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Le festival off de Davos, notice d’utilisation pour les candidats débutants

Comme tout évènement qui se respecte, le festival médiatique de Davos a un programme officiel, convenu et sclérosé, qui finit par ne plus être qu’une vitrine dont la fonction est à la fois de séduire le segment visé (multinationales et monde de la finance globalisé) et à servir d’écran en fournissant à la presse people de quoi alimenter son stock de neige stupéfiante bon marché destinée au bon peuple qui ne demande qu’à rêver.

Le festival « on », c'est le Davos présenté au JT de 20 heurs, celui des présidents et des premiers ministres qui s’exhibent, s’encanaillent et se gargarisent avec les stars du show-biz musical et cinématographique. C'est le Davos des déclarations théâtralisées des milliardaires, discours appropriés, totalement sincères et même parfois teintés d’émotion et de compassion, sur la nécessité d'agir pour réduire les inégalités dans le monde et pour enrayer le changement climatique, galimatias étayés par les rotations de leurs jets privés à l’aéroport de Zurich.

Plus intéressant, le festival « off » ne bénéficie, hélas, d’aucune publicité. Pourtant, il est tout aussi important et remonte à l'origine de ce « forum » créé en 1971 sous le nom de « European Management Forum » par un professeur de l'Université de Genève, Klaus Schwab, pour permettre aux chefs d'entreprises européennes de se rencontrer, discuter, skier et faire des affaires dans une atmosphère « décontractée » (prout, ma chère) en profitant des tarifs basse-saison et améliorer le taux d’occupation des hôtels helvétiques.

L’opération a eu le succès que l’on connait et elle a même permis d’inverser les courbes statistiques de fréquentation des pistes noires, rouges ou vertes de la station de ski concernée, mais les têtes d’affiche ont changé. Par contre, l’enjeu est resté le même : optimiser le business. L’échelle est même passée de l’Europe à la planète.

Si vous êtes un de ces « managers » chef de cordée possédant un sens de l’effort compatible avec les convictions profondes de Choupinet, il faut que vous sachiez qu’envoyer une petite équipe sur place vous coûtera environ 600 000 €, sans le cocktail et le jet privé. Mais si vous avez l’habitude de faire le tour du monde pour négocier avec vos 20 plus gros clients, il vous faut habituellement prévoir un budget temps, transport et frais de déplacement qui vous fera considérer comme ridicule un tel coût, prix d’un service qui vous permettra de réduire à deux jours et un seul voyage la réalisation de 90% de votre agenda. Ce sont ces innombrables petites réunions, parfois informelles et réduites à deux interlocuteurs, parfois plus structurées, qui importent vraiment.

Ces rencontres sont de trois sortes :

  • des réunions commerciales entre entreprises : vous parlez à vos clients, fournisseurs, représentants gouvernementaux, régulateurs, etc. Ces réunions sont toutes organisées à l'avance et avec un ordre du jour clair.
  • des réunions entre les chefs d’entreprise et les groupes non professionnels que le forum a invités à la réunion pour assurer la fonction d’entremetteurs. Les organisateurs ajoutent du glamour en programmant un entretien intime (retransmis par CNN) entre le prince William à et Sir David Attenborough, mais si vos moyens ne vous permettent pas de dorer le blason de votre stratup en posant pour un cliché aussi prestigieux, vous pouvez choisir dans le catalogue un modèle moins onéreux, écrivain, artiste et d'universitaire, qui outre la pose pour la photo officielle vous présentera à des décideurs sympathiques et totalement désintéressés avec lesquels vous pourrez échanger des idées philosophiques et remplir des bons de commandes. Ainsi, vous sous ferez des amis et peut-être même de nouveaux collaborateurs !
  •  des rencontres en têteà-tête, confidentielles, entre les capitaines d’industrie et banquiers, des prestations tellement « off » qu’elles n’ont aucun témoin ni spectateur, au point que leur seule évocation peut vous faire taxer de complotiste, fabulateur paranoïaque ou autre nom d’oiseau. C’est pourtant là que se finalisent les contrats les plus importants.

Si Davos connaît un tel succès auprès de sa clientèle ; c’est parce que ce « forum » est avant tout un lieu d’échanges non planifiés et non intentionnels. Ces rencontres fortuites ne peuvent ni être prédites par définition, ni donner lieu à une publicité quelconque par nature, mais elles permettent aux milieux d’affaires d’affiner ou même modifier leurs stratégies.

La pérennité et l’évolution du système économique mondialisé est l’un des sujets les plus importants. C’est là que se décident les circuits des chaînes d’approvisionnement mondiales complexes sur lesquelles les multinationales construisent leurs réseaux et anticipent sur leur avenir : « c'est peut-être moins cher, mais est-ce une bonne stratégique à plus long terme ? »

Un autre sujet débattu est l’évolution des rapports de force dans le monde. Cette année, Bolsonaro, entré en fonction il y a à peine trois semaines, a annoncé des investissements dans son pays : "Ce voyage est une excellente occasion pour moi de montrer au monde le moment unique que traverse mon pays", a-t- il déclaré. Or, le Brésil était l’un des BRIC les plus célèbres, et Goldman Sachs est tout prêt pour prendre la relève. A Davos, les fins limiers de la finance peuvent flairer de près le gibier et détecter des émanations que des prédateurs ne percevront qu’à travers avec une proximité.

Davos ne durera sûrement pas éternellement et ne survivra peut-être même pas à Klaus Schwab lui-même. Mais en attendant, c’est un outil plus important pour le monde du business par son activité et non pas par le buzz qu’il produit.

Si vous voulez passer de « ceux qui ne sont rien » à « ceux qui réussissent », vous savez maintenant ce qui vous reste à faire.


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6 réactions à cet article    


  • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 26 janvier 16:39

    Tous les ans, je ne rate jamais un Davos (mais depuis ma chaise)

    C’était bien car une poignée de gens importants se retrouvaient à papoter pendant une heure avec une caméra qui filme. Pour ces gens arrivés au sommet, frimer au ski ne suffit pas : il restait toujours un dernier sommet à gravir : la reconnaissance par la célébrité. Une heure : c’est long, et il n’était pas rare de voir certains se lancer en envolées en dehors du script auquel ils devaient se tenir. L’irrésistible envie de créer le buzz, de devenir un people, une star.

    Cette année c’est nul : j’ai pu visionner un quart, plein de gens pas intéressants qui collent au script qui leur a été tendu, avec des questions individuelles fermées comprenant tous les mots clé que vous avez déjà lu ou entendu (IA, crise, égalité homme-femme...) et des arguments qu’on retrouve au café du coin.

    Le seul petit intérêt peut-être c’est de comprendre comment fonctionne le business de la charité, ou peut-être écouter Sebastian Kurtz, l’autrichien d’extrême droite que tout le monde a entendu parler sans jamais l’avoir entendu parler. Des détails.


    • microf 28 janvier 16:18

      @La Voix De Ton Maître

      « Sebastian Kurtz, l’autrichien d’extrême droite  »
      Sebastian KURZ, est le Chancelier de l´Autriche, il n´est pas de l´extrême-droite, mais de la Droite du Parti ÖVP.
      Ce Parti de Droite ÖVP, a formé une coalition avec l´extrême-droite le FPÖ.
      Heinz-Christian Strahe est le Chef du FPÖ.
       


    • marmor 26 janvier 16:57

      Dommage, Ghosn ne pourra y assister …. Grandeur et décadence...


      • marmor 26 janvier 16:58

        Tu imagines, si un jour la justice fonctionnait vraiment ? Il n’y aurait plus grand monde à Davos !!


        • Arthur S François Pignon 26 janvier 17:05

          @marmor

          “C’est une chance que les citoyens ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin.” 
          – Henry Ford (1863-1947)


        • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 26 janvier 22:26

          @innex

          “C’est une chance que les citoyens ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin.” 
          – Henry Ford (1863-1947)

          Répété 3 milliards de fois sur Avox , c’est fatiguant !!!!


          3.000.000.001 fois. sois précis stp

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