des Gens), la notion de droit naturel est au principe de la philosophie politique moderne (Hobbes, Rousseau...). Dans sa forme classique, le droit naturel est lié à une perspective téléologique de l'univers. Comment le repenser sous une forme actuelle ? Tel est le dessein de l'ouvrage de Leo Strauss. Écrit dans une langue très claire et précise, proposant des analyses remarquables de Machiavel, Hobbes, Locke, Rousseau et Burke, Droit naturel et Histoire est un livre d'une exceptionnelle valeur.

Le texte :

"Néanmoins, le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd'hui qu'il a été durant des siècles et même des millénaires. Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays.

Or, il est évident qu'il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. En passant de tels jugements, nous impliquons qu'il y a un étalon du juste et de l'injuste qui est indépendant du droit positif et qui lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif.

Bien des gens aujourd'hui considèrent que l'étalon en question n'est tout au plus que l'idéal adopté par notre société ou notre "civilisation" tel qu'il a pris corps dans ses façons de vivre et ses institutions.

Mais, d'après cette même opinion, toutes les sociétés ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées.

Si les principes tirent une justification suffisante du fait qu'ils sont reçus dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l'homme policé. De ce point de vue, les premiers ne peuvent être rejetés comme mauvais purement et simplement. Et puisque tout le monde est d'accord pour reconnaître que l'idéal de notre société est changeant, seule une triste et morne habitude nous empêcherait d'accepter en toute tranquillité une évolution vers l'état cannibale.

S'il n'y a pas d'étalon plus élevé que l'idéal de notre société, nous sommes parfaitement incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique.

Mais le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l'idéal de notre société montre qu'il y a dans l'homme quelque chose qui n'est point totalement asservi à sa société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés de rechercher un étalon qui nous permette de juger de l'idéal de notre société comme de toute autre.

Cet étalon ne peut être trouvé dans les besoins des différentes sociétés, car elles ont, ainsi que leurs composants, de nombreux besoins qui s'opposent les uns aux autres : la question de priorité se pose aussitôt.

Cette question ne peut être tranchée de façon rationnelle si nous ne disposons pas d'un étalon qui nous permette de distinguer entre besoins véritables et besoins imaginaires et de connaître la hiérarchie des différentes sortes de besoins véritables. Le problème soulevé par le conflit des besoins sociaux ne peut être résolu si nous n'avons pas connaissance du droit naturel."

(Leo Strauss, Natural Right and History, Chicago, 1953, traduction française, Droit naturel et Histoire, pp. 14-16, Paris, Librairie Plon, 1954 ; traduction M. Nathan et E. de Dampierre. (Texte cité par Julien Freund, Le droit aujourd'hui, p. 26. Dossier Logos, Presses Universitaire de France.)

Explication du texte :

"Le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd'hui qu'il a été durant des siècles et même des millénaires". Leo Strauss commence par affirmer que le besoin de la notion de "Droit naturel" est à la fois universel et intemporel.

Les sociétés humaines n'ont pas toujours été fondées sur le Droit positif. Bien avant l'existence d'un Droit positif, les sociétés humaines ont fondé leur existence et leur survie sur des mythes, des interdits et des pratiques sacrificielles.

Ces idéaux et ces pratiques se fondaient sur la croyance en des forces ou des divinités supérieures qui exprimaient la vérité sur l'origine de la société (les mythes), prescrivaient certaines pratiques (les sacrifices) et en interdisaient d'autres (les tabous et les interdits). Les idéaux des sociétés primitives appelées aujourd'hui "premières" étaient fondés sur la relation entre les hommes et le sacré.

Cette relation était vécue comme allant de soi, jusqu'aux philosophes de la Grèce antique, les mythes étaient reçus sans être remis en cause et les hommes s'abstenaient de faire certaines choses ou s'obligeaient à en faire d'autres sans toujours savoir pourquoi. Même Socrate, à la veille de sa mort, demande à ses disciples de sacrifier un coq à Asclépios, le dieu de la médecine.

Avec l'avènement du Droit romain, on assiste à l'émergence de la notion de "responsabilité individuelle" ignorée, par exemple, dans le code d'Hammourabi.

Mais c'est surtout avec la judaïsme et le christianisme que la notion de "Droit naturel" prend forme avec l'idée que les coutumes et les mœurs de la société doivent reposer sur des lois divines révélées : le Décalogue (en hébreu les Dix Paroles). On devrait donc parler d'un Droit "surnaturel", plutôt que d'un Droit naturel, bien que ce Droit révélé a vocation de devenir comme une seconde nature : ne pas tuer, ne pas voler, honorer son père et sa mère, ne pas commettre l'adultère, ne pas porter de faux témoignage contre son prochain, ce que le christianisme et le judaïsme lui-même résume dans l'injonction d'aimer son prochain comme soi-même.

Selon Leo Strauss, rejeter le Droit naturel revient à dire que tout Droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays.

Or, sans la notion de Droit naturel, nous serions incapables de discerner si une loi ou une décision est juste ou injuste. Pour décider si une loi est juste ou injuste, nous avons besoin, selon lui, d'un "étalon" du juste et de l'injuste indépendant du Droit positif et qui lui soit supérieur et grâce auquel nous puissions le juger.

Leo Strauss affirme que le droit naturel est supérieur au Droit positif et ne dépend pas du droit positif. Le Droit naturel est l'ensemble des droits que chaque individu possède du fait de son appartenance à l'humanité et non du fait de la société dans laquelle il vit. 

Note : Sophocle dans Antigone est le premier à mettre en scène l'idée de droit naturel, mais Platon, le fondateur de l'Académie, est selon Leo Strauss, le véritable fondateur de l'école classique du Droit naturel. À partir du XVIIe siècle, la loi naturelle est conçue par Descartes et par Grotius comme une création de Dieu. La théorie du droit naturel de Hobbes repose sur deux principes fondamentaux, qui sont, d'une part, la conservation de soi et, d'autre part, la toute-puissance de Dieu.  Le Droit naturel apparaît donc comme un système immuable et achevé. Parmi les principes du Droit naturel, on compte : la vie, la liberté et la propriété et la résistance à l'oppression. Pour les philosophes des Lumières, ces concepts sont naturels et ne peuvent être limités par les autorités de l'État. Ils s'opposent donc à l'idée qu'une personne puisse avoir plus de droits s'il appartient à une classe sociale plus élevée (les privilèges de la noblesse). La Déclaration des Droits de l'Homme de 1793 stipule que le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. Le droit positif s'oppose au droit naturel qui regroupe l'ensemble des droits que chaque individu possède par naissance et nature. Selon le jusnaturalisme, doctrine qui défend la notion de droit naturel, il y a des normes naturelles aux individus, et ces normes sont au-dessus du droit en vigueur. 

Bien que le besoin de Droit naturel soit aussi manifeste aujourd'hui que par le passé, la notion de Droit naturel ne va plus de soi. Elle est critiquée, interrogée et remise en question : "bien des gens aujourd'hui considèrent que l'étalon en question n'est tout au plus que l'idéal adopté par notre "civilisation" tel qu'il a pris corps dans ses façons de vivre et ses institutions".

Autrement dit, il n'y a pas, selon les gens dont parle Léo Strauss de droit naturel universel et intemporel, mais une pluralité de droits positifs qui reflètent les coutumes et les mœurs d'une civilisation donnée. 

Si on écarte la notion de "Droit naturel", si on ne prend en considération que les coutumes, les habitudes et la "culture" d'une civilisation donnée, bref si on adhère à ce que l'on appelle aujourd'hui le "relativisme culturel", on risque, selon Leo Strauss d'aboutir à l'acceptation de la barbarie : "Mais, d'après cette même opinion, toutes les sociétés ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées".

Examinons les arguments relativistes :

Les Grecs avaient tendance à considérer que ceux qui ne parlaient pas grec n'étaient pas vraiment des hommes. Mais cette tendance n'est pas propre aux Grecs ; selon Claude Lévi-Strauss, elle est universelle, "elle tend à réapparaître en chacun de nous". Nous avons du mal à nous "décentrer", à accepter les cultures différentes de la nôtre. Nous sommes naturellement ethnocentrés.

Michel de Montaigne, qui vécut l’époque « barbare » des guerres de religion de la fin du XVIème siècle, exprime bien ce sentiment lorsqu'il écrit dans ses Essais : "Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage".

L'idée de barbarie n'est pas un concept fondé en raison, mais une opinion subjective, un préjugé, une affaire de croyance et non le fruit d'une réflexion. Claude Lévi-Strauss donne l'exemple tragi-comique des indigènes qui s'employaient à immerger les cadavres des européens pour vérifier si leur corps était sujet à la putréfaction.

Ils doutaient que les Européens fussent des hommes comme eux, ils se demandaient s'ils n'étaient pas des dieux. Lorsque les Européens envoyèrent des commission d'enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ils se conduisirent exactement de la même manière que les indigènes, c'est-à-dire comme ceux qu'ils considéraient comme des "barbares". Si le barbare est celui qui croit à la barbarie, la barbarie est le fait de ceux qui jugent et non ce ceux qui sont l'objet de ce jugement.

Raymond Aron dans A propos de l'œuvre de Claude Lévi-Strauss, le paradoxe du Même et de l'Autrecritique le "relativisme culturel" de Lévi-Strauss. Pour Raymond Aron, toutes les cultures ne se valent pas. Raymond Aron affirme qu'il y a des valeurs universelles, ainsi que des hiérarchies. Par exemple une société libre est "supérieure" à une société totalitaire et un concerto de Mozart au dernier tube de Sexion d'Assaut.

Si le barbare est celui qui croit à la barbarie, il est impossible de poser un jugement éthique, toutes les conduites se valent, toutes les cultures, dans toutes leurs manifestations ont la même dignité et la même valeur - on doit admettre par exemple le cannibalisme, les sacrifices humains, l'esclavage, l'excision, le voile intégral, et tout ce que, au sein de notre propre culture, nous considérons comme "barbare" ou 'inhumain" ou dont on nous fait remarquer l'inhumanité.

L'affirmation de Lévi-Strauss ne saurait donc s'appliquer sans discernement, sauf à ruiner toute possibilité de fonder une éthique et un Droit universel. "Le barbare est celui qui croit à la barbarie." ne pourrait-on dire, a contrario, que l'homme est celui qui croit à l'humanité ?

Claude Lévi-Strauss a d'ailleurs corrigé ce jugement presque vingt ans plus tard, en 1971 dans Race et Culture en revenant sur l'idée d'une équivalence absolue des cultures et d'une fécondité automatique de la diversité.

Hans Kelsen dans "Justice et droit naturel", in Le droit naturel, ouvrage collectif, PUF, 1953 conteste lui aussi le droit naturel : "La validité du droit positif est indépendante de son rapport avec une norme de justice ; cette affirmation constitue la différence essentielle entre la théorie du droit naturel et le positivisme."

"Puisque tout le monde est d'accord pour reconnaître que l'idéal de notre société est changeant, seule une triste et morne habitude nous empêcherait d'accepter en toute tranquillité une évolution vers l'état cannibale", objecte Leo Strauss. "S'il n'y a pas d'étalon plus élevé que l'idéal de notre société, nous sommes incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique".

Pour Leo Strauss, la légitimité de nos lois doit pouvoir être jugée : le droit naturel est un outil. S'il n'existe pas un étalon plus élevé que ce que la société admet, il n'y a plus de critère de jugement. Il paraît alors impossible de juger la société et d'obtenir une loi plus juste.

Cet "étalon", selon Leo Strauss, au sens d'instrument de mesure universel (on parle de mètre-étalon censé donner la mesure idéale d'un mètre) ne peut être trouvé dans les besoins des différentes sociétés. Leo Strauss s'oppose ici à une conception utilitariste du Droit.

Les besoins d'une société sont divers et contradictoires et souvent conflictuels. Comment établir une hiérarchie entre les besoins ? Comment discerner les besoins secondaires des besoins véritables ? Comment résoudre le problème du conflit des besoins sociaux ?

Seule la connaissance du Droit naturel qui transcende les besoins peut nous aider, selon Leo Strauss, à répondre à ces questions. Prenons par exemple le besoin de justice. Pour répondre au besoin de justice, nous avons besoin de savoir ce qu'est la justice en soi. 

La théorie du Droit naturel est une théorie idéaliste. Elle affirme qu'à côté du Droit "réel" et positif changeant avec les législations humaines, existe un droit idéal conforme à la norme de la justice et que, pour cette raison, il est invariable comme elle.

La thèse du Droit naturel soulève des difficultés d'ordre théorique. Nous retrouvons ici l'opposition de deux domaines, celui de la réalité et celui de la valeur.

Dans La Raison dans l'Histoire, Hegel remarque que la théorie du Droit naturel ne se présente pas comme historiquement fondée : "En effet, remarque Hegel, si on voulait la prendre au sérieux, il serait difficile de prouver qu'un tel état ait jamais existé dans le passé ou dans le présent. Il existe, certes, un état de sauvagerie qu'on peut aisément constater, mais on le voit lié aux passions de la brutalité et aux actes de violence. 

Néanmoins, selon André Roussel, le droit naturel se manifeste comme une exigence de la conscience sans laquelle le Droit positif serait soumis lui-même à l'arbitraire. Comme le souligne Perelman : "La justice n'est pas conformité à un système de règles coutumières ou légales adoptée par les hommes, mais la conformité de ces règles elles-mêmes à un ordre préétabli."


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30 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 6 octobre 10:30

    Délire tribal qui ouvre la porte à toutes les saloperies possibles.


    • mmbbb 7 octobre 12:16

      @Clocel cet auteur un ami de Fergus ! Un intello suiveur pro atlantiste .

      le droit naturel est tres récent ecole de Salamanque .

      C est la coutume l usage qui est une des sources du droit .

      et par ailleurs extrait de Wiki

      «  Les travaux de l’école de Salamanque sont oubliés à la fin du Siècle d’or espagnol, puis redécouverts ultérieurement et sont considérés comme une des origines du libéralisme6. » 

      C est vrai , j ai lu un peu Contrepoint , journal libéral par essence ; les auteurs sont des liberaux souvent un peu extreme et ils promeuvent le droit naturel 

      Cet auteur est fort !! Il 


    • Étirév 6 octobre 12:58

      Il existe un Droit absolu et un Droit fictif, c’est-à-dire relatif.
      Le Droit absolu c’est le Droit « non écrit ».
      Le Droit relatif, c’est le Droit écrit, celui qui est formulé par les législateurs et inscrit dans les codes actuels.
      Le Droit naturel, « non écrit », est celui qui a créé les anciens usages. C’est le Droit tacite d’autant plus certain qu’il est constant, parce qu’il prend sa source dans la nature des choses.
      Or, une société basée sur le « relatif » repose sur une fiction et ne peut aboutir à aucune justice.
      « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », écrit Montesquieu en tête de son Esprit des Lois.
      Il existe donc une « nature des choses », c’est-à-dire des « Êtres » qui forment l’ensemble du monde et qui doivent être reliés entre eux de la manière que commande et détermine leur nature.
      Mais J.-J. Rousseau, méconnaissant la nature des choses a dit : « La loi est l’expression de la volonté générale ». Ce qu’on a entendu par « la volonté de tous les êtres du sexe mâle ».
      C’est l’origine de la démocratie masculine. Or, le nombre ne donne jamais le « Droit » parce qu’il ne donne jamais la juste compréhension des choses. Le nombre est, au contraire, la négation du Droit ; c’est une représentation de la Force.
      Droit naturel, « Jus Naturale »


      • Taverne Taverne 6 octobre 16:16

        « La Déclaration des Droits de l’Homme de 1793 stipule que le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

        Tout est dit là et il n’y a rien à retrancher.

        Le droit naturel ne découle pas de la Nature : la propriété n’est pas une chose qui existe à l’état de nature. La liberté non plus (la nature n’est faite que de contraintes et de besoins). Enfin, on n’imagine pas une proie faire valoir son devoir de résistance à l’oppression face au prédateur qui s’apprête à la dévorer !

        Et pourtant, on peut véritablement parler de droit naturel car ces principes sont tirés du constat objectif de ce qui est proprement humain et universellement humain.

        Il est proprement humain et universellement humain :

        de penser (Descartes le dit),

        de rire (Bergson le dit). Ne riez pas ! Il y a encore trop d’endroits sur terre où il est interdit de rire sous peine de mort.

        Chaque être humain doit donc bénéficier du droit de penser et de s’exprimer y compris par le rire. Puisqu’il est prouvé que cela est universel chez l’être humain.

        Est-il proprement humain de pratiquer le cannibalisme ?

        Rien ne le démontre. Au contraire, il semble que cette pratique soit liée à des situations extrêmes ou à des moeurs très localisées, particulières et ne reposant pas sur un besoin naturel évident.

        Accepter le cannibalisme va à l’encontre de la théorie du Droit naturel puisque l’accepter revient à dénier le droit de propriété sur son propre corps. Tolérer le cannibalisme revient à tolérer a fortiori  et comme un moindre mal  l’esclavage, la suprématie du mâle et toute autre forme de possession de son corps par autrui ou par une puissance qui s’érige en Autorité. 

        Or, il semble que nos Révolutionnaires aient bien pensé et bien parlé.

        Puisque le propre de l’homme est de vivre en société (instinct grégaire) et de développer des moeurs communes, l’individu doit être garanti de pouvoir

        jouir de sa liberté à l’intérieur de cette société, liberté qui n’a de limite que la liberté des autres, pour que la société soit viable. 

         jouir de la propriété de sa personne (pas de servage ni d’esclavage) et des possessions nécessaires à son autonomie (car qui ne possède rien n’a aucune autonomie et dépend des autres...). C’est l’idée de « sûreté » qui proscrit l’arbitraire et la précarité récurente.

        Puisque le propre de l’homme est aussi d’être libre, chacun doit être conscient de son devoir de préserver ce trésor consubstantiel à la nature humaine en se réservant l’usage éventuel de la résistance à l’oppression, car sans ce devoir de résistance, la liberté n’est qu’un vain mot.

        « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression » : c’est parfaitement juste et rien de doit être retranché.

        « Le but de toute association politique est la conservation » de ces droits : c’est l’idée du contrat social. Ce contrat social doit toujours garantir ces droits et prévenir autant que réprimer les graves abus de ces droits. 

        Toutefois, si aujourd’hui, rien n’est à retranché de ces mots, cette conception doit être éclairée d’un regard nouveau qui prenne en compte aussi le respect de la Nature et les besoins de l’être humain liés à la nature car l’individu n’est pas qu’un animal social. Il est aussi élément et partie prenante de son environnement.


        • Taverne Taverne 6 octobre 16:40

          Et pour conclure, il est proprement humain de se tromper. 

          Cet erratum ne surprendra donc personne :

          J’ai écrit : « Il est proprement humain et universellement humain de rire (Bergson le dit). » Je me corrige : Rabelais l’a dit et Bergson l’a théorisé.

          Errare humanum est. 


        • Jason Jason 6 octobre 17:18

          @Taverne
          "Puisque le propre de l’homme est aussi d’être libre,

          " La liberté n’est que l’ignorance des causes qui nous déterminent (Spinoza).


        • njama njama 6 octobre 16:35

          Oui bien sûr le Droit Naturel précède le droit positif, car l’esprit précède la forme. A peu près tous les peuples de la terre seront d’accord sur cette primauté du Droit Naturel de Nature ontologique sur toutes considérations particulières ici ou là du droit positif, qui procède de l’homme et non de la Nature. L’Histoire nous montre néanmoins que cela n’était pas aussi idéal dans les « faits » (du prince...), qui revêtaient une forme de droit positif (injuste), dans son expression, servage, droit de vie et de mort,... la religion du peuple étant celle de son souverain, cujus regio, ejus religio, il y avait donc des individus moins égaux que d’autres comme disait notre Coluche national


          • njama njama 6 octobre 16:39

            En marge de la philosophie de Leo Strauss, dans les coulisses...

            Brève histoire des Straussiens

            Arrêtons-nous un instant sur ce groupe, les Straussiens, à propos duquel les Occidentaux savent peu de choses. Il s’agit d’individus, tous juifs, mais absolument pas représentatifs ni des juifs états-uniens, ni des communautés juives dans le monde. Ils ont été formés par le philosophe allemand, Leo Strauss, réfugié aux États-Unis lors de la montée du nazisme et devenu professeur de philosophie à l’université de Chicago. Selon de nombreux témoignages, il avait constitué un petit groupe d’élèves fidèles auxquels il dispensait un enseignement oral. Il n’y a donc pas d’écrits à ce sujet. Il leur expliquait que le seul moyen pour les juifs de ne pas être victimes d’un nouveau génocide était de constituer leur propre dictature. Il les désignait sous le nom d’Hoplites (les soldats de Sparte) et les envoyait perturber les cours de ses rivaux. Enfin, il leur enseignait la discrétion et faisait l’éloge du « noble mensonge ». Bien qu’il soit mort en 1973, sa fraternité étudiante s’est perpétuée.

            Les Straussiens ont commencé à former un groupe politique il y a un demi-siècle, en 1972. Ils étaient tous membres de l’équipe du sénateur démocrate Henry “Scoop” Jackson, notamment Elliott Abrams, Richard Perle et Paul Wolfowitz. Ils travaillaient étroitement avec un groupe de journalistes trotskistes également juifs, qui s’étaient connus au City College of New York et éditaient la revue Commentary. on les appelait les « Intellectuels new-yorkais » (New York Intellectuals). L’ensemble de ces deux groupes était très lié à la CIA, mais aussi grâce au beau-père de Perle, Albert Wohlstetter (le stratège militaire US), à la Rand Corporation (le think tank du complexe militaro-industriel). Beaucoup de ces jeunes gens se marièrent entre eux jusqu’à former un groupe compact d’une centaine de personnes.

            Ensemble, ils rédigèrent et firent adopter, en pleine crise du Watergate (1974), l’« amendement Jackson–Vanik » qui contraignit l’Union soviétique à autoriser l’émigration de sa population juive vers Israël sous peine de sanctions économiques. C’est leur acte fondateur.

            En 1976, Paul Wolfowitz [1] fut un des artisans de l’« équipe B » (Team B) chargée par le président Gerald Ford d’évaluer la menace soviétique [2]. Il rendit un rapport délirant accusant l’Union soviétique de se préparer à prendre une « hégémonie globale ». La Guerre froide changeait de nature : il ne s’agissait plus d’isoler (containment) l’URSS, il fallait l’arrêter pour sauver le « monde libre ».


            • njama njama 6 octobre 17:04

              La suite ICI :

              https://www.voltairenet.org/article215852.html

              Les straussiens et la philosophie, ça fait deux paires de manches, un peu comme avec BHL pour qui « l’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre » (sic), ce qu’il affichait un temps sur l’en-tête de son blog, et au diable la maïeutique, essence même de la philosophie !

              On retrouvera au fil du temps cet acteur des plateaux télé d’ailleurs sur différents « théâtres d’opérations militaires » (spéciales) , au Kosovo, en Libye, en Ukraine, en Syrie avec les kurdes (ou au Kurdistan irakien ?), et depuis peu en Ukraine où,il fait la pose devant une caméra... dans une suite d’articles pour Paris-Match !

              https://bernard-henri-levy.com/fr/bernard-henri-levy-sur-la-ligne-de-front-partout-ou-les-ukrainiens-ont-attaque-la-ligne-russe-a-cede/

              Marier la pensée philosophique de Socrate (ou celle de Platon son disciple) à celle de Sun-Tzu fallait le faire, et BHL l’a fait ! comme un crottin péripatétichien dans le caniveau

              Même si le geste n’est pas courtois, et pas philosophique, on peut comprendre parfois qu’en terme d’entartage, il pourrait faire bonne figure dans le Livre Guiness des Records, parce qu’une Édition dans la Pléaïde, je ne pense pas qu’elle verrait le jour, un jour...


            • njama njama 6 octobre 17:04

              BHL, un straussien ?


            • Robin Guilloux Robin Guilloux 6 octobre 18:14

              @njama

              J’ignorais tous ces détails sur les « hoplites » de Leo Strauss. C’est très intéressant, même si nous nous éloignons quelque peu de la notion de « droit naturel ». Bien qu’admirateur de Leo Strauss, Je jure que je ne fais pas partie de la société secrète des hoplites. J’ai même oublié le mot de passe smiley


            • njama njama 7 octobre 14:08

              @Robin Guilloux

              A vous lire, mais pas toujours, faute de temps..., je vous crois bien que vous ne faites pas partie de cette société secrète des Hoplites, fantassins si particuliers de la Grèce antique...

              Pour BHL j’en suis moins sûr (?)

              Leo Strauss avait peut-être en façade (hypothèse) un enseignement « politiquement correct », qui aurait eu bien évidemment sa valeur intrinsèque dans notre monde contemporain, et son pesant de cacahuètes, exotérique diraient certains, etc... de haute qualité philosophique, je ne sais pas,

              je suis mal placé pour évaluer, à côté de vous qui l’appréciez.
              Mais au revers de cette face de la médaille qu’il méritait sûrement, en cercle plus confidentiel d’initiés (ésotérique) peut-être avait-il une autre vision téléologique qui le serait moins, voire bien moins... (?), laquelle semblerait si les rumeurs sont vraies, assez éloignées de la maïeutique socratique.

              Il se trouve que dans le milieu juif, plus particulièrement dans la diaspora dont nous connaissons tous les raisons historiques, comme celle déracinée qui a pris demeure en Palestine, l’angoisse de la disparition du peuple juif (qui revêt une légitimité bien compréhensible) , affecte les raosnnements.


            • njama njama 7 octobre 14:10

              les raisonnements


            • njama njama 7 octobre 14:30

              @Robin Guilloux

              Un témoignage qui pourrait illustrer mes propos*

              https://arretsurinfo.ch/pourquoi-jai-quitte-israel/

              ou, j’aurais pu en prendre un autre de Élie Wiesel que vous auriez lu peut-être, « Une folle envie de danser »...et d’autres... de cette âme de Etty Hillesum qui m’a tant marqué et que je garde dans mon panthéon de sœurs spirituelles, au côté d’autres lumineuses étoiles qui m’ont guidé.

              Croyez bien que, bien que non-juif, je reste très sensible à ce genre de sentiment d’inquiétude collective.

              Je ne vois pas trop quoi faire à mon tout petit niveau personnel, sinon peut-être qu’à contribuer modestement, comme ce témoignage de Avigail Abarbanel *, à tenter de lever ce voile obscur et terrible du passé qui plane sur leurs esprits...

              Voilà que cela serait une grande œuvre philosophique, ne trouvez-vous pas...

              Ne connaissant pas les écrits de Leo Strauss, je ne sais si même quelque chose dans ce dont je vous parle rejoindrait votre article, vous ferez le tri...

              Bien à vous, j’apprécie vos publications, dont je vous remercie.


            • Robin Guilloux Robin Guilloux 7 octobre 16:34

              @njama

              C’est vrai que c’est difficile pour certains de ne pas perdre le nord. Comme vous le dites, c’est un problème vital. Il est plus que possible que Leo Strauss se soit entouré d’une cohorte de jeunes étudiants juifs un peu fanatiques sur les bords. Le phénomène a d’abord relevé du folklore avant de prendre une tournure plus sérieuse. Peut-être Leo Strauss a-t-il retenu la leçon des rencontres de Davos au cours desquelles Martin Heidegger s’était lui aussi entouré de jeune « hoplites » sympathisants du national-socialisme contre Cassirer qui n’avait pas compris la manœuvre parce qu’il faisait la différence entre la philosophie d’une part et la politique et la guerre d’autre part, ce qui n’était pas le cas de Heidegger qui se moquait bien du droit naturel et des exigences de la conscience. Bref, c’était un homme courtois, comme Husserl, comme tous les autres. Mais quand vous comprenez que c’est votre survie en tant que peuple qui est en jeu, vous ne pouvez plus être « courtois ». Cassirer l’a compris, mais trop tard, quand il était en exil en Norvège. Il quittait la pièce pendant la retransmission des discours d’Hitler. J’ai été jadis placé dans une situation en tant qu’aîné où je tentais de calmer les ardeurs de certains jeunes activistes juifs du béthar, je n’ai pas réussi à retenir l’un d’eux sur la voie de la violence. Il a été exfiltré en Israël. Les révisionnistes et les antisémites virulents devraient savoir qu’ils prennent de gros risques et qu’on ne peut pas toujours retenir les jeunes, surtout quand ils ont perdu des membres de leur famille dans des camps. Encourir ce risque fait partie de la seule parcelle d’honneur nous pouvons leur reconnaître. Mais je parierais plutôt pour l’inconscience.


            • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 octobre 11:00

              @njama

              J’ai lu le témoignage d’Avigael Abarbanel « Pourquoi j’ai quitté Israël ». Le fait d’appartenir à un peuple qui a particulièrement souffert dans l’histoire ne donne pas tous les droits. J’avais écrit quelque chose dans le même sens après l’opération « plomb durci » dans le nord de la bande de Gaza.

              http://lechatsurmonepaule.over-blog.fr/2018/04/supplique-aux-juifs-d-israel-et-d-ailleurs-avant-qu-il-ne-soit-trop-tard.html


            • Jason Jason 6 octobre 17:09

              Le droit naturel et le droit positif se joignent parfois et se repoussent souvent. Mais les deux sont des inventions humaines, car il n’y a pas de droit dans la nature, si on entend par cette dernière la biosphère.

              Les éthologues montrent habilement qu’il y a des similitudes de comportements entre les humains et les animaux, mais ils le font avec un anthropocentrisme certain. L’observateur ne peut se défaire de ses propres structures de pensées. L’objectivité n’est qu’apparente.

              Toutefois, il faut noter que le droit naturel a souvent servi dans l’histoire du droit de repoussoir et de critique vis à vis du droit positif. Nécessaire contrepoids.

              Vieux débats sur l’interprétation du monde.

              Mettre le droit de propriété dans la déclaration des droits de l’homme est une survivance de l’ancien régime (citation de Taverne, plus haut).


              • njama njama 6 octobre 18:13

                @Jason
                Mettre le droit de propriété dans la déclaration des droits de l’homme est une survivance de l’ancien régime (citation de Taverne, plus haut).

                Complétement d’accord. Sauf erreur la notion de « propriété » (théoriquement dans l’absolu), évoquée supposément inaliénable, sauf exception d’ailleurs, est historiquement très récente, assez contemporaine à l’échelle historique, elle relèverait de mémoire d’une conception anglo-saxone du Droit, sous influence protestante, ou évangélique (?), sans essence ni juridique, ni philosophique, et pas plus historique, dans les transmissions héréditaires, que plein de coutumes contredisent.

                Auparavant, sauf erreur de ma part, prévalait la notion de « possession », nécessairement éphémère par essence, même si par certains côtés, elle était peu ou prou transmissible à différents degrés, 

                dans les droits à héritage.

                Propriété vs possession... un sujet à creuser, au moins à titre philosophique.


              • Jason Jason 6 octobre 18:52

                @njama

                « Sauf erreur la notion de « propriété ».... est historiquement très récente, assez contemporaine à l’échelle historique, elle relèverait de mémoire d’une conception anglo-saxonne du Droit, sous influence protestante, ou évangélique (?)".

                Non, elle remonte au Néolithique et à l’évolution très lente des chasseurs-cueilleurs vers la sédentarisation et à l’agriculture et l’élevage. Il a fallu garder les récoltes et le bétail, sans compter qu’avant cela les territoires de chasse faisaient l’objet d’actions violentes de la part de leurs possesseurs. Avec les surplus l’échange, après l’échange, le commerce et ses détournements de ressources. On vit sous ce régime aujourd’hui.

                La propriété, comme le commerce remonteraient à plus de 6000 ans. A partir de là, tout est dit. Nous vivons des suites de ces tournants.


              • Taverne Taverne 6 octobre 22:07

                @Jason

                Je suis d’accord et je dirai même plus : droit et nature sont deux notions antinomiques. Mais la création de la théorie du droit naturel est néanmoins une invention géniale qui nous protège et qu’il nous faut défendre. C’est une fiction mais une fiction créatrice et bienfaitrice. C’est comme l’idée de démocratie elle est imparfaite mais faute de mieux il faut la valider. 


              • Robin Guilloux Robin Guilloux 6 octobre 22:20

                @njama

                « Car tous les droits civils étant fondés sur celui de la propriété, sitôt que ce dernier est aboli aucun autre ne peut subsister. La justice ne seroit plus qu’une chimère, et le gouvernement qu’une tyrannie. » (Fragments politiques)...
                Dans le Contrat social, la personne est inséparable de ses biens. Tout le problème réside dans la contradiction qui donnait des céphalées de tension à Louis Althusser entre la condamnation morale de la propriété dans L’origine et le fondement de l’inégalité parmi les hommes et sa réhabilitation dans Le Contrat social et les Fragments politiques. Rousseau parle du « remède dans le mal ». 
                https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2003-3-page-331.htm


              • Robin Guilloux Robin Guilloux 6 octobre 22:28

                @Taverne

                Bien sûr, vous avez raison. Hegel le disait déjà dans La raison dans l’Histoire. Le droit de nature n’a jamais existé ; c’est une fiction comme du reste l’état de nature, mais c’est une fiction féconde, bienfaisante. Toute notre civilisation est fondée sur des « fictions fécondes ». Par droit naturel, il faut entendre une exigence de la conscience qui va au-delà du droit positif.


              • Robin Guilloux Robin Guilloux 6 octobre 22:30

                @Robin Guilloux

                Le droit naturel, pas le droit nature !


              • Taverne Taverne 6 octobre 23:19

                @Robin Guilloux

                La conscience humaine, se revendiquant de la nature, a abouti à l’idée de droit naturel. Elle a eu raison de s’en revendiquer : la conscience n’est-elle pas partie intégrante de la vie et donc de la nature ?

                En revanche, la propriété ne me semble pas relever de la nature. Je crois qu’elle est la sœur de la domesticité. Levi-Strauss a dit que l’homme est la seule espèce qui s’est auto domestiquée. Ce n’est pas la nature qui l’y a conduit mais son instinct grégaire très poussé et son envie de domination. Domination n’est qu’abomination...

                Propriété et domesticité sont, à mon avis, les deux facettes d’un même phénomène. L’homme s’est un jour emparé d’un bout de terre et s’est est déclaré le maître puis il a agi de même avec la nature. Il y a « gagné »sa domesticité. Prenant conscience de son soudain état de servitude, il a alors asservi ses congénères. L’esclave est devenu à son tour une propriété. Aberration à laquelle la notion de droit naturel a mis fin, bien que la révolution bourgeoise ait maintenu et entretenu l’idée de propriété. 


              • Jason Jason 7 octobre 12:24

                @Taverne

                Absolument ! C’est une prothèse, mais ça aide à marcher.


              • njama njama 7 octobre 15:50

                @Robin Guilloux

                Le Titre de votre article « Le Droit positif suppose-t-il le Droit naturel ? » suggère-t-il seulement une vraie question philosophique générale, propre au genre humain ? quant bien même en filigrane, elle revêtirait dans sa présentation une sorte de questionnement universel. Mais l’est-il vraiment ?

                Il y a certes, comme en Sciences, différents angles de vue, aussi faudrait-il considérer la < philosophie du droit > comme une question de philosophie générale ? alors qu’elle tire son essence, ou son miel de l’Histoire, d’histoires singulières propres à chaque culture.

                Selon ce que j’en avais entrevu en premier lieu la démarche philosophique s’adressait à l’individu lui-même, au sens péripatéticien, dans une relation avec le philosophe qui s’apparait à une relation personnelle, sauf à tomber dans une forme de scolastique, qui à mon sens fait partie des dérives modernes de la Philosophie au sens primitif, antique telle qu’il nous avait été donné de le connaître...

                Non, pour moi, la philosophie du Droit (Naturel vs Positif) n’est pas une question générale, quand bien même, cette spécificité a toute son importance dans l’espace collectif, les espaces collectifs tous singuliers.. Je vois mal la Maïeutique s’inscrire dans le schéma, à moins de joutes verbales libres, ou du moins libérées du champ politique, au vrai sens démocratique.



                • njama njama 7 octobre 16:03

                  @Robin Guilloux

                  Dans la relation philosophique censée aboutir à une maïeutique (référence socratique), je ferais volontiers une analogie avec, en médecine, l’anamnèse... préalable à une possible thérapie.

                  C’est du moins mon idée de la démarche philosophique, il se pourrait que je me trompe, toutes les controverses seront les bienvenues. En attendant mieux peut-être, je m’accroche à ce rocher assez cohérent d’interprétation.


                  • Robin Guilloux Robin Guilloux 7 octobre 23:46

                    @njama

                    La référence à Socrate et à Platon me paraît tout à fait pertinente. Il existe aussi un texte de Marcel Proust où il explique que les scrupules de la conscience morale et même esthétique résultent d’une anamnèse, d’une expérience d’une vie avant la vie, de notre incarnation sur cette terre. Notez qu’il n’affirme rien de façon dogmatique. Il se contente de dire que « tout se passe comme si ». Je pense que la notion de « droit naturel » est un peu comme le résultat d’une anamnèse de cet ordre. Je cite ce texte en entier car je le trouve admirable. François Mauriac pensait que Proust n’était pas croyant. Comme s’il suffisait de dire « Dieu » à tout bout de champ pour être croyant (les juifs ne prononcent pas le mot « Dieu »). Il ne faut confondre le signifié et le signifiant. Le signifié excède infiniment le signifiant. Proust était un mystique et il croyait à l’art qui fait le lien entre avec le vrai et le juste : « Le beau est la splendeur du Vrai ».

                    « Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes les expériences spirites, pas plus que les dogmes religieux, n’apportent la preuve que l’âme subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure ; il n’y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyons obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l’artiste cultivé à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le petit pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Vermeer. Toutes ces obligations qui n’ont pas leur sanction dans la vie présente semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître sur cette terre, avant peut-être d’y retourner revivre sous l’empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l’enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées - ces lois dont tout travail profond de l’intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement - et encore ! - pour les sots. De sorte que l’idée que Bergotte n’était pas mort à jamais est sans invraisemblance ».

                    « On l’enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairés, ses livres, disposés trois par trois veillaient comme des anges aux ailes éployés et semblaient, pour celui qui n’était plus, le symbole de sa résurrection ».


                  • Taverne Taverne 8 octobre 00:57

                    « toutes les sociétés ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées. »

                    La culture et la nature sont deux choses bien distinctes. Partant de ce constat, on peut inférer que le droit culturel est distinct du droit naturel. Le cannibalisme est une culture et c’est à ce titre que Montaigne la considère en se demandant si notre culture peut porter un jugement neutre sur une culture étrangère.

                    Il existe autant de formes de droit positif qu’il existe de cultures différentes (vérité de côté des Pyrénées, erreur au-delà.)

                    Mais il ne peut exister qu’une théorie du droit naturel parce que ce droit repose sur la nature et qu’il n’existe qu’une nature humaine. La nature est le règne du vivant, le règne du besoin. Tout besoin naturel reconnu universellement comme légitime est ainsi source d’un droit. On ne peut en dire autant des besoins créés de toute pièce par une culture donnée. Par exemple, le cannibalisme n’est pas un besoin naturel normal et légitime. La propriété non plus en tout cas pas au sens excessif que lui donne la culture de prédation et de domination. 






                    • baliste 8 octobre 07:07

                      @Taverne
                      « Le cannibalisme est une culture et c’est à ce titre que Montaigne la considère en se demandant si notre culture peut porter un jugement neutre sur une culture étrangère. »

                      Surtout qu’il n’a rien compris au cannibalisme(pas culturel mais une adaptation a un problème de courte durée ) .
                      Mais la barbarie de notre époque qui aurait pu l’imaginé ? Même pas le pire des cannibales(qui avait encore une tradition ) ..
                      Notre société moderne est une anomalie a ne comparais a aucunes autres , ou alors a la chute des différentes traditions, mais en bien plus « gros » .

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